SOS
tifs, et qui remplacent souvent des noms, comme : ce qui plaît le plus est souvent nuisible; qu'est-ce que ceci? je n'entends rien à cela. Dans ces phrases, ce, qui, ceci, cela, sont mis pour des noms.
Les pronoms démonstratifs sont ce, ci, là, celuici, celui-là, ceci, cela. En effet, ce sont les seuls qui aient la propriété de désigner les objets en les montrant. Quelques-uns y ajoutent celui. A leur exemple, nous le placerons ici, quoiqu'il appartienne à la classe des pronoms indéfinis. Nous pensons qu'il vaut mieux traiter, dans un seul et même article, du pronom ce et de tous ses dérivés.
Ce peut se joindre à un nom, ou à un verbe, ou à un pronom relatif: ce sentiment vous fait honneur; récompenser le mérite, c'est l' encourager ;ce2Lquo\ on pense le moins, c'est qu'on est mortel.
Ce, joint à un nom, est un pur adjectif, et doit, en cette qualité , prendre le genre et le nombre. On met ce avant un nom masculin singulier qui commence par une consonne ou un h aspiré : ce bonheur n'était pas réservé à ce héros. On met cet devant un nom masculin singulier qui commence par une voyelle ou un h muet : cet enfant est charmant; cet herboriste connaît bien les simples. On met cette avant les noms féminins singuliers, quelle que soit leur lettre initiale : celte fierté, cette ame, cette histoire, cette haine. Ces, enfin, se met avant tous les noms pluriels, de quelque genre qu'ils soient : ces ruses, ces caprices, ces injustices, ces histoires, ces héros.
Ce, joint à un nom, se dit, comme on le voit d'après les exemples, des personnes et des choses.
Ce, joint au verbe être, est toujours masculin singulier, et veut ce verbe au singulier, excepté quand il est suivi de la troisième personne plurielle ; on dit : c'est tnoi, c'est toi, c'est lui, c'est nous, c'est vou^; mais on doit dire : ce sont eux, ce sont elles, ce furent vos ancêtres qui, etc.
Ce, joint au verbe être, forme divers gallicismes propres à réveiller l'attention par l'intérêt qu'ils répandent sur le discours ; exemple : c'est encourager le mérite que de le récompenser ; c'est ne pas connaître l'esprit de la science que de la mépriser; c'est une passion terrible que la haine.
Ce, joint à un pronom relatif, ne se dit que des choses. Il est toujours masculin singulier, parce qu'il ne marque qu'un objet vague qui ne peut être assez spécifié pour qu'on en connaisse le genre et le nombre : ce qui flatte est plus dangereux qxie ce qui offense. Il doit être immédiatement suivi de son relatif, et dans ce cas il ne peut se tourner que par l'expression la chose; exemple : ce que (la chose que) vous redoutez leplusn'cst pas ce que (la chose que) vou^ avez le plus à craindre. Où et lequel sont les seuls relatifs qui ne peuvent pas se joindre à ce, parce que ce, n'ayant qu'une signification très-générale, a besoin d'être restreint ;
et ces relatifs ne sauraient le faire, attendu qu'ils n'ont pas la propriété de particulariser.
Ce est souvent employé pour la personne ou pour la chose dont on a déjà parlé, et , dans ce cas, il tient lieu de il ou elle. On emploie ce, lorsqu'il se trouve après le verbe être un substantif précédé de l'article ou d'un adjectif prépositif qui en remplit la fonction , comme : lisez Homère cl Virgile, ce sont les deux plus grands poètes de V antiquité. — La douceur, l'affabilité, et une certaine urbanité^ distinguent l'homme qui vit dans le grand monde : ce sont là les marques auxquelles on le reconnaît. — Avez-vous lu Platon ? c'est un des plus beaux génies de l'antiquité. Quelques personnes pensent que ce ne serait pas une faute d'employer il ou elle dans ces phrases ; mais certainement cette manière serait moins élégante, moins conforme à l'usage, et moins dans le génie de notre langue. Cependant si le verbe être est suivi d'un adjectif ou d'un substantif pris adjectivement , on doit faire usage du pronom personnel il ou elle, comme : Usez Démosthène et Cicéron : ils sont très-éloquents. J'ai vu l'hôpital de Greenwich ; il est magnifique et digne en tout d'une grande nation. — Comptiez-vous sur lui? Ignorez-vous qu'il est homme à ne jamais revenir de ses premières idées?
