‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 21 sur 279 · DE L'ACCENT · texte numérisé non relu

DE L'ACCENT

On entend par accent les différentes inflexions de voix et les diverses modulations dont il faut se servir pour prononcer les mots d'une langue comme il convient. Chaque nation , chaque province , chaque ville môme diffère d'une autre par sa manière de prononcer ; et cette modulation, particulière à chacune, s'appelle accent local ou national. Pour bien parler une langue quelconque, il ne faut avoir aucun accent local ou particulier ; il faut avoir le même accent , la même inflexion de voix que les personnes qui la parlent le mieux.

Or ces inflexions de voix doivent varier suivant la nature des syllabes. Dans toutes les langues, il y a des syllabes sur lesquelles iWaut élever le ton : ce qui s'appelle accent aigu; d'autres, sur lesquelles il faut le baisser, ce qu'on nomme accent grave; et d'autres, enfin, sur lesquelles on l'élève d'abord pour le baisser ensuite, ce qui est Y accent circonflexe. Nous n'avons pas besoin de prévenir que les ti'ois espèces d'accents dont nous parlons ici doivent être distingués des signes orthographiques qui portent le même nom , et dont nous parlerons en traitant de la parole écrite. C'est cette variété de tons, tantôt graves, tantôt aigus, tantôt circonflexes , qui fait que le discours est une espèce de chant, selon la remarque de Cicéron. C'est là proprement Y accent grammatical.

11 ne faut pas le confondre avec Y accent oratoire, qui doit varier les tons à l'infini , selon qu'on exprime le patliéli<]ue, Yinterrogation , l'ironie, Vadmiratioji , la colère , ou toute autre passion. Ainsi Y accent oratoire , outre qu'il n'est pas du ressort de la Grammaire, ne peut pas être ici l'objet de notre attention , puisque nous ne traitons que de Yaccent des mots isolés. C'est par la même raison que nous ne parlons pas des intervalles et des repos gu'exige la prononciation des périodes , de leurs membres , de leurs incises , des parenthèses, etc.

Mais nous devons marquer la durée du lemp:> qu'exige la prononciatign de chaque syllabe. Les unes sont prononcées en moins de temps que les autres; celles-là sont appelées brèves , et celles-ci longues. Aussi dit-on que les brèves n'ont qu'un temps, ou une mesure , et que les longues en ont deux. 11 y a même des syllabes plus brèves ou plus longues les unes que les autres; et toutes ces nuances sont facilement saisies par des oreilles délicates.

Au reste , il ne faut pas croire que la durée des longues et des brèves soit une mesure fixe qui ail unrapport invariable avec notre division du temps, comme une minute ou une seconde; il suffit seulement que la durée des longues soit plus grande relativement à celle des brèves. Les hommes ont la prononciation beaucoup plus rapide les uns que les autres, de manière qu'il peut arriver que l'un mette autant de temps à prononcer une brève qu'un autre en emploie pour prononcer une longue; et néanmoins l'un et l'auire prononcent correctement, pourvu qu'ils observent la proportion qu'il doit y avoir entre la durée relative de leurs longues et de leurs brèves.

La même syllabe , nous ditBeauzée, prise matériellement et détachée de tout mot , est susceptible de bien des inflexions différentes, autres que celles qui naissent de la quantité. Il donne à ces diverses inflexions le nom d'accents, et, avec l'abbé d'OIivet, il dislingue Yaccent prosodique, Yaccent oratoire, Yaccent musical, Yaccent naiio7iaUl Yaccent imprimé.

L L'accent prosodique est une inflexion de voix qui sert ou à élever le ton , ou à le baisser , ou à l'élever d'abord et le baisser ensuite sur la même syllabe. L'inflexion qui élève le ton rend la voix aiguë, et se nomme elle-même accent aigu; telle est l'inflexion de la voix o dans cotte (espècede jupe). I/inflexion qui baisse le ton rend la voix grave, et prend le nom d'accent grave ; telle est celle de la voix 0 dans co/e ( espèce d'os). L'inflexion qui baisse le (on , après l'avoir élevé sur une même voix, semble en quelque manière la rompre et la fléchir [circumflectere); et de là vient que les Gramnjairiens lui ont donné le nom d'accent circonflexe.

Il ne serait pas possible de citer dans notre langue un exemple de Yaccent circonflexe prosodique ; mais il faut bien se garder d'en conclure qu'il n'y en a dans aucune autre, c Les Grecs, dit » M. Duclos , étaient fort sensibles à l'harmonie. » Aristoxène parle du chant du discours, et Denys » d'Halicarnasse dit que l'élévation du ton dans » l'accent aigu , et l'abaissement dans le grave ,

> étaient d'une quinte; ainsi l'accenf prosodique » était aussi musical, surtout le circonflexe, où la

> voix , après avoir monté d'une quinte, descen- » dait d'une autre quinte sur la même syllabe, qui I par c(»séquent se prononçait deux fois. > Celte

rlernière observailon est importante, mais naturelle ; et peut-être néanmoins a-t-elle échappé à la plupart de ceux qui ont répété, d'après les anciens, que Y accent circonflexe sert à élever d'abord et à rabaisser ensuite le ton sur une même syllabe; et c'est précisément parce que notre lanjjiie n'est point harmonieuse et chantante comme était celle des Grecs, que nous ne faisons aucun usage de ce dernier accent.

