‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 118 sur 279 · DES PRONOMS INDÉFINIS · texte numérisé non relu

DES PRONOMS INDÉFINIS

Les pronoms indéfinis sont des mots dont la propriété est de désigner d'une manière indéterminée, et de n'avoir rapport qu'à un objet vague n'offrant à l'esprit aucune idée fixe et précise. Tous ceux qu'on range dans cette classe ne sont pas de véritables pronoms, mais on en traite ici, parce qu'ils présentent ûx& détails qu'il est essentiel de bien connaître. On en distingue de quatre sortes : 1° ceux qui ne se joignent jamais à des noms ; 2«» ceux qui sont toujours joints à des noms ; S" ceux qu'on emploie tantôt joints à des noms, et tantôt sans être joints à des noms ; 4» enfin ceux qui sont suivis de que.

Des pronoms indéfmîs qu! ne se joignent jamais à des noms.

Ces pronoms sont : on, quelqu'un, quiconque, chacun, l'un l'autre, autrui, personne, rien. Ces mots sont de vrais pronoms, parce qu'ils ne se joignent jamais aux noms auxquels ils se rapportent, et qu'au contraire ils les remplacent.

On, toujours sujet, marque une espèce de troisième personne vague et indéterminée. Il est trèsvraisemblable qu'il s'est formé par abréviation ou par corruption du mot homme. En effet, dire : on joue, on étudie, c'est comme si l'on disait : homme joue, homme étudie.

Ce pronom, d'un usage très-étendu dans la langue française, ne se dit absolument que des personnes, et régit toujours le verbe au singulier : on parle, on jouait, on en vint aux mains.

Les Grammairiens ne s'accordent pas sur la nature de ce mot. Les uns veulent qu'il soit toujours mascuUn et singulier, et queparconséquent tout ce qui s'y rapporte soit de ce genre et de ce nombre. Ce sentiment est le plus conforme aux vrais principes de la langue, et est appuyé sur des raisonnements auxquels il est difficile de répondre. Les autres pensent que ce pronom peut être suivi d'un féminin et d'un pluriel. Ils ont pour eux l'Académie, qui s'exprime ainsi dans la dernière édition de son Dictionnaire : t Quoique ce » pronom soit ordinairement suivi d'un masculin,

DU PRONOM

» comme dans ceRé plirîisie î on n'est pas toujours » inaiire de ses passions, il y a des circonsiaoces » qui marquent si précisément qu'on parle d'une > femme, qu'alors on est suivi d'un féminin. » Exemple : on n'est pas toujours jeune et jolie; » quand on est jolie, on ne l'ignore pas. îl se joint » aussi avec le pluriel des et un nom ; on n'est pas » des esclaves, pour essuyer de si mauvais traite- » meiits. » Mais si ce passage prouve que cet emploi est reçu, il ne prouve nullement qu'il porte sur aucune raison solide. On y voit un abus consacré par l'usage, et rien de plus. En effet, son origine annonce le masculin, auquel l'assujétit encore sa signification vague et indéterminée ; car rien d'indéterminé n'a, ni ne peut avoir de genre.

On doit mettre /' avant on qui suit et, oh, si : si l'on savait borner ses désirs, on s'épargnerait bien des maux, et l'on se procurerait beaucoup d'avantages.— Lelieu où, l'on va. On doitnéanmoins excepter le cas où le mot l'on serait suivi de le, la, les, comme dans cette locution : et on la lira, au lieu de et l'on la iira, pour éviter à l'oreille le son désagréable de Ion la U.

La même chose s'observe après que, suivi d'un verbe qui commence par un c qui a le son de q; exemple : on apprend beaucoup plus facilement les choses que l'on comprend que celles que l'on ne comprend pas; la paresse est un défaut que l'on corrige rarement. L'oreille le veut ainsi pour éviter la répétition d'un son qui la blesse. Mais après qfue, suivi d'un verbe qui commence par toute autre lettre, on se sert de on ou de l'on, suivant que l'oreille le juge à propos.

Règle. On doit répéter on avant tous les verbes auxquels il sert de sujet :

On le loue, on le blâme, on le menace, on te caresse; mais, quoi qu'on fasse, on ne peut en venir à bout.

Quand on répète le mot on, on doit le faire rapporter à un seul et même sujet. Cette phrase ; on aoit être aimé, et l'on ne vous aime pas, n'est pas exacte. On y a deux rapports. Jl faut dire : on cro'it être aimé, et on ne l'est pas.

. Quelqu'un a deux significations différentes, selon qu'il est sans rapport à un nom, ou qu'il est en rapport avec un nom. Dans le premier cas, il signifie une personne, et ne se dit jamais des choses. Il ne prend le féminin et le pluriel que dans le cas oîi il est sujet; exemple : quelqu'une de vous , mesdames, a-t-elle entendu cela ? — Quelques-uns assurent. Hors de là, il est toujours masculm singulier : quelqu'un croit-il aux revenants? — Je te tiens de quelqu'un; j'ai ouï dire à quelqu'un. Ce serait une faute de dire : je connais quelqu'une; j^aime quelques-uns.

On disait autrefois un quelqu'un, un quelque chose; mais on a proscrit celte manière familière

de s'exprimer; il n'y a plus que les gens delà campagne qui parlent ainsi.

Dans le second cas, quelqu'un so dit t'es personnes et des choses, et prend le {j» nre et leiiombre. Il est ordinairement suivi o'un nom un d'un pronom précédé de la pré[)Osition de, t'dwnw : je connais quelqu'une de vos am'ies, etc.; quelqu'une de vous voudrait-elle, eic? avez-vous eucure quelques-unes de ces brochures qui ont paru? etc. iNous disons ordinairement, parce qu'il peut s'employer seul; exemples : nous attendons des messieurs, il en viendra bien quelqu'un ;^lusieur s dames tu' ont promis de venir, il en viendra quelqu'une.

