CHAPITRE IV
DU PRONOM
SECTIONS I, II, III, IY, Y, YI
175. Exercice. — Copier ou écrire sous la dictée le morceau suivant en soulignant d’un trait les pronoms personnels. — Expliquer les mots Vercingétorix, César , Arverne, précurseur, auréole , étuve.
Vercingétorix
Je me souviens encore de l’émotion que me causait, dès mon enfance, le récit de sa lutte contre César. Quoique le temps ait modifié mes idées sur bien des points, quoique la conquête romaine ne m’inspire plus la même indignation et que je reconnaisse tout ce que lui doit notre France ^moderne, j’ai conservé la même chaleur d’enthousiasme pour le héros arverne. A mes yeux, c’est en lui que se personnifie pour la première fois notre indépendance nationale, et, s’il était permis de comparer un héros païen avec une vierge chrétienne, je verrais en lui, au succès près, comme un précurseur de Jeanne d’Arc. L’auréole du martyre ne lui manque pas; six ans de captivité et la mort reçue de la main d’un esclave dans la froide étuve de la prison Mamertine valent bien le bûcher de Rouen. Assurément, comme homme de guerre, on ne saurait le mettre sur le même rang que César, mais il fut souvent bien inspiré par son ardent patriotisme; il possédait de rares facultés d’organisation et de commandement; il se montra toujours persévérant, actif, intrépide. Bien qu’il ait parfois poussé la rigueur jusqu’à des extrémités qui révoltent nos idées modernes et chrétiennes, il eut de ces mouvements généreux qui ne manquent jamais aux vrais grands hommes. Quand je le vois, malgré sa résolution bien prise, céder aux larmes et aux prières des habitants de Bourges, qui le suppliaient d’épargner leur ville, je sens qu’un cœur bat dans sa poitrine. Et quand, au dernier jour de sa puissance, il se dévoue au salut de ses compagnons, que, paré de sa plus riche armure, monté
EXERCICES
sur son plus beau cheval, il va s'offrir avec tant de' fierté et de bonne grâce à un vainqueur dont il n'a pas de pitié à attendre, je salue en lui le premier des Français.
Ampère ( Brevet élémentaire.)
17G. Exercice. — Copier ou écrire sous la dictée le morceau suivant en soulignant d'un trait les adjectifs démonstratifs, de deux traits les pronoms démonstratifs.
Du mensonge
On fait trop souvent honte aux enfants pour des peccadilles, et on leur désapprend par l’abus la rougeur que la nature leur avait donnée pour trahir leur mensonge. Mais, si on n’a pas prodigué ce remède, il faut l’appliquer au mal pour lequel il est fait. Il ne s’agit plus, en effet, d’une étourderie à réprimer, et malavisées sont les mères qui prennent un secret plaisir aux jolies inventions de leurs chers petits menteurs.
Celui qui hait le mensonge jusqu’à en haïr Fombre; celui qui ne s’en fait pas accroire et qui n’en fait pas accroire aux autres, qui tient ses promesses, même celles qu’il s’est faites à lui-même ; celui dont les paroles répondent à la pensée, et les actes aux paroles; celui dont la conduite à venir peut se lire dans la conduite passée; celui dont la vie, harmonieuse unité, se rattache à un principe et se résume en une maxime; celui-là est un caractère. Celui-là, et celui-là seul, est un être vraiment sociable, car la solidité des caractères fait seule la solidité des relations. Mais quelle confiance peut-on avoir dans une volonté au jour le jour, et quand on ne sait pas si demain sera d’accord avec aujourd’hui? On a affaire, dès lors, comme à plusieurs êtres se succédant en un seul et dont rien ne garantit la solidarité. La vie est ainsi morcelée et les amitiés dissoutes avant de naître. Cette absence de caractère fait d’un homme un objet de défiance non seulement pour les autres, mais pour lui-même. Il ne sait jamais ce qu’il fera le lendémain; il en vient à douter de sa liberté, qu’il a abdiquée; il s’abandonne, il cesse de s'appartenir, et, avec la possession de soi-même, disparaît en lui jusqu’à la possibilité de la vertu.
