DE L INTERJECTION
241. Exercice écrit. — Copier le morceau suivant en le transcrivant av<c l’orthographe actuelle.
De la pie et de ses piaux
Je vous veulx faire un conte d’oiseaux. C’estoit une pie qui conduisoit ses petits piaux par les champs, pour leur apprendre à vivre ; mais ils faisoient les besiats, et vouloient tousjours retourner au nid, pensant que la mère les dust toujours nourrir à la bechée : toutesfoys, elle, les voyant tout drus pour aller par toutes terres, commença à les laisser manger tout seuls petit à petit, en les instruisant ainsi : « Mes enfans, dit-elle, allez-vous-en par les champs: vous estes grands pour chercher votre vie; ma mère me laissa que je n’estois pas si grande que de beaucoup vous estes. — Voire mais, disoient-ils, que ferons-nous? les albalétriers nous tueront. — Non feront, non, disoit la mère : il fault du temps pour prendre la visée. Quand vous verrez qu’ils lèveront l’arbalète et qu’ils la mettront contre la joue pour tirer, fuyez-vous-en ! — Eh ! bien, nous ferons bien cela : mais si quelqu’un prend une pierre pour nous frapper, il ne fauldra poinct qu’il prenne de visée. Que ferons-nous alors? Et vous verrez bien tousjours, disoit la mère, quand il se baissera pour ramasser la pierre. — Voire mais, disoient les piaux, s’ils portoient d’adventure la pierre tousjours preste en la main pour ruer? — Ah ! dit la mère, en savez-vous bien tant! Or, pourvoyez-vous, si vous voulez. )) Et ce disant, elle les laisse et s’en va. Si vous n’en riez, si n’en pleureray-je pas.
Bonaventure Despériers (mort en 1544).
241 bis. Exercice complémentaire. (Page 220 du Livre de l’Élève.) — Copier ou écrire sous la dictée le morceau suivant et rétablir les vers. (Ces vers sont de 8 syllabes, et à rimes croisées.)
La source
Dans un coin, une source filtre entre deux pierres, tout près du lac ; comme pour s’en aller bien loin, l’eau allègrement, prend sa course.
Elle murmure : « Oh ! quelle joie ! il faisait si noir sous la terre ! à mon miroir maintenant se mire le ciel, ma rive verdoie.
Dans leurs ébats, les libellules m’égratignent de leurs queues. Les myosotis aux fleurs bleues me disent : Ne m’oubliez pas.!
L’oiseau s’abreuve à ma coupe: peut-être après quelques détours, deviendrai-je un fleuve baignant tours, vallons et rochers. Qui sait?
Emportant à l’Océan où finit tout, le steamer qui fume, de mon écume je borderai quais de granit, ponts de pierre. »
La jeune source, formant cent projets d’avenir, jase ainsi; son flot, comme l’eau qui bout dans un vase, ne peut se contenir.
Mais à la tombe touche le berceau; le futur géant meurt petit : la source née à peine tombe dans le grand lac qui l’engloutit.
D’après Th. Gautier.