‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 169 sur 279 · DU PARTICIPE PASSÉ · texte numérisé non relu

DU PARTICIPE PASSÉ

Le participe passé a différentes terminaisons. Ce

participe offre de grandes difficultésaux commen-

façant, approchant, éloignant, et rendant ïoufes [ çants, et même aux personnes qui se croient très-

GRAMMAIRE FRANÇAISE

instruites dans la langue française. Il n'y a dans toute la Grammaire, disait Vaugelas, rien de plus important et de plus ignoré. En effet, dans quel cas ce participe doit-il s'accorder en genre et en nombre avec le nom ou le pronom auquel il se rapporte? et dans quels cas ne le doit-il pas? Jamais question de Grammaire n'a donné lieu à plus de controverse. Cependant il ne faut pas croire que les difficultés en soient insurmontables. Quelques Grammairiens établissent des règles que d'autres combattent et rejettent avec dédain. Ceux-ci admettent des exceptions que ceux-là condamnent et proscrivent. Les doutes de quelques-uns se changent par d'autres en décisions ; et l'on est bien étonné, après avoir lu trente Grammairiens, de n'avoir recueilli d'une lecture immense que des doutes et des incertitudes, tant le choc des opinions a brouillé toutes les idées, et répandu du louche et de l'obscurité sur cette matière.

Nous espérons prouver victorieusement dans notre syntaxe que la difficulté réelle ne consiste pas dans le participe lui-même , mais dans la construction de la proposition.

Il est inutile de traiter ici (Je l'adjectif verbal qui vient du participe passé. Tout le monde convient que, dans tous les cas, il s'accorde en genre et en nombre avec le substantif qu'il accompagne, comme : une maison achevée, un ouvrage achevé, des ou* vrages achevés, des études achevées. Mais il s'agit de l'accord du participe passé a.\ec\e nom ou pronom, sujet ou régime, qui accompagne les temps composés des verbes, soit que ces temps se construisent avec être, soit qu'ils se trouvent combinés avec avoir. Or, dans quelques cas, il ne prend ni genre ni nombre, tandis que, dans d'autres, il prend le genre et le nombre. Ce n'est point dans les anciens Grammairiens qu'on doit chercher des éclaircissements sur celte matière. Malherbe, Vaugelas, Thomas Corneille, Ménage, Bouhours et Ré-

gnier ont plutôt proposé des doutes que donné des décisions. Messieurs de Port-Royal eux-mêmes n'ont pas porté dans cette matière l'esprit d'analyse qui les distingue partout ailleurs, t On voit > dans leur Grammaire, dit Duclos, que les nfieil- » leurs esprits n'ont une marche ni sûre ni ferme » quand ils cherchent la lumière au lieu de la por- » ter. > L'abbé Girard est le premier qui, enadoptant un principe unique, ait suivi une marche fixe ; mais il n'a point tiré de ce principe tout le parti qu'il pouvait. L'abbé d'Olivet ne s'est écarté de l'abbé Girard que parce qu'il a cru voir des variationSjSelon que les verbes sont actifs, pronominaux ou neutres. Restant, qui a pris ses règles dans l'abbé Régnier, est un guide incertain. Il admet quatre règles et quatre exceptions. Wailly a adopté cinq règles sans exceptions; mais les règles qu'il donne, exactes dans leurs résultats, conformes à l'usage actuel, manquent de clarté et de simplicité. Duclos et Condillac sont, sans contestation, les auteurs les plus sûrs qu'on puisse choisir. C'est d'après eux que nous développerons avec Lévizac, dans notre Syntaxe, cette matière importante, mais en divisant, pour plus de clarté, la règle unique qu'ils donnent, en règles partielles, afin d'en rendre l'appUcation plus facile à tous les cas, et de la mettre à la portée de tous les esprits. Ce n'est encore le lieu ni le moment d'en parler, car nous ne connaissons pas la proposition; et ces notions sont indispensables pour comprendre les règles du participe.

Nota. {Nous ne disons rien ici de Taccord du participe passé. Ce sujet a un rapport direct avec la Syntaxe. Quaiit à ce qui nous reste à traiter des parties du discours indéclinables, nous allons en donner le plus de détails possibles; nous n'omettrons que ce quil serait rigoureusement indispensnble de répéter dans la Syntaxe.)

Le mot préposition, qui se dit en latin prœpo' sitio, est formé de pœ, devant, avant, et de ponere, placer ; préposition signifie donc qui est mis devafil.

Les préposition* sont des mots qui servent à ex-

primer ou à désigner les différents rapports que les choses ont les unes aux autres.

Les pr éposit ions sont fixes et invariables ; elles n'ont ni genre ni nombre. Seules, elles ne forment point de sens : elles ne signifient quelque chose qu'au*

tant qu'elles sont suivies d'un régime exprimé ou sous-entendu. Comme on le voit, elles n'ont aucune des propriétés qui conviennent aux noms; mais elles n'en deviennent pas moins, en certaines occasions, de vrais mots substantifs, susceptibles d'articles et de nombre, comme : le devant de la maison ; prendre les devants; le derrière cCune maison; le dedam cCun palais ; les dehors de Paris.

Ce serait une grande perfection dans les langues, qu'une préposition ne marquât qu'un seul rapport; le discours en serait plus clair. Mais il arrive souvent qu'une même préposition exprime non-seulement des rapports différents, mais même des rapports opposés, ce qui est une source de confusion et d'embarras. Par exemple, dans ces phrases : approchez-vous du feu, éloignez-vous du feu, la préposition de exprime, dans la première, un rapport d'approximation, et dans la seconde, un rapport dC éloignement.

