‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 187 sur 279 · CONSTRUCTION GRAMMATICALE ET RAISONNES I>E CETTE IDYLLE · texte numérisé non relu

CONSTRUCTION GRAMMATICALE ET RAISONNES I>E CETTE IDYLLE

Hélas ! petits moutons, que vous êtes heureux I

Vous êtes heureux, c'est la proposition.

Hélas! petits moutons, sont les adjoints à la proposition; c'est-à-dire que ce sont des mots qui n'entrent grammaticalement ni dans le sujet, ni dans l'attribut de la proposition.

Hétas ! est une interjection qui marque un sentiment de compassion. Ce sentiment a ici pour objet la personne même qui parle ; elle se croit dans un état plus malheureux que la condition des moutons.

Petits moutons, sont une suite de l'exclamation. Ils marquent que c'est aux moutons que l'auteur adresse la parole ; il leur parle comme à des personnes raisonnables.

Moutons, c'est le substantif ; c'est-à-dire l'être existant, le mot qui explique vous.

Petits, adjectif ou qualificatif; c'est le mot qui marque que l'on regarde le substantif avec la qualification que ce mot exprime ; c'est le substantif même considéré sous un tel point de vue.

Petits, n'est pas ici un adjectif qui marque directement le volume et la petitesse des moutons; c'est plutôt un terme d'affection et de tendresse. La nature nous inspire ce sentiment pour les enfants et pour les petits animaux, qui ont plus besoin de notre secours que les grands.

Selon l'ordre de Fanal yse énonciative de la pensée, il faudrait dire moutons petits, car petits suppose moutons : et si l'on met petits au p'iiriel et au masculin, c'est que moutons est au pluriel et au masculin. L'adjectif suit le nombre et le genre de son substantif, parce que l'adjectif n'est que le substantif même considéré avec telle ou telle qualification. Mais parce que ces différentes considérations de l'esprit se font intérieurement dans le même instant, et qu'elles ne sont divisées que par la nécessité de renonciation , la construction usuelle place au gré de l'usage certains adjectifs avant, et d'autres après leurs substantifs.

Que vous êtes heureux! Que est pris adverbialement, et vient du btin quaniùm, ad quantum; à quel point, combien. Ainsi, que modifie le verbe : il marque une manière d'être, et vaut autant que l'adverbe combien.

Vous, est le sujet delà proposition, c'est de vous que l'on juge. Vous, est le pronom de la seconde personne. 11 est ici au pluriel.

Êtes heureux, c'estV attribut ; c'est ce qu'on juge de vous.

Êtes, est le verbe qui, outre la valeur ou signification particulière de marquer l'existence, fait connaître l'action de l'esprit qui attribue cette existence heureuse à vous : et c'est par cette propriété que ce mot est verbe ; on affirme que vous existez heureux.

Les autres mots ne sont que des dénominations : mais le verbe, outre la valeur ou signification particulière du qualificatif qu'il renferme, marque encore l'action de l'esprit qui attribue ou applique cette valeur à un sujet.

Etes. La terminaison de ce verbe marque encore le nombre, la personne et le temps présent.

Heureux, est le qualificatif, que l'esprit considère comme uni et identifié à vous, à votre existence. C'est ce que nous appelons rapport d'identité.

Vous paissez dans nos champs, sans souci, sans alarmes.

Voici une autre proposition.

Vous, en est encore le sujet simple. C'est un pronom substantif, car c'est le nom de la seconde personne, en tant qu'elle est la personne à qui on adresse la parole; comme roi, pape, sont des noms de personnes, en tant qu'elles possèdent ces dignités. Ensuite, les circonstances font connaître de quel roi ou de quel pape on entend parler. De même, ici, les circonstances, les adjoints, fontiîonnaître que par ce vous, on entend les mourons. C'est se faire une fausse idée des pronoms, que de les prendre pour de simples vice-gérants , et de les regarder comme des mots mis à là place des vrais noms. Si cela était, quand les Latins disent Cérès pour le pain, ou Bacchus pour le vin ; Céiès et Bacchus seraient des pronoms.

DE LA SYNTAXE

Paissez, est le verbe clans un sens absolu, c'està-dire que ce verbe marque ici un état du sujet : il exprime en même temps Taciion et le terme de l'action. Car rorw paisse*, exprime autant que vous mangez l'herbe. Si le terme de l'action était rendu séparément, et qu'on dît vous paissez l'herbe naissante, lô verbe serait actif transitif.

Dans nos champs, est une circonstance de Faction.

Dans , une préposition qui marque une vue de l'esprit par rapport au lieu. Mais dans ne détermine point le lieu : c'est un de ces mots incomplets dont nous avons parlé, qui ne font que partie d'un sens particulier, et qui ont besoin d'un autre mot pour former ce sens. Ainsi dans est la préposition, et nos champs en est le complément. Alors, ces mots, dans nos champs, font un. sens particulier, qui entre dans la composition de la proposition. Ces sortes de sens sont souvent exprimés en un seul mot, qu'on appelle adverbe.

Sans souci; voilà encore une préposition avec son complément : c'est un sens particulier, qui fait une incise. Incise vient du latin incisum, qui signi-

terre (1). On, se prend dans un sens indéfini, indéterminé, une personne quelconque, un individu de votre espèce.

Ne vous force point à répandre des larmes. Voilà tout l'attribut : c'est l'attribut total ; ce qu'on juge de on.

Force, est le verbe qui est dit de on : c'est pour cela qu'il est au singulier, et à la troisième personne.

Ne point : ces deux mots font une négation : ainsi la proposition est négative.

Vous. Ce mot, selon la construction usuelle, est ici avant le verbe ; mais, selon l'ordre de la construction des vues de l'esprit, vous est après le verbe, puisqu'il est le terme ou l'objet de l'action de forcer.

Cette transposition du pronom n'est pas en usage dans toutes les langues. Les Anglais disent : / dress myself; mot à mot, j'habille moimême. Nous disons je m'habille, selon la construction usuelle ; ce qui est une véritable inversion que l'halntude nous fait préférer à la construction régulière. On lit trois fois, au dernier chapitre de

fie coupé. C'est un sens détaché qui ajoute une \ l'Évangile de saint Jean : Simon, ddigis me ? Simon, amas me? Pierre, aimez-vous moi .''Nous disons Pierre, m'aimez-vous ?

La plupart des étrangers qui viennent du nord, disent : j'aime vous, j'aime lui; au lieu de dire : je vous aime, je l'aime, selon notre construction usuelle.

A répandre des larmes. Répandre des larmes; ces trois mots forment un sens total, qui est lecoinplément de la préposition à. Cette préposition met le sens total en rapport avec le verbe force : forcer à, cogère ad. Virgile a dit : Cogitur ire ad lacrymas, et Vocant ad lacrymas.

Répandre des larmes. Des larmes n'est pas ici le complément immédiat de répandre. Des larmes est pris dans un sens partitif. Il y a ellipse d'un «ubstantif générique, répandre une certaine quantité de larmes ; ou, comme disent les poètes latins : Imbrem lacrymarum, une pluie de larmes.

Vous ne formez jamais d'inutiles désirs.

Vous, est le sujet de la proposition ; les autres mots sont l'attribut. Formez, est le verbe, à la seconde personne du présent de l'indicatif.

Ne, est la négation, qui rend la proposition négative. Jamais est un adverbe de temps, en aucun temps. Jamais vient de deux mots latins, jàm et magif

D'inutiles désirs est encore un sens partitif. Vous ne formez jamais certains désirs, quelques désirs qui soient du nombre des désirs inutiles.

Quand le substantif et l'adjectif sont ainsi le dé-

circonstance de plus à la proposition. Si ce sens était supprimé, la proposition aurait une circonstance de moins ; mais elle n'en serait pas moins une proposition. Sans alarmes est une autre incise.

Aussitôt aimés qu'amoureux, On ne vous force point à répandre des larmes.

Nouvelle période qui a deux membres.

Aussitôt aimés qu'amoureux, premier membre : premier sens partiel, qui entre dans la composition de la période.

Il y a ellipse, car pour faire la construction pleine, il faut suppléer des mots que la construction usuelle supprime, mais dont le sens est dans l'esprit.

aussitôt aimés qu'amoureux; c'est-à-dire comme vous êtes ahnés aussitôt que vous êtes amoureux.

Comme , est ici un adverbe relatif, qui sert au raisonnement, et qui doit avoir un corrélatif; comme , c'est-à-dire et parce que û)us êtes, etc.

Vous, est le sujet; êtes aimés aussitôt, l'attribut. Aussitôt est un adverbe relatif de temps qui signifie dans le même temps.

Que, autre adverbe de temps, est le corrélatif d'aussitôf. Que appartient à la proposition suivante, que vous êtes amoureux : ce que vient du latin inquo, dans lequel, quum.

Vous êtes amoureux; proposition corrélative de la précédente.

On ne vous force point à répandre des larmes. Cette proposition est la corrélative du sens total des deux propositions précédentes.