(3uiton</we signifie quelque personneque ce soit. Il est sans pluriel, et masculin. 11 ne se dit jamais que des personnes. H a cela de particulier, qu'il renferme le relatif qui et son antécédent, de sorte qu'il peut en même temps servir de sujet à deux verbes, ou être régime d'un verbe et sujet d'un autre, comme dans ces exemples : quiconque con-' naît les hommes apprend à s'en défier; ce discours s'adresse à quiconque est coupable.

Il y a des Grammairiens qui prétendent que ce pronom doit être suivi d'un adjectif au féminin, quand il a un rapport bien marqu«à desfemmes, et c'est le sentiment de l'Académie, qui fait observer qu'il est quelquefois féminin, et que l'on peut dire en parlant à des femnies : quiconque de vous sera assez hardie pour médire de moi, je l'en ferai repentir. Mais, pour éviter de donner un genre à un mot d'une signification aussi vague, ne vaudrait-il pas mieux dire ; celle de vous qui sera assez hardie, etc. ?

Chacun signifie tous les individus d'une espèce pris les uns après les autres; il se dit des personnes et des choses, et se met pour chaque personne, chaque chose ; exemple ; allez-vous-en chacun chez vous ; remettez ces médailles chacune en sa place. Il n'a point de pluriel, mais il prend le genre, comme on peut le vçir par le dernier exemple. Il sert au même usage que quelqu'un, et, de même que ce pronom, il ne se dit que des personnes, lorsqu'il est sans rapport. Quand il est suivi d'un nom ou d'un pronom, il veut la préposition de à sa suite : éprouvez séparément chacun de vos amis, et voyez combien il en est de sincères ; peut-être trouverez-vous un ennemi dans chacun d'eux.

On ne dit plus un chacun.

Il se présente ici une difficulté d'autant plus em» barrassanie, que sa solution dé|)end d'une métaphysique très-subiile. Chacun, quoique toujours singulier, est tantôtsuivi de son, sa, ses, et tantôt de leur, leurs^ Voici les règles que Ion donne à ce sujet.

Première règle. On doit toujours employer son, sa, ses, dans les phrases où il n'y a point de pluriel dont chacun soit le distributif.

GRAMMAIRE FRANÇAISE

// donna à chacun sa part; que chacun songe à ses affaires; nous récompenserons chacun selon son mérite.

Deuxième RÈGLE. Dans Mais, dans celles où les phrases où chacun chacun contraste avec contrasteavec un pluriel un pluriel auquel il apauquel il appartient, on partient, on doit emdoit employer son, sa, ployer /eur,feur«, quand ses, quand le rapport de le rapport de possession possession répond plus répond plus directedirectement au distribu- ment au pluriel, lif singulier.

Berne ttez ces médailles Les hommes devraient chacune en sa place. — avoir, chacun pour leur Les hommes devraient propre intérêt, de l'as* aimer mutuellement , mour les uns pour les auchacun pour son propre très. — Alexandre vouintérêt. — Ils ont tous lut que les bêtes mêmes apporté des offrandes au et les murailles des villes temple, chacun selon ses témoignassent, chacune moyens et sa dévotion. en leur manière, leur douleur de lamortd'Éphestion.

Le rapport de possession répond plus directement au distributif singulier, lorsque chacun est placé après le régime ; alors le sens collectif exprimé par le pluriel est fini, et c'est au distributif chacun à remplir la fonction qui lui est propre, en considérant l'espèce entière séparée en individus. C'est le cas des exemples de la première colonne.

Mais le rapport de possession répond plus directement au pluriel, lorsque chacun est placé avant le régime ; car alors le sens collectif n'est pas fini quand le distributif chacun se montre dans la phrase, et par conséquent il doit y régner jusqu'à la fin. C'est le cas des exemples de la seconde colonne.

Mais, disent quelques Grammairiens, dans les phrases où les verbes sont sans régime, on doit employer son, sa, ses, ou leur; leurs, suivant que l'esprit veut que le rapport de possession réponde au distributif ou au pluriel ; exemples ; tous ont opiné chacun selon leurs ou ses lumières. On peut avoir deux intentions. Si l'on veut exprimer qu'à la vérité chacun des juges a opiné selon ses lumières, mais que tous ont opiné de la sorte, de manière que cette circonstance soit la principale vue de l'esprit, et celle sur laquelle on veut fixer l'attention, on doit dire : tous les juges ont opiné selon leurs lumières. Dans ce cas, tous et chacun n'occupent que le second rang dans les vues de l'esprit. Si l'on veut exprimer, non pas précisément que tous les juges ont opiné, mais que chacun d'eux a opiné selon ses propres lumières, en sorte que cet objetsoit la vue principale de l'esprit, on doit dire : tous les juges ont opiné chacun selon ses lumières. Dans la piemière phrase, le rapport de possession r<'[X)nd au pluriel; dans la seconde, il répond au

distributif ; mais cette distinction est si subtile, que nous croyons qu'il est plus sûr, dans ce cas, de se servir du singulier; d'ailleurs, le sens collectif finit avec le verbe.

On met toujours au pluriel le pronom qui doit se trouver après chacun : la reine dit elle-même aux députés quil était temps qu'ils s'en retournassent chacun chez eux.

Autrui signifie les autres, et ne se dit que des personnes. 11 est rare qu'on ne l'applique qu'à f un seul. 11 n'a ni genre ni nombre, ne se joint jamais à un adjectif, et ne parait dans les phrases que précédé d'une préposition, comme : n'enviez pas le bien d'autrui; ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu'onvous fît.

Les Grammairiens proposent une difficulté sur ce pronom; il s'agit de savoir si l'on peut toujours faire rapporter à autrui les pronoms ou adjectifs possessifs son, sa, ses, leur, leurs.

Preuière règle. On peut faire rapporter à autrui les possessifs son, sa, ses, leur, leurs, quand les substantifs auxquels ces mots sont joints sont précédés d'une préposition.

Vous pouvez épouser les intérêts d'autrui, sans être le panégyriste de toutes leurs actions.

Deuxième règle. On doit se servir du relatif e« et de l'article, au lieu des possessifs son, sa, ses, leur, leurs, quand les substantifs auxquels ces mots seraient joints sont sans préposition.