« On ne sait plus aujourd'hui, continue le so- » crétairede l'Académie française, quelle était la » proportion des accents des Latins; mais on n'i- » gnore pas qu'ils étaient fort sensibles à la prosow die. > Nous en avons une preuve assurée dans un témoignage de Cicéron. t C'est, dit-il, un » effet admirable de la nature de la voix, de mei- » tre dans toutes les espèces de chant une variété » si étendue et si agréable, au moyen de trois tons » seulement, le circonflexe, l'aigu et legrave; or, il » y a aussi dans la parole une soHe de chant. » Mira est natura vocis^ cujus quidem e tribus omnino sonis inflexo, acuto, grnvi^ tanta sit et tam stiavis varietas perfecta in cantibus. Est anlem in diccndo etiain quidam canius. Après avoir ainsi établi bien nettement la distinction des trois accents prosodiques, l'orateur romain certifie plus loin la sensibilité de ses concitoyens à tout ce qui concerne l'exactiludede la prononciation. « Une syllabe plus brève » ou plus longue qu'il ne convient excite, dit-il, un

> cri général dans nos théâtres, quoique la muUi- » tude ne connaisse ni pied ni rhythme, et qu'elle 1 ne sache ni pourquoi ni en quoi les oreilles sont » offensées; mais la nature a préparé cet organe » de manière à juger sainement de la longueur et * de la brièveté, de Y accent aigu et de Y accent t grave,de tous les sons. » Theatra iota exclamant, si fuit una sijllaba brevioi' aut longior; nec vero vndlïtudo pedes novit, nec uUos numéros lenet, nec itludquodof fendit auteur aut in quo offendat intelligit: ettamen omnium longitudinum et breviiatiim in sonis, sicut acutarum graviumque vociim, judiciumipsa natura in auribus noslris coUocavit.

Cette sensibilité des Latins a continué dans les siècles mêmes de la décadence de la langue.

L'abbé d'Olivetvajusqu'à nier l'existence de nos accents prosodiques, t J'ai consulté, dit-il, à dé-

> faut.de livres, quantité de personnes qui parlent j bien, et qui tiennent, soit de la réflexion, soit de » l'usage, tout ce qu'il faut pour bien parler. Or ï elles sont toutes convenues que notre langue ne » connaissait point Yaccent prosodique , et que \a » même syllabe qu'on élève dans une phrase pou-

> vait être baissée dans une autre. » Mais si les personnes qu'il a consultées ont prononcé effectivement, et en propres termes, que notre langue ne connaUpoint l'accentprosodique, eWesont eu tort de croire que cela dépendît de la nature des syllabes isolées et prises matériellement; tout ^ qui pré-

cède prouve assez qu'il faut les considérer comme éléments des mots, et souvent même avec ime relation au sens.

IL L'accent oratoire est une inflexion de voix fort différente de Yaccent prosodique. * On inter- » roge, dit l'abbé d'Olivet, on répond, on raconte, » on fait un reproche , on querelle , on se plaint : » il y « pour tout cela des tons différents ; et la » voix humaine est si flexible, qu'elle prend, ra- » turellement et sans effort, toutes les formes pro- » près à caractériser la pensée ou le sentiment. * Car , non-seulement elle s'élève ou s'abaisse ,

> conformément à ce qu'exige Yaccent prosodique, » (dont il semble que Fauteur reconnaisse ici » l'existence); mais elle se fortifie ou s'affaiblit, » elle se durcit ou s'amollit, elle s'enfle ou se réï trécif, elle va même jusqu'à s'aig? ir. Toutes les » passions en un mot ont leur accent;ei les degrés » de chaque passion pouvant être subdivisés à l'iu- » fini, il s'ensuit que Yaccent oratoire estsuscep- » tible d'une infinité de nuances qui ne coûtent

> rien à la nature, et que l'oreille saisit, mais quo » l'art ne saurait démêler. >

Duclos a donc remarqué avec raison que < Yac- » cent oratoire influe moins sur chaque syllabe 8 d'un mot, par rapport aux autres syllabes, (jue » sur la phrase entière , par nipport au sens et au » sentiment; il modifie, dit-il, la substance même » du discours , sans aliërer sensiblement Yaccent » prosodique. La prosodie particulière des mots » d'une phrase interrogative ne diffère pas de la » prosodie d'une phrase affirmative, quoique Yac- » cent oratoire so« irès-dil férent dans l'une et dans » l'autre... L'accent oratoire est le principe et la » base de la déclamation. »

Il est aisé d'assigner , d'après ces notions gêné • raies , les différences caractéristiques de Yaccent prosodique et de Yaccent oratoire; celui-là modifie les syllabes une à une, relativement aux autres syllabes; celui-ci modifie toute la substance du discours relativement aux sens et aux diflérenies passions ; le premier est constamment le même dans chaque mot d'une langue ; le second varie comme les passions qui font parler ; l'acrcnf prosodique se termine à l'élévation ou à l'abaissement de la voix ; Yaccent oratoire fortifie ou affaiblit la voix, il la durcit ou l'amollii , il l'aigrit ou l'adoucit selon l'occurrence; en un mot , on peut concilier et on concilie tous les jours l'un avec l'autre sans les confondre.

Ajoutons que Yaccent prosodique tient plus de l'arbitraire, au moins dans le choix des syllabes qu'on élève ou qu'on abaisse; au fieu que Yaccent oratoire, inspiré partout par la nature, dépend uniquement de l'espèce et du degré des passions qui animent celui qui parle, t Les j^ingues, » dit ailleurs Duclos, ne sont que dos institutions I arbitraires, quede vains sons, pour ceux qui no

DE L'ACCKNT.

» les ont pas apprises. 11 n'en est pas ainsi des in- » flexions expressives des passions , ni des chan- » gements dans la disposition des traits du visage; » ces signes peuvent être plus ou moins forts, plus » ou moins marqués; mais ils forment une langue » universelle pour toutes les nations. L'intelligence » en est dans le cœur, dans l'organisation de tous » les hommes. Les mêmes signes du sentiment, de » la passion, ont souvent des nuances distinctives » qui marquent des affections différentes ou op- » posées. »

Avant quedelerminerce que nous devons dire ici de Vaccent oratoire, nous observerons que du Marsais lui a donné le nom d'accent ■pathétique, et que nous aurions volontiers préféré cette dénomination à l'autre, si nous n'avions été retenus par les égards qui sont dus à l'autorité des deux académiciens que nous venons de citer, et à l'usage qu'ils semblent avoir décidé sur ce point. La dénomination dioratoire paraît déterminer l'espèce d'inflexion dont il s'agit à des discours soutenus et de grand apparat, quoiqu'on ne puisse nier qu'il influe souvent sur les conversations même les plus froides et les moins apprêtées ; au lieu que la dénomination de pathétique, qui vient du grec TraOoi; (passion, émotion), désignerait d'une manière plus précise une sorte d'inflexion qui se fait sentir plus ou moins dans tout discours qui n'est pas prononcé par un automate.