{Brevet élémentaire).
177. Exercice oral. — Employer dans ae petites pnrases au propre et au figuré les mots remède , ombre, conduite. — Donner un adjectif dérivé de honte, enfant, abus , nature, mensonge, ombre.
178. Exercice. — Copier ou écrire sous la dictée le morceau suivant en soulignant d’un trait les pronoms relatifs.
DU PRONOM
Les livres
Je suis de ceux pour qui la connaissance d’un livre peut devenir un véritable événement. Le peu de bons ouvrages dont je me suis pénétrée depuis que j’existe, a développé le peu de bonnes qualités que j’ai. Un livre a toujours été pour moi un ami, un conseil, un consolateur éloquent et calme, dont je ne voulais pas épuiser vite les ressources, et que je gardais pour les occasions favorables. Ah! quel est celui de nous qui ne se rappelle avec amour les premiers ouvrages qu’il a dévorés ou savourés! La couverture d’un bouquin poudreux que vous retrouvez oublié sur les rayons d’une armoire, ne vous a-t-elle jamais retracé les gracieux tableaux de vos jeunes années ? N’avez-vous pas cru voir surgir devant vous la grande prairie baignée des rouges clartés du soir, lorsque vous le lûtes pour la première fois; le vieil ormeau et la haie qui vous abritèrent et le fossé dont le revers vous servit de lit de repos et de table de travail, tandis que la grive chantait la retraite à ses compagnes et que le pipeau du vacher se perdait dans l’éloignement? Oh ! que la nuit tombait vite sur ces pages divines ! que le crépuscule faisait cruellement flotter les caractères sur la feuille palissante. G. Sand ( Brevet élémentaire ).
179. Exercice oral. — Donner des mots de la même famille que ouvrage, armoire , croire . — Donner les homonymes des mots suis, peut , bon, et les faire entrer dans une courte phrase.
180. Exercice. — Écrire sous la dictée lemorceau suivant en soulignant d'un trait les adjectifs, indéfinis, de deux traits les pronoms indéfinis.
Migration des oiseaux
Les oiseaux de passage ont tous leur temps marqué, et ils ne le passent point; mais ce temps n’est, pas le même pour chaque espèce : les uns attendent l’hiver, les autres le printemps, d’autres l’été et d’autres l’automne. Il y a dans chaque peuple une police publique et générale, qui règle et qui tient dans le devoir tous les particuliers. Avant l’édit général, aucun ne pense à partir; depuis sa publication, aucun ne demeure.
Une espèce de conseil décide du jour, et il accorde un intervalle pour s’y préparer, après quoi tout déloge, et il ne paraît le lendemain ni traîneurs, ni déserteurs, tant la discipline est exacte'! Plusieurs ne connaissent que l’hirondelle qui fasse ainsi; mais la chose est certaine pour beaucoup d’autres espèces. Et je demande,
ÈXERCICËS.
quand nous n’aurions que l’exemple de Phirondelle, quelle nouvelle elle a reçue des pays où elle va en grande troupe pour s’assurer qu’elle y trouvera toutes choses préparées. Je demande pourquoi elle ne s’attache pas comme les autres oiseaux au pays où elle a élevé sa famille qui y a été si bien traitée. Je demande par que) esprit de voyager cette nouvelle famille, qui ne connaît que son pays natal, conspire tout entière à le quitter. Je demande en quel langage se publie l’ordonnance qui défend à tous, soit anciens, soit nouveaux sujets de la république, de demeurer par delà un certain nombre de jours. Enfin, je demande à quels signes les principaux magistrats connaissent que ce serait tout risquer que de s'exposer à être prévenus par une saison rigoureuse. Quelle autre réponse peut-on faire A ces demandes que celle du prophète : Que vos ouvrages, Seigneur, sont grands et merveilleux I vous les avez formés avec sagesse !