Prenez les intérêts d'autrui, mais gardez-vous bien d'en épouser les querelles.

Leurs querelles serait une faute.

L'un l'autre prend les deux nombres et les deux genres. Il fait, au féminin singulier, l'une l'autre, et au pluriel, les uns les autres, les unes les autres. Il se dit des personnes et des choses, et prend l'article avant chacun des deux mots qui le composent.

On se sert de ces deux mots conjointement ou séparément. Employés conjointement, ils expriment un rapport réciproque entre plusieurs personnes ou plusieurs choses. L'un ne figure dans les phrases que comme régissant; l'autre ne s'y montre qu'en qualité de régi ; aussi n'y a-t-il que ce dernier qui prenne des prépositions : on doit se secourir l'un l'autre; les peuples souffrent toujours de la guerre que les états se font les uns aux autres.

Nous ferons remarquer que l'un et l^autre ayant une signification bien différente de l'un l'autre, on ne doit pas les confondre. Quand on dit : ils se détruisent l'un et l'autre, cela signifie que /'un se détruit, et que Vautre se détruit aussi. Mais le feu et l'eau se détruisent l'un l^ autre veut dire que l'un de ces éléments détruit l'autre.

Ces deux mots employés séparément marquent division. Alors ils ne forment plus un seul pronom; ils en forment deux, qui figurent dans les phrases aux mêmes titres que les substantifs. L'iai peut

DU PRONOM

avoir une préposition comme Vautre. Le premier se met pour la personne ou la chose dont on a d'abord parlé, et le second pour la personne ou la chose dont on a parlé en dernier lieu ; exemple : tes passions s entendent les unes avec les autres; si Con se laisse aller aux unes, on attire les autret.

Personne est substantif ou pronom; mais, à quelque classe qu'il appartienne, il ne se dit jamais des choses. Personne substantif est, comme nous l'avons déjà dit, toujours féminin, au lieu que personne, pronom, est toujours masculin singulier.

Personne signifie nul, qui que ce soit ou quelqu'un.

Quand il signifie nul ou qui que ce soit, c il est » toujours masculin, dit l'Académie, et toujours » précédé ou suivi de la négative, et ne se dit qu'au « singulier. Il faut excepter les phrases quiinter- » rogent, et où l'on supprime la négation. » // ny a personne si peu instruit des affaires qui ne sache, etc. Personne ne sait s'il est diyne d'amour ou de haine. Cette place lui convient mieux qu'à personne.

Dans le sens de qui que ce soit, il ne s'emploie que dans les phrases qui marquent exclusion : Y a-t-il quelqu'un ici ? Personne. Mais personne est là par ellipse, pour il n'y a personne. Ainsi, dans ce sens , nous pensons qu'il ne se rencontre jam^ûs sans une négation exprimée ou sous-entendue.

Quand il signifie quelqu'un, il ne s'emploie d'ordinaire qu'en sujet et dans des phrases interrogatives ou de doute. Alors il est toujours sans négation; exemples : je doute que personne ait mieux peint la nature dans son aimable simplicité que l'ingénieux et sensible Gessner. — Personne a-t-il jamais conté plus naïvement que La Fontaine? — Si jamais personne est assez hardi pour l'entreprendre, il réussira.

Tous les Grammairiens conviennent que le pronom personne veut les adjectifs au masculin ; exemples : personne nest aussi sévère, aussi vertueux en public, que certaines femmes qui sont le moins retenues en particulier. — Jene connais personne aussi heureux quelle. Néanmoins quelques-uns d'entre eux veulent qu'on doive mettre au féminin l'adjectif qui se rapporte au pronom personne, quand il est évident qu'il s'agit d'une femme. Voici l'exemple qu'ils en apportent : Mesdames, il n'y a personne de vous assez hardie pour, etc. Ils se fondent sur ce que, dans cette phrase, \e pronom personne cesse d'être pris dans un sens indéterminé, mais qu'il est spécifié de manière à ne pouvoir désigner que des femmes. Nous convenons que, dans ce cas, on ne peut pas mettre l'adjectif au masculin ; mais nous n'en conclurons pas qu'on doive le mettre au féminin, puisque le pronom personne est toujours masculin. Nous prétendrons seulement ({u'ori doit éviter celte difficulté en employant l'ex-

pression propre, et dire : Mesdames, y a-t'il aucune de vous assez hardie pour, etc.

Rien est aussi nom ou pronom. Rien, nom, signifie chose de peu de valeur. Rien, pronom, est toujours masculin singulier, ne se dit que des choses, et a deux acceptions différentes, selon qu'il s'emploie avec ou sans négation.

Quand il est accompagné d'une négation, il signifie nulle chose; exemples : il vaut mieux ne rien faire que de faire des riens ; il ne s'applique à rien de solide.

Rien signifie aussi nulle chose, lorsque, sans négation, il est joint au verbe compter; exemple: quand on tient de pareils discours, on donne à penser que fon compte pour rien la vertu, l'honneur et la probité.

Rien, sans négation, signifie quelque chose, et n'est guère d'usage que dans des phrases interrogatives ou de doute : je doute que rien soit plus capable de faire impression sur les peuples, que la vue des malheurs qu'a éprouvés la France. — Rien flattel-il si délicieusement l'esprit et l'oredle, qu'un discours sagement pensé et noblement exprimé?

Rien, en régime direct, se place dans les temps simples après le verbe ; et, dans les temps composés, entre l'auxiliaire et le verbe : il ne dit rien, il n'a rien dit. Mais, quand il est régime d'un infinitif, il se place avant cet infinitif : je ne puis vous rien donner. En régime indirect, il se place toujours après le verbe : iln'apensé à rien, il ne s'occupe de rien.

Rien régit la préposition de avant l'adjectif qui le suit : est-il rien de plus délicieux?

Des pronoBU indéfinis qui sont toujours joints nonu.

à dec

Ces pronoms sont quelque, chaque, quelconque, certain.