IlL h'accent musical est une inflexion de voix du même genre que Vaccent prosodique, puisqu'il consiste pareillement à élever le ton ou à le baisser ; mais il y a cette différence, que Y accent musical baisse ou élève le ton par des intervalles certains et déterminés d'une manière précise ; au lieu que Vaccent prosodique n'admet que des variations incalculables , quoique très-sensibles, t L'accent » musical ne peut aujourd'hui élever ni baisser » moins que d'un demi-ton, dit Duclos dans ses » remarques manuscrites sur la Prosodie fran- » çaise; et le prosodique procède par des tous qui » seraient inappréciables dans la musique, des » dixièmes, des trentièmes de ton. Il y a, ajoute- » t-il, bien de la différence entre le sensible et > l'appréciable. » Voici un fait qui justifie sans réplique la différence qui vient d'être assignée entre le musical et le prosodique. Nous le rendrons dans les propres termes de Duclos , qui le cite d'après le rapport qu'en fît Fréret à l'Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres. € Arcadio Hoangh , Chinois de naissance et irès- » instruit dans sa langue, se trouvait à Paris. » Un habile musicien, qui sentit que cette langue » est chantante , parce qu'elle est remplie de mo- » nosyllabes dont les accents sont très-marqués » pour en varier et déterminer la signification , » examina ces intonations on les comparant au son » fixe d'un instrument. Cej-endant il ne put ja-

» mais venir à bout de déterminer le degré d'élé- » vation ou d'abaissement des inflexions chinoises. » Les plus petites divisions du ton, telles que l'ep- » taméride de M, Sauveur, ou la différence de la » quinte juste à la quinte tempérée pour l'accord » du clavecin, étaient encore trop grandes, quoi- » quecetleheptaméride soit la quarante-neuvième » partie du ton , et la septième du comma ; de plus, » la quantitédes intonations chinoises variait pres- » que à chaque fois que Hoangh les répétait; ce » qui prouve qu'il peut y avoir encore une latt-

> tude sensible entre des inflexions très-délicates, » et qui cependant sont assez distinctes pour ex- » primer des idées différentes. »

c On peut, dit l'abbé d'Olivet, envoyer un opéra » au Canada, et il sera chanté à Québec, note pour

> note, sur le même ton qu'à Paris. Mais on ne » saurait envoyer une phrase de conversation à » Montpellier ou à Bordeaux, et faire qu'elle y soit » prononcée , syllabe pour syllabe, comme dans » la haute société. » Cela vient de la différence assignée entre Vaccent prosodique et Vaccent musical; le premier n'est que sensible sans être appréciable, le second est sensible et apprécié avec justesse.

IV. Vaccent nanona/ ou provinm/ est le système général des inflexions de voix usité dans une contrée ou province particulière. Nous l'avons déjà dit avec du Marsais, « chaque peuple, chaque pro- » vince , chaque ville même, diffère d'une autre 1 dans le langage, non seulement parce qu'on » se sert de mots différents , mais encore par la » manière d'articuler et de prononcer les mots... i Accent ou modulation de la voix dans le dis-

• cours, est le genre dont chaque accent national. » est une espèce particulière; c'est ainsi qu'on » dit Vaccent gascon , Vaccent flamand, etc. L'ac- 1 cent gascon élève la voix où, selon le bon usage, » on la baisse; il abrège des syllabes que le bon » usage allonge; par exemple, un Gascon dit

* par consquenty au lïea de dire par conséquent ; » il prononce sèchement toutes les voyelles nasa- » les an, en, in, on, un, etc. >

h'accent national ne comprend pas seulement ce qui concerne l'élévation ou l'abaissement du ton; il comprend encore tout ce qui peut avoir rapport à la prononciation en général, comme laquantitéet toutes les autres modifications dont la voix peut être susceptible . Toutes ces modifications se retrouvent dans les accents nationaux de toutes les provinces où l'on parle une même langue ; mais elles y sont appliquées différemment.

« Pour bien parler une langue vivante, dit en-

> core du Marsais, il faudrait avoir le même ac-

> cent, la même inflexion de voix qu'ont les gens

> de haute volée de la capitale; ainsi quand on dit

> que pour bien parler français il ne faut point

> avoir d'accent, on veut dire qu'il ne faut avoir ni

lo

GRAMMAIRE FRANÇAISE

» Yacceni gascon, ni Y accent picard, ni aucun

> autre accent qui n'est pas celui des gens parlant

> bien de la capitale. >

L'explication que donne ici du Marsais de cette ancienne maxime nous paraît bien raisonnable, puisqu'en effet il n'est pas possible de parler, soit français, soil italien, ou telle autre langue vivante que l'on voudra , sans donner à la voix quelque inflexion déterminée; on peut bien disserter sur les modulations de la voix en général, mais on ne lui donnera jamais des modulations générales; on n'exécute que des modifications particulières et déterminées; on élève ou l'on baisse nécessairement le ton sur chaque voix , on allonge ou l'on abrège indispensablement la durée de chaque syllabe, et par conséquent on parle avec un accent ; il ne reste donc, pour bien parler, que d'adopter Yaccent de la partie de la nation dont l'autorité constate le meilleur usage.

L'abbé d'Oiivei, qui , comme nous l'avons remarqué, ne reconnaît point d'accent prosodique dans notre langue, prétend que, par celle ancienne maxime, t on a seulement voulu nous dire que

> c'était à Yaccent oratoire à régler notre pronon-

> dation, et à y mettre toute la variété dont elle

> peut avoir besoin. > Mais il est évident que du Marsais a mieux rencontré le vrai sens de la maxime; et il est certain que les aveux de l'abbé d'Olivet autorisent cette explication, puisqu'il dit que les syllabes abrégées dans certaines provinces sont allongées dans d'autres, et par conséquent qu'il y a en effet un choix d'accent pris dans ce sens.

