L*ENFANT ET LE SERIN
(Lei deux Enfknts et les deux Serins.)
Un enfant^ qui, toujours volage, Malgré les soins constants d'un maître nabile et sage,
En deux ans n'avait rien appris, Entendait un serin qui, perché dans sa cage, * Sifflait parfaitement un air des plus jolis.
Surpris, émerveillé de ce charmant ramage :
« Je savais, dit Tenfant, qu'un serin chantait bien ; Mais j'ignorais qu'il pût être musicien.
Gomment, ajouta-t-il, as-tu donc fait pour l'être? — Gomment j'ai fait? répondit le serin :
J'ai profité des leçons de mon maître ; Et lorsqu'il me sifflait, le soir et le matin. J'oubliais tout le reste, et j'étais tout oreille.
G'est à force de l'écouter Que j'ai, dans quelques mois, appris à l'imiter; Et c'est pourquoi l'on dit que je siffle à merveille.
Mais il ne dépend que de toi
D'être à ton tour habile ;
Il ne faut qu'être, comme moi, A ce que l'on t'enseigne attentif et docile. »
SMLT*. — Mettre an singulier le sujet suivant.
LES CHÈVRES (La Chèvre.)
Les chèvres ont, de leur nature, plus de sentiment et de ressources que les brebis ; elles viennent à l'homme volontiers, elles se familiarisent aisément, elles sont sensibles aux caresses et capables d'attachement; elles sont aussi plus fortes, plus légères, plus agiles et moins timides que les brebis ; elles sont vives, capricieuses et vagabondes. Ge n'est qu'avec peine qu'on les conduit et qu'on peut les réduire en troupeau; elles aiment à s'écarter dans les solitudes; elles grimpent sur les lieux escarpés, se placent sur la pointe des rochers, et dorment sur le bord des précipices. Elles sont robustes, aisées à nourrir; presque toutes les herbes leur sont bonnes, et il y en a peu qui les incommodent. Elles se nourrissent, croissent et se multiplient comme les brebis. Elles ne craignent pas la trop grande chaleur; elles dorment au soleil et s'exposent volontiers à ses rayons les plus vifs sans en être incommodées, et sans que cette ardeur leur cause ni étourdissements ni vertiges;
elles ne s'effrayent pas des orages, ne s'impatientent pas à la pluie; mais elles paraissent sensibles à la rigueur du froid. L'inconstance de leur naturel se marque par l'irrégularité de leurs actions : elles marchent, elles s'arrêtent, elle& courent, elles bondissent, elles sautent, s'approchent, s'éloignent, se montrent, se cachent, ou fuient, comme par caprice et sans cause déterminante; et toute la souplesse de leurs organes suffit à peine à la pétulance et à la rapidité de leurs mouvements naturels.
248*. — Mettre an pluriel le sujet suivant,
LE PERROQUET (Les deux Perroquets.)
Un gros perroquet gris, échappé de sa cage,
Vint s'établir dans un bocage; Et là, prenant le ton de nos faux connaisseurs. Jugeait tout, blâmait tout d'un air de suffisance : Au chant du rossignol il trouvait des longueurs,
Critiquait surtout sa cadence; Le linot, suivant lui, ne savait pas chanter; La fauvette aurait fait quelque chose peut-être Si de bonne heure il eût été son maître.
Et qu'elle eût voulu profiter.
Enfin aucun oiseau n'avait l'art de lui plaire. Et, dès qu'ils commençaient leurs joyeuses chansons, Par des coups de sifflet répondant à leurs sons.
Le perroquet les faisait taire.
Lassés de tant d'affronts, tous les oiseaux du bois Viennent lui dire un jour : u Mais parle donc, beau sirel Toi qui siffles toujours, fais au moins qu'on t'admire; Tu possèdes sans doute une brillante voix;
Daigne chanter pour nous instruire. »
Le perroquet, dans l'embarras.
Se ffratte un peu la tête et finit par leur dire : « Messieurs, je siffle bien, mais je ne chante pas, »
249*. — Mettre an pluriel le sujet suivant.
L'ÉCUREUIL (Les Écnrenils.)
