‹ Grammaire françoise à l'usage des pensionnatsChapitre 56 sur 63 · Î^- GRAMMAIRE FRANÇOISE · texte numérisé non relu

Î^- GRAMMAIRE FRANÇOISE

liclie. Boileau en a donné en même temps le pre'cepie et l'exemple dans ces deux vers :

Que toujours daus vos vers — le sens coupant les mots^ Suspende rhemistiche , — en marque le repos.

Dans les vers de dix syllabes , la césure est après la quatrième, et partage le vers en deux hémistiches inégaux , Fun de quatre syllabes, Taulre de six.

Je vous l'ai dit, — l'Amour a deux carquois.

Voltaire.

ARTICLE III. De la Rime.

La rime est runifomiité de son dans la terminaison de deux mots. Tous les vers françois sont rimes.

Les rimes sont masculines ou féminines.

Les rimes masculines sont celles qui ne sont point terminées par un e muet.

Jadis riiomme vivoit au travail occupé,

Et ne trompant jamais, ux-toit jamais trompe'.

Son ton simple et naïf, n'a rien de fastueux,

Et n'aime point Torg^ueil d'un vers présomptueux.

Il peut dans fon jardin tout peuple d'arbf es tcrts , ïleccler le priaiemps au milieu des hivers.

BoiLEAV.

Les mots terminés par oient , à Timparfait et au conditionnel des verbes, n'ayatil le son que d'un è ouvert, forment une rirae masculine.

Du ti^r.ips que les bt'lcs parloicnt ^ .Les lions entr'autres x'ouloient

£lic admis dant notre alliance. , ,

La FosTAUfEi"-' '^^'i-^i', Jl

DE C. C- LETELLIER. 2l3

Les rimes féminines sont celles qui se terminent par un e muet, soit seul, soit suivi d'une 5, ou fie nt.

Il faillit s'arrêter , et la rame inutile Fatigua vainement uue ruei- immobile.

Oigueillouse rivale , on l'aime et tu murmurer ; Soulïrirai-je à la fois la gloire et tes injure* ?

Les forêts cl(; nos cris moins souvent retentisse;?? ; Chargés d'un feu secret, vos yeux s'apposaiitisscrtf.

Kacike.

Dans les vers dont la rime est fe'minine et que pour celte raison on appelle VGvsféini-' nins ^ Ve muet de la lin sonne si foiblcuirnt , qu'on Tenlend à peine ^ et cette derni<':re syllabe est coiiipte'e pour rien dans la mesure des vers.

Les rimes , soit m;isculinrs y soit fe'minines , sont ou riches^ ou s'euiëinent suffisantes, lu^ rime riche est formée de deux mots, dont les derniers sons sont parfaitement semblables , et même autant qu'on le peut, repre'sente's par les mêmes lettres, comme dans ces vers :

Mais dès qu'on veut tenter celte va^te carrière., Pégase s'tffarouche et recule en arrière.... Et leurs cœurs s'aJIumani d'un rcite de chaleur^ La honte fait eu eux l'clfet de la uahur.

BoiLEATT.

La rime sitffisanie est celle qui n'a pas une ressemblance aussi rigoureuse de sons el d'orthographe, mais qui suffit cependant pour produire à l'oreille une vërilable consonnauce entre la fin de deux vers :

Toi qui, né philosophe au milieu des grandeurs .^ As setoiié la: joug des modernes erreurs,,,,.

âr4 GRAMMAIRE FRANÇOISE

Dc'méle autant qu'il peut les principes des choses , Connoît les nœuds secrets des effets et des causes,

CUAULIEU.

Le plus OU le moins d'ex a cti tu de de la rime dépend d'un assez grand nombre de nuances que l'usage seul apprend à observer , lorsqu'on a l'oreille sensible, et que toutes les règles du monde Ibnt mal sentir à ceux qui ne l'ont pas. Trop de sciupule sur cette exactitude peut dege'ne'rer en affectation ^ mais l'excès contraire est l'effet d'une négligence qui ôte à l'oreiile une partie du plaisir que doit lui causer le son des vers.

Le soin principal du poëte doit être de faire en sor!e que la justesse du sens ne souffre jamais de la bouté des rimes.

Quelque sujet qu''on traite, ou plaisant ou sublime,

Que loujours la raison s''accorde avec la rime :

L'un Tautrc vainement ils semblent se haïr ,

La rime est une esclave, et ne doit qu'obéir.

Lorsqu'à la bien cliercber d'abord on s'ëvcrtue,

L'esprit à la trouver aisément s'habitue ;

Au joug de la raison sans peine elle flécliit,

Et loin de la crêner la seil et l'enrichit.

Mais lor.s(|u'on la nop^lige , elle devient rebelle.

Et pour la rattrapper le sens court après elle,

BoiLEAr.

Un même mot, pris dans le même scns^ ne peut se placer pour la rime à la fin de deux Tcrs^ on n'y doit pas même mettre deux composés du même mot 5 ainsi amis et ennemis ^ ne riment pas bien , non plus que prudence et imprudence , bienveillance et mahcil-^ lance , etc.

Mais quelquefois , le même mot a deux

sens différents -, on peut alors l'employer à la rime, sur-tout dans le style comique et familier.

J'y brûlerai mes Uires.

Quatre botles de foin , cinq à six mille libres !

Racine.

Les deux lie'mistiches d'un vers ne doivent pas rimer ensemble, ni même avoir une convenance de son : ainsi, Boileau a manqué à son exactitude ordinaire, lorsqu'il a dit :

Aux Saumaises y^iurs préparer des tortures.

Il ne faut pas non plus que le dernier he'misliche d'un vers rime avec le premier du vers , soit précédent , soit suivant, ni que les deux premiers hémistiches de deux vers qui se suivent , riment Tun avec l'autre.

ARTICLE ly.

Des termes que le vers exclut.

Il ne s'agit pas seulement ici des mots prosaïques, durs ou bas , que le ^oût doit écarter, ni. des conjonctions , des adverbes , ou des pronoms, que le style oratoire peut admettre, mais qui sont incompatibles avec le style poétique, tels que : c'est pourquoi ., parce que ^ pourvu que ( i ) , Je manière ou de façon que ^ bailleurs ^ en effet ^ quelquefois ^ quelconque^ etc. Il s'agit iburtout des sons ou des

( I ) Racine a dit : Pourvu que de ma mort respectant les approcLes , etc.

rHÈDBE, act. I,

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sjUabes qui ne peuveut pas entrer dans un vers.

Un mot terminé par une voyelle autre que Ve muet, ne peut être suivi (Vun mot qui commence par une voyelle/ Boileau le défend dans ces deux vers :

Gardez qu'une Toyelle , à courir trop hâtée, Ne soit d'une voyelle en son chemin heurlée.

Celle rencontre de deux voyelles qui se heurtent , est ce qu'on nomme hiatus. Cette loi n'exisloit point pour nos anciens poètes ^ aussi trouve— t— on beaucoup dliialiis dans leuis vers :

Un lîous nenni avec un doux sourire.... A mon plai^'r vous faites yew et flamme.,.. Là où savez sans vous ne puis venir...,

Marot.

L'e muet , à la fin d\m mot , et précédé d'une voyelle , comme dans aimée , Jiiîie , /oze , riiCj roue., etc. , ne peut entrer dans aucun vers , à rnoins d'une élision 5 ainsi on ne pourroit pas dire :

J'avoue mes dcfauls, je cache mes vertus;

mais on diroit bien :

J'avoue à mes amis mes pins secrets dcfauls 5

ainsi du reste.

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