On peut diviser les prépositions de trois manières, ou par l'expression, ou par la signification, ou par le régime (1) dont elles veulent être suivies. Divisées par l'expression , les prépositions sont simples ou composées. Les prépositions simples sont celles qui s'expriment en un seul mot, telles sont : à, de, pour, sans, avec, etc. Les prépositions composées sont celles qui s'expriment en plusieurs mots, telles sont ; vis-à-vis de, à la réserve de, à côté de, etc. Nous préférons la dénomination de locution prépositive, presque universellement adoptée aujourd'hui.

Divisées par la signification, il y a autant de sortes de prépositions qu'il y a de rapports.

Divisées par le régime, on en distingue de trois sortes : celles qui ne veulent pas une autre préposition avant le nom qu'elles régissent, comme : avant vous, après lui, attendu l'obstacle, etc.; celles qui veulent la préposition de avant le nom, comme : loin de Paris, près de Bath, hors de Londres, etc.; et celles qui veulent la préposition à devant le nom, comme : jusqu'à Cantorbéry, quant à moi, par rapport à vous, etc. Mais il faut observer que lorsqu'une préposition en a une autre à sa suite, il y a toujours ellipse, une préposition ne pouvant, dans aucun cas, en régir une autre.

La première manière de diviser les prépositions nous paraît peu propre à en faire connaître la nature. La seconde nous semble être celle qui réunit le plus d'avantages, parce qu'elle tient au génie de la langue, et qu'elle contribue à* le faire connaître; la troisième donne beaucoup de facilité pour le mécanisme du langage.

Le plan de notre Grammaire nous décide pour la seconde ; mais, comme la troisième ne peut être

(J) Nous confondons ici les mots régime et complément, nous réserTant d'expliquer l'un et l'autre plus tard.

que très-utile aux étrangers, donnons d'abord la liste des prépositions de cette division.

Iiîste des prépositions divisées par leur régîiiM.

Quelques prépositions régissent les noms sans le secours d'une autre préposition. Quelques autres les régissent à l'aide de la préposition de; quatre seulement les régissent au moyen de la préposition à.

Les prépositions suivantes les régissent sans préposition ;

A, Parmi, Hors,

De, Environ, Malgré,

Dès, Vers, Outre,

Avantf Envers, Par,

Devant, Selon, Sur,

Derrière, Suivant, Sou^^

Avec, Comme, Dessus,

Attendu, Contre, Dessous,

Vu, Touchant, De dessus.

Chez, Concernant, De dessous.

Après, A travers. Par-dessus,

Depuis, Sans, Par-dessous,

Dans, Pour, Par-deçà,

En, Moyennant, Par-delà,

Durant, Nonobstant, A travers.

Pendant, Excepté, Sauf.

Entre, Hormis, Voici, voilà.

Mais celles-ci veulent être suivies de la préposition de :

Auprès, A l'abri. Au travers.

Près, Au-deçà, Au lieu.

Proche, Au-delà, Au moyen.

Faute, Au-dessus, Au péiil.

Hors, Au-dessous, Au risque.

Loin, Au-devant, Au milieu.

Le long. Au derrière, A fleur.

Ensuite, Autour, Au niveau,

A cause. Aux environs, A rez,

A l'égard, A l'exclusion, A côté,

A l'insu, A force, A la faveur,

A l'exception. Au prix. Aux dépens,

A moins, A raison. En dépit,

A la réserve. Vis-à-vis, A la mode.

A couvert, A l'opposite,

La plupart de ces prépositions sont composées d'une préposition et d'un nom ; c'est la raison pour laquelle elles veulent la préposition de entre les deux noms.

Jusque, par rapport, quant, sont suivis de la.préposition à; sauf est quelquefois suivi de cette péposition, mais il ne l'est pas dans tous les cas; on dit: sauf à eux à se pourvoir; mais on doit dire ; sauf leur recours.

Nous ne devons parler ici que des p'épositions

GRAMMAIRE FRANÇAISE

simples, parce que celles qu'on nomme composées ne doivent pas être considérées comme des dépositions. Il y a alors deux termes unis par la préposition. Le premier est l'antécédent, et le second, le conséquent.

Les rapports qu'expriment les prépositions sont si variés et si nombreux, qu'il serait aussi difficile qu'ennuyeux d'en donner une division exacte. Il feudrait entrer dans des détails très-minutieux, et ce serait faire perdre le temps à des choses qui ne sont pas d'une utilité réelle. Nous nous bornerons aux principaux rapports, que nous réduirons à huit; savoir: rapports de lieux, (tordre, d'union, de séparation, d'opposition, de but, de cav^e et de moyen.

Les prépositions qui marquent le lieu sont :

Chez. // est chez lui; chacun doit être maître chez soi.

Dans. // est dans la maison; il se promène dans le jardin.

Devant. // est insupportable d'avoir toujours devant soi un objet qui ennuie.

Derrière. L'ambitieux ne regarde jamais derrière lui.

Parmi. Que de fous parmi les hommes!

Sous. La taupe vit sous terre.

Sur. Beaucoup d'oiseaux se tiennent sur les arbres; un petit nombre seulement sur la terre.

Vers. // se dirige vers l'orient; l'aimant se tourne vers le nord.

Celles qui marquent tordre sont :

Avant. La nouvelle est arrivée avant le courrier.

Après. Les personnes vaines n'aiment pas à marcher après les autres.

Entre. Elle a toujours son enfant entre les bras; entre Pâques et la Pentecôte.

Depuis. Depuis lacréationjusqu'ànosjours.

Dès. Celte rivière est navigable dès sa source; dès la plus tendre enfance, on doit s'attacher à ses devoirs.

Celles qui marquent l'union sont :

Avec. Il faut bien connaître les personnes avec qui l'an se lie.

Durant. Durant la guerre, les peuples, les arts et le commerce souffrent également.

Outre. Pour réussir dans le monde, il faut, outre des qualités aimables, un grand fonds de complaisance.