V. L'accent imjrrîmé, que nous devrions nommer \' accent écrit ou figuré, parce que ces dénouiin liions sont plus générales, et parla même plus vraies, est un caractère inventé pour indiquer l'élévation ou l'abaissement du ton; c'est du moins la première intention qu'on a eue en recourant aux signes d'accentuation.

» Les Grecs, dit du Marsais, paraissent être les » premiers qui aient introduit l'usage des accents » figurés dans l'ccriturè. L'auteur de la Méthode » grecque de Port-Royal observe que , la bonne » prononciation de la langue grecque étant natu-

> relie aux Grecs , il leur était inutile de la mar- » quer par des accents dans leurs écrits ; qu'ainsi il » y a bien de l'apparence qu'ils ne commencèrent » à en faire usage que lorsque les Romains, cu- » rieux de s'instruire de la langue grecque, en- » voyèrent leurs enfants étudier à Athènes. On

> songea alors à fixer la prononciation et à la fa- » ciliter aux étrangers ; ce qui arriva, poursuit cet » auteur, un peu avant le temps de Cicéron. »

Comme ['accent figuré était destiné à indiquerau lecteur les variations de Y accent prosodique, et que celui-ci se réduit à trois tons, savoir : l'aigu, le grave et le circonflexe; Yaccent figuré comprend 1

de même trois signes, auxquels on a conservé les noms d'accent aigu, d'accent grave et d'accent circonflexe. L'accent aigu était figuré par un petit trait placé sur la voyelle, et descendant de droite à gauche, ainsi que nous le marquons nous-mêmes sur nos é fermés, comme dans créé, dégénéré. L'accent grave était figuré par un trait pareil, mais descendant obliquement de gauche à droite, ainsi que nous le marquons aujourd'hui sur les voyelles finales des mots accès , procès. L'accent circonflexe réunit dans sa figure celles de Yaigu et du grave t formant une pointe par en haut, à la manière d'un V renvei se , de même qu'il réunit dans sa valeur celles du ton aigu et du ton grave ; c'est ainsi que nous le marquons dans les mots^à^e, bête, gîte, goûter.

Mais nous aurons à revenir plus lard sur cet accent imprimé.

DE LA QUANTITE

11 y a dans toutes les langues, dit Lévizac, des sons qui demandent plus de temps pour être prononcés , et d'autres qui en demandent moins. Les premiers font les syllabes longues, et les seconds les font brèves. Il y a aussi dans toutes les langues des sons variables, c'est-à-dire des sons, ou que l'usage n'a pas fixés, ou qu'on a faits taniôi longs et tantôt brefs, selon le lieu oii ils sont placés. On y distingue aussi des sons brefs plus brefs, et des sons longs plus longs.

La durée du son se mesure par comparaison.

La quantité , selon Girault - Duvivier , d'après l'abbé d'Olivet, exprime une émission de voix plus longue ou plus brève. On ne doit pas la confondre ayecYaccent; car Yaccent marque l'élévation ou l'abaissement de la voix dans la prononciation d'une syllabe ; au lieu que la quantité marque le plus ou le moins de temps qui s'emploie à la prononcer, ce qui constitue l'exactitude et la mélodie de la prononciation, et sert à éviter des contre-sens et des quiproquo souvent ridicules. (Voir ce que nous avons déjà dit à l'article des Voyelles simples, page 22.)

t On mesure les syllabes, ajoute l'abbé d'Oli- * vet, non pas relativement à la lenteur ou à lavi- » tesse accidentelle de la prononciation , mais re- » laiivement aux proportions immuables qui les

> rendent ou longues ou brèves. Ainsi les deux » médecins de Molière (*), dont l'un allonge exces- » sivement les mots, et dont l'autre bredouille, ne » laissent pas d'observer tout naturellement la » quantité; car, quoique le bredouilleur ait plus

> vite prononcé une longue que son camarade une

C) L'Amoxtr médecin {a>Ae II, «cène V).

DE LA QUANTITÉ

D brève , lous les deux ne laissent pas de faire j) exactement brèves celles qui sont brèves, et lon- » gués celles qui sont longues; avec cette diffé- » rence seulement qu'il faut à l'un sept ou huit » fois plus de temps qu'à l'autre pour articuler. »

La quanûié des voix dans chaque syllabe ne consiste donc point dans un rapport déterminé de la durée de la voix à quelqu'une des parties du temps que nous assignons par nos montres ; à une minute, par exemple, à une seconde, etc. ; elle consiste dans une proportion invariable entre les voix , laquelle peut être caractérisée par des nombres ; en sorte qu'une syllabe n'est longue ou brève dans un mot que par relation à une autre syllabe qui n'a pas la même quaniiié. Mais quelle est cette proportion?

Longani esseduorum temporum, brevem unius, e linm pueri sciunt.{ Quinùlïen).* Un temps, dit » l'abbé d'Olivet , équivaut ici au point dans la » géométrie, et à l'unité dans les nombres. » C'està-dire que ce temps n'est un que relativement à un autre qui est le double, et qui vaut par conséquent deux ; que le même temps qui est nn dans cette hypothèse, pourrait être considéré comme deux dans une autre supposition, où il serait comparé avec un autre temps qui n'en serait que la moitié. C'est , en effet , de celle manière qu'il faut calculer l'appréciation des temps syllabiques , si l'on veut pouvoir concilier tout ce que l'on en dit.

Par rapport à la quantité, on distingue généralement les syllabes en longue et en brèves, t Mais » cette première division des syllabes ne suffit pas, » dit encore l'abbé d'Olivet, car il y a des longues » plus longues et des brèves plus brèves que les » autres. * Quintilien avait dit formellement la même chose : Etlongis longioreSj et breuïbus sunl breviores syllabœ.

