DES PRONOMS PERSONNELS
Les pronoms personnels sont ceux qui désignent les personnes.
11 y a trois personnes ; la première personne est celle qui parle ; la seconde personne est celle à qui l'on parle; la troisième personne est celle de qui l'on parle.
Les pronoms de la première personne sont je, me, moi, pour le singulier, et nous pour le pluriel. Ils sont des deux genres : masculins, si c'est un homme qui parle ; féminins, si c'est une femme : je parle; vous me parlez; on parle de moi; nous parlons (avec l'élision , j', m').
Me est pour à moi ou moi : il me dit, c'est-à-dire, il dit à moi; il me regarde, c'est-à-dire, il regarde moi.
Les pronoms de la seconde personne sont tu, te, toi, pour le singulier, et vous pour le pluriel. Ils sont des deux genres : masculins, si c'est un homme à qui l'on parle ; féminins, si c'est à une femme : tu parles; on te parle; on parle de toi; vous parle».
Te est pour à toi ou toi : on te dit, c'est-à-dire, on dit à toi; on te regarde, c'est-à-dire, on regarde toi (avec l'élision, t').
Par politesse, on dit vous au lieu de tu au singulier : vous êtes bien bon et bien honnête.
L'emploi de vous est si général, qu'on ne se sert de tu, te, toi, et qu'on ne les admet que dans le cas de la colère ou du mépris, dans celui d'une extrême familiarité, ou bien dans le haut style, surtout en poésie, quand on veut donner plus d'énergie à ses pensées et réveiller plus fortement l'attention. C'est ce qui a fait dire à Desbarreaux :
Grand Dieu, tes jugements sont remplis d'équité.
Et à Boileau , en s'adressant à Louis XIV :
Grand roi, cesse de vaincre, ou je cesse d'écrire.
Les pronoms de la troisième personne sont : il, elle, lui, le, la, pour le singulier, et ils ou eux, elles, leur, les, pour le pluriel. Il, le, ils, eux, sont toujours masculins ; elle, la, elles, toujours léminins ; lui, leur et les, masculins ou féminins, selon les personnes de qui l'on parle (le, la font /').
Lui est pour à lui, à elle, comme je lui parle, qui peut signifier je parle à lui, je parle à elle, suivant qu'on parle à un homme ou à une femme ; ce qui est toujours vrai quand il est dans le corps de la phrase; mais s'il finit une phrase, ou s'il est suivi d'un relatif, il est toujours masculin, comme est-ce lui? est-ce lui dont vous parlez? Le est pour lui, et la pour elle, comme je le vois, je la vois, c'est-à-dire, je vois lui,jcvois elle. Leur est pour à
eux, à elles, et les pour eux, elles, comme je leur parle, qui peut signifier je parle à eux, je parle à elles; je les vois, c'est-à-dire, je vois eux oxxjevois elles, selon les circonstances.
11 y a encore un pronom de la troisième personne, soi, se; il est des deux genres. Nous en parlerons bientôt quant au nombre. On l'appelle pronom réfléchi, parce qu'il marque le rapport d'une personne à elle-même (avec rélision s').
Se est pour à soi, soi, comme : il se donne des louanges, c'est-à-dire, il donne des louangesàsoi; il se flatte, c'est-à-dire, il flatte soi.
Il y a deux motsquiserventde pronoms^ savoir :
1» En, qui signifie de lui, d'elle, d'eux, (telles; ainsi, quand on dit : j'en parle, on peut entendre : je parle de lui, d'elle, d'eux, etc., selon la personne ou les personnes, la chose ou les choses dont le nom a été auparavant exprimé.
2° Y, qui signifie à cette chose, à ces choses, cojmme quand on dit : je m'y applique, c'est-à-dire, je m'applique à cette chose, ou à ces choses.
Il y a donc vingt-deux pronoms personnels, qui sont : je, me, moi, nous, tu, te, toi, vous, il, ils, elle, elles, se, soi, lui, eux, leur, le, la, les, en et y.
Quelques Grammairiens mettent le, la, les, en et y, dans la classe des pronoms relatifs; c'est une erreur. Quoiqu'ils aient toujours rapport à un antécédent, et qu'ils semblent différer par là des autres pronoms personnels en régime qui ne font ordinairement que la fonction de substituts, ils n'en appartiennent pas moins à cette classe. En effet, ces cinq pronoms sont privés des deux propriétés qui caractérisent et distinguent essentiellement les pronoms relatifs; la première, celle de limiter, de restreindre ou d'expliquer les mots auxquels ils se rapportent ; et la seconde, celle de lier souvent de petites phrases entre elles, et de faire ainsi la fonction de conjonctions. Tout ce que ces pronoms ont donc de commun avec les pronoms relatifs est une relation générale à un antécédent, ce qui ne suffit pas pour les ranger dans la même classe.
Nous examinerons dans la syntaxe l'emploi de ces pronoms relativement aux personnes ou aux choses ; nous traiterons de leurs fonctions ; nous leur assignerons enfin la place qu'ils doivent avoir dans le discours.
DES PRONOMS ou ADJECTIFS POSSESSIFS.
Les pronoms ou adjectifs possessifs, dit Lévizac, ainsi que leur nom l'annonce, marquent la possession ou la propriété d'une chose. Quand on dit : mon habii, votre maison, c'est comme si l'on disait : l'habit de moi, la maison de vous. Ce sont de vrais adjectifs; ils en ont la nature, et en suivent les lois. — Si ce sont de vrais adjectifs, et réellement des adjectifs, répondrons-nous a Lévizac, il auraitfallu peut-être les ranger dans la îlasse des adjectifs.