Pendant. Les plaisirs sont plus variés et plus vifs pendant l'hiver; mais valent-ils au fond ceux que l'on goûte à la campagne pendant l'été ?

Suivant. Je me déciderai suivant les circonstances.

Selon. Le sage se conduit selon les maximes de la raison.

Celles qui marquent la séparation sont :

Sans. Une femme peut être aimable sans beauté; mais il est bien rare qu'elle le soit sans un esprit

cultivé avec soin, et sans un grand fonds de complaisance et d'honnêteté.

Hors. Tout est perdu hors l'honneur.

Excepté. Excepté cinq ou six philosophes véritablement éclairés, tous les païens étaient plongés dans l'ignorance, etc.

Hormis. Tous sont entrés, hormis mon frère.

Celles qui marquent l'o/jposition sont :

Contre. Les rois se sont ligués contre le meilleur des peuples.

Malgré. Il l'a fait malgré moi.

Nonobstant. // a persévéré dans ses desseins, nonobstant tout ce qu'on a pu lui dire.

Celles qui marquent le but sont :

Envers. // est très-charitable envers les pauvres.

Touchant. // m'a écrit touchant cette affaire.

Pour. Autrefois on se sacrifiait pour la pairie; on travaillait pour la gloire. De nos jours on ne fait rien que pour ses intérêts ou pour ses plaisirs.

Celles qui marquent la cause et le moyen sont

Par. // l'a fléchi par ses prières ; tout a été créé par la parole de Dieu.

Moyennant. J'espère réussir moyennant votre assistance.

Attendu. Ce courrier n'a pu partir, attendu les vents contraires.

Les trois prépositions suivantes, d, en et de, que quelques Grammairiens nomment de spéci(ication, sont d'un usage si varié, que nous ne pouvons nous dispenser d'en parler d'une manière plus étendue.

A marque principalement un rapport d' attribution, comme : ce livre est à moi; j'ai dit ma pensée à mon ami ; à qui appartient ce jardin ?

Mais cette préposition indique aussi 1» le lieu : je demeure à Versailles; 2° le but : je vais à la campagne; 3° l'ordre : ils vont deux à deux; 4" l'état dans lequel on est : il est à son aise; p" la qualité des choses : des bas à trois fils, de l'or à vingtquatre carats, etc. Elle n'est quelquefois qu'une simple explétive, et dans ce cas elle forme des gallicismes dont nous parlerons plus tard, comme : voyons à qui l'aura. Cette préposition s'emploie encore quelquefois pour selon : cela n'est pas à son goût. Au lieu de pour : je vous prends à témoin. Pour avec ; ils se sont battus à fépée. A la place de sur : il mit pied à terre. Pour jusqu'à: au revoir, ce qui signifie : jusqu'au revoir.

De marque principalement un rapport d'extraction, c'est-à-dire d'où une chose est tirée, d'où elle vient, d'où elle a pris son nom. C'est la raison pour laquelle nous disons : une table de marbre, un plat d'argent, un pont de brique et de pierre. Elle marque aussi, 1*> la propriété : le livre de Pierre; 2° la qualité : valeur de héros ou héroïque; femme d'esprit ou spirituelle; 5* le lieu : sortir de France, venir d'Italie ; A" l'état ; mourir de faim, danser de

joie ; S» le moyen ou la cause : vivre de fruits et de légumes , sauter de plaisir , etc. Cette préposition sert encore à former des foçons de parler adverbiales, comme : de nouveau, de propos délibéré.

Celle préposition entre aussi dans la composition de beaucoup de gallicismes.

En marque de même plusieurs rapports : !• de lieu : vivre en Angleterre, aller en France ; 2° d'état : être en bonne santé, être en paix ou en guerre, être en robe de chambre ; 5» de cause : il l'a fait en haine de, etc. En et dans signifient à peu près la même chose; mais dans marque un sens fixe et déterminé, comme : la politesse règne plus dans la capitale que dans les provinces ; en, au contraire, marque un sens vague et indéterminé, comme : vivre en province. Mais si l'on spécifie la province, il faut employer dans, comme : vivre dans la province d'York. C'est pour cette raison que, quoiqu'on dise se donner en spectacle, on ne peut pas dire se donner en spectacle funeste, parce que cet adjectif funeste restreinte! détermine le sens du mot spectacle. C'est donc avec fondement que l'abbé d'Olivet a relevé cette expression échappée à Racine.

Autrefois on mettait en devant les noms de villes qui commencent par une voyelle : en Avignon, en Orléans ; ce serait à présent une grossière faute. En ne s'emploie plus qu'avant les noms de grands pays : en France, en Angleterre, en Italie, etc. On disait aussi en l'honneur, en l'âge, etc.; on dit de nos jours à l'honneur, à l'âge, etc. L'euphonie afait prévaloir cet usage, surtout pouir le second.

Quelquefois à et en expriment des sens difïérents; exemple : monsieur est à la ville, veut dire que monsieur n'est pas à la campagne; mais monsieur est en ville, signifie monsieur n'est pas au logis. On dit aussi : L'armée est entrée en campagne; mais on doit dire : monsieur est allé à la campagne. Sur ces nuances d'expressions, c'est l'usage qu'il faut consulter ; mais cette appréciation est le seul ouvrage du temps. Par exemple ; comment connaître d'une autre manière qu'on doit employer à quand il s'agit de demeure dans une ville, comme : il demeure à Paris; mais qu'il est mieux d'employer dans quand il s'agit de toute autre chose que la demeure, comme :ily a plus d'un million d'âmes dans Paris ?

En se joint quelquefois à des verbes, et en change la signification. Nous en citerons quelques exem • pies :

Je m'en prendrai à vous si l'affaire ne réussit pas.

On en était venu si avant, qu'il fallait vaincre ou mourir.

En lui faisant ce pré-

Ce qui signifie : je TOUS imputerai le mauvais succès, etc.