Rollin.
181. Exercice oral. — Donner les nuances de sens qui distinguent foule, multitude, presse, concours , affluence, troupe , troupeau.
182. Exercice d'analyse. — Analyser de vive voix les propositions de la phrase : Les oiseaux de passage ont tous leur temps marqué, et ils ne le passent point.
183. Exercices oraux ou écrits. — A quelles remarques de grammaire historique peuvent donner lieu les phrases suivantes?
Si salvarai eo cest meon fradre Karlo. ( Serments de Strasbourg , ixe siècle.)
Il attendirent jusqu’au quart jour et il revindrent au palais.
(VlLLEHARDOUIN, XIIIe siècle.)
Il y avait pour drap de pied un tapis velu..., et dessus un escabeau..., et sur icelui un bassin vermeil doré. (Malherbe, xvie siècle.)
Ayant pris la ville de Regge et en icelle le capitaine Phyton. (Montaigne, xvie siècle.)
Au travers d’un mien pré certain ânon passa. (Racine.)
Ses intérêts sont-ils plus sacrés que les nostres ?(ld.)
Et n’as-tu pas ton franc arbitre,
Pour sortir d'ond tu es entré? (Marot, xvie siècle.)
Là le repaît Yhom des reliefs de la table. (Saint Alexis , xu° siècle.) Quand toute riens à sa douce nature vient et retrait. (xne siècle.) Quand on est bien qu’a l'on besoin d’amis? (Amyot, xvie siècle.) Si tu creins Dieu, si te creindront toutes les riens qui te verront. (Joinville, xme siècle.)
184. Exercice. — Mettre en prose les vers suivants. — Apprendre par cœur
le même morc&au.
DU PRONOM
Merveilleuse légende des Fées de Berneuf
Voici de ça longtemps. Alors les pauvres femmes N usaient point à Hier leurs corps avec leurs âmes,
Car dans leurs beaux palais de jaspe et de corail Des Esprits bienfaisants seuls faisaient ce travail.
Ces Esprits, les Bretons les appelaient des fées.
Or ces dames, de gaze et de soie attifées,
Depuis bien des mille ans au doux pays d’Arvor Vivaient, et leurs fuseaux on peut les voir encor :
Enfants (retenez bien), ce sont les grandes pierres Qui se tiennent debout au milieu des bruyères.
Ces grès, dont nul savant ne sait dire le poids,
Pesaient moins qu’un fétu pour leurs agiles doigts.
Aussi leur tâche était bien vite terminée :
A nos travaux d’un an suffisait leur journée.
Pourquoi ces bons Esprits ont-ils quitté nos champs?
Mes amis, ce secret est celui des méchants.
Mais c’était à Berneuf, sur le bord de la grève,
Dans leur grotte d’azur, comme on n’en voit qu’en rêve,
Pleine de sable d’or, pleine de larges fleurs
D’où sortaient à la fois des parfums, des couleurs ;
C’était dans ces rochers que se plaisaient ces reines Dont les chants répondaient aux chansons des sirènes Secourables au faible, appui de l’indigent,
Elles aidaient celui qui perdait son argent.
Dans leur grotte on faisait la nuit quelque prière;
Le lendemain l’argent brillait sur une pierre!...
Mais, flleuses ! c’est nous, nous que leur amitié Entre les malheureux semblait prendre en pitié.
Peu nous gagnait leur cœur : quelques simples offrandes De beurre et de pain frais, dont elles sont friandes.
Le soir vous alliez donc, portant un panier plein De leurs mets favoris, puis de chanvre et de lin,
Et quand vous reveniez le matin, de bonne heure,
11 ne restait plus rien du pain frais et du beurre,
Mais le chanvre et le lin, le tout était filé,
Et de cent éeheveaux notre panier comblé.
Brïzkux (les Bretons , Lemerre, édit.).