‹ Grammaire françoise à l'usage des pensionnatsChapitre 57 sur 63 · ARTICLE V · texte numérisé non relu

ARTICLE V

Des licences permises dans les vers.

Ces licences consistent dans certains tours de

Î-)hrases, ou certaines altérations de mots, que es vers permelleut et qui sont défeudus en prose.

DE C. C. LETELLIEU. i-Xf

Les langues anciennes etoient très-riches en licences de cette espèce, qui faisoicnt de leur poésie un langage à pari, et entièrement difFe'rent de la prose. La plupart des langues modernes en ont aussi beaucoup, quoiqu'elles en aient moins que la langue grecque et la langue latine. Elles sont en petit nombre dans la nôtre , qui est aussi peut-être la moins poétique de toutes \c?, langues.

Les seules licences qui nous soient permises, sont certaines transpositions de mots , l'emploi de certains termes dont la prose ne se sert pas, le retranchement de quelques lettres dans un petit nombre de mots.

Les transpositions de mots sont ce qu'on nomme autrement inversions. Elles consistent à placer quelques-uns des mots de la phrase autrement qu'on ne le feroit en suivant le sens direct et grammatical.

Pourquoi , sans Tfyppollte ,

Des hciros de la Grèce assi'ail>la-t-il Tclitc ? 'i'oi-mêtne en ton esprit rappelle le passe'. . . . D'un incurable amour remèdes impuis^sants ! . . .

Racine.

Dieu fît dans ce désert descendre la sagesse.

Voltaire.

Les mots propres à la poésie, et qui paroîtroient déplacés dans la prose, sont ceux qui ont une noblesse, une certaine emphase, qui les élève au-dessus du langage ordhiaire ^ tels sont antique pour ancien , coursier pour cheval^ \t flanc pour le côté^ le glaive pour

2i8 gram:jaire trançoise

Vépée j les humains^ les mortels^ pour les hommes / lijmen ou hjménée pour W2ariage^ elc.

Les lellies que l'on peut retrancher dans quelques mots, sont Vs finale de la première personne des yerbes je crois , je vois ^ je dis , 'fai-eilis^ etc., et Te dV/zcor^', que les poètes écrivent encor^ lorsque cela leur est plus corumode.

C'est à peu près à cela que se réduisent touies nos licences ^ aussi les étrangers ont-ils beaucoup de peine à saisir des différences entre nos vers et notre prose, tandis que n'ous apercevons facilement dans Millon ou daws le Tasse, des tours, âes licences, des hardiesses que la prose aiigloise et la prose italienne u'admatlroieut point..

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