On, est le sujet de la proposition. On vient de homo. Nos pères disaient /lom : non y a hom sur la

(I) Voye* Borel au mot Hom.

terminant d'un verbe, ou le complément d'une préposition dans un sens affirmatif, si l'adjectif précède le substaniif, il tient lieu d'arlicle, et marque la sorte ou l'espèce. Dans : Vous fm'mez d'inuiiles désirs, on qualiBe d'inutiles les désirs que vous formez. Si au contraire le substantif pj écède l'adjectiiF, on lui rend l'article : c'est le sens individuel : Vous formez des désirs inutiles. On veut dire que les désirs particuliers ou singulieis que vous formez sont du nombre de les désirs inutiles. Mais dans le sens négatif, on dirait : vous ne formez jamais, pas, point, de désirs inutiles. C'est alors le sens spécifiijue.ll iie s'agit nullement de déterminer tt Is ou tels désirs singuliers, on ne fait que marquer l'espèce ou la sorte de désirs que vous ne formez pas.

Dans vos tranquilles cœurs Tailiour suit la nature.

La construction est: l'amoir àùit là nature dans vos cœurs tranquilles. V amour èSt le sujet de là proposition, eî parcelle raison il précède le verbe.

La nature est le terme de l'action de suit, et par cette raison ce mot est après le verbe. Celte position se trouve dans toutes les langues, selon l'ordre dé l'éribnciàtion et de l'analyse deS pensées. Mais lorsque cet ordre est interrompu par des transpositions, dans les langues qui ont des cas, il est indiqué par une terminaison particulière, qu'on appelle accusatif.

Sans ressentir ses maux, vous avez ses plaisirs.

•Construction : Vous avez ses plaisirs, sans ressentir ses maux. Vous est le sujet, les autres mots sont l'aitribut.

Sans ressentir ses maux. Sans est une préposition, dont ressentir les maux est le complément. Ressentir ses maux, est un sens particulier, équivalant à un nom. Ressentir est ici un nom verbal. Sans ressentir, est une proposition implicite pour sans que vous ressentiez. Ses maux, vient après l'infinitif ressentir, parce qti'il ert est le déterminant. Il est le terme et l'action de ressentir. Ses, de l'amour.

L'ambition, l'honneur, l'intérêt, l'imposture, Qui font tant de maux parmi nous, Ne se rencontrent point chez vous.

Voilà la proposition principale.

L'ambition, l'honneur, l'intérêt, l'imposture : c'est là le sujet de la proposition. Cette sorte de sujet est appelée sujet multiple, parce que ce sont plusieurs individus, qui ont un attribut commun. Ces individus sont ici des individus nnétapnysiques, des termes abstraits, à l'imitation d'objets réels.

Ne *B rencontrent point chez vous, est l'attribut. On pouvait dire : l'ambition ne se rencontre point chez vous; l'honneur ne se rencontre point chezvom; l'intérêt, etc., ce qui aurait fait quatre

GRAMMAIRE FKAJNÇAISE.

propositions. En rassemblant les divers sujets dont on veut dire la même chose, on abrège le discours, et on le rend plus vif.

Qui font tant de maux parmi nous. Proposition incidente. Quiy pronom relatif, en est le sujet. Il rappelle à l'esprit l'ambition, thonneur, l'intérêt, l'imposture, dont on vient de parler.

Font tant de maux parmi nous, c'est l'attribut de la proposition incidente.

Tant de maux, est le déterminant de font; c'est le terme de l'action de font.

Tant, vient de l'adjectif tantus, a, um. Tant est pris ici substantivement : tantum malorum, tantum prtij.u malorum ; une si grande quantité de maux.

De maux est le qualificatif de tant. C'est une des propriétés de la préposition de, de servir à la qualification. '

Maux est employé dans une acception spécifique, indéfinie, et non dans un sens individuel. Aussi, maux n'est pas précédé de l'article les.

Parmi nous, est une circonstance de lieu. Nous est le complément de la préposition parmi.

Cependant nous avons la raison pour partage > Et voiis eii ignorez l'usage.

Voilà deux propositions liées entré elles par la conjonction ef. Cependant, adverbe, ou conjonction ad versative, marque restriction ou opposition, par rapport à une autre idée ; la pensée e>i : nous avons la raison ; cependant, malgré cet avantage, les passions font bien des maux parmi nous. Ainsi, cependant indique opposilion, contrariété, entre avoir laraison, et avoir des passions. Il y a donc ici une de ces propositions que certains logiciens appelleiit adversative ou discrétv\€.

Nous, est le sujet; avons laraison pour partage, l'attribut.

L'auteur pouvait dire : laraison en partage; mais alors il y aurait eu un bâillement ou hiatus, parce que /a raison finit par la voyelle nasale on, qui aurait été suivie de en. Les poètes ne sont pas toujours si exacts, et redoublent n dans ces occasions : la raison-n en partage ; ce qui est une prononciation vicieuse. D'un autre côté, en disant : pour partage, la* rencontre df ces deux syllabes , pour, par , est pe«ut-élre tout aussi désagréable à l'oreille.

Dans : Vous en ignorez l'usage. Voits, est le sujet; en ignorez l'usage, l'attribut ; ignorez, le verbe. L'usage, est le déterminant de ignorez : c'est le terme de la signification d'i^worer; c'est la chose ignorée ; c'est le mol qui détermine ignorez.

En, est une sorte d'adverbe pronominal. Nous disons que en est une sorte d'adverbe, parce qy'il signifie autant qu'une préposition et un nom. En, {indè ; de cela; de la raison.) En, est un adverbe pronominal , parce qu'il n'est employé que pour

n>vrilVr Vidée d'un autre mot; vous ignorez l'usaijf de la raisun.

Iiinocenls animaux, n'ei» soyez poiiil jaloux:

c'esi ici une enonciation à l'impéraùf.

Ces mois : Innocents aniniaux ne dépendent d'aucun autre qui les précède , et sont énoncés sans articles. Ils marquent la personne à qui Ton adresse la parole.

Soyez, est le verbe à l'impératil ; ne point, est la 1 n '{janon.

En, est pour de cela, de ce que nous avons la raison pour pariafje.

Jaloux esi a<lj«ctif ; on dit que les animaux ne doiv. ni pas l'éire. Ainsi, selon I9 pensée, ja/owa; Sf rapioile à animaux, par rapport d'idenlite , mais négativement : ne soyez pa-s jaloux.

Ce n'cil pas un grand avantage.

Ce, pronom de la troisième personne (hoc), neutre tn latin, ce, cela, à sa\oir que : nous avons la ra>son, avoir la raison n'est pas un grand avantage.

Cette fière raison, dont en fait tant de bruit, Contre les prissions n'est pas un sûr remède.

Nous trouvons ici proposition principale , et proposition incidente.

Celle fière raison n'est pas un remède sûr contre les passions; proposition principale.

Dont on fait tant de bruit ; proposition incidente.

Dont, est encore un adverbe pronominal signifiant de laquelle, touchant laquelle. Dont vient i du mot latin undè , par mutation ou transposition de lettres, dit Nicot. Nous nous en servons aussi pour duquel, de laquelle, de qui, de quoi.

On, est le sujet de cette proposition incidente.

Fait tant de bruit, en est l'attribut. Fait, est le verbe; tant de bruit, le déterminant du verbe fait. Tant de bruit; tantum prt^cn jaciationis; tantum jaciationis.

DE LA SYNTAXE. 407

La trouble, e^t l'attribut: trouble, le verbe; la, est le terme de l'action du verbe. La, est un pionom de la troisième personne; c'est-à-dire que la rappelle l'idée de la personne ou de la chose dont on a parlé : Trouble la, elle, laraison.

Un enfant la séduit.

C'est la même construction que celle de la proposition précédente. (Le poète entend ici par un enfant le dieu d'amour.)

Et déchirer un cœur qui l'appelle à son aide Est tout l'effet qu'elle produit.

La construction de cette petite période mérite attention. Nous disons période , grammaticalement par lant , parce que celte phrase est composée de trois propositions grammaticales, car il y a trois verbes à l'indicatif : appelle, est, produit.

Déchirer un cœur est tout l'effet : c'est la première proposition grammaticale ; c'est la proposition principale.

Déchirer un cœur, est le sujet énoncé par plusieurs mots , formant un sens qui pourrait èire énoncé par un seul inpt, si l'usage l'avajt établi. Trouble, ag'iiai'ion, repentir, remords, sont à peu près les équivalents de déchirer un cœur.

Déchirer un cœur, est doue le sujet; est tout l'effet, l'attribut.

Qui l'appelle à son aide y est une proposition incidente.

Qui, en est le sujet : ce^ui est le pronom relatif qui rappelle cœur.

L'appede à son aide , est l'attribut de qui; la, est le terme de l'action d'appelle : appelle elle, appelle lara'ison.

Qu'elle produit; elle produit lequel effet; c'est kl troisième proposition.

Elle, est le sujet : elle est un pronom qui rappelle raison.

Produit que, est l'attribut d'e//e. Que est le terme de produit. C'est un pronom qui rappelle effet.

Que étant le déterminant, ou le terme de l'action de produit, se trouve après porfuJf, dans l'ordre t'ite quantité de vin. On dit : le peu, de peu, à des pensées, et selon la construction simple : mais peu, pour peu. Peu, est ordinairement suivi d'un la construction usuelle l'énonce avant produit, «jualilicatif : de vin, est le qualificatif de pew. Un cela est tout naturel; que ^ étant un relatif con-

Un peu de vin la trouble.

