LE ROUET
tn ! vous voulez le faire disparaître ans quelque sombre et triste corridt Ce vieux rouet qu’à travers la fenêtrs Le gai soleil frappe d’un reflet d’or ?
Si vous saviez la douce rêverie Qui, près de lui, si souvent m’a bercèe Si vous saviez à mon âme attendrie Tout ce que dit ce témoin du passé !
C’est le rouet de la grand’ mère, Il me semble encore la voir, Malgré l’âge, active ouvrière, Filant du matin jusqu’au soir.
Oui, je la vois, c’est elle, c’est bien elle ! Sa robe sombre aux larges plis tombants, Sa-coiffe antique et sa tête si belle, Si belle encore sous ses beaux cheveux blancs ! Ici, près d’elle, une cage est posée :
Là, le vieux chat dort devant les tisons, Et le soleil, à travers la croisée, Comme aujourd’hui, darde ses chauds rayons !
Quelle fête pour la grand’mère + les oiseaux, dans les beaux jours, hantaient leur chanson printanière, . Le vieux rouet tournant toujours !
Je vois l’école, au sortir de laquelle Avec bonheur grimpant notre escalier, De loin, déjà, m’arrivaient pêle-mêle Ce gai ramage et ce bruit familier.
J’entrais. — Eh bien ! disait la bonne vieille, A-t-on point ri? s’est-on point fait chasser ? Dois-je embrasser, ou bien tirer l’oreille ?
— Non! grand'maman, vous pouvez m'embrasser.
Je le sens encore sur ma joue Ce tendre et long et doux baiser !
Et bientôt la petite roue, De recommencer à jaser !