On a tort de ranger ces quatre mots dans la classe des pronoms. Ce sont de purs adjectifs, à la vérité vagues, mais qui ne tiennent jamais la place d'un nom. Ceci vient encore prouver combien la logique a eu peu de part à la formation des langues. Si, lorsqu'on a voulu les tirer de leur barbarie originelle pour les assujétir à des règles, on eût examiné avec soin la nature des mots, elles offriraient moins d'incohérence et de bizarreries. Mais on a fait des observations sans raisonner ; on les a multipliées sans discernement, et on les a rassemblées sans jugement et sans goût; delà cette foule d'erreurs qui se sont introduites et que le temps a fini par consacrer. 11 n'y a point de partie dans la Grammaire qui ne prouve la vérité de cette réflexion. Quoi qu'il en soit de la nature de ces mots, disons un mot sur leur emploi. Quelque ne marque rien de déterminé ; il sigoi-

fie un, ou plMÎeurs entre un ptus grand nombre. Il se dit des personnes et des choses, et est des deux genres et des deux nombres : quelque nouvelle, quelque auteur, quelques livres, quelques personnes. Voy. p. 343.

Chaque est des deux genres, mais il n'a pas de pluriel ; c'est un adjectif distributif qui désigne une personne ou une chose prise séparément : cJiaque homme a ses goûts et chaque pays ses usages; chaque tête, chaque avis.

Quelconque, adjectif des deux genres, signifie quel que ce soit, quel qu'il soit, quelle qu'elle soit. 11 ne s'emploie qu'avec la négation, et toujours après la négation. Dans ce cas, il ne peut se mettre qu'au singulier. Il se dit principalement des choses : Il ne lui est demeuré chose quelconque; il n'y araison quelconque qui puisse l'y obliger. Son emploi le plus fréquent est en style de pratique : nonobstant opposition ou appellation quelconque. Il se dit quelquefois des personnes : il ny a homme quelconque.

Il peut aussi s'employer sans négation en style de science, et alors il prend le pluriel : une ligne quelconque étant donnée; deux points quelconques étant donnés, trouver, etc.

Certain signifie assez ordinairement quelque ; il se dit des personnes et des dioses. Il prend un : un certain auteur. On dit aussi certain auteur ; et ce tour paraît plus usité.

Ses pronoms indéfinis employés tantôt joints à des nanu et tantôt sans être joints à des noms.

Ces pronoms sont : nul, aucun, pas un, autre, l'un et l'autre, même, tel, plusieurs, tout. Ces mots Ibnt de vrais pronoms quand ils sont employés seuls ; mais ils ne sont plus que des adjectifs quand ils sont joints à des noms.

Nul, aucun, pas un, soit comme pronoms, soit comme adjectifs, marquent exclusion. Ils ont à peu près la même signification, mais ils ne s'emploient pas dans tous les cas l'un pour l'autre. Ces mots sont toujours accompagnés d'une négation, excepté aucun, qui n'en prend pas dans les phrases d'interrogation ou de doute.

Nul, pronom, signifie personne. Il nie plus fortement que les autres, est masculin singulier, et se met toujours en sujet : nul ne sait s'il est digne d'amour ou de haine.

iVtt/, adjectif, prend le genre féminin, mais jamais le pluriel : nulle vérité dans ce tableau; nulle de ces dames n'est sortie. Molière n'a donc pas pu dire : fi!ne me parlez point de ces gens qui, pour nous, n'ont nuls emportements.

Quelques Grammairiens font observer que nu/, adjectif, prend le pluriel quand il signifie qui n'est d'aucune valeur; exemple: ces traités, ces contrats

sont nuls. Cette remarque estexacte, mais inutile, attendu que nul n'a pas, dans ce cas, l'acception sur laquelle porte la règle.

Il y a des Grammairiens qui pensent que nul, adjectif, se joint très-bien à un nom mis en régime • cet homme est si entêté qu'il ne se rend à nulle raison. Ils ont pour eux la pratique de plusieurs écrivains estimés. Mais il y en a d'autres qui veulent que dans ce cas on donne la préférence à aucun, et qu'on dise : cet homtne est si entêté qu'il ne se rend à aucune raison. Nous adoptons ce dernier sentiment, mais sans condamner le premier, que l'Académie autorise, puisqu'elle dit : il n'a nulle exactitude; cela n'est de nul usage, etc.

Aucun, pronom, ne se dit plus au singulierdans le sens de quelqu'un. S'il s'emploie encore au pluriel, ce n'est qu'en style de palais : ce fait est raconté par aucuns ; et en style marotiqueou badin : aucuns ont dit qu'en ce siècle félon, etc.; d'aucuns croiront que j'en suis fou. Dans ce cas, il est sans négation.

Adjectif , on s'en sert ordinairement avec une négation : vous n'avez aucun moyen de réussir dans cette affaire; aucune des parties ne s'est présentée; jeneleveux en aucune manière. Néanmoins ou dit dans le sens affirmalif, selon l'Académie ; il a obtenu ce qu'il demandait, sans aucuns frais, mais ce n'est qu'en style de palais.

Nous disons ordinairement, parce qu'il s'emploie sans négation dans les phrases d'interrogation ou de doute, comme : aucun homme fut-iljamaisplus heureux? — La plus belle comparaison qu'il y ait peut-être en aucune langue est celle que Pope a tirée des Alpes, dans son Essai sur la Critique.

L'abbé d'Olivet a critiqué ce vers de Racine ;

Aucuns monstres par moi domptés jusqae aujourd'hui.

Il ne veut pas de l'emploi de l'adjectif aucuns au pluriel dans le sens négatif. Il assure que cet adjectif ne le prend jamais, et il renvoie au Dictionnaire de l'Académie ceux qui douteraient que ce ne soit là l'usage. Il se peut que dans la troisième édition, qui est celle dont il s'agit, tel fût en effet le sentiment de l'Académie ; mais dans celle qui vient de paraître, et qui est la sixième, l'Académie dit, comme elle le disait dans la quatrième et dans la cinquième : Il est vrai qu'il s'emploie quelquefois au pluriel; exemples: elle ne m'a rendu aucuns soins; il n'a fait aucunes dispositions, aucuns préparatifs.

