X. Né dites, ni
C'est un des plus belles orgues ; ni:
C'est un des plus beaux orgues; ni :
C'est une des plus belles orgues.
La règle d'accord semblerait autoriser la première locution : c'est un des plus belles orgues est ime phrase elliptique; suppléons les ellipses, nous aurons : c'est un orgue du nombre des plus belles irgues. Or, un correspond à orgue au singulier, qui est masculin ; il devrait donc en prendre le genre. Mais ce serait une bizarrerie frajppante de présenter dans la même phrase le même substantif sous diux genres différents. Ainsi cette tournure ne jvïut être tolérée. Les deux autres n'étant pas conformes à la loi de l'accord , doivent subir le même sort. En général , il faut rejeter toute construction qu'on ne peut débarrasserd' un solécisme, et s'énoncer différemment.
Il en est de même pour le substantif délices. On sait que orgue et déliôe sont du masculin au singulier, et du féminin au pluriel. (Voyez dans notre Dictionnaire ce que nous pensons de ces doubles genres.)
XL Dites :
Cette femme a l'air bon, l'air spirituel ; et non :
Celte femme a l'air bonne, l'air spirituelle.
Ici, les adjectifs qualifient l'air, et non la femme. S'ils étaient adaptés à la femme, et non à son extérieur, on dirait tout simplement :
Celte femme est bonne, spiriinelle.
Aussi Boursault a-t-il dit dans son Esope à la
cour :
La vertu toute Hue a l'air trop indigent;
Et c'est n'en point avoir que n'avoir point d'argent;
indigent et non indigente. Au reste, si l'on veut absolument le féminin dans ces cas-là, on n'a qu'à dire :
Cette femme a l'air d'être bonne, d'être spirituelle.
Ne dites cependant point :
Cette robe a l'air mal fait;
Cette pièce de terre a l'air ensemencé, etc. ; parce qu'on ne conçoit pas un air mal fait, un air ensemencé. Il faut dire :
Cette robe a l'air d'être mal faite;
Cette pièce de terre a l'air d'être ensemencée.
XI I. Faut-il dire, comme le veut Restant :
Les académiciens se proposeront tout ce que renferme la connaissance de l'antiquité grecque et latine, comme un des objets le plus digne de leur application ?
Pour prouver que cette construction est vicieuse, il siiffit de faire voir que ce pluriel des objets est un mot oisif, qui ne signifie rien dans la phrase, et qui éloigne sans néce^ité l'adjectif de son correspondant :
Comme un des objets le plus digne de leur application; c'est-à-dire, en suppléant les ellipses :
Comme un objet du nombre des objets le plus digne de leur application.
Or un objet du nombre des objets est une chose qui ne dit rien du tout.
Tout objet est du nombre des objets ; il suffit de dire tout simplement un objet. Ce pluriel des objets est donc un mot oisif, un pléonasme vicieux, une véritable périssologie. Du reste, il sépare inutilement l'adjectif le plus digne de son correspondant; car le correspondant de cet adjectif est un objet. Voilà donc deux raisons pour proscrire la construction de Restaut. Ainsi l'on dira :
Les académiciens se proposeront tout ce que renferme la connaissance de l'antiquité grecque et latine, comme l'objet le plus digne de leur applica^ tion; si l'on veut donner la prééminence à cette connaissance , sur tous les autres objets dignes de l'application des académiciens.
Si, au contraire, on ne veut que ranger celte connaissance au nombre des objets les plus dignes de l'application des académiciens, on dira :
Comme un des objets les plus dignes de leur application.
Là, le pluriel des objets n'est plus un mot inutile; il est nécessaire, à cause des mots les plus dignes qui suivent. Toulobjet n'est pas du nombredes objets les pltis dignes de l'application des académiciens, comme tout objet est du nombre des objets.
DE LA SYNTAXE
De là, les phrases :
Cest un des hommes sur lequel je compterais le moins;
C'est une des choses qui a le plus contribué à ma fortune;
Cest une des femmes que 'j'ai le plus respectée; sont vicieuses ; parce qu'un des hommes, une des choses, une des femmes simplement, sont un homme, une chose, une femme sans autre extension. On dira, selon le sens ;
C'est l'homme sur lequel je compterais lemoins;
C'est la chose qui a le plus contribué à ma fortune;
C'est la femme que j ai le plus respectée; ou bien :
C'est un des hommes sur lesquels je compterais le moins;
Cest une des choses qui ont le plus contribué à ma fortune;
Cest une des femmes que j'ai le plus respectées.
Ces phrases, au contraire :
C'est un de mes enfants qui s'est noyé;
Cest un de mes procès qui m'oblige d'aller à Paris ;
C'est une de vos raisons qui m'a convaincu; ne sont pas vicieuses , parce que les pluriels ne sont pas des mots oisifis, inutiles, à cause des adjectifs possessifs qui les précèdent. Tout enfant n'est pas au nombre de mes enfants, comme tout homme est du nombre des hommes; tout procès n'est pas du nombre de mes procès, comme toute chose est du nombre des choses, etc.