DU PRONOM
comme tant de Grammairiens Tont fiait. Mais si l'on admet qu'il est de principe dans les lan^^ues que tout, ou presque tout, est susceptible de décomposition, selon nous, il fallait dire que mon, ma, mes; son, sa, ses; ton, ta, tes; noire, votre, leur, sont à la fois pronoms et adjectifs; pronoms, quant au sens; adjectifs, selon la forme.
Les Grammairiens qui refusent positivement à ces adjectifs la dénomination de pronoms, donnent quelques raisons spécieuses, qui méritent de fixer l'attention.
Ces mots, disent-ils, ne sont pas inventés simplement pour être substitués à des noms déjà énoncés ou connus; ce sont de vrais adjectifs qui ont par eux-mêmes, et indépendamment des autres noms auxquels ils se rapportent, un objet de signification fixe et précis. Si l'on analyse ces mots, on verra qu'ils ne sont que les substituts d'autres pronoms, et que par conséquent ils n'en ont pas la vraie nature, qui est de remplacer des noms. Nous n'examinerons pas jusqu'à quel point ce sentiment peut être vrai, parce que nous regardons celte question plutôt comme une discussion de pure curiosité que d'une utilité réelle.
Qu'on les appelle adjectifs ou pronoms, la dénomination ici importe peu : ce qui est absolument nécessaire, c'est de bien distinguer, avec Lévizac et tous les Grammairiens, ceux qui sont toujours joints à un nom, comme : mon père, sa mère, etc., et ceux qui n'y sont jamais joints, comme : le vôtre, la nôtre, etc.
Ses pronoms ou adjectifs possessifs qui sont toujours joints à des noms.
Parmi ces mots, les uns ont rapport à une seule personne, et les autres à plusieurs.
Ceux qui n'ont rapport qu'à une personne sont, pour la première, au singulier, mon, ma, et au pluriel, mes; pour la seconde, au singulier, ton, ta, et au pluriel, tes; et pour la troisième, au singulier, son, sa, et au pluriel, ses.
Ceux qui ont rapport à plusieurs personnes sont, pour la première, au singulier, notre, et au pluriel, nos ; pour la seconde, au singulier, votre, et au pluriel, vos; et pour la troisième, au singulier, leur, et au pluriel, leurs.
Mon, ton, son, sont masculins ; ma, ta, sa, féminins; et tous les autres, des deux genres.
Nous avons vu dans l'article précédent que, par politesse, on dit vous au lieu de tu, quoiqu'on ne parle qu'à une seule personne. On doit, dans ce cas, employer le pronom correspondant votre, et non pas ton; dites donc : vous êtes trop appliqué dans votre travail, et trop dissipé dans vos amusements.
Première règle. Ces adjectifs pronominaux sont toujours joints à un nom qu'ils qualifient et dont ils prennent le genre et le nombre.
Ses maîtres avaient empoisonné par la flatterie son heureux naturel; il était enivré desa puissance et de son bonheur; il croyait que tout devait céder à ses désirs fuuqueux; la moindre résistance enflammait sa colère. (Fénelon.)
Nos plus doux mets étaient le lait de nos chèvres et de nos brebis, que nous avions soin de traire nousmêmes, avec les fruits fraîchement cueillis de nos propres mains. Nos sièges étaient les gazons; nos arbres touffus nous donnaient une ombre plus agréable que les lambris dorés des palais des rois. (Fénelon.)
Muse, quels cris dans Tair s*élancent à la fois? Il est né l'héritier du sceptre de nos rois ; Il est né ! dans nos murs, dans nos champs, sur les ondes, IVos foudres triomphants l'annoncent aux deux mondes.
(Delille.)
Exception. Mon, ton, son, s'emploient au féminin avant un nom qui commence par une voyelle ou un h muet. On doit dire : mon ame, au lieu de ma ame; ton humeur, au lieu de ta humeur. On laisse l'adjectif au masculin, afin d'éviter un hiatus qui serait insupportable.
Deuxième règle. On met l'article, et non pas l'adjectif possessif avant un nom mis en régime quand un pronom personnel sujet ou régime y supplée suffisamment, ou que les circonstances ôtent toute équivoque.
J'aimai à la tête ; il faudra lui couper la jambe; il a reçu tin coup de feu au bras; tordez-lui le cou.
Dans ces phrases, les p-onoms personnels je, il, lui, déterminent d'une manière claire le sens qu'on a en vue. Il n'y a point d'équivoque à craindre.
Mais si le p^^onom personnel n'ôte pas l'équivoque, on doit alors joindre Y adjectif possessif au nom, et dire : je vois que ma jambe s'enfle. On doit s'exprimer ainsi, parce qu'on peut voir enfler la jambe d'un autre aussi bien que la sienne. C'est la raison pour laquelle on dit : il lui donna sa main à baiser; elle a donné hardiment son bras au chirurgien; il perd tout son sang; car, dans ces phrases il n'y a que les adjectifs possessifs qui déterminent d'une manière positive qu'on parle de sa main, de son bras et de son sang, et non de la main, du bras et du sang d'un autre.
Les verbes qui se conjuguent avec deux pronoms de la même personne ôtent communément toute ambiguïté. Si l'on dit : je me suis blessé à la main, il est évident que je parle de ma main. Dans ce cas, l'emploi de l'adjectif possessif serait une faute; cependant l'usage autorise à dire : il se trouve toujours sur ses jambes. Ces expressions sont des pléonasmes reçus et de vrais gallicismes. Il en est de même de ces phrases :je l'ai vu de mes propres yeux; je l'ai entendu de mes propres oreilles.
Quand on parle d'un mal habituel, on joint Vad-
jectif possessif au nom, quoique l'emploi du pronom personnel empêche toute équivoque, comme : ma migraine m'a towmenté tout le jour.