N'est-ce point là, ajoute Lévizac, la justification de Racine? car si l'on peut dire : aucuns soins, aucunes dispositions, aucuns préparatifs, pourquoi ne dirait-on pas aucuns monstres? Il importe peu que cet emploi soit fréquent ou rare, pourvu qu'il soit autorisé.

Pas un, pronom, ne s'emploie qu'en sujet : pas un ne le croit, pas unne le dit. On nes'en sert guère

DU PRONOM

que dans le style familier, ou dans des expressions proverbiales : H est aussi savant que pas un.

Pas un, adjectif, prend le féminin, mais il ne prend jamais le pluriel. Il marque une exclusion plus générale que l'adjectif aucun; exemple : de tous les ouvrages. Un y en a pas un sans défaut. On ne peut pas l'employer dans les phrases de doute.

Nul, aucun, pas un, veulent la préposition de avant le substantif ou le pronom qui les suit : nul devons n'a droit de se plaindre; n achetez aucune de ces gravures ; il n'y a pas un de ces tableaux qui nesoit d'un grand maître.

Aucun et pas un s'emploient dans les phrases sans être en apparence joints à un substantif; mais ils ne laissent pas d'être adjectifs, s'ils sont précédés du pronom relatif en; exemples : de toutes les nations de la terre, il n'y en a aucune qui n'ait une idée au moins confusede la Divinité. — Du grand nombre d'amis qui vous accablent dans la prospérité, il ne vous en reste souvent pas un dans l'adversité.

Autre, des deux nombres et des deux genres, estpronomou adjectif, et sert à distinguer les personnes et les choses.

Il est pronom lorsqu'il n'est pas joint à un substantif : un autre pourrait-il vous être plus utile? Néanmoins, dans ce cas, il tifnt plus de la nature de l'adjectif que de celle du pronom, puisqu'il est réellement joint à un substantif sous entendu : un autre est pour un autre homme.

Il est adjectif, ou lorsqu'il est joint à un nom, ou lorsqu'il est précédé du pronom en, ou qu'il y a ellipse dans les phrases : les anciens ne croyaient pas qu'il y eût un autre monde; le temple de Salomon ayant été déiruit, on en rebâtit un autre par ordre de Cyrus ; on ne peut être heureux en celte vie et en l'autre.

L'un et l'autre marquent l'assemblage de plusieurs personnes ou de plusieurs choses, et sont des deux genres et des deux nombres, ils sont pronoms quand ils ne sont pas joints à un substantif, comme quand on dit, en parlant de deux auteurs : l'u7i et l'autre rapportent le même fait. Mais ils sont adjectifs quand ils se joignent à un substantif singulier ; exemple : il est trh-rare qu'on se serve également bien de l'une et l'autre main.

Il se présente ici une question. On demande à

quel nombre, du singulier ou du pluriel, doit être

' mis le verbe qui a pour sujet l'un et l'autre ou ni

l'un ni l'autre. Voyons d'abord pour /'«n et

l'autre.

Vaugelas, et l'Académie d'après Vaugelas, pensent qu'on peut se servir indifféremment du singulier et du pluriel. Cette décision, déjà ancienne, subsiste dans toute sa force, puisqu'on trouve dans la dernière édition de son Dictionnaire, l'une et l'autre est bonne, l'une et l'autre sont bonnes. Voltaire emploie presque toujours le singulier :

L'un et Vautre bi«nt*t vt»it son h«ure dernière....

L'un et Vautre aujourd'hui serait trop condamnable. Plusieurs auteurs estimés s'expriment de même. Malgré ces autorités, nous pensons qu'on ne doit employer que le pluriel, parce que ces deux pronoms, tenant la place de deux noms, en ont la force. Or, deux noms, dans ce cas, commandent le pluriel, puisque deux singuliers valent un pluriel; on ne peut donc employer que le pluriel après l'un et l'autre.

Nous pensons également que la loi d'accord veut le pluriel après ni l'un ni l'autre, quoique Vaugelas, l'Académie et Girard, pensent qu'on doit employer le singulier. Ainsi ces phrases ; ni l'un ni l'autre n'a fait son devoir, ni Vun ni Vautre n'est son père, données par l'Académie, ne sont pas exactes, puisqu'on doit dire : ni la douceur ni ta force n'y peuvent r'ten; ni Vor ni la grandeur ne nous rendent hetireux. Car, avec les pronoms, il y a deux sujets, ainsi qu'avec les noms, et par conséquent deux propositions : l'un na pas fait son devoir, et Vautre n'a pas fait son devo'ir, réunies en une seule par la copulative ni : ni Vun ni Vautre n'ont fait leur devoir. Nous enchérirons sur cette observation si juste de Lévizac, qui ne parlait que de la cinquième édition de Y Académie. La sixième et dernière donne pour exemples : ni Vun ni Vautre ne v'iendra, et ni Vun ni Vautre ne v'iendront Il n'eîJt pas permis de se montrer plus confus ni plus bizarre. Nous concluons donc que la saine logique n'admet que le pluriel avec ni Vun ni Vautre, et avec Vun et Vautre.

La disjonctive om n'offre aucune difficulté, pnrce que celte conjonction, donnant nécessairement l'exclusion à l'un des deux sujets, n'en conserve qu'un; il faut par conséquent le singulier: Vun ou Vautre viendra avec moi.

Même peut être considéré comme pronom ou comme adjectif. Il est des deux genres et des deux nombres.

Considéré comme pronom, il marque identité, c'est-à-dire que la personne ou la chose dont on parle n'est autre que celle dont il a déjà été question; ainsi l'on dit en parlant d'un homme : le même m'est venu voir , et en parlant d'une affaire : je travaille toujours à la même.

Même, adjectif, peut signifier identité ou parité : en Allemagne, les mêmes églises servent souvent aux catholiques et aux protestants. — Il est rare de trouver deux personnes du même caractère. Quand il est adjectif, il précède le substantif qu'il accompagne.