Pour ce qui concerne la conciliation du calcul métrique avec le principe inné dans les enfants, il ne s'agit, nous dit Beauzée, que de distinguer la quaniilé physique et la quantité artificieUe.

La quaniilé physique ou naturelle est la juste mesure de la durée de la voix dans chaque syllabe de chaque mot , que nous prononçons conformément aux lois de la parole et de l'usage national.

La quaniilé ariificielle est l'appréciation conventionnelle de la durée de la voix dans chaque syllabe de chaque mot , relativement au mécanisme artificiel de la versification métrique et du rhyihme oratoire.

S'il avait fallu tenir un compte rigoureux de tous les d'grés sensibles ou même appréciables de quantité dans la versification métrique ou dans les combinaisons harmoniques du rhythme oratoire , les difficultés de l'art, excessives ou même insurmontables, l'auraient fait abandonner avec justice, parce qu'elles auraient été sans un juste dédom-

magement; les chefs-d'œuvre des Homère et des Virgile , des Pindare et des Horace , des Démosthène et des Gicéron , ne seraient jamais nés ; ces noms illustres, ensevelis dans les ténèbres de l'oubli qui est dû aux hommes vulgaires , n'enrichiraient pas aujourd'hui les fastes littéraires. 11 a donc fallu que l'art vînt mettre la nature à notre portée, en réduisant à la simple dilinction de longues et de brèves toutes les syllabes qui composent nos mots. Ainsi la quantité artificielle regarde indistinctement comme longues toutes les syllabes longues, et comme brèves toutes les syllabes brèves, quoique les unes soient plus ou moins longues, et les autres plus ou moins brèves. Cette manière d'envisager la durée des voix sensibles n'est point contraire à la manière dont l'organe les produit; elle lui est seulement inférieure en précision, parce que plus de précision serait inutile ou même nuisible à l'art.

Indépendamment de notre manière d'apprécier la quantité des syllabes dans chaque mot, elle est déterminée eu soi , ou par le mécanisme ou par l'usage.

4° Une syllabe d'un mot est longue ou brève par le méca^iisme , quand la voix sensible qui la constitue dépend de quelque mouvement organique que le mécanisme naturel doit exécuter avec lenteur ou avec célérité , selon les lois physiques qui le dirigent.

C'est par le mécanisme que , de deux voyelles consécutives dans un même mot, l'une des deux est brève , et surtout la première; que toute diphtliongue est longue, qu'elle soit usuelle, ou qu'elle soit factice.

On peut regarder encore comme mécanique une autre r èg\e de quantité ^ queDespautère énonce en ces deux vers latins :

Diim postpommtur vocuU consona hina Aui duplex , longa est posilu....

et qui se trouvent traduits par ces deux mauvais vers français :

Longue la voyelle s'ordonne , Lorsqu'après suit double consonne.

On objectera peut-être, et avec raison, que la liberté qu'on a en grec et en latin de faire brève ou longue, à son gré, une voyelle originairement brève, quand elle se trouve, par les lois de la formation, suivie de deux consonnes, dont la seconde est liquide, semble prouver que la règle d'allonger la voyelle située devant deux consonnes n'est pas dictée par la nature, puisque rien ne peut dispenser de suivre l'impression de la nature.

Mais il faut prendre garde : r que l'on suppose qu'originairement la voyelle est brève, et que, pour la faire longup, il faut aller contre la loi primitive qui l'avait rendue brève; car si elle était

originairement longue , loin de la rendre brève, le concours des deux consonnes serait une raison de plus pour l'allonger; 2° qu'il faut que des deux consonnes la seconde soit liquide , c'est-à-dire qu'elle s'allie si bien avec la précédente, qu'elle paraisse n'en faire plus qu'une avec elle; or, dès qu'elle paraît n'en faire qu'une, on ne doit sentir que l'effet d'une seule, et la brève a droit de demeurer brève : si l'on veut appuyer sur les deux, la voyelle doit devenir longue.

On peut objecter encore que l'usage de notre orthographe est diamétralement opposé à celte prétendue loi du mécamsme, puisque nous redoublons la consonne après une voyelle que nous voulons rendre brève. Nos pères, selon l'abbé d'Olivet, ont été si fidèles à cette orthographe , que souvent ils ont secoué le joug de l'étymologie , comme dans couronne , "personne, où ils redoublent la lettre n, de peur qu'on ne fasse la pénuliième longue en français ainsi qu'en latin. « Quoique le

> second t soit muet dans telle, dans patie , c'est ,

> dit-il, une nécessité de continuer à les écrire » ainsi, parce que le redoublement de la consonne 1 est institué pour abréger la syllabe, et que nous » n'avons point d'accent, point de signe qui puisse » y suppléer. »

La réponse à celte objection est fort simple. Nous écrivons deux consonnes, à la vérité, mais nous n'en prononçons qu'une ; la première est muette , quoiqu'en dise l'abbé d'Olivet , et non pas la seconde , puisque c'est la première qui , étant plus voisine delà voyelle brève, doit être uniquement le signe de celle brièveté. Or , la quaniiié de la voix est une affaire de prononciation et non d'orthographe ; cela est si vrai que dès que nous prononçons les deux consonnes , nous allongeons inévitablement la voyelle précédente.

L'intention qu'ont eue nos pères , en instituant le redoublement de la consonne dans les mots où la voyelle précédente est brève , a été , non pas de l'abréger, comme le dit l'auteur de la Prosodie française i mais d'indiquer seulement qu'elle est brève. Le moyen était-il bien choisi ? nous n'en croyons rien; parce que le redoublement de la consonne dans l'orthographe devrait indiquer naturellement l'effet que produit dans la prononciation le redoublement de l'articulation , qui est de rendre longue la voix qui précède.

2* Une syllabe d'un mot est longue ou brève par l*usage seulement, lorsque , dans la voix sensible qui la constiiue , le mécanisme de la prononciation n'exige ni longueur ni brièveté.