C'est-à-dire, les choses étaient si engagées, qu'il, etc.

Ce qui signifie qu'il

sent, il lui a dit qu"il ne ferait quelque chose de s'en tiendrait pas, ou plus.

qu'il n'en demeurerait pas là.

Les gens qui se noient C'est - à - dire, s'âttâse prennent à tout ce chent à tout ce qu'ils qu'ils trouvent. trouvent.

Ils étaient venus jus- Venir, dans cette qu'au bois qui borde le phrase, ne marque que grand chemin, etc. le lieu.

// se tient à la corde. C'est-à-dire en cet aux branches', etc.; il endroit. Se tenir et dedemeure là. frieurer, sans en, signifient tout autre chose.

En forme souvent des gallicismes, et alors c'est ordinairement une simple expression explétive, comme : ils en sont venu^ aux mains; il s'en retourne à Lyon.

Nous avons dit que les prépositions avaient toujours un régime exprimé oU sous-entendu; c'est en quoi elles diffèrent dés adverbes. Il est très-essentiel de ne pas confondre les p-éposit'ions et les adverbes.

Un mot est préposition quand il ne présente un sens complet qu'à l'aide d'un régime sous-entendu que l'esprit supplée aisément. Dans ces phrases : que fit-on après ? il demeure loin; il ne s' est rien fait depuis; ces mots après, loin et depuis sont de véritables prépositions, parce que le mot cela est sousentendu dans la première phrase; d'ici dans là seconde, et cette chose dans la troisième. Mais dans cette locution : n'allez pas si avant, avant est adverbe, parce qu'il ne peut être suivi d'un régime. Il y a la même différence entre autourexàl'efitour. Autour est une préposition qui ne présente un sens complet qu'à l'aide d'un régime : tous les grands du royaume étaient autour du trône. Al'entour n'est qu'un adverbe qui ne saurait avoir de régime : le roi était sur son trône, et ses fils étaient à l'entour.

La même observation a lieu pour avant et auparavant. Avant peut être suivi d'un régime, et l'est ordinairement ; jg ne^partirai pas avant Pâques. Auparavant ne peut jamais être suivi d'un régime: on dit que vous partez bientôt; mais venez notis voir auparavant. On ne dit plus guère avant que de, mais avant de : venez nous vo'ir avant de partir. Avant que de partir paraît être contre l'usage actuel qui rejette cette locution, même en poésie, comme trop prosaïque.

Avant que partir est un solécisme. On trouve néanmoins cette expression dans Racine ; mais elle était autorisée de son temps. La conjonction avant que ne veut plus être suivie que du subjonctif : cela arrivera avant qu'il soit peu.

Avant que Babylorie éprouvât ma puissance.

(Racine.) L'abbé d'OIivetobservequ'ondoittoujoursdire en prose avant que de, et que les prosateurs de son

temps, qui, à Timitationdes poètes, se permettaient d'écrire avant de, se pressaient un peu trop; mais ces prosateurs dont il se plaint ont fixé l'usage.

Des Grammairiens prétendent que ces mots avant, aupar avant, à l'entour^ etc. ^ ne sont pas des adverbes, mais qu'ils sont de vraies prépositions dont le complément est sous-entendu, et qu'il est aisé de reconnaître en faisant disparaître l'ellipse. Nous convenons que cela est possible pour certaines phrases qu'ils citent; mais est-ce général ? Et dans ce dernier cas, quel avantage en reviendraitil? Aucun, puisqu'on ne pourrait pas construire différemment les phrases. Continuons donc à considérer ces mots comme adverbes dans ces sortes de phrases : il entre assez avant dans le bois; bien avant dans l' hiver ; gravez cela bien avant dans votre mémoire; je l'en avais averti long-temps auparavant ; les échos d'alentour.

Les étrangers, et beaucoup trop de Français, confondent l'adjectif prêt à et la préposition près de. Prêt à signifie disposé à, comme : je suis prêt à faire tout ce qu'il vous plaira. Près de est une préposition de temps, qui désigne un temps proche, et qui ne doit s'employer que dans le sens de sur le point de : mon ouvrage est près d'être fini ; il est près de tomber. C'est donc à tort que Racine a dit :

Près d'imposer silence à ce bruit imposteur, Achille en veut connaître et confondre l'auteur.

Il fallait prêt à imposer, etc. Remarquons pourtant qu'on écrivait prêt de.

On fait la même faute relativement aux prépositions au travers et à travers. Au travers est suivi de la préposition de : il se fît jour au travers des ennemis. À travers n'en est pas suivi : il se fit jour à travers les ennemis,

H y a des prépositions qui en régissent d'autres à l'aide de l'ellipse. Ce sont : de, excepté, hors, pris dans le sens à' excepté, pour, jusque, par. La préposition de régit après, avec, en, entre, chez et par. On dit :je parle d'après une bonne autorité; la partie d^en-haut, d' en-bas ; il n'est pas toujours aisé de distinguer ses amis d'avec ceux qui ne lé sont pas ; il y en a peu d'entre eux; je viens de chez lui; de par le roi.

Excepté et hors, pris dans le sens de cette dernière préposition, peuvent régir presque toutes les autres : j'ai joué contre tout le monde, excepté contre vous, hors avec vous, etc.; dans ce sens, hors ne prend point de : hors cela, hors cet article.

Pour régit après, dans : ce sera pour après le dîner; c'est pour dans quinze jours. Nous pensons qu'il vaut mieux, dans ce cas, employer un autre tour.

Jusque peut se combiner avec à, par, en, dans.

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sur et sous : jusqu'à demain, jusque par-delà les monts, jusque sur le toit, jusqu'en Italie, etc.