On n'emploie jamais les adjectifs possessifs ayant les noms qui doivent être suivis de qui ou que, et d'un pronom de la même personne que ces adjectifs possessifs, comme : j'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite. On s'énoncerait mal, si l'on disait ; j'ai reçu votre lettre que vous m'avez écrite. Les étrangers font souvent cette faute.
Les adjectifs possessifs de la troisième personne, son, sa, ses, leur, leurs, ont rapport à des personnes, ou à des choses personnifiées, ou simplement à des choses. S'ils ont rapport à des choses personnifiées, on les emploie dans tous les cas; mais s'ils ont rapport à des choses, l'usage varie. On voit que c'est ici la même difficulté que celle dont nous avons parlé à l'occasion des pronoms personnels. Levons-la d'après les mêmes principes.
Quand on parle d'une statue, d'une ville, d'une rivière, du parlement d'Angleterre, on ne dit pas: sa tête est belle; ses rues sont larges; son lit est profond ; ses membres sont intègres et éclair és^ quoiqu'on dise : cette statue est précieuse par la beauté de sa tête; cette ville étonne par la largeur de ses rues ; cette rivière est sortie de son lit; le parlement d' Angleterre est fameuxpar Vinlégrité et les lumières de ses membres. Les raisons que les Grammairiens donnent de cette manière de s'exprimer sont d'une métaphysique si obscure, qu'il est difficile qu'elles soient saisies par la plupart des personnes qui étudient la langue française.
En voici une explication plus simple que nous prenonsdans une nouvelle Grammaire. Si elle n'est pas applicable à tous les cas, on ne peut disconvenir qu'elle ne le soit à beaucoup de circonstances. Les pronoms son, sa, ses, leur, leurs, y est-il dit, indiquent la propriété ; or, toute propriété ne convient qu'à ce qui est et respire. On ne peut pas dire que des fleurs, des fruits, soient des propriétés d'un ^rbre, qui est un être inanimé. On ne peut donc *)as dire : voilà un bel arbre, j'admire ses fleurs, ses ruits, mais j'en admire les fleurs, les fruits.
Troisième règle. Quand il s'agit de choses, on doit se servir du pronom en, au lieu des adjectifs possessifs son, sa, ses, leur, leurs, toutes les fois que ce pronom peut entrer dans la construction de * la phrase ; et l'on ne doit employer les adjectifs possessifs que lorsqu'il est impossible de se servir ^\i pronom en.
Ainsi l'on dira : l'Église a ses privilèges; si la ville a ses agréments, la campagne a les siens; parce que, dans ces phrases, on ne peut pas faire entrer le pronom en; ce qui est évident, puisque les deux substantifs, se trouvant dans la même phrase, se rapportent au même verbe, l'uncomme sujet, et l'autre comme régime. Mais on dira, en parlant derEglise : les mviléges en sont grands; et
d'une ville : les agréments en sont préférables à' ceux de la campagne; parce que ces phrases se construisent très-bien avec le pronom en.
D'après cette règle , on explique parfaitement pourquoi l'on doit dire, en parlant d'une ville : j'admire l'étendue de son enceinte, la beauté de ses rues.
Remarque. L'usage autorise à se servir des adjectifs possessifs en matière descience. On s'exprime fort bien en disant d'un triangle : ses angles, ses côtés; d'un mot, sa signification; d'un discours, sa division; delà grammaire, sa syntaxe, etc.
Quatrième règle. Ces adjectifs se répètent avant chaque substantif et avant chaque adjectif qui expriment des rapports différents.
Son père, sa mère, ses frères, ses sœurs et ses oncles, ont été les tristes victimes de laplus affreuse catastrophe.
Il faut régler ses goûts, ses travaux, ses plaisirs, Mettre un but à sa course, un terme à ses désirs.
Je lui ai montré mes plus beaux et mes plus lila'ms habits.
Remarque. Il en est des adjectifs possessifs ayant Y adjeaif comme de l'article; ils suivent la même loi quant à leur répétition. On doit donc les répéter quand les adjectifs marquent un sens opposé ou différent; mais on ne les répèle pas quand les adjectifs sont à peu près synonymes, comme : je lui ai montré mes plus beaux et plus magnifiques habits.
Il est du sang d'Hector , mais il en est le reste ; Et pour ce reste enfin j'ai moi-même, en un jour, Sacrifié mon sang, ma haine, et mon amour.
(Racine.)
Des pronoms ou adjectifs possessîft qui ne sont jamais joints à des noms.
Ces mots ont également rapporta une personne ou à plusieurs.
Ceux qui n'ont rapport qu'à une personne sont, pour la première au singulier, le mien, masculin, et la mienne, féminin ; et au pluriel, les miens, masculin, et les miennes, féminin; pour la seconde au singulier, le tien, mascuHn, et la tienne, féminin; et au pluriel, les tiens, masculin, et les tiennes, féminin ; pour la troisième au singulier, le sien, masculin, et la sienne, féminin; et au pluriel, les siens, masculin, et les siennes, féminin.
Ceux qui ont rapport à plusieurs personnes sont, pour la première au singulier, le etlanôlre, selon le genre ; et au pluriel, les nôtres, pour les deux genres ; pour la seconde au singulier, le ou la vôtre, selon le genre ; et au pluriel, les vôtres, pour les deux genres ; et pour la troisième au singulier, le ou la leur, selon le genre ; et au pluriel, les leurs, pour les deux genres.
DU PRONOM
Première règle. Ces pronoms ou mieux ces adjectifs ne sont jamais joints à un nom , mais ils s'y rapportent, et, dans ce cas, on ne peut jamais Jes employer que quand le nom auquel ils se rapportent a été auparavant exprimé.
J'ai vendu mon cheval, avex-vous toujours le vôtre? — Vous altérez votre santé, je conserve la mienne. — Je vous montrerai ma bibliothèque, j'espère que vous me montrerez la vôtre.
