Même exercice
Suite du morceau précédent.
«1 ais le grain de blé a été élevé à une digiuté p'us haute encore.
Un jour, certain geste a été tracé sur lui par une main divine, certaine formule a été prononcée : « Et frumentum caro factum est ! » et le grain de blé s'est fait chair ! Et quelle chair ! Une chair divine !
O grain de blé, la terre était à genoux devant toi, voici que le ciel s'incline à son tour ! Et te voyant, mon cœur s’attendrit et se gonfle de reconnaissance pour le Dieu qui a fait en Loi de grandes choses : « Feci tibi magna qui potens est ! » Avec toi je chante le « Maguificat». Je te vénère, je t'aime, je voudrais t'arroser de larmes d'amour. Tu es sacré !
Grain de blé, grain de blé, tu seras l’hostie blanche et immaculée qui brillera sur l’autel. Un Dieu descendra en toi, il chassera ta substance, mais il s'enveloppera de tes fréles espèces comme d’un manteau de neige.
Grain de blé, grain de blé, transformé par le Verbe sacerdotal, nous te ferons des vases d'or et des ostensoirs merveilleux, et nous les ornerons d'émaux et de filigranes de diamants et de perles rares !
Grain de blé, grain de blé, nous te chanterons des hymnes très douces, nous te dirons : « O salutaris hostia ! » car tu empêches l'humanité de mourir de la mort éternelle. Tu es plus précieux que la manne du désert : ceux qui te mangent, transsubstantiés en la chair divine, vivront éternellement.
J'en étais là de ma méditation, un matin du mois de juillet, errant à travers la campagne, lorsque la cloche d’une église voisine sonna lentement pour annoncer l'heure de la messe : et il me sembla que tout le champ de blé tressaillait, que la brise soufflait plus fort, que les épis s’inclinaient plus profondément, comme de doux encensoirs, et j'entendis les grains de blé qui se disaient entre eux : Nous monterons à l’autel du Seigneur : € Introibo ad altare Dei.» Et les alouettes s’arrêtaient dans leur vol, émues et recueillies, et les ailes pieusement étendues en forme de croix elles répondaient : « Ad Deum qui lætificat juventutem meam.» Elles chantaient l'introït des messes futures.
Et je m'en allais en disant : « Soyez béni, mon Dieu, pour ces milliers de messes qui germent dans un champ de blé.»
S. Coué.
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