Par régit chez, dessus, dessous, devant, derrière, deçà, delà : passez par chez moi; il en a par-dessus la tête; êtrepar-delà les mers, par-deçà les monts, etc. Toutes ces expressions sont en général du style au moins familier, et nous croyons qu'on doit éviter de les employer; il est mieux et plus simple de dire : passez chez moi; il est au-delà des mers; ilvit en deçà des monts.

A ces observations, nous en ajouterons trois autres : lo On a mis au rang des prépositions les mots voici et voilà, formés de l'impératif du verbe wir, et des adverbes ci et là. Ces prépositions sont les seules qui puissent avoir pour régime un pronom personnel, et en être précédées ; me voici, te voilà, la voici, en voilà, nous voici, vousvoilà; cesont tout autant de gallicismes. 2o Pendant et durant signifient la même chose, cependant ils ne s'emploient pas toujours indifféremment l'un pour l'autre. Durant marque une rfurée continue; pendant, une durée d'époque non bornée. Ainsi l'on doit dire : les ennemis se sont cantonnés durant l'hiver, «'ils ont mis tout l'hiver à se cantonner ; et, les ennemis se sont cantonnés pendant l'hiver, s'ils n'ont employé à cette opération qu'une partie de l'hiver. 5° Il ne faudrait employer devant que pour signifier en présence, vis-àrvis : ils ont paru devant le juge; il loge devant l'église; et avant, que pour marquer un rapport de priorité de temps et d'ordre : il est arrivé avant moi; l'article se met avant le nom. Cependant presque tous les Grammairiens, et l'Académie elle-même, se servent de devant pour marquer la priorité d'ordre ; ils disent tous : l'article se met devant le nom. Nous pensons que cette acception n'est pas exacte, mais nous sommes forcés d'avouer qu'on peut s'en servir, puisque l'Académie l'emploie à chaque page de son Dictionnaire.

Un nom peut être régi par deux prépositions, pourvu que ces prépositions ne veuillent pas différents régimes.

On dira : un homme qui écrit, selon les circonstances, pour ou contre un parti, est un homme bien méprisable. Maison s'exprimerait mal si l'on disait ; celui qui écrit, selon les circonstances, en faveur et contre un parti, est, etc. On s'exprimerait mal, parce que en faveur doit être suivi de la préposition de, tandis que contre ne veut pas de préposition à sa suite.

Il ne nous reste plus, pour faire connaître à fond tout ce qui regarde les prépositions, qu'à parler de leur usage avec l'article, de leur répétition et de leur place; mais ceci est du domaine de la Syntaxe.

DE L'ADVERBE

V adverbe est un mot absolument invariable, qui est placé auprès d'un autre mot pour modifier l'idée exprimée par ce mot, et communément auprès d'un verbe ou d'un adjectif, pour rendre avec plus de précision l'action, l'état ou la qualité exprimée par ce verbe ou par cet adjectif. Quand on dit : ces enfants se conduisent sagement, prudemment, discrètement, les mots sagement, etc., sont des adverbes; ils modifient l'action exprimée parle verbe «e conduisent; ils expriment, avec une précision particulière, la manière dont se conduisent ces enfants; et si les adverbes étaient supprimés, la pensée serait dans un vague indéterminé, puisque rien n'indiquerait s'ils se conduisent bien ou mal, prudemment ou imprudemment, avec ou sans discrétion.

On appelle ces sortes de mots adverbes, des deux mots latins ad et verbum, auprès d'un mot, parce qu'ils modifient, restreignent ou déterminent le sens du mot auprès duquel ils sont placés.

Ils ne peuvent modifier qu'une qualité, parce qu'il n'y a qu'une qualité qui soit susceptible de plus et de moins. Ainsi lorsqu'on dit que V adverbe modifie un verbe, on doit entendre qu'il modifie la qualité ou l'attribut renfermé dans le verbe. Dans cette phrase : Pierre dort profondément, Vadverbe profondément modifie l'attribut dormant,que le verbe est affirme de Pierre.

Cette partie du discours est une expression abrégée qui équivaut à une préposition et à son complément. Par exemple, sagement dit autant que avec sagesse. Ainsi tout mot qui peut être rendu par une préposition et un nom est un adverbe. € Puisque l'adverbe, dit du Marsais, em- » porte toujours avec lui la valeur d'une préposi- » tion, et que chaque préposition marque une

> espèce de manière d'être, une sorte de modifi-

> cation dont le mot qui suit la préposition fait une » application particulière, il est évident que Vad-

> verbe doit ajouter quelque modification ouquel-

> que circonstance à l'action que le verbe signifie; » par exemple ; il a été reçu avec politesse ou po-

> liment. >

L'adverbe, ainsi que les prépositions, ne prenant ni genre ni nombre, ces mots se ressemblent à l'extérieur ; mais ils diffèrent en ce que la préposition est toujours suivie d'un régime exprimé ou sous-entendu, et que Y adverbe ne peut en aucun

cas en être accompagné. Aussi l'adverbe présentet-il un sens complet de lui-même , tandis que la préposition fait toujours attendre quelque chose. Si l'on dit ; il s'est conduit avec, ou par, ou sans; l'esprit est nécessairement en suspens ; il attend un complément qui détermine le sens vague de la préposition ; mais dit-on : il s'est conduit prudemment ; l'esprit est satisfait ; il a une idée complète. Comme le "même mot peut être préposition et ad' verbe, c'est à cette marque qu'on reconnaîtra l'emploi qu'on enfait^ ce qui s'éclaircira mieux par des

Adverbes :

N'allez pas si avant.

Voyez sur la table; cherchez dessus et dessous.

Il est dehors; cela avance trop en dehors.

Un bâtiment doit être cffmmode en dedans.

Qu'importe que cela soit devant ou derrière ?

Prépositions :

Il est arrivé avant les autres.

J'ai cherché inutile^ ment dessus et dessous le lit.