Remarque. On manque souvent à cette règle dans la correspondance entre négociants. Rien de plus ordinaire que de commencer la réponse aune lettre par cette phrase barbare :j'ai reçu la vôtre en date de, etc.; il faut dire : j'cù reçu votre lettre en date de, etc.
Deuxième règle. On emploie les pronoms personnels au lieu des adjectifs possessifs, quand des noms de choses sont mis pour des noms de personnes.
// n'y a point de meilleure plume que lui. Il n'y a point au monde de meilleure épée que vous.
Si dans ces phrases on substitue la sienne à lui, et la vôtre k vous, la première signifiera: laplume de cet écrivain est meilleure que celle d'un autre; et la seconde : votre épée est de meilleure trempe; •ce qui est un sens entièrement différent de celui qu'on a en vue.
Troisième règle. Ces adjectifs possessifs nepeuvent pas se rapporter à des noms pris dans un sens indéfini.
Ce serait une faute de dire : il n'est pas d'humeur à faire plaisir, et la mienne est d'être bienfaisante; dans les premiers àgcs du monde, cimque père de famille gouvernait la sienne avec un pouvoir absolu; parce que, selon ce grand principe de Vaugelas, « tout nom employé sans article, ou sans
> quelque équivalent de l'article, ne peut avoir
> après soi un pronom qui se rapporte à ce nom. > On doit, dans ce cas, se servir d'un autre tour, et dire : il n'est point d'humeur à faire plaisir, et moi je suis d'une humeur bienfaisante; dans lespremiers âges du monde, chaque père de famille gouvernait ses enfants avec un pouvoir absolu.
Mais toutes les fois que ces pronoms peuvent se rapporter à un nom pris dans uff sens défini, on doit les employer de préférence au prorompei'5onnel correspondant; exemple : c'est le sentiment de mon frère, et le mien. On s'exprimerait mal, si l'on disait de moi.
DES PROXOMS RELATIFS.
Nous avons vu que la fonction naturelle des;?ronoMs personnels est de désigner les personnes et les choses; celle des prononw relatifs est d'en rapporter les idées, et de les expliquer ou de les restreindre en les rappelant. Les pronoms relatifs ontdonc
nécessairement rapport à un objet dont on a déjà parlé, et qui a été désigné par un nom ou par un pronom. Ce nom ou ce pronom qui précède est ce qu'on appelle antécédent. Cet antécédent n'est pas toujours exprimé; dans beaucoup de phrases, il est sous-entendu ; mais l'esprit le supplée aisément et le place auprès du relatif qui le suit.
Les pronoms relatifs ont encore la propriété de faire l'office de conjonction, en unissant deux membres de phrase. Quand on dit : la société que nom fréquentons est charmante; le relatif que réunit en une seule ces deux phrases : la société est charmante; nous fréquentons la société ; et il a de plus l'avantage de déterminer, avec le membre qui le suit, l'étendue du sens que l'on donne au mot société.
Quelques Grammairiens, au nombre desquels nous lisons le nom de CondiUac, donnent à ces pronoms la dénomination de conjonctifs, parce qu'étant les seuls qui fassent l'office de conjonctions, ils sont les seuls auxquels elle puisse convenir J
Les pronoms relatifs sont : qui, que, lequel, dont, quoi et où, employé généralement, mais par un usage abusif peut-être, selon nous, pour auquel.
Nous nous trouvons presque contraints ici, pour expliquer ces relatife, d'anticiper sur des notions qui, dans le fait, n'appartiennent qu'à la syntaxe. Mais c'est une nécessité ; nos éléments se trouveraient tronqués, et il n'en peut éjre ainsi, car qui dit éléments primordiaux, dit principes naturels; hors de là , il n'y aurait pas d'énonciation possible.
Su relatif QUI.
Qui, des deux nombres et des deux genres, ne se dit des personnes et des choses que lorsqu'il est sujet d'une phrase, comme dans celles-ci : l'homme qui joue perd son temps ; le livre qui plaît le plus n'est pas toujours le plus utile. Mais, quand il est le terme d'un rapport, il ne se dit que des personnes ou des choses personnifiées, comme dans ces phrases : l'homme à qui appartient ce beau jardin est très-riche ; le Ciel, à qui nous devons notre bonheur, ne cessera pas de nous protéger. Il en est de même, lorsque employé pour un nom et le relatif que, il se trouve régime direct : j'en croirai qui vous voudrez; quand on est délicat et sage dans ses goûts, on ne s'attache pas sans savoir qui l'on aime.
Observation importante. Lorsque le terme d'un rapport est exprimé par la préposition de, il faut préférer dont à de qui, quand ce relatif doit être suivi d'un pronom personnel. Il est mieux de dire : la femme dont vous parlez est très-connue. De qui ne serait pas aussi bon. (Lévizac.)
Notre avis est que de qui ne serait plus français aujourd'hui.
GRAMMAIRE FRANÇAISE
Première règle. Qui r elatîf s' accoràe toujours avec son antécédent, en genre, en nombre et en personne.
Moi qui, contre l'amour fièrement révolté, Aux fers de ses captifs ai long-temps insulté ; Qui, des faibles mortels déplorant les naufrages, Pensais toujours du bord contempler les orages, Asservi maintenant à la commune loi , Par quel trouble me vois-je emporté loin de moi!
(Racine.)
Jeune et vaillant héros , dont la haute sagesse N'est point le fruit tardif d'une lente vieillesse , Et qui seul, sans ministre , à l'exemple des dieux, Soutiens tout par toi-même, et vois tout par tes yeux.