Peu est un substantif; parum'vini; une pe-

peu; un et le sont des adjectifs prépositifs qui indiquent les individus. Le et ce indiquent des individus déterminés; au lieu que un indique un individu indéterminé : il a le même sens que 9Me/<3fMe. Ainsi un peu est bien différent de le peu : celui-ci précède l'individu déterminé, et l'autre l'individu indéterminé.

jonctif, rappelle effet, * t joint e//e produit avec effet. Or, ce qui sert à joindre doit être mi> entre deux termes. La relation en «st plus aiNément aperçue, comme nous l'avons déjà remarque.

Voilà bien trois propositions graujmaiitales; logiquement, 41 n'y a là qu'une seule proposition.

Ces mots : El déchirer un cœur qui l'appelle à

Ces quatre mots : Un peu de vin expriment une son aide , font un sens total, qui est le sujet de la idée particulière, qui est le sujet de la proposi- proposition logique. ^^^» [ Eêt tout l'effet qu'elle produit forme un autre

GRAMMAIK£

sens total, qui est l'attribut. C'est ce qu'on dit de déchirer un cœur.

Toujours impuissante et sévère , Elle s'oppose à tout , et ne surmonte rien.

11 y a encore ici ellipse dans lé premier membre de phrase. La construction pleine est : la raison est toujours impuissante et sévère; elle s'oppose à tout, parce qu'elle est sévère; et elle ne surmonte rien, parce qu'elle est impuissante.

Elle s'oppose à tout ce que nous voudrions faire qui nous serait agréable. Opposer (formé du latin ponereoh, poser devant, s'opposer, opposer soi, se mettre devant comme un obstacle). Se, est le terme de l'action d'opposer. La construction usuelle le met avant son verbe, comme me, te, le, que, etc., à tout ; Cicéron a dit : Opponere ad, et nous disons aussi opposer à.

Dans la locution : Ne surmonte rien, rien est ici le terme de l'àciion de surmonte; rien , est toujours accompagné de la négation exprimée ou sous-enleudue. Rien, est pour tiullaynrem.

Sous la garde de voire chien , Vous devez beaucoup moins redouter la colère

Des loups cruels et ravissants , Que, sous l'autorité d'une telle chimère , Nous ne devons craindre nos sens.

Il y a ici ellipse et synthèse. Il y a synthèse , nous l'avons fait connaître, lorsque les mots se trouvent exprimés ou arrangés selon l'idée que l'on a dans l'esprit.

En remplissant l'ellipse le sens sera : De ce que {ex eo quod, propterea quod) vous êtes sous la garde de votre chien, vous devez redouter la colère des loups cruels et ravissants beaucoup moins ; au lieu que nous, qui ne sommes que soas la garde de la raison, qui n'est qu'une chimère, nous n'en devons pas craindre nos sens beaucoup moins.

Nous n'en devom pas moins craindre nos sens : voilà une synthèse ou syllepse, qui attire ne dans cette phrase.

La poésie se permet l'expression : la colère des loups. L'image en est plus noble et plus vive. Mais ce n'est pas par colère que les loups etnous, nous mangeons les moutons. Phèdre a dit : fauce improbâ ; et la Fontaine a dit : la faim.

Beaucoup moins {multo minus ) ; expression adverbiale, qui sert à la comparaison, et qui, par conséquent , demande pour corrélatif , que, etc. Beaucoup moins, selon un coup moins beau, moins grand.

Ne vaudrait-il pas mieux vivre, comme vous faites, Dans une douce oisiveté ?

Proposition qui forme un sens incomplet, parce que la corrélative n'est pas exprimée : mais

FRAJNÇAISE.

elle va l'être dans la période suivante, qui a le même tour.

Comme vous faites,esiyxne proposition incidente.

Comme adverbe; (Quomodo) ; à la manière que vous le faites.

Ne vaudrait-il pas mieux être, comme vous êtes, Dans une heureuse obscurité, Que d'avoir, sans tranquillité, Des richesses, de la naissance, De l'esprit et de la beauté?

Il n'y a dans cette période que deux propositions relatives, et une incidente.

Ne vaudrait-il pas mieux être, comme vous êtes, dans une heureuse obscurité, est la première proposition relative, avec l'incidente, comme vous êtes.

Notre syntaxe marque l'interrogation, en mettant les pronoms personnels après le verbe, même lorsque le nom est exprimé. Le roi ira-t-il à Fontainebleau ? Aimez-vous la vérité ? Irai-je ?

Quel est le sujet de cette proposition ? Il {illud ) , ceci, à savoir : être dans une heureuse obscurité; sens total énoncé par plusieurs mots équivalents à un seul; et ce sens total est le sujet de la proposition.

Ne vaudrait-il pas mieux ? C'est l'attribut, avec le signe de l'interrogation. Ce ne interrogatif nous vient des Latins : Ego^e , adeo-ne, superai-ne , jam-ne. Voyez-vous ? ne voyez-vous pas Y

Que (quam). C'est la conjonction ou particule, qui lie la proposition suivante ; de sorte que la proposition précédente et celle qui suit sont les deux corrélatives de la comparaison.

Que la chose, que l'agrément d'avoir, sans tranquillité, l'abondance des richesses , l'avantage de la naissance, de l'esprit et de la beauté? Voilà le sujet de la proposition corrélative.

Ne vaut, qui est sous-entendu, en est l'attribut. Ne, parce qu'on a dans l'esprit, ne vaut pas tant que votre obscurité vaut.

Ces prétendus trésors, dont on fait vanité, Valent moins que votre indolence.

Ces prétendus trésors valent moins; proposition grammaticale relative.

Que votre indolence [ne vaut) ; proposition corrélative.

Votre indolence n'est pas dans le même cas : elle ne vaut pas ce moins : elle vaut bien davantage.

Dont on fait vanité, est une proposition im idente. On fait vanité desquels, à cause desquels. On dit , faire vanité, tirer vanité de, dont, desquels. On fait vanité : ce mot i/onifé entre dans la composition du verbe, et ne marque pas une telle vanité en particulier ; ainsi il n'y a point d'article.

Us nous livrent sans cesse à des soins criminels.

Ils fces trésors, ces avantages). Ils est le sujt;t. Livrent nous sans cesse à, etc., est l'attribut.

1>E LA SYNTAXE

A des soins criminels , scds partitif , c'est-àdire que les soins auxquels ils nous livrent sont du nombre des soins criminels; ils en font partie. Ces prétendus avantages nous livrent à certains soins, à quelques soins qui sont de la classe des soins criminels.

Sans cesse, façon de parlée adverbiale.

Par eux, plasd'un remords nous ronge.

Plus d'un remords, sujet complexe de la proposition.

Ronge nous par eux, à l'occasion de ces trésors, attribut.

Plus est ici le substantif et signifie une quantité de remords plus grande que celle d'un seul remords.

Nous voulons les rendre étemels, Sans songer qu'eux et nous passerons comme un songe.

Nous, est le sujet de la proposition.

Voulons les rendre éternels, sans songer, etc. , est l'attribut logique.

Voulons , verbe actif. Quand on veut, on veut quelque chose : les rendre étemels ; rendre ces trésors étemels : ces mots forment un sens, qui est le terme de l'action de voulons; c'est la chose que nou^ voulons.

Sans songer. Sans, préposition. Songer, est pris ici substantivement. C'est le complément de la préposition sans ; sans la pensée que : sans songer, peut aussi être regardé comme une proposition implicite : sans que nous songions.

Que, conjonction, unit à songer la chose à quoi l'on ne songe point.

Eux et nous passerons comme un songe. Ces mots forment un sens total qui exprime la chose à quoi l'on devrait songer. Ce sens total est énoncé dans la forme d'une proposition, ce qui est ordinaire dans toutes les langues. Je ne sais qui a fait cela {Nescio quis fecit.) Quis fecit est le terme ou l'objet de nescio.

Il n'est dans ce vaste univers Rien d'assuré, rien de solide.

// [illud), savoir, ceci, à savoir : rien dH assuré, rien de solide. Quelque chose d'assuré, quelque chose de solide : voilà le sujet de la proposition. N'est (pas) dans ce vaste univers, voilà l'attribut. La négation ne rend la proposition négative.

D'assuré. Ce mot est. pris ici substantivement : Nihilum quidem certi. D'assuré est encore ici dans un sens quahfîcatif, et non dans un sens individuel ; et c'est pour cela qu'il n'est précédé que de la préposition de sans article.

Des choses d'ici-bas la Fortune décide Selon ses caprices divers.

LaFortune, sujet simple, terme abstrait personnifié : c'est le sujet delà proposition. Quand nous

ne connaissons pas la cause d'un événement, notre imagination vient au secours de notre esprit,qui n'aime pas à demeurer dans un état vague et indéterminé. Elle le fixe à dfs fantômes qu'elle réalise et auxquels elle donne des noms, tels que : Fortune, Hasard, Bonheur, Malheur.

Décide des choses d'ici-bas selon ses caprices divers ; attribut complexe.

Des choses, pour de les choses : de signifie ici touchant.

D'ici-bas détermine choses. Ici-bas est pris substantivement.

