‹ Grammaire françoise à l'usage des pensionnatsChapitre 47 sur 63 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

KEMARQUES PARTICULIÈRES SUR QUELQUES ESPÈCES bÉ MOTS. '< •.vJ' >..

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jJe lydtijectif conséquent. '

Quelques personnes emploient l'adjectif couscquent ou lieu de grand , important y considérable. Ainsi on entend souvent dire : ce^t une perte coii|séquenle, cest une. sonnne. conso'quenle , pour signifier une perte considérable, une somme, considérable. CJe sontrlà: tout autant de fautes conire la langue. LfV.d-, \çvi\î conséquent ne peut s'emplojer que pour désigner une ])eisonne qui raisonne, qui agit conséquemmcnt : cet homme est conséquent dans ses discours ^ dans ses projets^ dans sa conduite. ( Acad. )

Imposer^ en imposer.

Il y a une grande différence entre imposer

et en imposer. i\;.M"'

Imposer y pris absolument , signifie impH'-

DE C. C. LETELLTER. 175

mer du respect , de la crainte : Oest un homme dont la présence imjiosc.

En imposer signifie tromper ^ mentir ^ en faire accroire : Ne le crojez pas ^ il e« impose.

Se rappeler.

'■ Le verbe rappeler est actif, et par conséquent le nom ou pronom qui snit le ver])e se rappeler , ne doit jamais être piéi édé do la préposition de y on doit dire se rappeler quelque chose , et non point se rappviei- de quelque chose. Ne dites donc point : je ne me rappelle point de cela ; mais bien , je ne me rappelle point rela..^e dites pas non plus : je ne m'^en rappelle point . ^e ne m en suis point rappelé y mais (îites '.je n? me le rap^ 'elle point .^ je ne me le suis point rappelé.

Le verbe se rappeler peut être suivi d'un infîuiiif, sans que cet infinitif soit précédé de la préposition de. Ex. : Je ne me rappelle pas avoir rien ajouté au texte (Bernardin de Saint- Pierre). Maison met plus ordinairement la'prç'posiiion de entre se rappeler et le verbe qui Suit : je ne me rappelle pas d'en avoir fn une 'seule qui ne fût charmante. Si la préposition de est permise entre se rappeler et un autre verbe .cVst par analogie avec les constructions espérer de , sou ha if ef^ de , . désirer de ^ et plusieurs autres pareill'es. 'jifln:.

Le verbe se rappeler peut être suivi de îa conjonction que : je me rappelle qud m'a dit ^ etc. 6

lPj<9 GRAMMAIRE FRANÇ016E

' Des Participes passés.

Passé ^ participe du verbe passer^ se joint tantôt au verbe auxiliaire avoir , tantôt au vcibe auxiliaire être.

Quand passer a un ré^!me, et qu'il a rapport aux lieux ou aux personnes , il faut dire , a passé., soit dans le sens propre, soit dans le sens figuré. // a passé par le Pout-des-Arts j le Roi a passé par Amiens ,* Carmée a liasse par Lille; par-tout oit Varmée a passé, elle a fait de grands dégâts j Vempire des Assyriens a passé aux 3Ièdes^ etc.

Quand passer n'a ni régime ni relation aux lieux ou aux personnes , on dit : est passé. L'empereur est passé ^ l'empire des Romains esl passé j le bon temps esl passé j cette femme est passée , pour dire qu'elle ri est plus ni belle ni jeune.

Au reste , il faut remarquer que passer se prend ici en sa signification naturelle. Quand passer a une autre signification , on met : a passé .^ en des endroits ol. il n'y a nul rapport ni aux lieux ni aux personnes. Exemple : ce mot a passé ^ pour dire , ce mot a été reçu. Car il y a bien de la différence entre ce mot est passé , et ce mot a passé. Ce mot est passé., signifie qu'un mot est vieux, qu'il est aboli , qu'il n'est plus du tout en usage. Ce mot a passé., signifie qu'un mot a été introduit, et qu'il a cours dans la langue.

DE G. G. LETELLIER. l8t

Sorti ^ participe passé du verbe sortir^ se joint quelquefois à Taiixiliaire avoir , quand le verbe sortir s'emploie activement. Eu parlant d"'un homme qu'on a tiré d'une aftaire désagréable, on dit qiioii l'a sorti ifiine affaire désagréable. On dit également : avez-vons sorti mon cheval de l'écurie^ pour dire : avezvous tiré mon cheval de décurie F

Descendu.) participe du verbe descendre .^ se conjugue aussi quelquefois avec le verbe avoir .f dans une signification active. On a àescendu plusieurs passagers dans une fie j c'est cous qui avez descendu ce tableau.

jiccouru reçoit éfialemcnt Tun ou Tautre des verbes auxiliaires. J'ai accouru , je suis ac^ couru. Mais couru est toujours joint au verbe avoir.) excepté lorsque l'emploie figurément pour dire : recherché .^ suivi. Ce prédicateur est couru y il ny a pas assez de telle marchandise^ tant elle est courue.

Apparu prend indifféremment les deux verbes auxiliaires. Ce spectre lui a apparu^ lui est apparu. Mais paru ne prend que l'auxiliaire avoir. Il en est de même de comparu et disparu. Cependant en parlant figurément d'une chose qu'on avoit, qui tout d'un coup ne se trouve plus, on dit également qu'elle est disparue, et qu'elle a disparu. Exemples : favois des gants., ils ont disparu. Qui a pris L'argent qui étoit sur cette table f Je n ai fait que tourner la tête , il est disparu , // a disparu. (Acad. j

l82 GRAMMAIRE FRANÇOISE

Cm, participe passé dn verbe crozVre ^ reçoit pareillem. ni les deux verbes «7('o/r ci être. La rivière est crue, a ciù^ sa Jamille est bien crue , a bien cru. { Acad. ) Décru , recru , accru se joignent ordinairement, an verbe être : les jours sont bien décrus \ les eaux sont bien décrues • ses revenus sont bien accrus. Mais quand accroître a une signification active , accru prend le verbe avoir : il a beaucoup accru ses revenus.