Dehors la ville.

Dedans la ville [vieux style); on dit aujourd'hui dans la ville.

Ils fuyaient sans regarder derrière eux.

Il y a des Grammairiens qui ne conviennent pas que les mots de la seconde colonne soient des adverbes; ils n'y voient que des prépositions avec lesquelles on fait usage de l'ellipse. Ils peuvent avoir raison ; mais peu importe, puisqu'il ne s'agit ici que de leur forme extérieure. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'Académie les compte, sous cette forme, au nombre des adverbes.

Nous avons plusieurs fois fait observer que, dans notre langue, les mots changent souvent de nature. Les adverbes nous en offrent deux nouvelles preuves ;

1» Certains adjectifs deviennent de véritables adverbes, lorsque, ne se rapportant à aucun substantif, ils perdent leur nature de qualificatifs, et qu'ils ne figurent dans les phrases que pour modifier un verbe auquel ils sont joints, ou en exprimer une circonstance; exemples : il sent bon; il chante juste; elle chante faux; elle se trouve mal; ils ne voient pas clair; elle sent mauvais; elle reste court, etc. Ces mots : bon, juste, faux, mal, clair, mauvais, court, sont de véritables adverbes.

2" Il y a aussi des adverbes qui deviennent, en certaines occasions, de vrais substantifs, susceptibles d'articles et de nombres ; ce sont : devant, dev' rière, dessus, dessous, dedans, dehors. On dit : le devant de la -porte; prendre les devants; être audessus de ses affaires; avoir du dessous; le dedans, le derrière d'une maison; les dehors d'une ville,

Nous avons dit aussi que l'adverbe n'est jamais suivi d'un régime. On doit cependant excepter quelques adverbes de manière, comme : dépendamment, indépendamment, différemment, qui prennent la préposition de> et convenablement, conformé" ment, préférablement, frrivativement et relativement, qui peuvent être suivis de la préposition à ; les rois doivent agir différemment des particuliers ; cest relativement à vous. La raison en est que l'usage leur a conservé le régime de l'adjeclif dont ils sont formés, ^

DES DIFFEEENTES SORTES D'ADVEflBES.

On peut diviser les odyerèes, ou par l'expression, ou par la signification. Divisés par l'expression, ils sont simples ou composés. Les adverbes simples sont ceux qui s'expriment en un seul mot ; les adverbes composés sont ceux qui se rendent au moyen de plusieurs mots; cette division est trop vague pour être adoptée. D'ailleurs les adverbes composés sont moins des adverbes que des expressions ou des locutioiu adverbiales ; c'est le terme consacré. Divisés par la signification , on distingue des adverbes de négation, d' affimiation , de doute , de manière, d'ordre ou de rang, de lieu, de distance, de temps, de quantité et de comparaison.

Mettons de l'ordre dans cette matière, et divisons-la avec Lévizac en trois paragraphes ou articles. Le premier comprendra les at/yerftest/enégution, d'affirmaùon et de doute. Le second traitera seulement des adverbes de manière. Le troisième, enfin, renlmnera toutes les autres sortes d'adverbes.

INous mettons au rang des adverbes les mots qui expriment l'a/^rmafion, Isinégation et le douïe, tandis que des Granmiairiens les classent parmi les conjonctions, et que quelques autres les nomment simplement des particules, désignation qui n'expfique rien, ^ous pensons qu'il est indilïerent de les nommer adverbes, conjonctions ou particules. Ce qu'il est essentiel de connaître, c'est leur but et leur emploi.

Les adverbes d'affirmation sont : certes, oui, volomiers,soit, eic; exemple : puisqu'il faut vaincre ou périr, certes nous n'avons pus à balancer. — Oui, c'est mon nom. — Le voulez-vous'i Volontiers, soit.

Il n'y a qu'un seul adverbe de doute, c'est peutêtre ; Paris est peut-être la ville du monde où l'on raffine le plus sur le plaisir; mais c'est peut-être aussi celle w, l'on mènçla vie la plus dwe. Quelques

Grammairiens y ajoutent probablement et vraisemblablement, mais nous les classons parmi les adverbes de manière, à cause de leur forme terminée On ment.

Les adverbes de négation sont : non, ne, ne pas, ne foint, nullement, point dutout, nulle part; exemple: en voulez-vous? Non, — N'en voulez-vous pas?- Non. — Il n'ose.

On voit par ces exemples que la négative ne marche tantôt accompagnée de pas ou point, et tantôt seule; nous en expliquerons la raison et les circonstances différentes dans la Syntaxe,

Le mot particule, abusivement employé en Grammaire, ne signifié que petite partie, un monosyllabe. C'est, disent quelques Grammairiens, ce qu'il y a de plus difficile dans les langues. < Oui, » sans doute, répond Duclos, pour ceux qui ne

> veulent ou ne peuvent définir les mots par leur

> nature, et se contentent de renfermer, sous une » même dénomination, des choses de nature fort » différente. Particule ne signifiant que petitepar-

> tie, il n'y a pas de partie du discours à laquelle * on ne puisse quelquefois appliquer ce mot. >

Nous avons eu déjà et nous aurons encore l'occasion d'observer que le grand nombre de petits mots qui, en français, entrent dans la construction des phrases, embarrasse souvent le discours et lui ôte de son énergie. Nous en trouvons unenouvelle preuve dans la division des négatives en deux motSj division qui; dans les oppositions, empêche de mettre chaque idée particulière en regard de son contraste. Nous sommes forcés par le génie de notre langue de ne marquer ces oppositions qu'en masse. Dans bien des cas, nous ne pouvons pas les exprimer chacune séparément, comme on le fait dans, les langues dont les négatives sont en un seul mot. Nous nous exprimerions très-mal, si nous disions, à la manière des Latins : Voici un citoyen digne de foi, s'il en fut jamais, Lucullus, qui ne dit pas qu'il croit, mais qu'Usait; pas qu'il a ouï dirct mais qu'il a vu; pas qu'il a été présent, mais qu'il a fait lui-même (*). On ne pourrait y tenir; ce choc, ce chquetisde petits mots rendrait la phrase aussi traînante que désagréable à l'oreille. Nous devons dire, pour nous bien exprimer: voici... Lucullus, qui ne dit point Je crois, j'ai ouï dire, j'étais présent; mais Je sais, j'ai vu, c'est moi qui l'ai fait. Le tour latin a plus de précision dans les idées, puisque chaque opposition particulière est spécifiée par la place qu'occupent les idées qui contrastent h s unes avec les autres, avantage que n'a pas le tour français. (Voyez la Syntaxe pour l'emploi de la négative.)