Selon ses caprices divers, est une manière de décider. Sehn, est la préposition. Ses caprices divers, est le complément de la préposition.

Tout l'effort de notre prudence Ne peut nous dérober au moindre de ses coups.

Tout l'effort de notre prudence , sujet complexe : de notre prudence détermine l'effort , et le rend sujet complexe. L'effort de, est un individu métaphysique, et par imitation; comme un tel homme ne peut, de même tout l'effort ne peut.

Ne peut dérober nou^, et , selon la construction usuelle, nou^ dérober.

Au moindre, pour à le moindre; à est préposition ; le moindre est le complément de la préposition.

Au moindre de ses coups, pour au moindre coup de ses coups. De ses coups, est pris dans le sens partitif.

Paissez, moutons, paissez. Sans règle et sans science,

Malgré la trompeuse apparence, Vous êtes plus heureux et plus sages que nous.

La trompeuse apparence est ici un individu métaphysique personnifié.

Malgfé. Ce mot est composé de l'adverbe mal, qui a le sens de l'adjectif mauvais, et du substantif gré, qui se prend pour volonté, goût. Avec le mauvais gré de, en retranchant de. Les anciens disaient maugré ; puis on a dit malgré. Malgré moi, avec le mauvais gré de moi {cum meâ malâ gratià). Aujourd'hui on fait de malgré une préposition. Voici ce que veut dire cette phrase : Malgré la trompeuse apparence, qui ne cheiche qu'à en impo' ser et à nous en faire accroire, vous êtes, au fond et dans la réalité, plus heureux et plus sages que nous ne le sommes.

Tel est le détail de la construction des mots de cette idylle. Il n'y a point d'ouvrage, en quelque langue que ce soit, qu'on ne puisse réduire aux principes que nous venons d'exposer, pourvu que l'on connaisse les signes des rapports des mots en cette langue , et ce qu'il y a d'arbitraire qui la distingue des autres. (Du Marsais.)

GKAMMAIHE FRANÇAISE.

AfaalysoEls encore, avec l'ahbé Fabre, Une pièce df \ers, qu'il à tirée de Crêbillon fils.

Crains d'un lâche repos la fatigue accablante j

Préfère â la mollesse une vie agissante.

Atrehtëahs tu diras, des plaisirs détrompé:

LMiomme le plus heUreùx , c'est le plus occupé.

Tout travaille et se meut dans la nature entière;

le plus petit insecte agit dans la poussière.

Vois cette eau qui croupit ; l'air en est empesté :

Admire la fraîcheur et la limpidité

De cette onde qui court , par des-routes fleuries ,

Féconder nos vergers , embaumer nos prairies.

Le temps est un éclair pour le mortel actif:

Le temps avec lourdeur pèse sur l'homme oîsif.

Mais , qiiel que Sdil l'état Où ton penchant t'àppfellè ,

Que la probité sdll ta conlfiiàgne ildèlé.

La réputation est aisée à flétrir;

C'est un crysial poli qu'un souffle peut ternir.

Sans être misanthrope , aime la solitude :

Fais-y du cœur humain la difficile élude.

Que La Rochefouciluld , La Bruyère, CliarWiJ,

T'apprennent à sonder cet abyme profbttd....

Dans ses dégniseuients l'aniour-propre est subtil :

Celui qui n'a qu'un œil se montre de prdfil.

Au chnix de tes amis sois doue lent et sévère :

Examine long-teiii|is; la méi<rise est amère.

Sous un vil intérêt ne sois point abattu :

L'argent le cède à l'or, et l'or à la vertu.

Que le destin te soit ou propice, ou sévère,

De (jiielque hiforiuué soulage là misère :

Tu le pourras , mttn fils : si tU naqUis sàtis biens ,

Apprends l'art d'être utile avec peu de moyens.

Hélas ! ce malheureux qu'on fuit, qu'on appréhendé,

Plaignons-le; c'est souvent tout ce qu'il nou-j deniande.

D'une oreille atientive écoute ses revers :

Il aime à raconter les maux qu'il a soufferts.

Si ton cœur ne pal|>iie au récit de ses peines ,

Puisse ton sang bientôt se tarir dans tes veines!

Ce souhait est celui d'une ardente amitié :

Il vaut mieux n'être pas, que d'être sans pitié....

Qu'un orgueil dangereux n'aille pas t'abnser:

Il n'est point d'ennemis qu'*n doive mépriser.

Si le Ciel l'a doué d'un rayon de génie.

Un jour tu sentiras l'aiguillon de Terivie. •

Alt iiiéritë, im succès, toujours sbn fiel se joiht:

Tiraiaille â l'exciter, mais ne l'irrite point.

Si tu veujt désariiier sa vengeance filneste,

Oppose à sa fiirie un air humble et modestes

Ainsi que la pudeur, de son doux incarnat

Colorant une belle , augmente son éclat ;

La modestie ajoute au taUnt qu'un renomme,

Le pare et l'embellii ; c'est la pudeur de l'homme.

La modestie enchante , et l'anidur-propre aigrit :

C'est par le cœur qu'on plait , bien pluà qUe par l'ëâprit.

Crains d'un lâche repos la fatigue accablante.

Le sujet est la personne à qui l'on parle : crains (sois craignant),- sois, copule; craignant la fatigue accah lame d'un lâche repos, aitritut; craignant, mol dominant : la (aiigue. accablante d'un, etc., complément de ce mol dominant : d'un lâche repos; complément de la fatigue accablante.

frètcre à la mollesse une vie aglssanlë.

Sujet non énoncé : préfère (sots nréreratit^*, »ow. copule ; préférant à la mollesse une vie agissante, attribut ; pré férant, mot dominant ; il a deux compléments différents; préférant quoi? une vie agis" santé; à quoi? à la mollesse.

A trente ans ^ tu diras , des plaisirs détrompé : L'homme le plus heureux , c'est le plus occupé.

Tu (toi), des plaisirs détrompé, sujet ; tu, mot dominant; rfé/rorHpédesp/amrs,complëment; desplaisirs, complément de détrompé; diras (seras disant); seras, copu\e;disant,àtrenteans, l'homme /tr>etc., attribut ; disant^ mot dominant ; il a deux compté* ments différents; disant quand? à trente ans; disant quoi? l' homme le plus heureux ^ c'est le plus occupé; ce dernier complément est une phrase complétive : l'hontfne te plus heureuâc, sujet ; ce, sujet factice , représentant le véritable sujet ; est, copule ; le plus occupé, attribut.

Remarqtiez qile si l'on analyse cette phrase complétive d'après le sens, et non d après la forme grammaticale, le tëritâble sujet est ; l'homme le pins occupé^ et l'attribut, le plus heiii'eux, parce que ce n'est pas à l'homme le plus heureux qu'on attribue l'idée d'être le plus occupé; au contraire, c'est à l'homme le plus occupé qu'on attribue l'idée d'être le plm heureux. La construction nouvelle de la phrase est celle-ci : l'homme le plusbccupé est le plus heureux.

Tout travaillé et se ineut dans lâ tiatiire entière.

Tout, Sujet ; travaille et se meut (est travaillant et se mouvant) ; esi, copule ; travaillant et se mouvant, deux attributs distincts ; tout est travaillant, tout est se mouvant; se, complément du dernier attribut; ifans la nature entière, comf)lement commun des deux attributs; travaillant dans la, etc.^ se mouvant dans la, etc.

Le plus petit hisecte agit dans la poiissièire.

Le plus petit ^nsecte, sujet; agit (est agissant) ; est, co|)ule ; agiisant dans la poussière, attribut ; agissant, mot dominant ; dans la poussière, complément.

Vois cette eau qui croupit ; l'air en est empesté.

Il y a deux phrases dans ce vers : lois cette eau qui croupit, voila la première ; le sujet non énoncé ; vois (sois voyant) ; sois, copule ; voyant l'eau qui croupit, attribut ; voyant, mot dominant ; l'eau qui croupit, complément de l'eau; c'est une phrase complétive; ^Mt, sujet ; croupit (est croupissant), cofmie et attribut, i'air en est empesté, voilà la seconde ; l'air, sujet; est. copule; empesté en (de cette eau), attribut; en, complément ù' empesté.

DE LA SYNTAXE

Admire la fraîcheur et la limpidité

De celte onde qui court, par des routes fleuries ,

Féconder nos vergers , embaumer nos prairies.

Sujet non énopcé : adinire (sois admirant) ; sois, copule ; admirant la fraîcheur, et tout le reste, attribut : adiiàrant, mot doniinant; la fraîcheur et la limpidité, dewx compléments sieinblables j admirant quoi? la fraîcheur ; quoi ppcprp ? la l\ijipi(^}lé ù'j cette onde qui, etc., complément commun de ces deux premiers compléments semblables : la fraîcheur de cette onde qui, etc., la limpidité d^ cette onde qui, etc., qui court, par des routes fleuries : /<?'conder nos vergers, embuumer nos prairies, complementsdece^e onde; c'est une plirasecomplelive: qfut, sujet: court (est courant) ; esf, copule; courant, pur, etc., attribut; courant, mol dominant; ce mot dominant a deux compléments différents; courant par où ? par des routes fleuries ; que faire ? féconder nos verytrs, embaumey nos prairies; ce dernier complément renferme deux compléments semblables; pp^ranf, que fajre? féconder nos vergers ; que faire epcore? enibaun\er nos prairies.