Péri .j participe du verbe périr ^ se conjugue avec les deux Verbes être et avoir : celte armée est diminuée de moitié^ les combats en ont J ait périr une partie^ le reste est péri^ a péri (le jiécessilé.. de faim, et de misère^ tous 'ceux qui étoient sur ce vaisseau ont péri., sont péris. fAcad. )

Cessé prend avoir., quand il est suivi d'un régime : vous avez cessé votre travail j elle 7z\turoit point cessé de chanter. Cessé , sans régime, prend avoir ou être. Sa fièvre a cessé ^ ou est cessée. ( Acad. )

Convenu se joint à avoir , quand le verbe com>enir signifie être convenable j et il se joint au verbe être , quand convejiir signifie denicU' ver d'accord. Exemple : Celte maison nous a convenu^ et nous sommes ' convenus dn prix. (Arad ) , ;

ContréifemiJ prend aussi les deux verbes auxiliaires. Exemple : // prctendoit n'avoir point contrevenu 4^ 7/ cire poifit conaevcuu à la loi. CAcad. ) ■'■^'^■''\

DE C. C. LETELLIER. iSa

Monté se joint h avoir ^ quand monter a un re«iime \ il a monié C escalier y a-t-on monté le foin au grenier? Il se joini indifféreinmeni à être ou à a^^oir ^ quand il n'a point de régime. Exemples : il étoit sergent^ il a monté à la lieiitcnance ,• // éloit en troisième ^ il esi monté en' seconde j la rivière a nionté cette année à une telle hauteur ^ le blé a monté ^ est monté jusquà vingt francs le setier. X kcadi.)

Demeuré reçoit avoir ^ quand le verbe Jemiiirer sîonifie faire sa demeure : /ai de^ mettre trois ans à la campagne. Il reçoit le verbe être quand demeurer signifie rester* dan'S un éfat de permanence : il est demeuré en chemin^ il est demeuré deux mille hommes sur la p^ace y voilà oii nous en sommes demeurés ; elle y est demeurée pour les gages. (Arad.)

Echappé prend avoir , quand échapper signifie s'évader., se sauver. Il a échappé dit feu. II prend être ou avoir , qiiand échapper signifie nêtre point saisi .^ aperçu. Le cerf a. échappé ou est échappé huoc chiens. { Acad.) ■ Cej)endant eue échappé ou avoir échappé., sont deux locutions qui om un sens bien différent. La premièie de'signe une chose faite par inadvertance \ la seconde une chose non feilé, soit par inàdvertaiice , soit par oubli. Ce mot m'est échappé., c'est-à-dire, /"«/ pro~ nonce ce mot sans y prendre garde. Ce que

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je voulois dire m'a échoppé^ c'esl-a-dlre^ f ai oublié de vous le dire ; ou , dans un aiUre sens , fai oublié ce que je voulois dire. ( Encjclopëdie. )

Eté.^ participe passé du verbe être., s'emploie quelquefois pour allé., participe du verbe aller. On dit j'^ai été à Rome , pour dire qu'on y e^t allti , et qu'on en est revenu ^ et, il est allé à Rome , pour marquer quMl n'en est pas encore de retour. Ainsi toutes les fois qu'on suppose le retour, il faut dire : il a été ^ y ai été y et lorsqu'il n'y a pas de retour, il faut dire, // est allé. D'après celte règle, on ne doit pas se servir du participe allé avec le verbe être.^ aux deux premières personnes. Ne dites pas : yy suis allé .^ tu y es allé ., nous j- sommes allés .f vous y êtes allés j mais dites : /y ai été., tu y as été .^ uous j avons été., cous y avez été .^ etc.

Les participes résulté , subvenu , se joignent toujours au verbe avoir. Dites : il a résulté de là.) et non pas, // est résulté j on a subvenu à ses besoins., et non pas , on est subvenu.

Le participe tombé reçoit toujours le verbe être, il a voulu courir , et il est tombé j il est tombé de la neige ^ et au figure, cette pièce est absolument tombée»

Suppressioîi des Participes étant , ayant.

Etant se supprime bien avant îe participe passé 5 mais ayant ne se supprime jamais. Ainsi, dans ces vers de Racine :

A ces mots ^ ce héros expiré

Ti''a laissé dans mes bras qiiiJi corps dcji.^urè.

Ce héros expiré n'est pas plus François que ce héros parlé ^ pour ayant parlé. Expiré^ dans le sens propre, convient aux personnes et se conjugue avec avoir. On doit dire, ce héros ayant expiré^ etc. Le même verbe, dans le sens figuré, convient aux cboses, et se conjugue avec être. Alors on peut supprimer eYa^z^ avant le participe, et dire: je n'ai plus que six mois ^ et mon bail expiré, il faut que je me retire.

Il ne faut pas donner aux participes des verbes neutres un sens qui n'appartient qu'aux participes passifs. Ainsi, on ne doit pas dire des expressions coni^enues ^ ]\r>\xr dont on est coni'enu y des principes réfléchis^ pour sur lesquels on a réfléchi.

On dit bien une lumière réfléchie , parce que réfléchir .^ dans le sens physique, est actif 5 mais comme on ne peut pas dire réfléchir un principe , il s'ensuit qu'on ne peut pas dire non plus, un principe réfléchi^ etc.

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