{l)Jdestvir simmâ auctoritate eifiài, tucuttus, qui ail se non opinari sed scire, non auditihte ted vidUse, non uA*

fuiise sed enime.

DE L'ADVERBE

Les adverbes de manthre expriment comment ou de quelle manière les choses se font. Nous avons vu que ces adverbes équivalent à une préposition et à un nom substantif; on les a inventés dans le but d'abréger le discours. Sagement est pour avec sagesse, et modestement pour avec modestie. On les nomme aussi adverbes de qualité, parce qu'ils se forment presque tous des adjectifs dontla propriété est de qualifier, et qu'ils peuvent être en aussi grand nombre. Les adverbes formés des adjectifs se terminent en ment, et suivent, dans leur formation, les règles suivantes :

Quand l'adjectif se termine au masculin par une voyelle, on forme V adverbe en ajoutant ment ;

Modeste-mm^ yrai-ment.

Sensé -menï. Gaâ-ment.

Voliment. Ingénu-ment.

On doit excepter follement, nouvellement, mollement. Ils se forment de la terminaison féminine.

L'usage a prévalu d'écrire vraiment, éper dûment, ingénument, assidûment. Ainsi ces adverses se forment régulièrement.

Quand l'adjectif se termine au masculin par une consonne, on forme \ adverbe de la terminaison féminine en y ajoutant ment.

Grand, grande-men«. Distinct, distincte-mcnf. Franc, franche-men«. Long, longue-ment. Heureux, heureuse-mcnf.Brief, briève-wen*.

Doux, doujce-meni. Frais, fraîche-men?.

On doit excepter gentil, dont V adverbe est gentiment. Pour la formation de cet adverbe, on suit l'oreille au lieu de la règle, l ne se prononçant pas dans gentil.

Les adjectifs terminés en ant et en ent forment leur adverbe en changeant ant en amment, et cnten emment.

Éloquent, éloquemmen^ Constant, constamment. Obligeant, obUgeamment. Diligent, diligemment.

Les adjectifs /ent et présent sont les seuls de cette classe qui suivent la règle générale: lente-ment, présente-ment.

Il y a cinq adverbes terminés en ment qui ne sont pas formés des adjectifs; ce sont : comment, diablement , notamment, sciemment et nuitamment. Il y a aussi des adverbes de manière, dont la terminaison n'est pas en ment, tels sont : en vain, exprès, mal, bien, ainsi, de même, etc.

L'e qui précède ment dans les adverbes de manière est toujours muet, excepté dans les suivants, où il est fermé et marqué d'un accent aigu : Aisément. Désespérément.

Aveuglement. Désordonnément.

Commodément. Déierminément.

Communément. " Effrontément.

Conformément. Énormément.

Délibérément. Expressément.

Démesurément. * Figurément.

Passionnément.

Posément.

Précisément.

Prématurément.

Privément.

Profondément.

Profusémen^

Proporlionnémcnt.

SenséA/tent.

Séparément.

Serrement.

Subordonném^t, etc.

Importunément.

Impunément.

Incommodément.

Inconsidérément.

Indéterminément.

Inespéréjnent.

Inopinément.

Malaisén^ent.

Modérément,

Nommément.

Obscurément.

Obstinément.

Opiniâtrement.

Beaucoup) à'adverbe$, et principalement ceux de mo«ière, prennent 1-es trois degrés de signification ; ils suivent en cela les règles des adjectifs. On doit excepter, parmi ces derniers, ceux qui ont rapport à la quaUté ou à la similitude, et beaucoup d'autres, tels que : totalement, extrêmement, suffisamment, ainsi, de même, en vain, exprès, comment, incessamment, notamment et nuitamment.

Le comparatif et le superlatif se forment dans les adverbes de la même manière et avec les mêmes mots que dans les adjectifs. On liit pj-ofundément, aussi profondément, pi us profondément, moins profondément, très-profondément, le plus profondément.

Deux adverbes seulement forment leur comparatif et leur superlatif d'une manière irrégulière; ce sont bien et mal. Le premier fait : mieuxj, le mieux; et le second, pis ou le plus mal.

Les adverbes de manière, dont la fonction est de modifier desverbesou des adjectifs, sont eux-mêmes modifiés par des adverbes de quantité : un jeune homme sage ne dit rien sans en avoir bien soigneusement examiné la valeur, et se conduit toujours si prudemment, que personne ne peut se plaindre de lui.

Les adverbes d'ordre ou de rang sont ceux qtii expriment la manière dont les choses sont arrangées les unes à l'égard des autres. Ces adverbes ne peuvent modifier que les verbes, et ne peuvent être, en aucune façon, modifiés par d'autres adverbes; ce sont : premièrement, secondement, etc., qui se forment en ajoutant ment au singulier feuiinin des nombres ordinaux ; et d'abord, après, devant, avant, auparavant, ensiiite, etc.; exemples ; faites premièrement la version, lisez secondement la dixième ode du premier livre d'Horace, passez ensuite à quelque autre lecture d'agrément. Les yeux admirent d'abord la beauté, ensuite les sem la désirent, le cœur s'y livre après. (Lévizac.)