(BOILEAU
Avant que Dieu eût donné l'être, rien ne l'avait que lui seul. Il est celui qui fait tout, et qui fait tout par sa parole, tant à cause qu'il fait tout par raison, qu'à cause qu'il fait tout sans peine, et que, pour faire de si grands ouvrages, il ne lui en coûte qu'un seul mot, c'est-à-dire qu'il ne lui en coûte que de le vouloir. (Bossuet.)
Dans le premier exemple, qui est au singulier masculin et à la première personne, parce que le pronom moi est du singulier masculin et de la première personne ; dans le second, il est du singulier masculin et de la seconde personne, parce que jeune et vaillant héros est en apostrophe, et par conséquent à la seconde personne, etc.
Deuxième règle. Qui relatif ne doit pas être séparé de son antécédent, quand cet antécédent est un nom.
Un jeune homme qui est docile aux conseils qu'on lui donne, et qui aime à en recevoir, aura infailliblement du mérite.
Un jeune homme qui aime à se parer vainement comme une femme est indigne de la sagesse et de la gloire. (Fénelon.)
Cependant il arrive que dans quelques phrases, gui peut être séparé du substantif par un certain nombre de mots ; c'est lorsque le sens force à l'y rapporter ; en voici un exemple de Bossuet : il a fallu, avant toutes choses, vous faire lii-e dans l'Ecriture l'histoire du peuple de Dieu, qui fait le fondement de la religion. Cette phrase est exacte, parce que du peuple, déterminant l'espèce d'histoire, et de Dieu l'espèce de peuple, l'esprit remonte nécessairement au substantif histoire, et y rapporte la phrase incidente.
Mais des phrases du genre de celle-ci : je lui écris des lettres que je crois qui sont admirables, ne sont plus françaises. Il faut : Je lui écris des lettres qui me semblent admirables.
Qui peut être séparé de son antécédent , quand cet antécédent est un pronom personnel en régime direct ; exemple : il la trouva qui pleurait à chaudes larmes; je le vois qui s'amuse; parce que
ces pronoms, étant mis pour eWe, /mi, doivent, dans ce cas, être placés avant le verbe ; ou dans ces sortes de phrases qui sont encore des gallicismes : ceux-là ne sont pas les plus malheureux, qui se plaignent le plus.
L'abbé d'Olivet observe avec raison que celte règle ne porte que sur qui en sujet; car autrement il peut être régime d'une préposition; exemple : /a personne pour qui je m'intéresse. < A l'égard des » phrases où qui forme une répétition, par exem- » pie : un auteur qui est sensé, qui sait bien sa lan- » gue, qui médite bien son sujet, qui travaille à loi- » sir, qui consulte ses amis, est presque sûr du suc- » ces; tous ces qui, par le moyen du premier, » touchent immédiatement leur sid)stantif, et par » conséquent il n'y a rien là que de conforme à la » règle générale. »
Quoique le relatif qui en sujet ne puisse pas être séparé de son substantif, cela n'empêche pas, observe le même Grammairien, qu'il ne rentre dans tous les droits de sujet, relativement au verbe qu'il régit, c'est-à-dire qu'il ne puisse en être séparé, non-seulement par des appositions, mais encore par des phrases incidentes ; comme dans ces vers de Racine ;
Ne descendez-vous pas de ces fameux lévites ' Qui, lorsqu'au Dieu du Nil le volage Israël Rendit dans le désert un culte criminel , De leurs plus chers parents saintement homicides , . Consacrèrent leurs mains dans le sang des perfides ?
On voit que le relatif qui est séparé du verbe consacrèrent, qu'il régit, par la phrase incidente lorstfu'au Dieu, etc., et par l'apposition de leurs plus chers, etc. t Rien de plus régulier, dit-il; et la clarté naît de la régularité. »
On trouve une faute contre cette règle dans ces vers du même poète :
Phœnixmême en répond, qui l'a conduit exprès Dans un fort éloigné du temple et du palais.
Il résulte de cette règle : i" qu'on ne saurait placer une préposition avec son complément entre le substantif et le qui relatif. 11 y a donc encore une vraie faute dans ces vers de Boiieau :
La déesse, en entrant, qui voit la nappe mise, Admire un si bel ordre et reconnaît l'Egu^e... Et d'un bras, à ces mots, qui peut tout ébranler.
La violation de cette règle peut être une commodité pour les poètes, mais ils ne doivent jaujais chercher à éviter la peine aux dépens de la vraie construction ou des règles de la langue.
2° 11 s'ensuit encore qu'on ne doit pas faire rapporter qui relatif à un substantif suivi de la phrase qu'il régit ; voici donc une phrase qui pèche : la cinquième époque est celle de la fondation du temple de Jérusalem, qui ne finit qu'à la première année de Cyrus. Pour rendre cette phrase exacte, il faut prendre un autre tour, et dire en changeant
DU PRONOM
Je régime en sujet : la fondation du temple de Jérusalem forme la cinquième époque, qui, etc.
Nous avons fait observer plus haut que l'antécédent des pronoms relatifs était sous-entendu dans beaucoup de phrases ; mais ce n'est ordinairement que lorsque l'antécédent est un pronom. Ces pronoms sous-entendus sont communément ce, celui, celle, ceux, celles, comme : qui répond paie ; travaillait qui pouvait; phrases bien plus rapides et plus énergiques que celles-ci : celui qui répond paie; celui qui le pouvait travaillait; et ainsi de plusieurs autres phrases proverbiales : ceci nous fournit une 'observation importante ; c'est qu'il faut être maître de sa langue , et avoir bien de la délicatesse et du goût pour sous-entendre un pronom lorsqu'il est V antécédent de qui. Voltaire a repris avec raison ce vers dans Corneille :
Et que serait heureux, qui pourrait aujourd'hui...