Ce, joint aux pronoms relatifs qui, que, dont et quoi, a dans certains cas une construction qui lui est particulière. Ce, elle relatif qui le suit, forment, avec le verbe qu'ils précèdent, le sujet d'une autre phrase dontle verbe est toujours être; or, être peut se trouver suivi d'un autre verbe,ou d'un adjectif, ou d'un nom. Quand le verbe être est suivi d'un verbe , on répète le démonstratif ce : ce que j'aimele plus, c'est d'être seul; cequime tourmente c'est qu'on m'interrompt à chaque instant. Quand il est suivi d'un adjectif, ce ne se répète pas : ce que vous blâmez est véritablement blâmable; ce que vous avez fait est généralement approuvé. Mais quand il est suivi d'un substantif, on répète, ou l'on ne répète pas le démonstratif, à volonté, excepté dans le cas d'un pluriel ou d'un pronom personnel, car alors on doit le répéter. Ainsi l'on peut dire : ce que je dis est ou c'est la vérité; mais on doit dire : ce qui m'indigne, ce sont les injustices qu'on ne cesse de faire. Ce qui m'arrache au sentiment qui m'accable, c'est vous.
De la réunion de ce et lui, on a fait celui, qui, comme nous l'avons déjà fait observer, n'est point démonstratif psiv lui-même. On disait autrefois et/, formé de ce et il, comme nous disons encore aujourd'hui ceux, composé de ce et eux. Celui fait celle au féminin singulier, ceux au masculin pluriel, et celles au féminin pluriel. Il a deux emplois dans notre langue.
Dans le premier, il est suivi d'un nom précédé de la préposition de, et alors il se dit des person-
nés et des choses t Les défauts d'Henri IV étaient ceux d'un homme aimable. Voilà desfigiiressingnlières; celles de Dantan n ont pas un air plus grotesque.
Règle. Le pronom celui ne peut ni être séparé par un trop grand nombre de mots du substantif dont il tient la place, ni se rapporter à un substantif pris dans un sens indéfini.
On ne doit pas dire : le courage, cette qualité spéciale des armées françaises, devenait toujours inutile et souvent funeste, parce que la discrétion n était pas celle de nos conseils. Ce n'est pas parce que celle peut se rapporter à plusieurs substantifs, car il est évident qu'il est mis pour le substantif qualité, mais parce que l'esprit ne saisit pas tout d'un coup ce rapport; ce qui l'oblige à un travail qu'on doit lui éviter. Il eût été mieux de dire : parce que la discrétion n'était pas la qualité de nos conseds, ou ne dirigeait pas nos conseils.
Dans le second cas, il est suivi de qui ou que relatif. Il se dit alors plus ordinairement des personnes : celui qui ne pense qu'à lui-même dispense les autres d'y penser jamais. On supprime même quelquefois celui ; exemple : qui veut trop se faire craindre se fait rarement aimer. Ce tour a de la force et de l'élégance.
Celai, n'ayant que ces deux emplois dans notre langue, ne peut être modifié ni par un adjectif ni par un participe. C'est avec fondement qu'on a blâmé les deux phrases qui suivent ; Quoique les troubles d' Angleterre encourageassent la France à entrer dans quelques expéditions contre son ancienne ennemie, ceux plus considérables encore qui l'agitaient, etc. — Je ne puis mieux finir cette lettre qu'en vous faisant part de celle écrite par M. de Buffon à cette dame respectable. Il fallait ou répéter lesnoms auxquels ceux et celle se rapportent, ou faire modifier ces pronoms par le relatif qui, comme : ceux qui l'agitaient elle-même, plus etc. ; celle qui a été écrite par, etc.
Ci et là sont de vrais démonstratifs. Autrefois ci s'employait seul; on en trouve beaucoup d'exemples dans nos anciens auteurs ; il était encore en usage du temps de madame de Sévigné : notis verrons entre ci et Pâques, dit-elle dans une de ses lettres du 16 mars 1672; mais, de nos jours, il se met toujours à la suite d'un nom : cet homme-ci. Pour là, il s'emploie seul, ou à la suite d'un nom : cet homme-là; ilest M. Seul, il signifie dans ce lieur là. C'est une ellipse. Ci marque l'objet le plus proche ; là marque l'objet le plus éloigné.
Ci et là, joints à celui, forment les deux démonstratifs celui-ci et celui-là, qui prennent les deux nombres et les deux genres. Le premier ^e dit de l'objet le plus proche, et le second de l'objet le plus éloigné : celui-ci plaît, celui-là captive. Le corps périt, l'ame est immortelle; cependant tous les soins sont pour celui-là (le corps), tandis qu'on néglige celle-ci (l'ame). Ce sont de véritables pro-
noms, qui peuvent remplacer les noms dans tons les cas. On voit que ces deux démonstratifs se disent également des personnes et des choses.
Ci et là, joints à ce, forment enfin les deux autres démonstratifs ceci et cela, qui ne se disent que des choses ; ils s'emploient seuls; mais quand ils sont en opposition, ceci désigne l'objet qui est le plus près de nous, et cela l'objet qui en est le plus loin, comme : ceci n'est que risi(?le, mais celn me paraît atroce.