Il y a dans toutes les langues un plus grand nombre de longues ou de brèves usuelles qu'il n'y en a de mécaniques. Dans les langues qui admettent la versification métrique et le rhythme calculé, il faut apprendre sans réserve la quantité de toutes les syllabes des mots, et en ramener les lois,!

GRAMMAIUE FRANÇAISE.

autant qu'il est possible, à des points de vue généraux. Cette étude nous est absolument nécessaire pour pouvoir juger des différents mètres des Grecs et des Latins. Dans nos langues modernes , l'usage est le meilleur , le plus sûr , disons le seul maître de quantité que nous puissions consulter ; mais dans celles qui admettent les vers rimes , il faut surtout faire attention à la dernière syllabe masculine, soit qu'elle termine le mot, ou qu'elle ait encore après elle une syllabe féminine ; la rime ne serait pas soutenable si les dernières syllabes masculines correspondantes n'avaient pas la même quantité. Ainsi, dit l'abbé d'Olivet, ces deux vers sont inexcusables :

Un auteur, à genoux dans une humble préface, Au lecteur qu'il ennuie a beau demander grâce.

11 en est de même de ceux-ci, justement relevés par Restant :

Je l'instruirai de tout , je t'en donne parole : Mais songe seulement à bien jouer ton rôle.

Mais c'est mal à propos que ce Grammairien cherche à excuser les deux suivants , qui sont inexcusables :

Si ce n'est pas assez de vous céder un trône , Prenez encorle mien, et je vous V abandonne.

Cette observation, dont la vérité ne sera mise en doute par aucune personne qui aura l'oreille un peu juste, sert à prouver la fausseté de ce qu'avance le P. Lami. t Dans les langues vivantes, clii-il , on » s'arrête également sur toutes les syllabes ; ainsi » les temps de la prononciation de toutes les voyel- » les sont égaux. > Si cela était vrai, nous ne trouverions rien de repréhensible dans les rimes que nous venons de censurer.

Nous parlerons, à l'article Versification, des mesures qui ont chez les anciens le nom de pieds, et de tout ce qui peut y être relatif.

Presque tout ce que nous venons de dire sur la quantité, nous l'avons emprunté à Beauzée , avec ses citations. Voici ce que dit Demandre sur le même article.

Nous ne diviserons ici les syllabes qu'en deux classes générales , celle des longues et celle des brèves : si l'on poussait la division plus loin , on ferait un ouvrage inutile à bien des lecteurs. Ceux que la nature a doués d'organes plus fins et plus justes que les autres n'ont pas besoin qu'on anatomise tous les sons ; il suffit de leur donner les principes, ei de leur indiquer la voie. Les autres trouveront encore que nous en disons trop ; ils ne voudront pas croire ce qu'ils ne sentent pas : que nous ayons une quantité aussi sûre que quelque autre langue que ce soit. Mais le moyen de les convaincre qu'ils sont dans l'erreur , c'est de faire sentir la vérité de notre prosodie, et cela en la développant.

Celte partie essentielle de la langue n'a pas en-

DE LA QUANTITÉ

core été ramenée à des principes, quoique les détails aient été discutés. 11 est vrai que Théodore . de Bèze nous a laissé huit règles de quantité pour notre langue ; mais elles sont insuffisantes. Ceux qui ont étudié la même matière après lui ont négligé de les perfectionner , de les compléter, ou d'en donner de meilleures. Ce n'était pas qu'ils ne sentissent la possibilité de l'entreprise ; il est sûr que toute la quantité ne dépend que de la combinaison que Ton peut faire de la nature de chaque voyelle avec les consonnes qui suivent, et de la situation des syllabes ainsi entendues relativement aux repos.

Nous avons deux raisons puissantes d'étudier avec soin la quantité des syllabes finales : V ce sont celles dont la longueur ou la brièveté est plus importante à la bonne prononciation , à l'harmonie, plus sujette aux variations , et plus sensible à l'oreille; 2° les syllabes longues ne riment point avec les brèves ; si nous avons des poètes qui ont l'ait rimer les unes avec les autres , c'est moins une licence qu'une faute qu'on est en droit de leur reprocher. Il est donc nécessaire , pour la poésie surtout , de bien connaître la quantité des syllabes qui font la rime, ou qui la rendent plus parfaite et plus riche, et cette quantité est celle de la finale et de la pénultième des mots.

Remarque. Les anciens avaient trois manières d'indiquer le nombre de leurs syllabes. Les longues se notaient par un petit trait horizontal fixé sur la syllabe, et figuré ainsi â. A bref se surmontait d'un demi-cercle, ainsi a. A douteux était indiqué par un demi-cercle terminé par deux crochets. Les syllabes douteuses ne se marquent jamais en français , où il n'est guère question que de longues et de brèves. Peut-être y aurait-il une importante amélioration à introduire dans l'orthographe de notre langue : ce serait d'employer l'accent circonflexe sur toutes les syllabes longues ; la syllabe brève en serait naturellement dépourvue.

A est long quand il est employé pour dénommer une lettre de l'alphabet : une panse d'à ; un petit à ; il ne sait ni âni b; mais quand il marque la troisième personne du verbe avoir, ou qu'il sert de préposition , alors il est bref : il â dit ; il à de grandes qualités ; il est â table ; il arrivait à Paris. Au commencement du mot , l'a est ordinairement bref et fermé, allier, arriver, approuver, etc. Il n'y a d'exceptions que les mots acre, âge, âme, âne, anus, âpre, et leurs dérivés, où il est ouvert et long.

A la fin du mot il est fermé et bref : il alla, il ira, il est là, la reine de Sabà, déjà, ouidà, ma, ta, sa, falbala, sofa, Cinnâ, etc.

Abe est bref dans sijllâbe, et long dans asirolàbe.

Able est bref dans tous les adjectifs : aimable, haïssable, agréable, et dans les deux noms table et étable. Il est long dans les autres substantifs, fable, sable, érable, etc. ; et dans ces verbes : il accable ^ il hâble, il sable.