Le temps est un éclair pour le mortel actif : Le temps avec lourdeur pèse sur Thomme oi$if.

Il y a là deux phrases dont l'analyse ne présente aucune dillicullé. Le mot dominant de fattribut le la seconde, pesant, a deux compléments difféleiiis: pesant comment? avec lourdeur; sur qui? iur l%omnie oisif.

Mais, quel que soit l'état où ton penchant t'appelle , Que la probité soit la compagne fidèle.

Ici, il y a ellipse de la phrase principale : que ta probité soit ta compagne fidèle, n'est qu'une phrase complétive ; la conjonction que, qui la commence, ( t le subjonctif soit, le prouvent invinciblement : ijue, conjonction, lie toujours une phrase complétive à une phrase dominante, elle subjonctif est un mode toujours subordonné à un autre. La phrase liominante, c'est il faut : il faut que la probité soit, etc., il, sujet; faut (est fallant, nécessaire), est, copule ; fallant que la, et tout le reste, attribut; fallant, mot dominant ; que la probité soit ta com- \mgne fidèle, complémeqt ; c'est une phrase complétive: /apo^jfé, sujet; soit, copule; ta compagne fidèle, attribut.

Remarquez qu'à ne consulter que le sens et la logique, et non la forme grammaticale, il n'est qu^un sujet factice ; le véritable sujet, c'est que la probité soit ta compagne fldéle : il, cela, quoi? que la probité soit, etc., est fallant. Quel queso^t l'éiat où ton penchant t'appelle, phrase complétive de relie que nous venons d'analyser; parce qu'elle complète la pensée peinte parcelle phrase, et non exclusivement quelqu'un des mots qu'elle renferme : l'éiat où ton penchant t' appelle, m\el : l'état.

mot dominant ; où ton penchant t'appelle, complément; c'est une phrase complétive: ton penchant, sujet , t'appelle (est l'appelant) ; est, c«»pule ; nppc' lant te, oii, aiiribul; appelant, mot dominani; te, où, deux compléments d fférenis; appelant qujV/e (toi); appelant à quoi? où (auquel etai) : où est énpncé le premier mot de la phrase comme pronom conjonctif ; voilà ]p sujet analysé. Passons aux autres parties : quel que soit ; soit, copule ; quel, attribut; ^ue est conjonction.

La réputation est aisée à flétrir ;

C'est un cryslal poli quun souffle peut ternir.

La première phrase ne présente aucune difficulté. Analysons la seconde : ce, repi ésenfant la réputation, sujet; est, copule; un cryslalpoU qu'un souffle peut ternir, attribut; un crijstal, mot doiriinant ; poli, complément; qu'un souffle peut ternir, compléirient de un crijstal poli; c est une phrase comp\éii\e : .un souffle, sujet;, peut (est pouvant); est, copule; pouvant ternir que, attribut; pouvant, mot dominant; ternir, complément de ce mot dominant ; qu£, complément de ternir.

Sans être misanthrope, aime la solitude: Fais-y du cœur humain la difficile étude.

Ces deux phrases ne présentent aucune difficulté.

Que La Rochefoucauld, La Bruyère , Charron, T'apprennent à sonder cet abyine profond.

Ceci, comme on lésait déjà, est une phrase complétive d'une phrase dominante, dans laquelle entre une ellipse. La Rochefoucauld, La Bruyère, Chairon sont trois sujets distincts ; t'apprennent (soient t'apprenani) ; soient, copule; t'apprennent à sonder, etc., attribut : apprenant, qui est le mot dominant, a deux compléments différents ; apprenant, à qui ? te (à toi) ; apprenant quoi ? à sonder cet abyme profond.

Dans ses déguisements l'amour-propreest subtil: Celui qui n'a qu'un œtl se montre de profil.

La première phrase ne présente auciinedîfficuHé. Occupons-nous delà seconde : celui qui n'a qu'un œil, sujet ; celui, mot dominant; qui n'a qu'un œil, complément, phrase complétive; qui, sijei; n'a qu'un œil (es^ n'ayant qu'un oeil); ej^f, copule ; r^'ayant qu'un œil, attribut; ayant, iiiOl dominant: ne... que, gallicisrne équivalant à seulement ; et un œ'il,dtnix compléments diflVrenls de ayant; voilà le sujet analysé. Passons aux autres parties: se montre (est se montrani) ; esi^ copule ; se montrant de profil, attribut; montrant, mol dominant; se et de prufll, deux complcuienis difterenis.

Au choix de les amis sois donc leni et sévère : *

Examine long-iemps; la mépii.-e est amere. Suus un vil intérêt ne sois point abattu ;

tîes quatre phrases ne présentent aucune difficulté.

GRAMMAIRE FRANÇAISE

dant quoi? que, à qui? nou» (à nous); souvent, complément de l'attribut.

L'aident le cède à l'or, et l'or à la vertu.

Il y a là deux propositions : L'argent le cède à l'or y voilà la première ; et l'or à lavertu, voilà la seconde : il y a ellipse de le cède ; c'est comme s'il y avait et l'or le cède à la vertu ; le cède, ce le est un mot factice, il semble être mis à la place de l'avantage; c'est un gallicisme.

Que le destin te soit ou propice , ou sévère , De quelque infortuné soulage la misère.

Soulage (sois soulageant) ; sois, copule ; soulageant la misère de quelque infortuné, attribut ; soulageant, mot dominant; la misère de quelque infortuné, complément de soulageant; que le destin te soit eu propice, ou sévère, phrase complétive de la phrase que nous venons d'analyser : le destin, sujet; soit, copule; propice, sévère, deux attributs distincts ; te, complément commun de ces deux attributs ; pro/jice te (à toi) ; sévère te (à toi).

Tu le pourras , mon fils : si tu naquis sans biens , Apprends l'art d'être utile avec peu de moyens.

Il y a deux phrases : tu le pourras, mon fils, voilà la première ; tu, sujet; pourras (seras pouvant) ; seras, copule; pouvant le (cela), attribut; le, complément de pouvant. Mon fils, we fait que présenter la personne à qui l'on parle ; il n'appartient à aucune des parties logiques de la phrase. Apprends l'art d'être utile avec peu de moyens, si tu naquis sans biens ; voilà la seconde : apprends (sois apprenant); sois, copule; a;;prewanï /'art rf'é^re, etc., attribut; apprenant, mot dominant; Cart d'être utile avec peu de moyens, complément de apprenant; si tu naquis sans biens, phrase complétive de la phrase entière apprenant l'art, etc.

Hélas! ce malheureux qu'on fuit , qu'on appréhende , Plaignons-le ; c'est souvent tout ce qu'il nous demande.

Il y a deux phrases : plaignons-le, ce malheureux qu'on fuit, qu'on appréhende ; voilà la première : plaignons (soyons plaignant) ; le sujet non énoncé, c'est nous; soyons, copule ; plaignons-le (lui) , ee malheureux qu'on, etc., attribut; plaignant, mot dominant ; le, ce malheureux que l'on, etc., complément de p/ai^nant; le et ce malheureux qu'on fuit, etc., ne sont qu'un seul et même complément : qu'on fuit, qu'on appréhende, deux phrases complétives de ce malheur eux; c'est souvent tout ce qu'il nou£ demande; voilà la seconde : ce, sujet ; est, copule ; souvent tout ce qu'il nou^s demande, attribut ; tout ce, mot dominant ; qu'il nous demande, complément de tout ce; phrase complétive : il, sujet ; demande (est demandant) ; est, copule ; demandant nom que, attribut; demandant, mot dominant; nova et que, deux compléments différents ; deman-

D'une oreille attentive écoute ses rfcvSrs : Il aime à raconter les maux qu'il û soufferts.

Il n'y a là aucune difficulté.

Si ton cœur ne palpite au récit de ses peines , Puisse ton sang bientôt se tarir dans tes veines !

Ton sang, sujet; paisse (soit pouvant); soit, copule; pouvant bientôt se tarir dans tes î^eines, attribut; pouvant, mot dominant; il a deux compléments différents : pouvant quoi ? se tarir dans tes veines; quand? bientôt; se et puis dans tes veines, deux compléments différents de tarir. Si ton cœur ne palpite au récit de ses peines, phrase complétive de celle que nous venons d'analyser; elle appartient à l'ensemble des mots qui composent la phrase principale,. et non, exclusivement, à l'un de ces mots.

Ce souhait est celui d'une ardente amitié : 11 vaut mieux n'être pas que d'être sans pitié.

Analysons la dernière de ces deux phrases ; il, sujet factice ; le véritable sujet, c'est n'être pas : il, cela, quoi? n'être pas; vaut mieux (est valant mieux); est, copule; valant mieux que d'être sans pitié, attribut; va/ant, mot dominant ; mieux, complément dévalant; que d'être sans pitié, complément de mieux. «

Qu'un orgueil dangereux n'aille pas l'abuser : Il n'est point d'ennemis qu'on doive mépriser.

