LE GRAIN DE BLÉ
; € Un matin du mois de juillet, je me promenais à travers la campagne, le long d’un champ de blé. Des gouttes de rose id tremblaient aux barbes des épis, comme des diamants au bout : de légers fils d'or. Le soleil se jouait sur l'immense plaine blonde, tachetée ça et là de bluets et de coquelicots. La brise glissait à la surface, inclinant doucement les épis selon un rythme harmonieux, et desalouettes s’envolaient deçà, et delà, égrenant leurs notes perlées, prière du matin de la joyeuse nature.
C'était un spectacle très simple. Cependant il m'émouvait, car je pensais au mystère qui se cache dans chaque grain de blé. C'est la vie de l'humanité qui s'y élabore, c'est le repos de la société qui en dépend.
Le grain de blé, c’est la réponse du ciel à la prière ardente qui monte des sillons de la terre : « Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaaue jour.»
- Le grain de bl. . est le prix que réclame, pour chacune de ses sueurs, l'ouvr:.. qui travaille essoufflé, dans les ateliers et les mines. Le pain qui sortira de ces grains fera cesser le cri de ses entrailles.
Le grain de blé, c’est l'aliment que la mère demande pour le bébé endormi, afin de rendre encore ses joues plus roses, «es poings mignons plus :.'ides, son corps plus robuste.
Ft AIT Le grain de blé, : st le problème qui hante l’économiste ee acharné sur la ques..on sociale. Comment le grain fera-t-il
son chemin à travers le monde et pénétrera-t-il dans chaque chaumière ?
Le grain de blé, c’est le talisman qui apaise le peuple romain hurlant dans les rues : « Panem et circenses ! » Du pain et des jeux ! Et, quand les questeurs inquiets interrogent l'horizon à l'embouchure du Tibre, ils épient le grain de blé qu ipportent les navires d'Afrique et de Sicile et qui leur permettra de nourrir et de gouverner un peuple.
O grain de blé, je comprends que le soleil te baise, que la brise te caresse, que la nuit te verse sa rosée, que l’alouett: te chante, que l’Église te bénisse au radieux matin des Rogetions, que la société, agenouillée en cercle autour des champs où tu mûris, te tende des bras suppliants. Tu empêches les peuples
de désespérer, de se révolter, l'humanité de mourir : tn es sacré !
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