L'écureuil est un joli petit animal qui n'est qu'à demi sauvage, et qui, par sa gentillesse, par sa docilité, par l'innocence même de ses mœurs, mériterait d'être épargné. Il n'est ni carnassier ni nuisible, quoiqu'il saisisse quelquefois les oiseaux. Il mango ordinairement des fruits, des aman-
des, des noisettes, de la faîne et du gland ; il est prof)re, leste, vif, très alerte, très éveillé, très industrieux ; il a les yeux pleins de feu ; sa physionomie est fine, son corps nerveux, ses meipbres très dispos ; sa jolie figure est encore rehaussée, parée par une belle queue en forme de panache, qu'il relève jusque par-dessus sa tête, et sous laquelle il se met à Tombre. il se tient ordinairement assis presque debout et se sert de ses pieds de devant comme d'une main pour porter à sa bouche. Au lieu de se cacher sous terre, il est toujours en Pair; il approche des oiseaux par sa légèreté ; il demeure comme eux sur la cime, des arbres, parcourt les forêts en sautant de Tun à Tautre, y fait son nid, cueille les graines, boit la rosée et ne redescend à terre que quand les arbres sont agités par la violence des vents. Il craint Peau plus encore que la terre, et Ton assure que, lorsqu'il veut la passer, il se sert d'une écorce pour vaisseau et de sa queue pour voile et pour gouvernail. 11 ne s'engourdit pas pendant l'hiver, il est en tout temps très éveillé; et, pour peu que l'on touche au pied de l'arbre sur lequel il repose, il sort de sa petite bauge, fuit sur un autre arbre ou se cache à l'abri d'une branche. Il ramasse des noisettes pendant l'été, il en remplit les troncs, les fentes des vieux arbres et a recours en hiver à sa provision. Sa voix est éclatante ; il a en outre un petit murmure qu'il fait entendre toutes les fois qu'on l'irrite. Il est trop léger pour marcher : il va ordinairement par petits sauts et quelquefois par bonds ; il a les ongles si pointus et les mouvements si prompts, qu'il grimpe en un instant sur un hêtre, dont Técorce est fort lisse.
250®. — Mettre an singulier le sujet suivant.
LA CARPE ET LES CARPILLONS (La Carpe et le Carpillon.)
« Prenez garde, mes fils, côtoyez moins le bord, ;•
Suivez le fond de la rivière, ;
Craignez la ligne meurtrière.
Ou l'épervier, plus dangereux encor (1). »
C'est ainsi que parlait une carpe de Seine A de jeunes poissons qui l'écoutaient à peine. C'était au mois d'avril : les neiges, les glaçons. Fondus par les zéphyrs, descendaient des montagnes. Le fleuve, enflé par eux, s'élève à gros bouillons, Et déborde dans les campagnes.
(1) Encor. On peut orthographier ainsi en poésie pour le besoin de la mesure ou de la rime. Cène licence n'est pas permise en prose; il faut écrire encore.
« Ah! ah! criaient les carpillons,
Qu'en dis-tu, carpe radoteuse?
Crains-tu pour nous les hameçons? Nous voilà citoyens de la mer orageuse; Regarde : on ne voit plus que les eaux et le ciel :
Les arbres sont cachés sous l'onde ;
Nous sommes les maîtres du monde ;
C'est le déluge universel.
— Ne croyez pas cela, répond la vieille mère ; Pour que l'eau se retire il ne faut qu'un instant. Ne vous éloignez point, et, de peur d'accident. Suivez, suivez toujours le fond de la rivière.
— Bahl disent les poissons, tu répètes toujours
Mêmes discours.
Adieu, nous allons voir notre nouveau domaine. » Parlant ainsi, nos étourdis
Sortent du lit de la Seine
Et s'en vont dans les eaux qui couvrent le pays. Qu'arriva-t-il? Les eaux se retirèrent, Et les carpillons demeurèrent; Bientôt ils furent pris Et frits.
2^5i*. — Mettre an pluriel le sujet suivant :
l'oiseau- MOUCHE (Les Oiseaax-mouches.)
De tous les êtres animés, voici le plus élégant pour la forme et le plus brillant pour les couleurs : les pierres et les métaux polis par notre art ne sont pas comparables à ce bijou de la nature. Elle Ta comblé de lous les dons qu'elle n'a fait que partager aux autres oiseaux. Légèreté, rapidité, prestesse, grâce et riche parure, tout appartient à ce petit favori. L'émeraude, le rubis, la topaze brillent sur ses habits ; il ne les souille jamais de la poussière de la terre, et, dans sa viB tout aérienne, on le voit à peine toucher le gazon par instants : il est toujours en Pair, volant de fleur en fleur ; il a leur fraîcheur comme il a leur éclat ; il vit de leur nectar et n'habite que les climats où sans cesse elles se renouvellent. Rien n'égale la vivacité de ce petit oiseau, si ce n'est son courage, ou plutôt son audace : on le voit poursuivre avec furie des oiseaux vingt fois plus gros que lui ; il s'attache à leur corps, se laisse emporter par leur vol et les becqueté à coups redoublés jusqu'à ce qu'il ait assouvi sa petite colère. L'impatience paraît être son âme : s'il s'approche d'une fleur et qu'il la trouve fanée, il lui arrache les pétales avec une prè-
1^ ORAHHAIRB ÉLÉMENTAIRE LBXIC0L06IQUB
cipitation qui marque son dôpit. Il n^a point d^autre voix qu'un petit cri fréquent et répété ; il le fait entendre dans les bois dès l'aurore, jusqu'à ce qu'aux premiers rayons du soleil il prenne l'essor dans les campagnes.