parce que celui est sous-entendu. € Que serait » heureux qui n'est pas français. Que sont heureux » ceux qui peuvent aimer ! est un fort joli vers. Que » sont heureux qui peuvent aimer est un barba- » risme {'). Remarquez, ajoiite-t-il, qu'un seul mot » de plus ou de moins suffit pour gâter absolu-
> ment les plus nobles pensées et les plus belles
> expressions. »
Un grand nombre de phrases, dans lesquelles le relatif qui est le sujet d'une proposition incidente, paraissent quelquefois obscures. Cela vient de ce qu'on n'examine pas si qui est le sujet d'une proposition expUcative ou déterminative. La proposi« tion est explicative quand elle laisse le mot auquel elle se rapporte dans toute sa valeur, sans aucune restriction, et qu'elle ne sert qu'à faire remarquer une propriété, une qualité de l'objet ; exemple : L'homme, qui est un être raisonnable, ne devrait jamais oublier la dignité de sa nature. Qui, dans ce cas, équivaut à parce que; c'est comme s'il y avait : l'homme, parce qu il est raisonnable, etc. La proposition est déterminative lorsqu'elle restreint le nom auquel elle se rapporte ; exemple : l'homme qui respecte les lois de son pays est un bon citoyen. Sans la proposition incidente, l'homme ser.ait pris dans toute son étendue ; elle limite et restreint ce mot; elle est donc déterminative. Mais la langue française exige tant de clarté, que, pour faire disparaître tout ce qu'il peut y avoir de louche et même d'obscur dans les phrases, il est quelquefois nécessaire de placer les pronoms ceux, ccWesavant l'aniécédent de qui. Cette précaution est indispensable dans l'exemple suivant : il récompensa ceux de ses serviteurs qui ne l'avaient point abandonné dans sa fuite. Le pronom ceux écarte toute obscurité; au lieu qu'il y en aurait si l'on disait : il récompensa ses serviteurs qui, etc.; il ne serait pas aisé
p) de syntaxe, aurait dû ajouter Vollaîre.
de savoir si l'on veut parler de tous les serviteurs, ou seulement d'une partie.
Troisième règle. Qui relatif doit toujours se rapporter à un nom pris dans un sens défini.
Ainsi l'on ne peut pas dire : l'homme est animal raisonnable qui, etc.; il m'a reçu avee politesse qui, etc. ,' parce que le qui relatif ne peut se rapporter qu'à un substantif ou à un adjectif considéré substantivement. Or, dans les deux premières phrases : animal raisonnable et avec politesse, ne sont que de purs qualificatifs; ils expriment seulement des modes, une manière d'être ; le qui relatif ne sauTait donc s'y rapporter; en effet, ce serait passer du général au particulier. Mais dans les deux dernières phrases, à l'aide du prépositif un et une , animal raisonnable et avec po/if esse deviennent devrais objetsdequaUfication ; ils peuvent donc être suivis du relatif, puisqu'ils sont pris dans un sens particulier qui est annoncé par un prépositif.
On ne doit donc pas faire rapporter qui à un verbe ou à tout autre membre de phrase. On ne peut pas dire : les Gaulois se disent descendus de Pluton, qui est une tradition des Druides; il faut ce qui. Cette faute se trouve dans beaucoup d'excellents auteurs du dernier siècle, entre autres dans madame de Sévigné.
Cette troisième règle est la même que l'abbé d'Olivet a donnée, d'après Vaugelas, sous cette forme; tout nom employé sans article, ou sans quelque équivalent de l'article, ne peut avoir après soi un pronom relatif qui se rappm-le à ce nom. A ce sujet, messieurs de Port-Royal ont fait observer avec justesse que la détermination des'noms n'en est pas moins réelle dans beaucoup de phrases, bien qu'elle n'y soit pas exprimée. Ces phrases : il n'y a injustice qu'il ne commette; il n'y a homme qui sache cela; est-il ville dans le royaume qui soit plus obéissante ; je suis homme qui parle franchement, ne sont pas contraires à la règle, parce que, si l'on fait disparaître l'ellipse, on verra qu'elles équivalent à celles-ci: il n'y a pas une injustice, etc. ^ il n'y a pas un homme, etc. Il y a encore ellipse dans celles-ci : il est accablé de maux qui lui font perdre patience; il est chargé de dettes qui vont audelà de son bien ; c'est comme s'il y avait : il est accablé de plusieurs maux, etc.; il est chargé de plusieurs dettes, etc. Celle-ci : c'est grêle qui tombe, est pour ce qui tombe est grêle; ce n'est donc qu'une pure inversion. Et cette autre enfin : // agit enroi qui sait régner équivaut à : il agit comme doit agir un roi qui sait régner, etc.
Du relatif QVB.
Les remarques que nous venons de faire sur le relatif qui s'appliquent, à peu de chose près, au relatif que. Voici cependant deux différences; c'est
que ce dernier ne peut être sujet ; il est objet ou régime direct; mais il se présente quelquefois dans les phrases sous la forme de terme ou de régime indirect. La seconde, c'est que le relatif que ne saurait être sans antécédent exprimé, quand il doit en avoir un, parce qu'il serait alors très-difficile de le distinguer du que exclamatif ou du que conjonction. Cette dernière différence nous conduit à une observation qui prouve que les langues, dans leur origine, n'ont point été le résultat de la réflexion qui combine, mais le seul fruit du hasard et des circonstances. Ce n'est souvent que l'emploi des mots qui détermine leur véritable nature. Que peut être exclamatif, conjonction et pronom ; exemple : Que l'homme est à plaindre quand il oublie que c'est la raison que son cœur doit consulter ! Dans cette phrase, le premier que ne sert qu'à marquer l'exclamation ; le second est une conjonction qui lie c'est la raison avec il oublie; le troisième est seul relatif; du reste cette phrase est vicieuse, attendu qu'elle renferme trois que; c'est là un grand défaut.
