‹ Grammaire élémentaire de la vieille langue françaiseChapitre 9 sur 167 · GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS

§ 18. — Les modifications que subit, avec le temps, la prononciation des mots, ne sont pas immédiatement accompagnées de modifications concordantes dans l'orthographe. Souvent l'orthographe ne marque les changements survenus dans la prononciation que très longtemps après qu'ils ont eu lieu. Pour prendre un exemple, les mots français populaires d'origine latine qui avaient un e long tonique en latin ont d'abord remplacé cet e par la diphtongue ei qui s'est conservée longtemps dans certains dialectes, mais que le français proprement dit a de bonne heure changée en oi. Ainsi légem a d'abord donné lei, puis loi, régem a donné rei, puis roi. Il est certain, d'autre part, que la diphtongue oi n'a pas toujours eu le son qu'elle a maintenant, et qui se compose d'une sorte d'où consonne (w anglais) et d'un a:wa. A l'origine cette diphtongue se composait réellement d'un o et d'un i, à peu près comme nous prononçons o^dans la langue d'oïl. La prononciation s'est modifiée insensiblement, sans que l'orthogra-

phe ait suivi. Il n'y a eu de modification dans l'écriture que pour un certain nombre de mots, où l'ancienne dipthongue oi a été remplacée exceptionnellement par le sou ai, notamment à l'imparfait des verbes. L'ancienne langue disait : il partoit, il venoit. Dès le sekième siècle, on a prononcé comme aujourd'hui, il partait, il venait; mais c'est seulement au xvme siècle qu'on a mis l'orthographe d'accord avec la prononciation.

§ 19. — Il faut remarquer en outre que cet ai, qu'on a substitué à oi dans les imparfaits, n'a pas toujours eu la valeur d'un è, c'est-à-dire d'une voyelle simple. A l'origine c'était une véritable diphtongue, composée d'un a et d'un i, et qui pouvait se prononcer à peu près comme l'interjection actuelle aie. Toutefois, de très bonne heure au moyen âge, cette diphtongue s'était réduite à un è, mais on avait continué à écrire et nous écrivons encore les mots où elle se trouve comme si ai était toujours une diphtongue. Cette orthographe toute conventionnelle n'était pas d'ailleurs universellement adoptée au moyen âge, et on rencontre souvent des textes où les mots comme mais, raison, faut, etc., sont écrits par des e : mes, reson, fet, etc.

§ 20. — Tous les sons simples que nous écrivons par deux lettres (ou même quelquefois par trois, eau de chapeau, œu de œuvre) sont ainsi d'anciennes diphtongues transformées : au équivaut aujourd'hui à un o, mais il s'est prononcé jadis par un a suivi de ou, comme lorsqu'on veut imiter le miaulement du chat. De même eu a été prononcé e-ou, ou a été o-ou. On voit que dans l'ancienne prononciation de au, eu, ou, on donnait à Vu le son de notre ou actuel et non pas celui de notre u.

§ 21. — Il faut savoir en effet que si la lettre u existait dans l'alphabet latin, elle y désignait le son que nous écrivons ou, et non pas notre son u. Dans notre ancienne

orthographe, cette lettre u a tantôt sa valeur latine (ou), tantôt sa nouvelle valeur française (u).

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