DE LA CONSTRUCTION
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DE LA SYINTAXE.
Nous venons de considérer tous les mots de la Grammaire, pris isolément; nous allons maintenant montrer comment on les assemble, comment on les unit entre eux ; et c'est là l'objet de la construction et de la syntaxe.
Le mot construction, en latin constructio, action de construire, de bâtir, signifie, employé figurément en termes de Grammaire, arrangement des mots suivant les règles et l'usage de la langue. En effet, faire la construction d'une phrase, c'est disposer, suivant l'ordre direct ou analytique , les mots d'une phrase.
On ne devrait pas confondre la construction avec la syntaxe; nous croyons du moins que ce dernier mot sert à marquer,dans le style de nos Grammairiens modernes, les signes expressifs des rapports que les mots ont entre eux ; ainsi c'est aux règles de syntaxe à décider s'il faut dire bel ou beau devant un substantif masculin ; mais quand il ne s'agit que de la combinaison des mots entre eux, que de la place que chacun d'eux doit occuper relativement aux autres, nous croyons que c'est aux règles de la construction k nous guider.
Nous suivons ici cette distinction qui nous a paru devoir contribuer à la clarté ; ce qui n'empêche pas que nous n'ayons quelquefois , ainsi que iei autres écrivains, pris assez souvent l'une pour l'autre ; parce que d'un côté nous n'avions aucune obscurité à craindre, ces deux objets pouvant aisément marcher ensemble ; et que d'un autre côté nous y trouvions l'avantage d'être plus concis et plus clairs.
La construction grammaticale, dit Lévizac, est en général l'arrangement des mots dans le discours , tel qu'il est fixé dans chaque langue par un usage long et constant. Toute construction est donc bonne toutes les fois qu'elle est conforme aux règles établies par cet usage ; et elle est vicieuse toutes les fois qu'elle s'en écarte. Or, cet usage
peut être fondé, ou sur le caractère et la naturo des hommes qui parlent une même langue, ou sur la nature de la langue qui est parlée. Dans le premier cas, il y a dans chaque langue une construction qui doit lui être commune avec toutes les autres langues, puisque les hommes, ayant partout le même fonds d'idées et de sentiments, avec les mêmes organes, ont dû nécessairement adopter la manière la plus prompte et la plus sûre de manifester ce qui se passe en eux, et suivre, pour y réussir, l'impulsion même de la nature, qui a en tous lieux une marche constante. Mais, dans le second cas, chaque langue a une construction qui lui est propre, et qui tire son origine de l'influence du climat sur les organes, et par conséquent sur les opérations de l'esprit. Ces deux constructions se mêlent et se combinent ensemble. De cette combinaison, il résulte un tout plus ou moins puisé dans la nature, et ce tout esl ce qui en constitue le génie. Le génie d'une langue n'est donc que l'habitude de l'esprit, qui s'est accoutumé à donner ou à recevoir les idées dans un tel ordre plutôt que dans un autre.
Du Marsais a distingué trois espèces de constructions : la construction simple, la construction figurée, et la constructionusuelle. Mais bien des Grammairiens, et entre autres l'abbé Batteux, ont combattu et rejeté cette distinction, et les conséquences qu'il en tire. Tout ce que nous dirions sur cette matière serait étranger à notre sujet. Nous nous bornerons, en conséquence, aux idées les plus sintpies, mais les plus positives.
Nous entendons par construction grammaticale, dans la langue française, l'ordre que le génie de cette langue veut qu'on donne dans le discours aux espèces de mots que nous avons distinguées. Or, cet ordre, qu'il est si essentiel de connaître pour s'exprimer avec clarté et justesse, n'est pas toujours aisé à saisir; et, pour faciliter davantage l'intelligence de ce que nous avons à dire, occu-
GRAMMAIRE FRANÇAISE
pons-nous imiiiëdiatement de la syntaxe, puisque c'est elle qui doit régler la construction.
DE LA STNTAXE.
Syntaxe, mot dérivé du grec iruv avec, et Ta|«ç, ordre, arrangement, signifie arrangement, construction des mots et des phrases, selon les règles de la Grammaire; et en effet cette partie de la Grammaire a pour but de rechercher et d'établir -les principes d'après lesquels les mots doivei^t être coordonnés entre eux pour exposer la pensée avec clarté et avec précision. *
Cette clarté et cette précision, dit Estarac, sont indispensables, puisque nous ne parlons que pour communiquer aux autres nos connaissances, nos idées, nos sentiments, et que cette communication deviendrait impossible sans ces deux qualités. Mais nos connaissances, que sont-elles? Elles ne sont autre chose que la perception de l'existence intellectuelle des êtres, sous telle ou telle relation à telle ou telle modification. Si un être a réellement en soi la relation sous laquelle il existe dans notre esprit, nous en avons une connaissance vraie; s'il n'a pas cette relation, la connaissance que nous en avons est fausse : mais, vraie ou fausse^ cette connaissance est un jugement, puisque notre entendement prononce sur la ressemblance ou sur la différence de deux sensations. L'énonciation ou l'expression de ce jugement -est ce qu'on appelle une pro/70siïion (du latin proponere, poser en avant).
Peu importe que le jugement énoncé soit celui qu'oi? se propose de faire connaître directement, ou qu'il soit dépendant, d'unemanière quelconque, de celui qu'on a principalement en vue ; dès que notre entendement perçoit l'existence de tel sujet sous tel rapport à telle modification, c'est un jugement; et l'expression totale, soit d'un jugement direct et principal, soit d'un jugement indirect et subordonné, est également une proposition. Ainsi, puisque le langage n'a pour objet que la communication de nos connaissances ; puisque nos connaissances ne sont que les divers jugements que nous portons sur les objets ; et puisque enfin ces jugements, manifestés au dehors par la parole, sont des propositions ; c'est donc,en dernier résultat, à l'examen de la proposition que doit se borner la syntaxe.
Si nous ne disons pas aussi que le langage a pour but l'expression de nos besoins et de nos affections, c'est que nous jugeons cela inutile. Nos besofns ne sont que le résultat de la comparaison que fait notre âme entre une chose dont elle est privée, et l'aise ou le plaisir qu'elle aurait si elle jouissait de cette chose ; or cette comparaison renferme un jugement ; il en est de même des désirs et des autres affections de l'âme ; donc puisque la
proposition est l'expression totale d'un jugement quelconque, elle sert aussi à exprimer nos besoins et nos affections ; et conséquemment le langage, dans toutes les circonstances, se réduit à des propositions.