La première de ces phrases n'est, comme on le sait déjà, que la phrase complétive d'une ellipse; il faut qu'un, etc. Passons à l'autre : il, sujet factice ; point d'ennemis qu'on doive méprlseï', véritable sujet; il, cela,quoi? point d'ennemis (aucun ennemi ) qu'on doive mépriser, n'est : est, copule et attribut ; c'est comme s'il y avait n'est existant.

Si le Ciel t'a doué d'un rayon de génie , Un jour tu sentiras l'aiguillon de l'envie.

La première de ces deux phrases est complément de la seconde, qui est la dominante.

Au mérite , au succès toujours son fiel se joint.

Son fiel, sujet : se joint (est se joignant); est, copule; se joignant toujours au mérite, au succès, attribut; joi^want, mot dominant; il a trois compléments différents: joignant quoi? se ( lui-même) ; quand? toujours; à quoi ? au mérite, au succès; ce dernier complément renferme deux compléments semblables ; joignant à quoi Y au mérite; à quoi encore? au succès.

Travaille à l'exciter, mais ne l'irrite ^loiut*

DE LA SYNTAXE

11 y a là deux phrases qui ne présentent aucune difficulté.

Si tu veux désarmer sa vengeance funeste , Oppose à sa furie un air humble et modeste.

La première de ces deux phrases est complétive delà seconde, qui est la dominante.

Ainsi que la pudeur, de son doux incarnat Colorant une belle, augmente son éclat; La modestie ajoute au talent qu'on renomme , Le pare et l'embellit ; c'est la pudeur de l'iiomme.

La modestie, sujet; ajoute au talent qu'on renomme, le pare et l'embellit, trois attributs distincts ; au talent qu'on renomme, complément du premier; le, complément des deux autres. Ainsi que la pudeur, de son doux incarnat colorant une belle, augmente son éclat, phrase complétive de celle que nous venons d'analyser; la pudeur, sujet ; augmente son éclat, colorant une belle de son doux incarnat, attribut; augmente, mot dominant, a deux compléments ditïérents ; augmente quoi ? son éclat; comment? en colorant une belle de son doux incarnat : là le participe actif colorant qualifie et modifie tout à la fois ; il y a ellipse delà préposition en : colorant peut être regardé comme le double complément de la pudeur, qu'il qualifie, et d'augmenté, qu'il modifie. C'est la pudeur de l' homme, autre phrase indépendante de celle que nous venons d'analyser.

La modestie enchanle , et l'araour-propre aigrit : C'est par le cœur qu'on plaît, bien plus que par l'esprit.

La dernière de ces phrases renferme un gallicisme. C'est par le cœur qu'on plaît, bien plus que par l'esprit ; c'est comme s'il y avait : on plaît bien plus par le cœur que par l'esprit, et, sous cette forme, elle ne présente aucune difficulté dans son analyse.

Nous pensons que ces modèles d'analyse logique et grammaticale suffisent pour en faire comprendre et sentir la nécessité.

Nous avons dit que la syntaxe fixe les inflexions sous lesquelles les mots doivent paraître dans la phrase, et la place qu'ils doivent y occuper. De là les règles d'accord et les règles de construction. L'abbé Fabre réduit les règles d'accord à une seule ; la voici :

Le substantif imprime ses inflexions à tous ses correspondants, c'est-à-dire, à l'article qui annonce, à l'adjectif et au participe qui qualifient, au pronom qui rappelle, et au verbe qui présente comme existant le même objet que dénomme le substantif.

Dans cette phrase :

Le plaisir qui ne laisse après lui que des remords est défendu aux hommes, parce qu'il est criminel; le suDstantif plaisir est au masculin, au singulier, et à la troisième personne ; et tous les correspon-

, dants de ce substantif sont revétusde ses inflexions, c'est-à-dire que chacun de ces correspondants a, de ces inflexions, celles dont il est susceptible. Dans la suivante :

Les plus touchantes consolations sont celles qui nous sont offertes par ta religion ; le substantif consolations est au féminin, au pluriel, et à la troisième personne; et tous les correspondants de ce sub-' stantif sont revêtus dft ces inflexions. Dans cette autre phrase :

Ames douces et paisibles, qui ne voulez que des jours sereins et des sentiments agréables, ne désirez pas les hautes places ; le substantif âmes est là à la seconde personne ; et voulez et désirez, ses correspondants, sont aussi à la seconde personne.

Il est aisé de saisir le principe sur lequel est fon- ^ dée cette règle d'accord. Un même objet ne peut pas être dénommé sous un genre et sous un nombre, et être annoncé, qualifié, rappelé, et présenté existant sous un autre genre et sous un autre nombre. Ce serait une disparate choquante qui rendrait incertain et équivoque le rapport des mois entre eux, et par conséquent celui des idées entre elles. Tous les mots correspondants doivent donc paraître sous les mêmes inflexions : ce caractère d'uniformité peut seul attester leur correspondance.

Puisque cette règle est fondée sur la raison, elle ne devrait comporter aucune exception. Mais l'usage, ce tyran deslangues, en a nécessité un grand nombre, qui sont tout autant de règles particulières qui dérogent à la règle générale que nous venons d'étabUr. Les exceptions qui regardent le participe surtout sont si inconséquentes et si bizarrts, que la syntaxe de ce mot semble être une doctrine toute différente de celle des autres mots variables, quoique la raison le soumette aux mêmes lois que ces derniers. Nous allons encore parcourir avec l'abbé Fabre les diverses exceptions et les différentes observations que comporte notre règle.

L Plusieurs substantifs singuliers impriment à leurs correspondants le nombre pluriel et le genre mascuUn, si ces substantifs sont de différent genre: le nombre pluriel, parce que l'ensemble de plusieurs substantifs singuliers présente une pluralité; le genre masculin, parce que l'usage le veut ainsi. Dans le concours dé deux substantifs d'un genre différent, le correspondant commun ne pouvant se revêtir à la fois du genre de chacun d'eux , il était naturel qu'on le soumit à la loi du masculin, comme représentant le sexe le plus fort. La loi du plus fort, dit La Fontaine, est toujours la meilleure. Ainsi dans ces phrases :

La beauté dans une femme n'est que la magie du moment; l'esprit et la vertu sont seuls faits pour plaire toujours;

Le mari et la femme sont toujours malheureux, brsquil ne règne pas entre eux le plus parfait accord;

*li

GRAMMAIRE FRANÇAISE

Sont seuls faits et sont malheureux, correspondants des deux substantifs singuliers et différents (le genres, sont au nombre pluriel et au genre masculin.

Si cependant ces divers substantifs singuliers r.vaient une sorte de synonymie entre eux, c'est-àdire préseniaienl à peu près la même idée, le corlespondant suivrait alors la loi du dernier, et pour le nombre et pour le genre.

Cette femme a l'air et laphysionomie spirituelle; ou cette femme a la physionomie et l'air spirituel.

Cet homme est d'un gauche et d'une maladresse étonnante ; ou cet homme est d'une maladresse et d'un gauche étonnant;

Là, l'adjectif est au singulier etau genre du sub- • stantif qu'il avoisine, parce que les substantifs air et physionomie, gauche el maladresse, ont à peu près la même signification. C'est là un accord sylleptique et non grammatical. Les inflexions du correspondant sont réglées, non d'après sa correspondance grammaticale, mais d'après sa correspondance logique, d'après le sens. Comme deux substantifs synonymes ne présentent, à quelques légères nuances près, qu'une seule et même idée, il suffit que le correspondant soit adaptéà l'un des deux pour qu'il soit censé adapté à l'autre. On ne peut pas avoir, par exemple, un air spirituel, sans avoir une physionomie spirituelle, parce que l'air et la physionomie sont à peu près la même cbose. Ainsi le correspondant, sous le caractère de l'unité, n'en correspond pas moins logiquement aux deux substantifs formant une pluralité. Aussi Dorât at-il dit :

Cette petite pièce de vers a celle fraîcheur, ces grâces impalpables , cette transparence de coloris qui en fait tout le charme, et qui est l'effet des éclairs, des sensations et des élans subits de l'àme vivement affectée.

Et Marmontel :

Soit dans le trag'ique, soit dans le comique, le tutoiement sera toujours décent de l'amant à la maîtresse, lorsque l'innocence, la simplicité, la franchise des mœurs l'autorisera.

Restant veut que le correspondant suive dans tous les cas la loi du dernier substantif, quand il en est précédé immédiatement : c'est une erreur. 11 faut que les divers substantifs aient de la synonymie entre eux ; s'ils sont distincts, le correspondant n'obéit plus exclusivement au dernier. Ainsi, n'écrivez pas avec ce Grammairien :

// avait les pieds et la tête nue.

Il avait les yeux el la bouche ouverte.