Que exclamatif est le plus aisé à connaître; il marche à la tête des phrases, où sa fonction est de disposer l'esprit àdes sentiments vifs et inattendus. Mais les Grammairiens ne s'accordent pas toujours sur la nature de que, pronom oa conjoncûon. Que est pronom, quand on peut lui substituer lequel avec le nom auquel il se rapporte : l'homme que je fréquente est un savant. Dans cette phrase, que est relatif, puisqu'il est pour lequel homme. L'homme^ lequel homme je fréquente est un savant. Que est conjonction, lorsque, dans le milieu d'une phrase, il n'a aucun rapport à un antécédent, comme : je croîs que vous aimez. Ce que est conjonction, parce qu'il ne fait que lier je crois à vous aimez. On ne peut se méprendre sur la nature du que conjonction que dans les longues phrases ; exemple : c'est souvent de la bonne ou de la mauvaise éducation que dépend le bonheur ou le malheur de la vie. Une manière sûre de ne point s'y tromper, c'est d'examiner si l'on peut faire entrer le que relatif dans la même phrase, sans faire disparaître le que conjonction. Si l'on peut l'y faire entrer, le que est conjonction ; il l'est donc dans l'exemple précédent, puisqu'on peut dire : c'est de la bonne ou de la mauvaise éducation qu'on reçoit, que, etc. Il ne l'est pas dans le cas contraire.
Que est des deux nombres et des deux genres ; il se dit des personnes et des choses, et il ne saurait exister sans un antécédent exprimé, puisque d'ordinaire il le suit immédiatement. Nous disons d'ordinaire, car il peut en être séparé par un certain nombre de mots, lorsque l'esprit remonte nécessairement à cet antécédent. En voici un exemple de Fléchier : Qu'est-ce qu'une armée ? c'est un corps animé d'une infinité de passions différentes, qu'un hontnie habile fait mouvoir pour la
GRAMMAIRE FRANÇAISE
défense de la.patrie. On ne peut passe méprendre sur le rapport du que dans cette phrase, quoiqu'il . suive passions différentes, parce que ces mots : d'une infinité de passions différentes, restreignant l'étendue de l'adjectif animé, font une seule idée avec lui, et que, par conséquent, l'esprit remonte au substantif corps, que tous ces mois modifient.
D'après ce que nous venons de dire, il est trèsaisé de reconnaître un que relatif toutes les fois qu'il est régime direct, et que la phrase l'annonce; mais il y a des constructions où il paraît le terme d'un rapport, ou régime indirect. Telles sont ces phrases : si l'exercice de cette importante charge laissait autant de loisir à M. le chancelier qu'il a d'estime pour vous, le conseil rendrait ses arrêts par la même bouche que sa majesté rend ses oracles ; une fontaine ne peut jeter de l'eoAi douce par le même tuyau q\ï elle jette de l'eau salée; j'ai reçu votre lettre avec toute la satisfaction que l'on doit recevoir cet honneur. Dans la première phrase, que paraît être pour par laquelle; dans la seconde, pour par lequel; et dans la troisième, pour avec laquelle. Aussi plusieurs Grammairiens fort accrédités le considèrent-ils, dans ces phrases, comme régime indirect ; mais s'il y a cette nature, pourquoi ne l'aurait-il pas dans ces phrases : de la façon que j'ai dit, ou que j'ai parlé, on a dû m' entendre; c'est à vous que je veux parler; c'est en Dieu que nous devons mettre notre confiance; et néanmoins ces mêmes Grammairiens veulent qu'il n'y soit que conjonction. Ainsi, c'est s'embarrasser à plaisir dans des difficultés et des contradictions qu'on évite en le considérant comme conjonction toutes les fois qu'il paraît être le terme d'un rapport.
Nous savons bien que ces Grammairiens, pour établir cette différence, disent que, dans les premières phrases, que a rapport à un antécédent, au. lieu qu'il n'en a aucun dans les secondes ; mais c'est en quoi il nous semble qu'ils se trompent, puisque ce gwe, suivant immédiatement un substantif, ou le substitut d'un substantif, doit s'y rapporter. Et c'est ainsi qu'ont pensé, quoique à tort, Boileau et Bouhours ; le premier en disant : C'est à vous, mon esprit, à qui je veux parier;
et le second: c'est à vous à qui il appartient dérégler ces sortes d'affaires. Dans ces phrases, à qui est mis pour que, le seul que l'usage autorise.
Ainsi dans toutes ces phrases : c'est à vous que je parle; c'est de vous que je parle; c'est en Dieu que nous devons mettre notre confiance; en un mot, dans toutes les phrases où que s'offre sous la forme d'un régime indirect, il est mieux, et surtout plus simple, de l'y considérer comme pure conjonction, et de regarder ce tour comme une sorte de gallicisme.
DU PRONOM
Du relatif LEQUEL.
Le relatif /e(jf«e/ se dit des personnes et des choses ; il prend les deux genres et les deux nombres.
Première règle. On ne doit employer le relatif lequel, en sujet ou en régime, que pour éviter une amphibologie, (lequel, laquelle, lesquels, lesquelles).
Aussitôt que je fus débarrassé des affaires de la cour, je fus trouver l'homme qui m'avait parlé du viariage de madame de MiramioUf lequel me parut dans les mêmes sentiments.