Les adverbes de lieu et de distance sont ceux qui servent à exprimer les distances et les situations des lieux par rapport à la personne qui parle, oir aux choses dont on parle ; ce sont, pour le lieu : où, ici, là, deçà, delà, en haut, en bas, partout, autour, etc. Ces adverbes ne prennent ni comparatif

ni superlatif: venez ici; allez là; cherchezpartout.

Pour la distance, ce sont ; près, loin, proche, etc. Ces derniers sont susceptibles des degrés de signification ; on dit : venez plus près; allez plus loin; il ne faut être ni trop près ni trop loin.

Près et loin peuvent être précèdes et suivis de la préposition de.

De prés il nous amuse, et de loin nous invite.

(Delille.) Prés devons tout me plaît; loin devons tout m'attriste.

Dans le premier cas, ce sont des adverbes, et, dans le second, des prépositions.

Les adverbes de temps sont ceux qui expriment quelques rapports de temps. Ils sontdedeux sortes. Les uns désignent le temps d'une manière déterminée; ce sont, pour le présent : maintenant, à présent, présentement, actuellement, etc.; pour le passé : hier, avant-hier, autrefois, etc. ; et pour le futur : demain, bientôt, déformais, à l'avenir, etc. Les autres ne désignent le temps que d'une manière indéterminée ; ce sont : souvent, d'ordinaire, quelquefois, matin^ tôt, tard, incessamment, etc. Parmi ces derniers, il y en a quelques-uns qui sont susceptibles des degrés de signification ; venez plus ou moins souvent: allez-y plus malin; arrivez moins tard; rendez-vous-y bientôt.

Jamais et toujours sont quelquefois précédés, le premier de la préposition à, et le second de la préposition pour : soyez à jamais heureux; c'est pour toujours. En vers, pour jamais, à toujours.

Les adverbes de quantité sont ceux qui servent à marquer la quantité des choses, ou leur valeur, ou leur comparaison : assez, trop, peu, beaucoup, bien, fort, très, auplus, aumoins, du moins, tant, du tout, tout à fait, plus, moins, davantage, aussi, autant, tant, si, presque, etc. Ces adverbes peuvent modifier les verbes, les adjectifs, et même les advei'bes de manière, et quelques-uns des adverbes de lieu. Dans cette classe, très, quelque, aussi, si, tout, ne modifient que les adjectifs, les participes et les adverbes : davantage, du moins , ne s'appliquent qu'aux verbes, et tout-à-fait modifie les participes, les adjectifs et quelques adverbes de manière.

Un adverbe de quantité est ordinairement suivi de la préposition de, parce qu'il tient lieu de quelque nom substantif. Il peut, pour la même raison, être régime d'un verbe ou d'une préposition ; mais alors il cesse d'être adverbe; c'est une véritable préposition ou un vrai substantif.

Plus et davantage ne s'emploient pas l'un pour l'autre. Davantage ne peut être suivi ni de la préposition de, ni de la conjonction que. On ne dit pas : U a davantage de brillant que de solide; il se fie davantage à ses lumières qu'à celles des autres. Mais on doit dire : il a plus de brillant que de solide; il se fie plus à ses lumières qu'à celles des autres. Davantage ne s'emploie bien que seul et à la fin des

GRAMMAIRE FRANÇAISE

phrases; exemple : la science est estimable, mais la vertu L'est davantage. Plus de n'est point adverbe, puisque plus est suivi d'une préposition et d'un régime; au lieu que davantage est toujours adverbe,

U y a des personnes qui emploient davantage pour le plus; c'est une inexactitude. On doit dire : de toutes les fleurs d'un parterre, la rose est celle qui me plaît le plus.

Les adverbes de comparaison, si, aussi, tant, et autant, sont toujours suivis de la conjonction que. Si et aussi se joignent aux adjectifs et aux participes ; tant et autant s'emploient avec les substantifs et avec les verbes : les images de Pope sont aussi parfaites que son style est harmonieux. Le vice grossier et l'impudence brutale ne sont pas souvent si dangereux qu'une beauté modeste. Elle est aussi aimée qu'estimée. Elle a autant de vertu que de bonté. Elle n'a pas tant de beauté que d'esprit.

On peut néanmoins employer autant à la place de aussi, avec deux adjectifs qui ne sont séparés que par ce mot et par que : elle est modeste autant que spirituelle.

On voit, par les exemples donnés, que aussi et autant s'emploient dans les phrases affirmatives, et si et tant dans les phrases négatives.

Néanmoins si et tant sont les seuls adverbes qu'on puisse employer dans les phrases affirmatives, quand ils sont mis pour tellement : il est devenu tout-à-coup si gros et si gras, qu'il est à craindre qu'on ne le trouve quelque jour étouffé dans son lit. — lia tant couru, qu'il est hors d'haleine.

Quelques Grammairiens distinguent encore des adverbes de distribuiion et de motif; mais les premiers ne sont que des adverbes de temps sous une dénomination différente, et considérés sous un autre rapport ; et les seconds se réduisent à deux, qui sont pourquoi et à cause de ou que. A cause est suivi de la préposition de quand il se joint à un nom ou à un pronom, et, dans ce cas, il est préposition et non adverbe. Il est suivi de que quand il se joint à un verbe; et, dans ce cas, c'est une véritable conjonction. Pourquoi est donc le seul adverbe de motif. Si nous avions voulu le classer, nous l'aurions rangé de préférence parmi les adverbes interrogatifs. En effet, il sert, ainsi que comment, oii, combien, quand, à former l'interrogation. Quoique ces adverbes ne soient pas absolument interrogatifs de leur nature , on peut, si l'on veut, les distinguer sous cette dénomination.

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