Abre est long : cabre, sinâbre, il se cabre, tout se délabre. Cette syllabe reste toujours longue , même lorsque le nom prend une terminaison masculine : se cabrer, délabrer , etc.

Ac est toujours bref, soit que le c se prononce ou non, comme : almanâch, tabac, lac, tillàc, sac , etc.

Ace est bref: audace, préface, tenace, vorâce, etc. Il n'en faut excepter que grâce , espace, on lace, on délace, on entrelace, où il est long.

Ache est bref : tâche (souillure), moustache, vache , il se cache , etc. Il n'est long que dans lâche , tâche (mesure d'ouvrage à faire), gâche, relâche, il mâche, il se fâche, il rabâche. Ces derniers gardent la même quantité, même devant une terminaison masculine : mâcher, fâcher, lâcher, relâcher, rabâcher. Ordinairement même l'a y est couronné par un accent circonflexe, qui remplace le s muet que l'on écrivait autrefois, tasche, etc.

Acle est bref dans oracle, spectacle, tabernacle, réceptacle, obstacle, habitacle; et toutàfoitlong dans miracle, débâcle, il racle, il débâcle.

Acre est bref dans diacre, nacre, sacre, etc.; il est long dans acre (piquant) : nous ne sommes point de l'avis de ceux qui le font long dans sacre (oiseau).

Ade est toujours bref : ballade, aubade, cascade, fade, il persuade, il s'évade, promenade, etc.

Adre est bref dans ladre , et long dans cadre , cela quâdre , etc. Celle syllabe est longue, même avant une terminaison masculine : madré, il encadra , etc.

Afe , afre et aphe sont toujours brefs ; carafe , agrafe, balafre, épitâphe, etc.

Afle est long : râjle,j'érâfle, etc., et même lors-' que ïe muet qui suit se change en une autre voyelle : rafler, j'érâ fiais, etc.

Age est toujours bref, suivant l'abbé d'Olivet, excepté dans ô^e (période de la vie). Demandre a eu tort d'accuser d'erreur ce Grammairien ; car il est faux que âge puisse être long: il est réellement bref dans les verbes : il saccage, il engage, etc.; et bref aussi dans les noms : voisinage, plantage, etc.

Agne est toujours bref : Cocagne, Espagne, campagne , etc. , excepté le seul verbe gagner , je gagne.

Ague est toujours bref : bague, dague, vague, il extravàgue, etc.

Ai, diphihongue impropre, est langue quand elle a le son d'un e ouvert : vrai , essaî, etc. , mais elle est brève quand elle approche de l'e fermé : quai, geaï, je chantai, j'irai, etc.

Aie est toujours long : haïe, plaie, etc. ; mais si

la syllabe finale est une syllabe mouillée, ai qui la précède est bref : je paie, il bégaie ^ nous payons, elc.

Aient est toujours long : ils donnaient.

Aigne est toujours bref: châtaigne, je daigne, il se baigne^ il saïgne.

Aigre est bref dans aïgre et vinaigre, mais long dans maigre , selon Demandre : nous le croyons bref partout.

Ail est toujours bref : bercail, détail, travail,Hc.

Aille est bref dans médaille, je détaille, j'émaUle, je travaille ^ à l'indicatif; mais il est long dans qu'il y aille, quil bataille, etc.; et dans les autres mots ainsi terminés : bataille , funérailles , il raille, il rimaille, Versailles, ripaille, etc.

Aillé et ailler suivent la quantité des mots précédents d'oii ils sont dérivés: émailler, travailler, etc.; et railler, débraillé, rvmaïller, etc.

Ailleur est long dans bailleur, railleur , rimailleur, et bref dans ailleurs, elc.

Aillet et aillir sont brefs : maillet, paillet , jaillet, saillir, assaillir, tressaillir, etc.

Aillon est bref dans médaillon , bataillon , nous émaillons, nous détaillons, travailloni. Hors de là il est long : haillon , bâillon , penaillon , nous taillons, etc.

Aim et ain sont longs , qu'ils soient ou non suivis d'une consonne : faim, pain, hautain; je crains, saint, sainte.

^ine est long dans haine, chaine, gaine, je trahie, et leurs dérivés, comme trainer , etc.; mais ailleurs il est bref : fontaine , plaine , capitaine , souveraine, hautaine, etc.

Air est bref : l'air, chair, etc.

Aire est long : une aire , une paire, chaire, on m'éclaire, elc.

Ais , a\x , aise, aisse , sont tous longs : palais , faix, fournaise, caisse, qu'il se repaisse, etc.

Ait , aite , sont brefs : lait , attrait , il fait , parfaite, retraite, il aimait, etc. Il faut en excepter il plaît, il naît, il paît, et faite (sommet), avec leurs composés.

Al, aie, aile, toujours brefs : b&l, royale, mor&le, cigale, unem&Ue , stalle, etc. ; excepté hàle , pale, un mâle , le râle , il râle , qui s'écrivaient autrefois avec un s, pasle, etc., et qui conservent cette quantité , même lorsque la finale devient masculine, hâler, pâleur, râler, etc.

Am est toujours long, quand m est suivi d'une autre consonne : champ , chambre , jambe , pampre, etc.

Am devient bref si m est redoublé , comme dans enflammer; il n'y a d'exception que pour flamme , qui est long.

Ame est bref : dame, estàme; r&me, on nous diffame, elc. ; âme , infâme , blâme, sont exceptés ot toujours longs, aussi bien que tous les prétérits en âmes : nous aimâmes , nous donnâmes, etc.

^n est bref dans les finales rub&n, turb&n, bouracàn , pélican , trépan, safran , Parmésàn, etc. Si an est suivi de quelque autre syllabe , il devient long, comme danse, chante, blanche, etc.

Ane, anne et amne sont toujours brefs : cabane, panne, etc.; excepté crâne, âne, mânes, mânne, je damne et condamne , qui sont longs , eux et leurs .dérivés.

Ant est toujours long : cependant, élégant, le levant, en allant, etc. 11 n'y a pas d'exception, quoique Demandre prétende que comptant substantif soit bref ; ce qui est faux.

