DES DIFFERENTES SORTES DE VERBES
On divise les verbes en réguliers, irréguliers et défectifs.
Les verbes réguliers sont ceux dont les terminaisons, dans les temps primitifs et dans les temps dérivés, sont exactement conformes à celles du verbe qui leur sert de modèle.
Lesverbes irréguliers sont ceux auxquels les terminaisons du verbe qui leur sert de modèle ne conviennent pas dans tous les temps primitifs ou dérivés.
Les verbes défectifs, enfin, sont ceux auxquels il manque certains temps ou certaines personnes que l'usage n'admet pas. Cette division générale sera ëclalrcie à l'article des Conjugaisons.
On a nommé le verbe être verbe substantif, parce que, seul, il exprime essentiellement l'existence; et l'on a donné le nom de verbes adjectifs à ceux dans la signific^ion desquels il entre un attribut, une action, ajoutée à l'affirmation qui en fait l'essence; ainsi tous les verbe^ont adjectifs, à l'exception du verbe être, puisqu'il est le seul qui ne marque et n'exprime que l'affirmation seule.
Nous distinguerons six classes de verfccs, savoir: les verbes auxiliaires, le verbe actif, le verbe passif, le verbe neutre, le verbe pronominal et le verbe unipersonnel ou impersonnel.
Les verbes auxiliaires sont le verbe être et le verbe avoir. On les appelle auxiliaires, du mot latin auxilium, secours, parce qu'ils servent à conjuguer les autres verbes dans certains temps qu'on nomme pour cette raison temps composés, comme : j'ai écrit, composé de j'ai, qui vient du verbe avoir, et de écrit , du verbe écrire ; je suis tombé, composé de je suis, qui vient du verbe être, et de tombé, du verbe tomber.
Le verbe être est appelé verbe substantif quand il ne sert pas à conjuguer un autreverbe. Alors il a la propriété d'exprimer ré(a«, comme :je suis malade, il est savant, etc.
Les verbes actifs sont ceux qui peuvent avoirun régime direct, comme amer, louer, lire, écrire, etc. On les reconnaît quand on peut y joindre quelqu'un ou quelque chose. Ainsi, aimer, lire, etc., sont des verbes actif spavce qu'on peut dire : aimer quelqu'un, lire quelque chose.
Le verbe avoir est actif guand il ne sert pas à conjuguer un autre verbe, et lorsqu'il exprime la possession , parce qu'on peut dire avoir quelque chose. J'ai un livre : j'ai quoi? un livre.
On appelle verbes passifs ceux dont l'action retombe sur le sujet , comme je suis aimé; il est brûlé; nous sommes battus. Ils se conjuguent dans tous les temps et dans toutes les personnes avec le verbe être. Tous les verbes actifs peuvent se conjuguer passivement ; mais les verbes neutres ne le peuvent pas. La distinction des verbes passifs en français est absolument inutile, puisque ce n'est autre chose que le verbe être accompagné du participe passé faisant les fonctions d'adjectif. Cependant il est bon de la maintenir, afin de faciliter l'intelligence de ces verbes dans les langues où ils ont des formes particulières.
I . Les verbes neutres sont ceux qui n'ont pas de régime direct, et après lesquels on ne peut pas mettre quelqu'un ou quelque chose; tels sont : aller,nuire, médire; on ne peut pas dire : aller quel- ' qu'un, aller quelque chose; nuire quelqu'un, nuire quelque chose.
Les verbes pronominaux se conjuguent avec deux pronoms de la même personne dont le premier est sujet et le second régime, comme; je me
DU VERBE
flatte^ tu te flattes, il se flatte, nous nous flattons, vous vous flattes, ils se flattent.
Dans je me flatte, je est le sujet, parce qu'il fait l'action de flatter, et me est régime direct ; je flatte qui^ me ou moi; tu le flattes; tu flattes qui? te ou toi; il se flatte; il flatte qui? se ou soi, etc.
Dans les verbes pronominaux, le second pronom est quelquefois régime direct et quelquefois régime indirect. Je me /oue, c'est-à-dire je loue moi; me est régime direct. Je me dis, c'est-à-dire je dis à moi; me est régime indirect. Vous vous nuisez, c'est-àdire, vous nuisez à vous; le second vous est régime indirect.
On distingue deux sortes déférée* pronominaux: lo les verbes essentiellement pronominaux, c'est-àdire qui ne peuvent se conjuguer qu'avec deux pronoms, comme je me repens, je me moque. On ne pourrait pas dire : je repens, je moque; 2° et les verbes acàdentellement pronominaux; ce sont ceux qui se conjuguent avec un seul ou deux pronoms, selon le sens , comme : je me loue, je me brûle ; on (^eut dire : je loue, je brûle.
On distingue quelquefois ces verbes en verbes pronominaux, verbes réfléchis etverbes réciproques; mais, attendu qu'ils se conjuguent tous de la même manière, et que la différence ne^ consiste que dans une légère nuance du sens, cette distinction n'est pas absolument essentielle.
Il y a encore, les verbes impersonnels ou unipersonnels. Ceux qui les appellent unipersonnels leur donnent ce nom parce qu'ils n'ont qu'une seule personne, et ceux qui les appellent impersonnels leur donnent ce nom parce que le pronom il, sujet de ces verbes,ne désigne aucune personne ; c'est le véritable genre neutre ; ainsi ces deux dénominations sont également justes. On nomme donc impersonnels ou unipersonnels , les verbes qui ne peuvent être employés qu'à la troisième personne du singulier, comme il pleut, il neige, il importe, il faut, etc.