Même a encore un autre usage ; c'est d'être mis à la suite des noms ou des pronoms pour donner plus de force au discours : c'est la vertu même; c'est moi-même.

Même est indéclinable, est-il dit dans certaines Grammaires, quand on l'emploie pour donner plus de force au discours : et il en est uneentreau-

1res qui apporte pour exemple : c'est la vérité même. Cet exemple est mal choisi, puisqu'on dit : ce sont les graces^mêmes ; ce sont les leçons mêmes de la vertu. 11 est vrai que même ne prend pas quelquefois le pluriel, mais c'est lorsque, pour donner plus d'énergie au discours, on supprime la conjonction et, et qu'on transpose même après le stfbstantif ; exemple ; les astres, les animaux,les plantes même, étaient au nombre des divinités égyptiennes. Dans ce cas, c'est un pur adverbe, mis pour aussi, de plus, etc.

On a critiqué ces vers de Racine :

Jusqu'ici la fortune et la victoire mêmes

Cachaient mes cheveux blancs sous trente diadèmes, parce qu'on a supposé qu'il y est adjectif des deux noms, quoiqu'il n'y soit qu'adverbe. Si mêmes avait été pris adjectivement. Racine n'eût pas manqué de rappeler les deux substantifs par le pronomelles. Il y est donc adverbe Mais pourquoi, dira-t-on, la marque du pluriel ? Pourquoi? Le voici : c'est parce que, du temps de Racine, l'usage permettait encore d'écrire cet adverbe même ou mêmes. Ce poète a donc pu l'orthographier ainsi.

Tel est ou pronom ou adjectif; il prend le genre masculin et féminin.

Tel, pronom, s'emploie pour signifier une personne qu'on veut désigner d'une manière indéterminée : l'orage tombera sur tel qui n'y pense pas; ou au lieu d'un nom de personne, comme : qui vous l'a dit? un tel; ou enfin pour une peraonne, dans certaines phrases où il forme un galllctbme : tel sème qui souvent ne recueille pas. Tel est mis là pour celui.

Tel, adjectif, marque la comparaison d'une personne ou d'une chose à une autre, mais sans exprimer à quoi cette personne ou cette chose est comparée : un homme tel que vous est né pour asvireràlagloire. — L'obstination des rebelles est telle qu'on ne doit pas espérer d'en venir aisément à bout. Dans ce dernier exemple, telle est pour si grande. — Par comparaison, il se répète.

Plusieurs est pronom ou adjectif, des deux genres, et toujours pluriel.

Plusieurs, pronom, ne se dit que des personnes, et en désigne un nombre indéterminé : plusieurs sont trompés en voulant tromper les autres.

Plusieurs, adjectif, se dit des personnes et des choses : plusieurs philosophes se sont trompés sur la nature de lame.

Tout est pronom et adjectif, et prend les deux nombres et les deux genres. Ne désignant qu'une quantité vague, générale, et non déterminée, il ne prend jamais l'article : tout homme est sujet à l'erreur. — J'ai tout vu et tout observé.

Tout, pronom, est toujours masculin singulier, et signifie toute chose: tout doit dans notre cœur céder à l'équité. — IL rit de tout.

Ce pronom, employé comme régime direct, se place dans les temps simples après le verbe, et dans les temps composés entre l'auxiliaire et le verbe : il avoue tout; il a tout avoué. Mais, en régime indirect, il se place toujours après le verbe, soit dans les temps simples, soit dans les temps composés : il pense à tout; il a pensé à tout. La même règle s'observe à l'infinitif.

Tout, adjectif, a deux acceptions bien différentes : ou il signifie la généralité et l'entière étendue d'une chose; et, dans ce cas, il veut l'article avant le nom auquel il est joint : tout le monde, tous les hommes, toute la famille; ou il signifie chaque, et alors il ne vjBUt pas l'article avant le nom qu'd accompagne : tout bien est désirable ; tout homme est sujet à la mort. Dans la dernière circonstance, il est toujours au singulier.

Dans la première acception, tout peut accompagner, non-seulement les pronoms possessifs : tous ses amis; tous mes parents; tout leur argent, mais encore les suivants : nous, vous, eux, ce, celui, ceci, cela, celui-ci, celui-là, le. Il se met toujours à la suite des trois premiers : nous tous, vous tous, eux tous; mais il figure avant les démonstratifs : tout ce , tous ceux, tout ceci, etc. Les ne le veut immédiatement ni avant ni après lui , mais il le renvoie après le verbe dans les temps simples , et entre l'auxiliaire et le verbe dans les temps composés : je les ai tous éprouvés, et je les trouve tous très-bons.

Tout s'emploie quelquefois adverbialement, et alors, ou il n'est qu'un simple mot explétif ; il parle tout haut; il lui dit tout froidement; tout comme il pous plaira; ou il signifie quoique très, entièrement, quelque; dans ce cas, il est assujéti à des règles particulières.

Première règle. Tout, mis pour un de cts mots, ne change pas de nombre avant un adjectif masculin.

Les chevaux de ce poil-là sont ordinairement tout bons ou tout mauvais.' Les enfants, tout aimables qu'ils sont, ne laissent pas d'avoir bien des défauts. Ils sont tout interdits.

Deuxième règle. Tout, mis pour un de ces trois mots, ne prend ni genre ni nombre avant un adjectif féminin qui commence par une voyelle ou par un h muet.

La vertu, tout austère qu'elle est, fait goûter de véritables plaisirs. — Ces images, tout amusantes quelles sont, ne laissent

Mais il prend le genre et le nombre avant un adjectif féminin qui commence par une consonne.

Elles furent toutes sur' prises de nous voir.

C'est une tête toute vide. — Loin d'ici cr-; maximes de la flatterie, que les rois naissent ha' biles, et que leurs amcs

DU PRONOM

pas d'ennuyer à la Ion- privilégiées sortent des gue. mains de Dieu, toutes

sages et toutes savantes.