C'est ainsi que s'exprime le comte de Bussy- Rabutiii, et c'est avec raison, puisque, s'ileûtmis qui au lieu de lequel, il y aurait eu amphibologie. Le qui aurait pu se rapporter à madame de Miramion, ou à l'homme qui avait parlé de son mariage. Aujourd'hui l'on évite, autant qu'il est possible, toutes les constructions oii lequel entrerait en sujet ou en régime direct. On ne s'en sert plus également pour éviter deux guide suite. On ne dirait plus à présent avec Racine : les prêtres étaient de la famille d'Aaron, et il n'y avait que ceux qui étaient de cette famille, lesquels pussent exercer la sacrifîcature. Il faudrait absolument prendre un autre tour, et dire : les prêtres étaient de la famille d'Aaron, les seuls qui pussent exercer la sacrifîcature.
Des relatifs DONT, DE QUI, DCOCEL, DE LAQUELLE, DESQUELS, DESQUELLES, \ QUL AUQUEL. A L.\OUELLB, AUXQUELS, AUXQUELLES et QUOI
Le relatif dont estdes deux nomnres et des deux genres. Il s'emploie pour duquel, desquels, de laquelle, etc., qui, selon l'usage, ne peuvent suivre immédiatement le substantif auquel ils se rapportent. Ce relatif se dit des personnes et des choses. Comme le relatif que , il n'est jamais précédé d'une préposition.
Règle. Le relatif dont doit suivre immédiatement le substantif auquel il se rapporte.
Le mensonge est un vice dont onne saurait avoir trop d'horreur.
Mais qui peut refuser son hommage à la rose ? La rose, dont Vénus compose ses bosquets, Le Printemps sa guirlande, et l'Amour ses bouquets.
(Delïlle.)
Duquel et dont ne s'emploient pas toujours l'un pour l'autre, quoiqu'ils signifient la même chose.
Lequel, avec la préposition de, est suivi ou précédé du nom qu'il lie à la phrase princip. 1° S'il en est suivi, on doit préférer dont à duquel pour les choses et pour les personnes. On doit dire : la Tamise dont le lit, et non pas de laquelle; le prince dont la protection, et non pas duquel.
En parlant des personnes, de qui vaut encore mieux que dont, lorsque le mot, sujet de la phrase incidente, est un substantif; ainsi» il^est^iéfÀX^tfé dh-e : le prince de qui iayp(omtiOÀ);ma.^^ht'sàùi
mieux que de qui, si la phrase incidente a nn pronom pour sujet : l'homme dont vous parlez. 2°S'ilen est précédé, on ne peut se servir que de duquel pour les choses, comme : la Tamise, dans le lit de laquelle ; et il est beaucoup mieux de s'en servir pour les personnes, comme : le prince à la protection duquel. De qui ne vaudrait pas autant.
S'il y a une amphibologie à craindre, on préfère duquel à dont : la bonté du Seigneur, de laquelle nous ressentons tous tes jours les effets, devrait bien nous engager à pratiquer ses commandements.
Avec la préposition à on ne peut employer que auquel pour les choses ; comme : les places auxquelles il aspire; mais on doit préférer à qui en parlant des personnes, comme : les rois à qui on doit obéir. Il s'en faut bien que, dans celte phrase auxquels fût aussi bon.
De tous les relatifs, lequel est le seul qui prenne l'article, encore cet article lui est-il si intimement uni, qu'il ne s'en sépare jamais, et ne fait plus avec lui qu'un seul et même mot. Il s'incorpore à quel, et dans son état naturel, et dans san état de contraction.
Le relatif quoi est pour lequel précédé d'une préposition. L'Académie l'indique comme étant des deux nombres et des deux genres. Il ne se dit absolument que des choses. Il suit, mais précédé d'une préposition, le nom auquel il se rapporte, et est suivi du sujet de la phrase qu'il lie : ce sont choses à quoi vous ne prenez pas garde ; ce sont des conditions sans quoi la chose n'eût pas été conclue; voilà le sujet pour quoi on l'a arrêté. Dans le premier exemple, à quoi est pour auxquelles; dans le second, sans quoi est pour sans lesquelles ; et dans le troisième, pour quoi est pour lequel. On préfère bien cerlâjaement aujourd'hui dans ces phrases : auxquelles, sans lesquelles et pour lequel.
Cependant quoi a une signification vague ; c'est la raison pour laquelle on doit le préférer, lorsque son antécédent est ce ou rien, qui n'ont pas une signification plus déterminée. II faut dire : c'est à quoi l'on ne songe guère; il n'y a rien à quoi je soi» plus disposé; c'est de quoi je m'occupe sans cesse. Mais comme il y a toujours un peu de bizarrerie dans les langues, on doit avec rien préférer dont à de quoi, et ainsi, dire : il n'est rien dont Dieu ne soit
l'auteur.
l>a relatif Où.
Le relatif où est des deux genres et des deux
nombres, mais il ne se dit que des choses ; il se joint
aux prépositions de et par, et forme avec eHëè'Ifjif*^
deux relatifs d'où et par où. Ces trois reîatift Sf^èÈS'^
ploient pour auquel, dans lequel,' dîtqUeiëtfdYte^'^
quel : Ca niaistM o\\jè deméute^ on dnitrëgdi-d^ia
' éoHhè édûi^iîoh çomfnèufie thosé d'où dèpérid lafê^'"^
' lynmhr^nm^tsWm'pétiples^ ieJfKéWc paroli»'*^
^ il apassé sont très-intéressants, ■^^^'-' *'^'*
GRAMMAIRE FRANÇAISE
Règle. On ne doit employer oh, cCoù et par où, que lorsque les noms auxquels ils se rapportent, ou les verbes auxquels ils sont joints, marquent une sorte de mouvement ou de repos, du moins par métaphore.
Voilà le but ordinaire oùil tend; l'égoisme est un vice presque général dans le siècle oii nous vivons.
Maison a deux acceptions : quand ce nom signifie race, on doit dire : la maison dont il est sorti ; mais quand il est pris au propre, on dira ; la maison d'où il est sorti. (Lévizac.)