‹ Grammaire élémentaire lexicologiqueChapitre 102 sur 142 · LE HÉRON · texte numérisé non relu

LE HÉRON

(Les Hérons.)

Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où Le héron au long bec emmanché d'un long cou;

Il côtoyait une rivière.

L'onde était transparente ainsi qu'aux plus beaux jours; Ma commère la carpe y faisait mille tours

Avec le brochet son compère.

Le héron en eût fait aisément son profit :

Tous approchaient du bord, l'oiseau n'avait qu'à prendre;

Mais il crut mieux faire d'attendre

Qu'il eût un peu plus d'appétit. ,

Il vivait de régime et mangeait à ses heures. Après quelques moments, l'appétit vint ; l'oiseau,

S'approchant du bord, vit sur l'eau Des tanches qui sortaient du fond de ces demeures. Le mets ne lui plut pas ; il s'attendait à mieux,

Et montrait un goût dédaigneux,

Gomme le rat du bon Horace :

« Moi, des tanches! dit-il; moi, héron, que je fasse

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Une*si pauvre chère? Et pour qui me prend-on V » La tanche rebutée, il trouva du goujon.

« Du goujon I c'est bien là le dîner d'un héron 1 J'ouvrirais pour si peu le bec 1 aux dieux ne plaise i s Il rouvrit pour bien moins : tout alla de façon

Qu'il ne vit plus aucun poisson.

La faim le prit : il fut tout heureux et tout aise

De rencontrer un limaçon,

245*. — Mettre an singulier le sujet suivant.

LES ÉGOÏSTES (L'Égoïste.)

Les égoïstes ne vivent que pour eux, et tous les hommes ensemble sont, à leur égard, comme s'ils n'étaient pas. Sont-ils à table, ils s'emparent des premières places ; ils oublient que le repas est pour eux et pour toute la compagnie ; ils se rendent maîtres des plats et ne s'arrêtent à aucun des mets qu'ils n'aient, achevé d'essayer de tous ; ils voudraient pouvoir les savourer tous à la fois ; ils ne se servent à table que de leurs mains ; ils manient les viandes, les remanient, démembrent, déchirent et en usent de manière qu'il faut que les conviés, s'ils veulent manger, mangent leurs restes ; ils ne leur épargnent aucune de ces malpropretés dégoûtantes, capables d'ôter l'appétit aux plus affamés : le jus et les sauces leur dégouttent du menton et de la barbe. Quand ils veulent se servir, ils piquent dans le plat avec leur fourchette et répandent en chemin le jus sur la nappe : on les suit à la trace. Ils jnangent haut et avec

frand bruit ; ils roulent les yeux en mangeant. Ils n'attenent pas qu'ils soient hors de table pour écurer leurs dents: ils se servent de leur cure-dent au milieu du repas, puis ils continuent à manger. En quelque endroit qu'ils se trouvent, ils s'établissent commodément, prennent leurs aises et ne souffrent pas d'être plus pressés au sermon ou au. théâtre que dans leur chambre. Il n'y a dans un carrosse que les places du fond qui leur conviennent ; dans toute autre, si on veut les en croire, ils pâlissent et tombent en faiblesse. En un mot, partout où ils se trouvent, ils embarrassent tout le monde, ne se contraignent pour personne, ne connaissent de maux que les leurs, ne pleurent point la mori des autres, n'appréhendent que la leur, qu'ils rachèteraient volontiers de l'extinction du genre humain.

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«M6*. — Mettre an plnriel k sujet suivant.

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