Troisième règle. Tout, mis pour un <^e ces trois mots , ne prend ni genre ni nombre, même avant un adj.fem.qui commence par uneconsonne, quand il est immédiatement suivi d'un adverbe : elles sont tout aussi fraîches ; elle est tout ainsi, ou tout comme vous; cette eau coule tout doucement.

Des prououis Indéfinis suivis de QUE on QUI.

Ces pronoms sont ; qui que ce soit, quoi que ce soit, quoi que, quelque..,, que, quel que, tout.... que, etc. Ces pronoms, comme on le voit, tiennent de la nature des conjonctions.

Qui que ce soit, toujours masculin singulier, ne se dit que des personnes. Il s'emploie sans négation ou avec négation. Sans négation, il signifie quiconque, quelque personne que ce soit : qui que ce soit qui vienne, dites que je suis occupé; à qui que ce soit que nous parlions, nous devons répondre. Précédé ou suivi de la négation, il signifie personne : on ne doit jamais parler mal de qui que ce soit; qui que ce soit ne m'a prévenu contre vous.

Quoi que ce soit, toujours masculin singulier, ne se dit que des choses ; il s'emploie aussi sans négjation ou avec négation. Sans négation, il signifie quelque chose que ce soit : quoi que ce soit qu'il fasse, il quitte sur-le-champ, quand son devoir l'appelle. Avec négation, il signifie rien ; quelque génie qt^n ait, on ne peut sans application exceller en quoi que ce soit.

On dit aussi qui que ce fut, quoi que ce fût, si la phrasç exige l'emploi de l'imparfait : qui que ce fût qui lui parlât, il ne répondait rien; quoi que ce fût qu'il fît, il était distrait.

Quoi que, toujours masculin singulier, ne se dit que des choses ; il signifie quelque chose que : quoi que vous disiez, quoi que vous fassiez, vous ne détruirez pas ses préventions; à quoi que vous vous occupiez, donnez-y toute votre attention.

L'harmonie, et souvent la clarté, exigent qu'on préfère quelque chose que à quoi que.

Quelque... que a deux significations différentes; joint à un substantif, il signifie quel que soit le... que; et, dans ce cas, il prend le genre et le nom- 'bre du substantif, parce qu'il n'est réellement

qu'adjectif : quelque rang que vous ayez, quelques richesses que vous possédiez, vous ne devez pasvous enorgueillir. Cette règle a lieu quand le substantif est immédiatement précéâé ou suivi d'un adjectif : quelques belles actions qu'il fasse; quelques peines affreuses qu'il dévore; puisque l' addition de l'adjectif ne change rien à la nature de quelque, qui modifie en même temps le substantif et cet adjectif.

Mais, lorsqu'il est joint à un adjectif séparé de son substantif, il signifie quoique , à quelque point que. Il change alors de nature , il cesse d'être adjectif, devient un véritable adverbe, et par conséquent ne prend pas la marque du pluriel : tous les peuples de la terre, quelque opposés qu'ils soient dans leurs sentiments, se trouvent tous réunis dans un point essentiel, etc.

Quel que signifie la même chose que quelque... que, avant un substantif; il se dit des personnes et des choses , et prend le genre et le nombre : les criminels doivent être punis, quels qu'ils puissent être; quelles que soient les offres d'un ennemi, on doit toujours s'en défier. Ce pronom ne s'emploie jamais qu'en sujet.

Quel que et quelque... que signifient la même chose; cependant ils ne s'emploient pas l'un pour l'autre; on s'en sert dans les phrases selon la place que le substantif y occupe. Si l'on place le substantif après le pronom, on fait usage de quelque^ comme on peut le voir par les exemples que nous en avons donnés. Mais on doit se servir de quel, si Ton veut renvoyer le substantif après le relatif que et le verbe, comme dans l'exemple : quel que soit le rang que vous occupiez, quelles que soient les richesses que vous possédiez, vou^ ne devez pas vous enorgueillir.

Tel que sert à la comparaison ; on craint de se voir tel qu'on est, parce qu'on n'est pas tel qu'on devrait être. C'est une feute d'employer quel que au heu de tel que.

Nous avons parlé plus haut de tout... que.

Tel que et tout... que régissent l'indicatif , parce que les phrases dans lesquelles ils entrent, exprimant qu'une chose est, excluent toute idée d'incertitude ou de désir. Il n'est pas inutile d'en prévenir les étrangers, qui, ne connaissant point le génie de notre langue, ne voient pas des nuances qui souvent même échappent à des Français.

DU VERBE

Nous voici parvenus enfin au mot dit par excellence, à ce mot qui entre dans toutes les phrases pour être le lien de nos pensées, et qui seul a la propriété, non-seulement d'en manifester la manière et la forme, mais de marquer encore le rapport qu'elles ont au passé, au présent et au futur. Sa fonction est d'exprimer des actions, des passions" et des situations. Mot unique par l'étendue de ses propriétés, il est l'ame de tous nos discours, et ce n'est que par son moyen que nous pouvons faire connaître le degré de convenance ou de disconvenance que nous découvrons entre les objets que nous comparons. (Lévizac.)

Cette espèce de mot porte le nom emphatique de verbe, du latin verbum, qui signifie la parole prise matériellement; parce, que sans ce mot, il est impossible d'exprimer une pensée; si quelquefois on le supprime, pour donner plus de vivacité au discours, ce n'est que parce que l'esprit peut aisément le suppléer, et l'on doit toujours le rétablir dans l'analyse grammaticale.

On a donné différentes définitions du verbe. La plus générale et la plus exacte est celle-ci de MM. de Port-Royal : Le verbe est un mot dont le principal usage est de sigmjier l'affirmation. En effet, quand on dit: la vertu est aimable, le mot vertu exprime l'idée à laquelle on affirme que convieii.t la qualité d'aimable, et le verbe est forme cette affirmation ; et quand on dit : le vice n'est pas aimable, on affirme que la qualité d'aimable ne convient pas au vice. La définition de l'Académie nous paraît réunir toutes les conditions de cette partie du discours ; nous ne pouvons par conséquent nous dispenser de la don-ner; c'est, dit-elle, une partie d'oraison qui exprime, soit une action faite ou reçue par le sujet, soit simplement l'état ou la qualité du sujet, et qui se conjugue par personnes, par nombres, par temps et par modes.