Dans cette construction, il n'y a ni un accord grammatical, puisque le correspondant de deux substantifs d'un genre différent est au singulier et au féminin; ni un accord sylleptique, parce qu'il y a pluralité d'objets. Les pieds et la tête, les yeux ^ el la bouche n*ont aucune synonymie entre eux et

présentent des objets tout à fait dli(éveat&. Il ne reste que l'alternative de reconnaître ou un accord vicieux, ou une expression fausse. Si le correspondant qualifie les deux substantifs tout à la fois, il y a un accord vicieux, parce que ces deux substantifs dénommant des objets différents, et non un seul et même objet, on ne peut attester une correspondance commune que par le caractère de la pluralité dans le correspondant. Si le correspondant n'a point de rapport aux deux substantifs tout à la fois, mais au dernier seulement, il n'y a plus un accord vicieux ; alors l'expression est fausse, parce qu'on ne veut pas dire que la tête seule était nue, que la bouche seule était ouverte; on veut dire que la tête et les pieds tout à la fois étaient nus, que la bouche et les yeux tout à la fois étaient ouverts. Ainsi la construction de Restant est vicieuse, sous quelque point de vue qu'on l'envisage. Pour être correct, il faut nécessairement écrire :

Il avait les pieds et la tête nus;

Il avait les yeux et la bouche ouverts; Et mieux :

// avait la tête et les pieds nus;

Il avait la bouche et les yeux ouverts.

Par cette dernière construction, on évitela proximité de deux correspondants d'un genre diflérent, et par conséquent cette discordance de sons qui, dans la prononciation, fait tant de peine à l'oreille, quoique la raison ia sollicite.

Aux motifs que nous venons de produire pour détruire l'erreur de Restaut, nous pourrions ajouter encore l'autorité de plusieurs auteurs célèbres. Mais il suffira de citer Voltaire. On lit dans un de ses ouvrages :

Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés. Coupés au masculin , quoiqu'il avoisine immédiatement le féminin jambes.

En vei^, il est cependant permis de ne soumettre le correspondant de plusieurs substantifs distincts qu'à la loi du dernier. Racine, Voltaire, La Harpe, en offrent des exemples très-multipliés. On lit dans Racine :

Que ma foi, mon honneur, mon amour y consente. Mais vous qui me parlez d'une voix menaçante , etc.

Dans Voltaire :

Je la donne à ton fils, je la mets dans ses bras ; Le Pérou, le Potose , AIzire est sa conquête.

Ahl seigneur, à peine sur le trône,

La crainte , le soupçon déjà vous environne.

Et dans La Harpe :

Armez pour moi tous ceux que l'amitié , le rang , Le devoir, l'intérêt altache à notre sang.

C'est une licence poétique. En prose, cela n'est jamais permis ; et même en vers on doit éviter,

DF) ÏA SYNTAXE.

dans ces ca9-là. de lier ensemble les divers subsianiifs par la conjonction ei, quoiqu'ouait encore, ()oui(i[a.antir cette nerniere consUuction, l'autorité des auteurs célèbres que nous venons de citer. Bacine a dit :

A.ppelez-vous régner lui céder ma couronne , Quand le sang et le peuple à la fois nie la donne ?

Et Voltaire :

Vis , superbe ennemi , sois libre , et te souvien Quel fut et le devoir et la mort d'un chréiien.

Mais, dans ce dernier cas, c'est une faute qu'on ne pardonnerait guère à un poète qui n'aurait pour toute excuse que la difficulté de la rime. Dans le premier cas, c'est-à-dire lorsque les divers sujets ne sont pas joints par la conjonction et, l'attribut semble être sous-eniendu après chacun d'eux; mais quand ils sont jomts ensemble par cette conjonction, on De peut plus supposer l'ellipse. Cette conjonction les groupe, en foit un seul tout, un sujet commun de l'attribut qui suit, et qui par conséquent devrait avoir alors le caractère de la pluralité, à cause de sa correspondance avec une pluralité.

L un et l'autre, ni l'un ni l'autre, veulent-ils leurs correspondants au singulier ou au pluriel? Nous avons déjà traité de quelques-unes des expressions qui suivent à l'article du Pronom- mais comme ce que nous allons en dire ne peut que corroborer les principes que nous avons déjà posés, nousn'hésiterons pas à en parler encore, ne fut-ce que pour avoir l'occasion de citer de nouveaux exemples. Faut-il dire :

J'ai lu vos deux discours-^ tun et l'autre est bon, ou sont bons ?

J'ai lu vos deux contes; ni l'un ni l'autre n'est botty ou ne sont bons?

L'abbé Girard, après l'un et l'autre, veut le pluriel ; et après ni l'un ni l'autre, le singulier ;

L'un et l'autre sont bons ;

Ni l'un ni l'autre n'est bon,

L'Académie, nous l'avons dénoncé, emploie tour à tour le singulier et le pluriel. On y lit ;

L'un et l'autre y ainanqué;

L'un et l'autre nous ont manqué;

Ni l'un ni l'autre n'ont fait leur devoir ;

Ni Cun ni l'autre n'est mon père.

Les auteurs les plus célèbres fournissent des exemples du singulier. On trouve dans Voltaire ;

Votre époux avec lui termine sa carrière ; L'un et l'autre bientôt voit son heure dernière. L'une et l'autre aujourd'hui serait trop condamnable: Votre haine est injuste , et mon amour coupable.

Mais un axiome en Grammas-e, c'est que deux singuliers distincts valent un pluriel. Or, l'un et l'autre, ni l'un ni i'auir*, renferment deux tinitës.

Il s'agit de deux discours, de deiii ebntes j {I y donc pluralité. Le verbe et l'adjectif, correspondants de ces deux unitPS,doivent, par conséquent, être au pluriel. On dira donc, pour être correct :

J'ai lu vos deux discours; l'un et l'autre sont bons.

J'ai lu vos deux contes; ni l'Ufi ni l'autre ne sdtti bons.

Mais ne fetit-il pas continuer d'écrire avec l'abbé Girard :

Ce n'est ni M. Ifi duc ni M. le cardinal qili ierà nommé ambassadeur ?

Et avec l'Académie :

Ni l'un ni C autre n'est mort pefè ?

Réfléchissons. On ne doit nommer qu'un ambassadeur, et chacun ne peut avoir qu'un père. Certainement dans ces deux phrases il n'y i point de pluralité.

« Il est évident, répond ici Domergne, que la » pluralité ne concerne point ambassadeur et père. » Mais ces deux mots ne font pas la loi au verbe » sera, et au pariici|»e nommé dans la première » phrase, ni au verbe est dans la itcconde. Les mots » qui donnent l'ordre sont ni M. le duc, ni M. le » cardinal, ni Cun ni l'autre, et ils renferment une » pluralité. Or, toutes les fois qu'il y a p'uralité » dans le correspondant qui commande, il doit y » avoir pluralité dans le correspondant qui obéit. » Dites donc :

» Ce n'est ni M. le duc ni M. le cardinal qui se- » ront nommés ambassadeur ;

» Ni l'unni l'autre ne sont mon père,

> Ambassadeur et père restent au singulier,

> parce que la pluralité ne tombe pas sur eux. On

> ne doit, dans l'hypothèse, nommer qu'un am- » bassadeur; et chacun ne peut avoir qu'un père. » Ambassadeur et père obéissent à un correspon- ^ dant sous-entendu. » C'est comme s'il y avait :

Ce n'est ni M. le duc ni M, le cardinal qui seront nommés pour être l'homme qui sera ambassadeur ;

Ni l'un ni l'autre ne sont l'homme qui est mon père.

Qu'on nous permette d'examiner, avec l'abbé Fabre, cette décision de Domergue^e.le nenous parait pasjuste. Il est certain que le singulier qu il réprouve dans la phrase de l'abbé Giraid, et dans celle de l'Académie, est incorrect, parce qu'un mot ne peut pas, sous le nombre singulier, correspondre à une pluralité. Mais il semble qu'il y ait au^si une discordance dans la construction substituée par Domergne. Ambassadeur, mon père ou l'homme, en admettant l'ellipse, sous le nombre singulier^ correspondent à une pluralité. Or cette correspondance est vicieuse. On ne dirait pas, si r«n parlait à Ai, le duc et à M. le cardinal :

Vous n'êtes pas, mess'teurs, l'homme qui sera nommé ambassadeur.

GRAMMAIRE FRANÇAISE

On ne dinàt pas non plus« en parlant à deux personnes :

Messimrs, vous n'êtes pas ï! homme qui est mon •père.

Or, il n'y a de différence que de la seconde à la troisième personne. Dans les deux cas, il y a la même pluralité. Si l'expression est incorrecte à la seconde personne, elle doit l'être à la troisième également. Ainsi nous croyons qu'il est plus sûr de donner à la phrase un sujet singulier, à cause de ambassadeur et de mon père, qui, dans le cas proposé, ne peuvent se prêter au pluriel. On pourrait dire :

Aucun des deux, de M, le duc et de M. le cardinaly ne sera nommé ambassadeur.

Aucun des deux ri est mon père.

Le sens reste le même, et la discordance disparait.

II. Lorsque plusieurs substantifs sont liés ensemble par la conjonction ou, les correspondants n'obéissent qu'au dernier. Exemple :

Ou ton sang ou le mien lavera cette injure. Si , trahissant vos vœux , et démentant mon zèle , On ma bouche ou ma main vous était infidèle.

(Voltaire.)

L'usage permet de déroger à cette règle en faveur des pronoms de la première et de la seconde personne, et de construire les correspondants au pluriel. On dit :

Ou voiw ou moi irons à Paris.

Ou Paul ou moi sommes coupables.