DES CONJUGAISOiVS.
Le mot conjugaison vient du latin conjugatio, qui signifie accouplement, jonction, assujétissement au même jowgf.
Conjuguer un verbe, c'est en réciter de suite les différents modes avec tous leurs temps, leurs nombres et leurs personnes, c'est-à-dire, c'est le répéter avec toutes les variations que produisent les modes, les temps, les nombres et les personnes. Fixons-nous sur tous ces objets.
Les verbes, comme nous l'avons vu , sont un genre de mots dont le principal usage est de signifier l'affirmation ; or, lorsque nous affirmons, notre esprit a en vae différents rapports, et nous n'exprimons l'affirmation qu'en conséquence de ces rapports ; de là les modes, qui ne sont que les dif-
férentes manières dont nous manifestons l'alfirmation. Quelques Grammairiens en distinguent cinq, savoir : Vindicatif, le conditionnel, l'impératif, le subjonctif et l'infinitif; mais quelques autres n'en distinguent que quatre, parce qu'ils renferment le conditionnel dans l'indicatif. L'une et l'autre manière sont indifférentes.
Nous avons vu que l'affirmation peut avoir rapport à différents temps; elle peut rouler sur leprésent, sur le passé et sur l'avenir; de là les temps, qui sont certaines inflexions des verbes, qui désignent en quel temps on doit rapporter ce qu'on affirme d'une chose. '
Nous avons déjà fait connaître la valeur et la nature des temps et des modes ; ce n'est pas encore le lieu de traiter de leur emploi.
SES personhes et des nombres.
Il y a trois personnes dans les verbes. La première personne est celle qui parle : je et nous en sont les formes caractéristiques, comme : j'aime, nous aimons. La seconde personne est celle à qui on parle ; les marques en sont tu et vous, comme : tu aimes, vous aimez. La troisième personne est celle de qui on parle ; les signes en sont -il, elle, et ils, e//es,comme : il ou e//e aime, ils ou elles aiment. Les noms de choses sont à la troisième personne, comme le soleil brille, les plaines sont agréables.
Les verbes ont aussi les deux nombres ; le singulieTj quand il ne s'agit que d'une seule personne, comme j'aime, tu aimes, il ou e//e aime: et le pluriel, quand il s'agit de plusieurs personnes, comme nous aimons, vous aimez, ils ou e//e« aiment.
On compte quatre conjugaisons, que l'on reconnaît par la terminaison du présent de l'infinitif. La première a l'in/tnià/" terminé en er, comme aime7\la seconde a rin^niti/" terminé en ir, comme finir; la troisième a l'in/îni^i/" terminé en oir, comme recevoir; la quatrième a l'infinitif terminé en re, comme rendre. Mais avant d'en donner des modèles, nous devons faire connaître les deux verbes avoir et être, parce qu'ils servent à cojijuguer tous les autres verbes dans leurs temps composés.
Nous nous sommes conformés aux principes généraux, soit par rapport aux dënoçninations de temps, soit par rapport au nombre des conjugal sons. Nous l'avons fait parce qu'il nous a paru qu'il n'en résulte aucun inconvénient. Quant aux dénominations des temps, nous somn.es d'avis que d'autres pourraient aussi leur convenir ; mais jusqu'à ce qu'il en existe de mieux adapte s au génie de notre langue, pourquoi ne continuerions-nous pas à nous servir de celle-là? Sans doute on nous dira qu'il existe une autre nomenclature très-vraie et très-exacte, celle de Beauzée.
Nous sommes bien loin de vouloir l'attaquer; mais, malgré la simplicité qu'on lui attribue, elle augmente le nombre des mots au lieu de le diminuer; ce qui est une difficulté de plus pour l'esprit. Par exemple, ce que nous nommons plus-queparfait , il l'appelle passé positif défini antérieur simple; et ce que nous nommons prétérit antérieur, il l'appelle passé positif défini antérieur périodique. Ce Grammairien n'a employé tous ces mots que pour donner une idée plus juste des temps; mais ne rebute-t-il pas l'esprit par cette foule de mots qui doivent paraître aussi barbares que ceux qu'ils remplacent? L'abbé de Gondillao a pris un autre parti; c'est de supprimer toute espèce de nomenclature, et d'y substituer le mot forme. Ainsi, chez lui, le présent est la forme je fais; l'imparfait, la forme je faisais; le prétérit défini, la forme je fis, etc. Mais comment ce grave auteur, qui veut partout ailleurs tant de clarté e\ de précision dans les idées, n'a-t-il pas vu que cette expression vague ne présente rien à l'esprit? Puisqu'il faut des mots pour exprimer une chose réelle, gardons de préférence ceux que nous avon» et qui sont consacrés par un long usage.
Quant aux quatre conjugaisons, nous les avons rdoptées, non parcequ'il n'y en a que quatre, mais parce que le présent de l'infinitif a quatre terminaisons dans notre langue, et que ces terminaisons sont autant de points de ralliement pour l'esprit.
]^males pures des temps de la première conjugaison.
GRAMMAIRE FRANÇAISE