On distingue encore l'orthographe phoné
54. L’orthographe phonétique consiste à écrire exactement le mot tel qu’il se prononce, reproduisant chaque son par un signe, et supprimant tout signe inutile. Le latin, l'italien, l'espagnol, etc., ont une orthographe phonétique.
56. L’orthographe étymologique écrit les mots conformément aux mots anciens ou étrangers dont ils sont formés.
En France, l'usage n’a, d'une manière absolue, adopté ni l'un ni l’autre de ces deux systèmes.
En effet, la stricte reproduction des sons du français n’est pas facile à obtenir : notre alphabet, transmis par les Latins, n'ayant pas été créé de toutes pièces pour l'expression des sons de notre langue.
« Les signes propres manquent ordinairement, dit le Dictionnaire de l’Académie, dans sa préface, édition de 1878, pour exprimer la prononciation, et les signes qu'on inventerait pour les remplacer seraier: le plus souvent trompeurs.»
€ On a souvent p-oposé, est-il dit dans la même préface, de régler l'orthographe sur la prononciation, tout au moins de la rapprocher de la prononciation le plus possible, d'en faire une sorte de prononciation sensible à l'œil. Rien de plus séduisant au premier aspect qu'une pareille idée, rien de plus chimérique à un sérieux exaiuen. Cette réforme radicale de l'orthographe, qui donc aurait le droit de l’imposer à tous, ou assez de crédit pour la faire universellement adopter ? qui oserait se croire autorisé à porter un pareil trouble dans les habitudes de ceux qui lisent et qui écrivent ? L'orthographe et la prononciation sont deux choses essentiellement distinctes : elles n'ont ni la même origine, ni le même but. L'orthographe est pour les yeux, la prononciation pour l'oreille.
« L'orthographe est la forme visible et durable des mots ; la prononciation n’en est que l'expression articulée, que l'accent qui varie selon les temps, les lieux ou les personnes. L’orthographe conserve toujours un caractère et une physionomie de famille qui rattache les mots à leur origine et les rappelle à leur vrai sens, que la prononciation ne tend que trop souvent à dénaturer et à corrompre. Une révolution d'orthographe serait toute une révolution littéraire ; nos grands écrivains n’y survivraient pas. C’est Bossuet qui l’a dit dans une note qu'il adressait à l’Académie précisément sur ce sujet de petite apparence, et de grande conséquence en réalité : note précieuse qu'un savant chercheur a récemment retrouvée et publiée, et qui tranche en quelques mots la question,
« Il ne faut pas souffrir, dit Bossuet, une fausse règle qu’on a voulu introduire d’écrire comme on prononce, parce qu’en voulant instruire les étrangers et leur faciliter la prononciation de notre langue, on la fait méconnaître aux Français mêmes...
lionnaire, et que de nouvelles mais rares modifications ont encore été introduites dans celle qui paraît aujourd’hui.»
Quant à l’observance rigoureuse de l’étymologie, elle n’est pas facile à imposer, car l’usage n'est pas fixé le plus souvent par les savants, mais par le peuple.
56. L’orthographe de la plupart des mots de la langue française a éprouvé bien des variations depuis leur première formation jusqu’à nos jours.
Pour donner une idée de ces variations, nous croyons utile d’en présenter quelques exemples.
Du latin Cognoscere, cognoistre (xve et xvre s.), connoistre (xvite s.), connottre (xvirte s.), connaître (xIxe s.).
Du latin hibernum, iver (&ve s.), yver, hyver (xvre s.), hiver (xvrre s.).
Du latin ostream, oistre (xve s.), oystre, huystre (xvie s.), huistre (xvite s.), huître (xvirre 3.).
u latin aquam, yaue (Xves.), eaue (xvre s.), eau (xvirre s.).
Nore. — Les grammaires donnent ordinairement une quantité de règles pour l'orthographe d'usage ; mais les exceptions sont parfois plus nombreuses que ces règles elles-mêmes. L'orthogra e d’usage s’acquiert surtout par la lecture fréquente des oons auteurs.
57. La prononciation est la manière d’articuler, de faire entendre leslettres, les syllabes et les mots. La plus grande difficulté de la prononciation française tient à ce que les mêmes sons ne sont pas toujours notés par les mêmes signes dans l'écriture.