On peut donner aussi pour troisième définition du verbe, que c'est un mot qui exprime \ action ou Y état, comme aimer, danser, lire, dormir, etc.

Il n'y a qu'un seul verbe, qui est être, parcequ'il n'y a que lui seul qui exprime l'affirmation. Qu'on retranche ce mot, il n'y aura plus de jugement; les mots ne présenteront plus que des idées décousues et détachées , et le premier lien de la société, l'artdecommuniquerce qui se passe en nous, sera anéanti. Mais ce verbe unique ne se montre pas

toujours sous cette forme si simple. Le désir d'abréger le discours a porté les hommes à inventer des mots qui renferment et le verbe être et l'attribut, c'est-à-dire la qualité qu'on affirme de l'objet dont on parle ; de là ces mota : aimer, hdir, raisonner, auxquels on adonné avec justesse le nom de verbes, puisqu'ils le renferment. Il aime est pour il est aimant; tu hais, pour tu es haïssant, etc. Ce sont, comme on le voit, des expressions abrégées, composées de deux éléments.

Le caractère essentiel et dislinctif du verbe, dit Estarac, est d'exprimer l'existence intellectuelle d'un sujet avec telle ou telle modification. Il ne peut donc pas y avoir de langue sans verbe, puisque des langues sans verbes seraient des langues avec lesquelles on ne pourrait pas exprimer de jugements, et conséquemment des langues avec lesquelles on ne parlerait pas.

Dans notre idiome, il est toujours facile de s'assurer qu'un mot est verbe lorsqu'on peut y joindre les substantifs personnels je, tu, il, etc. Chaque m^ doit être classé, non pas d'une manière invariable, de manière à faire penser qu'il est de la même espèce partout où on le trouve; mais il doit l'être conformément au rôle qu'il remplit dans la phrase dont on s'occupe. Dans celle-ci, par exemple : un jugement conforme aux lois; le mot conforme est adjectif masculin; et dans celte autre : l'honnête homme conforme toujours sa conduite à ses devoirs et aux lois de son pays; le mot conforme est verbe^

Chaque ver 6e exprime donc tout à la fois et l'idée de l'existence ou réelle ou intellectuelle, et celle d'une modification déterminée jointe à l'existence; et comme notre esprit peut attrt' buer cette combinaison de modification ou à un seul être, ou à plusieurs, ou à celui qui parle, ou à la personne à qui l'on parle, ou enfin à celle ou à celles de qui l'on parle, les verbes ont des inflexions différentes pour exprimer toutes ces différentes vues de l'esprit, et varient leurs terminaisons conformément aux nombres et aux personnes. Par ce moyen , le matériel des verbes change relativement aux différentes nuances de la pensée, et le changement de leur forme correspond aux changements accessoires de l'idée principale qu'ils expriment. Je laboure, tu laboures, il ou elle labottre, nous labourons, vous labou-

un VEKBE.

7ez, ils ou elles labourent; tous ces mots expriment la même idée fondamentale, la combinaison des mêmes modifications, l'existence et l'action de labourer; mais le premier exprime de plus que ces modifications n'appartiennent qu'à un seul individu, et que cet individu, c'est moi; le second, que ces mêmes modifications sont affirmées d'un seul individu, de celui à qui j'adresse la parole, et ainsi des autres.

Distinguons donc, avec Estarac, dans chaque forme d'un vei-be, quelle qu'elle soit, /'idée principale, qui est la combinaison de l'existence avec une autre modification déterminée ; idée qui est toujours la même dans toutes les formes quelconques d'un même verbe, et, de plus, les idées accessoires relatives aux personnes et aux nombres, idées qui varient dans chaque forme du verbe.

Puisque chaque verbe exprime nécessairement et préalablement l'existence, et, de plus, une autre modification déterminée, on pourrait se passer de tous les verbes, excepté de celui-là seul qui, dans chaque langue, est destiné à exprimer l'idée de l'existence ou réelle ou intellectuelle. Nous pourrions dire, par exemple : je suis labourant, tu es labourant, il ou. elle est labourant, etc., au lieu de âxre: je laboure, lu laboures, il ou elle laboure, ttc. Il est facile de voir que la combinaison des deux modifications exprimées par un autre verbe quelconque pourrait être rendue par les formes du verbe être et par un modificat'f particulier, adjectif ou participe, qui exprimerait séparément la seconde modification combinée avec l'existence. Un seul verbe est donc absolument nécessaire, indispensable dans chaque langue ; ce verbe est , cheznous, le modificatif efre; mais la suppression des modificaiifs combmés rendrait le style monotone, moins rapide, et même insoutenable.

Faisons-en l'essai ; supposons ces vers :

A de vagues pensers l'homme est toujours en proie ; Son instabilité ne finit qu'avec lui, Et nous voyons toujours que sa plus douce joie Dégénère souvent en un mortel ennui....

Il veut, il ne veut pas, il accorde, il refuse, il écoute la haine, il consulte l'amour, Il promet, il rétracte, il condamne, il excuse ; Lé même objet lui plaît et déplaît tour-à-tour.

(Brébeuf.)

A la place des verbes en caractères italiques, mettons les formes du verbe être, jointes au participe de chaque verbe ; < A de vagues pensers l'homme

> est toujours en proie ; son insiabihté n'est finis- » sant qu'avec lui ; et nous sommes voyant toujours » que la plus douce joie est dégénérant souvent en » un mortel ennui.... Il est voulant, il est ne vou- * lant pas, il est accordant, il est refusant, il est » écoutant la haine, il est coTisultant l'amour, il est

> promettant, il est rétractant, il est condamnant, il » est excusant; le même objet est plaisant à lui et

» déplaisant à lui tour à tour. » Comme ce langage serait traînant, ennuyeux et désagréable à cause de ces perpétuelles désinences en ant !

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