Ou vous ou Paul en serez les victimes,

Domergue a réclamé contre cette exception. € C'est pour n'être pas remonté aux principes, dit » ce Grammairien, que dans cet exemple: ou vous » ou moi irons à Paris, on a donné au verbe deux 1 correspondants, tandis que la logique n'en com- » mande qu'un à l'idée, et par conséquent à l'ex- » pression. En effet, qui doit aller à Paris ? ce n'est

> qu'un seul individu; par conséquent le mot qui

> attache à cet individu une attribution doit être au

> singulier; et comme on ne sait pas positivement

> qui ira à Paris, le sujet de la phrase sera un mot

> indéterminé. On dira donc : un de nous deux ira » à Paris, à moins qu'on ne fasse deux proposi-

> tions dont chacune ait son sujet, et la dernière

> son attribut sous-entendu : vous irez à Paris ou » moi. > La réclamation de Domergue est juste. Il est certain que la'construction qu'il condamne renferme un solécisme ; mais, des deux tournures qu'il indique pour le faire disparaître, on doit préférer la première; l'autre ne nous paraît pas devoir faire fortune : ou moi, qui termine la phrase, a une attitude trop forcée.

D'après la remarque de Domergue, dites : Je ne sais qui de vous ou de moi a le plus de talent.

Je ne sais qui de vous ou de mon frhre ira à Paris, etc.

Et non pas : ^

Je ne sais si c'est vous ou moi qui avons le pins de talent.

Je ne sais si c'est vous ou mon frère qui irez à Paris.

Ni:

Je ne sais si c*est vous ou moi qui ai le plus de talent.

Je ne sais si c'est vous ou mon frère qui ira à Paris.

III. De deux substantifs liés par les conjonctions comme, ainsi que, de même que, etc., le premier fait seul la loi aux correspondants :

L'enfer , comme le ciel , prouve un Dieu juste et bon. Ain?i que la vertu, le crime a ses degrés.

De deux substantifs liés par la conjonction mais, le dernier fait seul la loi :

Non-seulement ses titres, ses honneurs, ses dignités, mais encore sa fortune s* évanouit. Nous préférerions :

Non-seulement ses titres, ses honneurs, ses digni' tés s'évanouirent, mais encore sa fortune.

lY . Les substantifs qui expriment une quantité ou une multiplicité d'objets dénommés par un autre substantif veulent les correspondants énoncés après, au genre et au nombre de ce dernier. Dites :

Une douzaine d'enfants furent tués le même jour.

Une centaine de femmes furent ensevelies sous les ruines.

La moitié de mes amis sont malades.

Une foule de monde s'est trouvé à ce spectacle.

Une infinité de monde est inquiet sur votre sort.

Une infinité de personnes en sont instruites.

Un grand nombre de personnes ont été mécontentes.

Une grande quantité dépeuple était présent à ce spectacle.

Toutes sortes de livres ne sont pas également bons.

Il n'est sorte de soins qu'il n'ait pris.

Il n'est sorte de démonstrations de politesse qu'il ne lui ait faites.

Le peu d'amis qui lui restaient devinrent bientôt ses ennemis.

La plupart des femmes ont plus d'esprit que de savoir.

La plupart du monde fut surpris de cela.

Les femmes ne sont pas toutes vindicatives ; la plupart savent pardonner.

Une troupe de nymphes couronnées de fleurs étaient assises auprès d'elle.

Tout ce qui reste encor de fidèles Hébreux Lui viendront aujourd'hui renouveler leurs vœux.

(Racink.)

D'après tous ces exemples, que nous avons multipliés pour mieux fixer la règle, les cur-

DE LA SYjNTAXE.

respondants obéissent au substantif qui suit celui par lequel on exprime la quantité ou la multiplicité. Il y a là accord syllepiique et non grammatical ; c'est-ù-dire que les mots sont construits , non d'après la forme grammaticale, mais d'après le sens ; en effet, la correspondance n'est pas entre les mots, mais entre les idées ; et les idées énoncées par les correspondants ne sont point adaptées à la quantité ou à la multiplicité, mais aux objets présentés sous cette quantité, sous cette multiplicité. Par exemple, dans la phrase : une douzaine d'enfants furent tués le même jour; ce n'est pas une douzaine que l'on veut présenter comme tuée, ce sont des enfants tués au nombre de douze. C'est donc avec enfants que doivent s'accorder le verbe et le participe ; parce que ce substantif, présentant l'idée dominante du sujet de la phrase , doit en recevoir les attributions. Une douzaine n'est qu'une idée subordonnée ; cette expression ne figure qu'en qualité de complément, quoiqu'à considérer la forme grammaticale du sujet, elle en soit les mots dominants.

Cependant il est bien des circonstances où l'on peut donner aux correspondants la livrée de quelques-uns de ces substantifs qui expriment la quantité ou une multiplicité. Racine a dit :

D'adorateurs zélés à peine un petit nombre

Ose des premiers temps nous retracer quelque ombre.

Et Voltaire :

Qu'un peuple de tyrans qui veut nous enchaîner, Du moins par cet exemple apprenne à pardonner.

C'est à l'usage à foire sentir laquelle de ces deux constructions doit être préférée dans certains cas.

V. Les adverbes beaucoup, peu, assez, moins, plus, trop, tant, combien, employés comme substantifs, et que, dans le sens de combien, suivis dkm substantif, soumettent toujours les correspondants au nombre et au genre de celui-ci. Cette règle est sans exception :

Jamais tant de beauté ïuX-elle couromxée? (Racine.)

Tant de témérité serait b'-entôt punie.

(VOLTAIBE.)

Peu de personnes sont contentes de leur sort. Trop de politesse est accablante, etc., etc. Cette règle est fondée sur la même raison que la précédente.

VI. Le substantif gens veut au féminin l'adjectif qui le précède, et au masculin celui qui le suit. Exemples :

Ce sont de fort dangereuses gens; et ce sont des gens dangereux.

Il s'accommode de toutes gens; et les jeunes gem sont presque tous avantageux.

Les vieilles gens sont soupçonneux.

On dit cependant tous les gens, et non toutes les gens; et même tous se met toujours au masculin, lorsque gens est précédé d'un autre adjectif qui n'a qu'une même inflexion pour les deux genres. Ainsi l'on doit dire :

Tous les habiles gens; tous les honnêtes gens; etc.; parce que habile et honnête n'ont qu'une même inflexion pour les deux genres. Mais on dira :

Toutes les vieilles gens, toutes les sottes gens, toutes lesméchantes gens, etc., -parce que vieiix , sot, méchant, ont une inflexion différente pour chaque genre. Telle est la doctrine de l'Académie sur le mot gens.

VII. Qîielque chose veut toujours ses correspondants au masculin :

On m'a dit quelque chose de fâcheux.

Je sais quelque chose qui n'est pas fait pour vous plaire.

VIII. On et quiconque veulent ordinairement leurs correspondants au mascuhn ; mais si l'on parle expressément de femmes, le féminin est de rigueur. Dites :

On doit toujours être soumise à son mari. Quand on est belle, on ne l'ignore pas. Quiconque de vous, mesdames, sera assezimprii' dente pour, etc.

On est plus jo/te à présent, El d'un minois plus séduisant On a les piquantes finesses.

(Marmontel.)

Il ne faut jamais répéter on avec deux rapports différents :

On croit n'être pas trompé, et L'on nous trompe à tout moment.

La phrase est vicieuse, parce que les deux on présentent deux idées différentes : le premier se rapporte à ceux qui sont trompés, et le second à ceux qui trompent. Dites :

On croit n'être pas trompé, et l'on est trompé à tout moment.

Remarquez que on, en général, vaut mieux que l'on. On ne se sert de celui-ci que pour éviter un hiatus désagréable ou la répétition du même son. Ainsi l'on doit être préféré après les mots : et, si, où et que, suivi d'un mot qui commence par com. .., con....

Quand ou pardonne on est plus grand ; Et Von s'abaisse en se vengeant.

Si l'onveut voir la fin d'unpiocls, il faut le commencer dans sa jeunesse.

C'est par la vertu qu'on lutte avec tranquillité contre les passions des hommes, et que l'on connaît le contentement au milieu même de leurs irijuslices. C'est par elle qu'on voit venir la défaite sans abattement, et que l'on conserve encore du courage après la disgrâce. (IS'eckbr.)

GRAMMAIRE FRANÇAISE

Si cependant l'on était suivi d'un l, il faudrait se

servir de on pour rendre la prononciation plus douce et plus aisée. Ainsi ne dites pas :

Et ron Centendit ; si l'on le voit ; oit Von le cherche, etc.

Dites i

Et on l'enlendit, etc.

Que l'on, au lieu de qu'on, donne quelquefois de la rondeur à la phrase, et alors il doit être préféré.

IX. Personnes deux acceptions. Quand il signifie une personne, homme ou femme, il est féminin; mais quand il sif^nifie aucune personne, il est masculin, et veut par conséquent ses correspondants ;> ce genre. Dans cette dernière signification, personne n'est jamais précédé de l'article, ni d'aucun (les mots qui le remplacent. Dites :

NuUe personne n'est assez sotte pour le croire;

Il n'y avait pas une personne qui nen fût fâchée; et :

Personne n'est assez sot pour le croire;

Il ny avait personne qui nen fût très- fâché.

Faisons remarquer, avec l'Académie, que ces locutions :

llne jolie, une charmante, une belle personne, ne se disent jamais que des femmes.

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