PARTICIPE PASSE, PRÉCÉDÉ DU PRONOM EN
i^ Gomme le pronom en signifie ordinairement de cela^ de luif d'elle, deux , d^ elles , il ne peut pas être considéré comme complément direct^ et le participe est invariable : .
Les fruits étant mûrs,' nous en avons cueilli (une partie des fruits).
De ces livres, j'en ai donné à mes amis, et yen ai gardé pour vous. ( Quelques-uns d*eux. )
Que j'ai envie de recevoir de vos lettres ! il y a près d'une demiheure que je n'en ai reçu. {Aucune d'elles.)
( M">« DE SÉVIGNB. )
Tout le monde m'a offert des services, et personne ne m*en a rendu. (Aucun d*euœ.) ( M^^ de Maintenon. )
La crainte de faire des inçrats, ou le déplaisir d'en avoir trouvjè (quelques-uns d'eux)y ne l'a pas empêchée de faire du bien.
(Fléchier.)
Il crut voir des miracles, et même en avoir fait. (Quelques-uns,)
(Voltaire.)
Hélas I j'étais aveugle en mes vœux aujourd'hui; J'en ai fait contre toi, quand j'en ai fait pour lui.
(Corneille.)
( Les Scythes.) Si j'en avais trouvé (quelques-uns d'eux) d'aussi cruels que vous. (Racine.)
J'ai vu des savants aimables ; mais j'en ai trouvé d'un peu lourds. (J'ai trouvé quelques-uns d^eux. )
(Marmontel.)
2° Quelquefois le pronom en remplace un substantif pluriel exprimé; alors il représente un complément direct, et le participe varie. Gela arrive dans les phrases où il y a comparaison.
César a fait plus ô^exploits que les autres n'en ont lus. (Cest-à-dire que les autres n'ont lu à." exploit s )
(Boileau.)
Décidez si la forme a ruiné plus de gens dans la jurisprudence qu^elle n'en a tués 4ans la médecine ( qu'elle n'a tué de gçns, )
(Montesquieu.)
Baléazar, aimé des peuples, possède plus de trésors que son père n'en avait amassés par son avarice (que son père n'avait amasse de trésors). (Fénelon.)
Il a achevé plus de guerres que les autres u*en ont lues (que les autres n'ont lu de guerres), ( Ablancourt. )
La terre a éprouvé autant de révolutions en physique que la rapacité et rambition en ont causées parmi les peuples.
( Voltaire. )
Son supplice fit plus de wrosélyles en un jour que les prédications n'en avaient faits en plusieurs années.
(Voltaire. )
Dans ces phrases, en représente les exploiiSy les gens, les trésors, les guerres, les révolutions, les prosélytes; il est comme le complément Hiirect da participe, qoi devient variable.
participe passa précédé du pronom en, joint à un adverbe
DE quantité.
lo Si le pronom en se rapporte à un nom singulier, ou si l'adverbe de quantité est placé après le participe, il n'y a aucune difficulté * le participe est invariable.
De cette liqueur^ combien Ven ai
hul Autant'il a eu de fortune^ autant
il en a disslipé, Moihs il a désiré de ^lotre^ plus il
en a obtenu.
Ils eurent autant d'tmpa^tence
qu'ils en avaient eu peu le jour
précédent. (Voltaire.')
Ici le pronom en exprime, non pas une chose entière , mais une partie de la chose dont on parle; il signifie de cela; de là rinvariabilité.
Des ingrats, j'en ai connu beaucoup. (Voltaire.)
Des cœurs, j'en ai gagné plus d'un,
400,000 h., l'empereur n'en a jamais eu autant.
Le glaive a tué bien des bommes, la langue en a tué bien plus.
Le participe a ponr complément direct l'adverbe de quantité qaî le sait, et il reste invariable.
2** Si le pronom en représente un nom plurielet que l'adverbe de quantité soit placé avant le participe, la difficulté est une question de rapport et dépend du sens , comme celle de la quatrième observation. Le participe s'accorde avec le moi dominant.
Le mot dominant peut être Vadverbe de quantité {combien^ aue de, trop de y etc.)) qui est masculin singulier; — ou DJen le pronom en , qui représente un nom pluriel , et qui rend le participe variable.
Si l'attention se porte principalement sur Vidée de nombre, c'est-à-dire sur combien, tant, beaucoup, trop, peu, guère, moins, davantage, etc., cette idée devient dominante, et le participe s'accorde avec les mots qui l'expriment, et qui sont du masculin singulier.
16ff GRAMMAIRE FRANÇAISE.
Des fleurs, conUnen en ayez-vous cueilli ?
Les chagrins secrets sont cruels; j'en ai tant vu, tant éprouvé, que je suis manichéen. (Voltaire.)
Il se défie des amis, tant il en a vti d*infidèles. On reproche aux savants d'être orgueilleux; j'en ai beaucoup rencontré de modestes.
Et des actions, vous en avez tant fait en vain pour le monde !
(Massillon.)
J'en ai beaucoup vu qui philosophaient plus doctement 'que moi.
(J.-J. Rousseau.)
Si l'attention se porte plus particulièrement sur les personnes ou sur les choses dont le mot en rappelle Tidée, — cette idée plurielle devient dominante, et le participe varie en vertu d'une syllepse.
Des jours, combien j'en ai déjà passés! (J.-J. Rousseau.)
Ah! malheureux, combien j'en ai déjà perdus! (Racine. ) Combien Dieu en a-t-il exaucés ? ( Massillon. )
Combien en as-tu vus, je dis des plus huppés,
A souffler dans leurs doigts dans ma cour occupés! (Racine.)
Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus
Qui du soir au matin sont pauvres devenus ! ( La Fontaine. )