DES PRONOMS ABSOLUS
Les pronoms absolus sont : qui, que, quoi, quel et où. On les nomme ainsi parce que, dans les phrases, ils n'ont point de rapport à un nom qui précède. C'est, comme on le voit, l'emploi qu'on en fait qui change leur dénomination.
Il est toujours aisé de distinguer qui absolu de qui relatif. Qui est pronom absolu quand il peut se tourner par quelle personne ou par quel est celui qui. Dans cette phrase : qui doute que le jeune homme qui cultive la vei^u ne goûte un bonheur plu^ solide que celui qui passe sa vie dans la dissipation et le plaisir? le premier qui est le seul qui soit absolu, puisqu'il est le seul qu'on puisse tourner psir quelle personne; les deux autres sont relatifs. Qui absolu, seul, ou précédé d'une préposition, ne se dit jamais que des personnes, comme : qui parle? à qui parlez-vous? de qui parlez-vous? Les étrangers font souvent la faute de le dire des choses.
Ce pronom n'offre à l'esprit qu'une idée vague et indéterminée; aussi est-il ordinairement masculin et singulier. On dit : qui de vous sera assez hardi pour m' attaquer? Il peut néanmoins quelquefois se rapporter à un féminin et à un pluriel, comme : qui sont ces personnes que nous voyons ? Quelles sont ces personnes que nous voyons vaudrait mieux.
Qui forme des gallicismes dans bien des phrases ; exemples : c'est à qui l'aura; à qui mieux mieux. Il y a aussi un vrai gallicisme dans cette phrase : c'était à qui des deux serait le plus enfant.
Quand le pronom qui sert à l'interrogation, il se tourne par qui est-ce qui, comme : qui vous l'a dit? c'est-à-dire, qui est-ce qui vous Va dit? Cette seconde manière est à la fois un pléonasme et un gallicisme. Qui interrogaiif se dit des choses dans les phrases proverbiales : qui fait l'oiseau? c'est le plumage. Mais on ne dirait pas : qui sont les états dunordl qui sont les anciens empires?
Que et quoi ne se disent absolument que des choses ; ils signifient quelle chose ; exemple ; que pouvait la valeur dans ce combat funeste ? à quoi vous occupez-vous ?
Que se met quelquefois pour à quoi, de quoi : que sert la science sans la vertu? c'est-à-dire, à quoi sert la sciencesans la vertu? que sert à l'avare d'avoir des trésors? c'est-à-dire, de quoi sert à l'avare d'avoir des trésors? Que, dans les phrases interrogatives, se tourne par qu'est-ce que : que rfites-vous ? signifie : qu'est-ce que vous dites ?
Règle. Que et quoi régissent la préposition de avant l'adjectif qui le suit.
Que dit-on de nouveau? Quoi de plus instructif et de plus amusant que de lire les auteurs célèbres dans leur propre langue ! Que de beautés, qu'on ne peut faire passer dans une traduction, n'y découvre-t-on pas !
Quoi tient quelquefois lieu de toute une phrase ; dans ce cas il est d'un usage indispensable; il évite une répétition toujours traînante. En voici un exemple pris dans Fénelon : C'est un sage législateur qui, après avoir donné à sa nation des lois propres à les rendre bons et heureux, leur fit jurer qu'ils ne violeraient aucune de ces lois pendant son absence; après quoi, il partit, s'exila luimême de sa patrie, et mourut pauvre dans une terre étrangère.
Quel suppose toujours un substantif qu'il précède, et dont il prend le genre et le nombre. II se dit des personnes et des choses, et marque principalement l'admiration : quel homme peut se promettre un bonheur constant? quelle modestie, quelle douceur, mai^ surtout quelle grâce naïve et piquante!
Où, d'où et par où, sont pronoms absolus quand ils sont au commencement d'une phrase, et qu'on peut les tourner par un nom de chose uni au pronom quel, ou quand ils sont pour quoi : où allezvous ? c'est-à-dire, en quel lieu allez-vous ? d'où (de quel lieu) venez-vous ? par où (par quel lieu) passer ez-vous? où aspirez-vous? c'est-à-dire, à quoi aspirez-vous ? par où en viendrez-vous à bout? ce qui signifie : par quoi, par quels moyens en viendrez-vous à bout ?