Ap est toujours bref, soit que le p se prononce ou non : cap, drap, etc.

Ape, appe, sont brefs ; pape, sâppe, fr&ppe, etc.; excepté râpe, râpé, râper, où l'a est long.

Apre est long : âpre et câpre.

Aque, acque, sont brefs : Andromàque, etc.; excepté Parues et /âc^u es qui sont longs.

Ar est bref : nectar, car, par. César, ârc, parc , où il est suivi d'un c. Au commencement et au milieu du mot, ar est toujours bref, quelque syllabe qui suive : archer , marcher , darder , farder , martial, épargne, àrlisle, etc.

Are est bref dans avare , je m' égare , tiare , bizarre , etc. , et long dans barbare. Ar est toujours bref lorsqu'il n'est plus final, ni suivi immédiatement d'une lettre muette , comme avarice , barbarie, je m'égarais, au lieu que arr est long partout : barreau, carrosse, larron, carrière, etc.

Ari, arie, sont toujours brefs^ mari, parie, Marie; excepté hourvâri et marri, marrie (lâché).

As est ordinairement long : Pallâs, un an, un tâs, gras , tu as, tu joueras , etc. Quelquefois ( dans la conversation surlout), as, dans certains mots, devient un peu aigu et bref : du taffetas, un canevas, le bras ; mais , au pluriel , ces mêmes mots deviennent longs.

Ase est toujours long : rase, base , Pégase , emphase, extase, et les dérivés raser, etc.

Asque est toujours bref : masque , casque , fantasque, bourrasque, etc.

Asse est toujours bref : châsse , chasser , etc. ; excepté : i" les substantifs basse , casse , classe , échàsse , passe , nasse , tasse, châsse ( de saint ) ; 2° les adjectifs basse , grasse , lasse ; 5° les verbes il amasse , enchâsse , casse , passe , campasse , sâsse , avec leurs composés et dérivés ; 4° la première et la seconde personne du singulier, avec la troisième du plui'iel terminée en âsse , âsses , âssent , que j'aimasse, que tu aimqsses, qu'ils aimassent', mais les autres personnes en assions et assiez sont brèves ; que nous aimassions , que vous aU massiez.

Aste et astre sont toujours brefs : faste , chaste f astre, etc.

At est long dans ces mots : mât , appât , dégât , bât (de mulet ), que l'on écrivait autrefois avec un

», baslf etc. Il est long aussi dans les troisièmes personnes du singulier de l'imparfait du subjonctif : qu'ilaimàty qu'il donnai; mais partout ailleurs il est bref: avoc&t , édàt^ plàt^ chocolat, on Le bât y etc.

Ate, aies, sont brefs ; excepté dans les moishàle, pâte, il enifiâle, il gâte, il mate, il démàie, et leurs dérivés gâter, etc., et dans les secondes personnes du pluriel terminées en âtes; vous aimâtes, vous donnâtes, etc.

Atre et attre sont brefs dans quatre, battre, et les dérivés et composés de celui-ci ; hors de là ils sont longs : idolâtre, théâtre, opiniâtre, etc.

Au est long quand il est devant une terminaison muette : aiige, autre, aune, aube, taupe, etc. H l'est aussi lorsqu'il termine le mot et qu'il est suivi d'une consonne : haïct, chaud, faux.

Ave est bref dans conclave, entrave, grave, je pave, et lorsqu'au lieu de Ve muet il suit une finale masculine : gravier, faveur, conc lavis le, paveur, aggraver, etc.

Ax, axe , sont toujours brefs : Ajâx, tlioràx, taxe, syntaxe, parallaxe, etc.

Puisque Ye muet est toujours bref, comme nous l'avons remarqué, les détails dans lesquels nous allons entrer ne regarderont que les e fermés et ouverts. Nous avertirons seulement que lorsqu'il y a plusieurs e muets de suite, soit dans le même mot, soit dansdes mots qui se suivent, le pénuliièmedoit être plus senti que les autres ; ainsi dans revenir , entretenir, redevenir, il faut me le donner, ne me le doniiez pas, ce sont les syllabes re, tre, de et me qui deviennent plus distinctes , plus sensibles , et par conséquent plus longues, ou plutôt moins brèves que leurs voisines; car elles sont toujours brèves.

Remarquons aussi que jamais un mot ne commence par un e ouvert , si ce n'est le verbe être ; qu'il n'en est point non plus qui finisse par ce son, si la voyelle n'y est suivie de quelque consonne articulée ou muette.

Ebre, ec, ece, sont toujours brefs : funèbre, bëc, nièce.

Eche est long dans bêche , pèche ( action de pêcher), pêche (fruit), revêche, il empêche, ildépê' che , il prêche , et dans leurs dérivés prêcher, empêcher, etc. , mais bref dans calèche , flèche, fiant' mèche, il lèche, brèche, crèche, sèche, on pèche (pour : on fait un péché).

Ecle, ect, ecte, ede, eder, sont tous hreh: siècle, respect, insecte, tiède, remède, céder, posséder, etc.

Ef est bref : chef, bref; effe est long : greffe.

Efle est long dans nèfle, et bref dans trèfle. •* Ege, egle : le premier, long : siège, collège.

DE LA QUANTITÉ. 78

manège , etc. ; le second bref ; règle , seigle, espiègle, etc.

Egne , eigne : le premier est un peu long : règne, duègne, et même dans les dérivés régner, etc. ; le second est bref : peigne, enseigne, qu'il fèi' gne, etc.

Egrc, ègue, sont brefs : nègre, intègre, bègue, collègue, il allègue , etc.

EU, eille, sont brefs : soleil, sommeil, abeille, merveille; il n'y a d'exceptions pour ces terminaisons et pour les dérivés que dans vieille, vieillard, vieillesse.

Ein, eint sont longs : dessein , serein , atteint, dépeint, etc.

Eine est long : veine, peine, etc.

Einte est toujours long : atteinte, dépeinte, feinte, etc.

Eitre est long : rê'itre; c'est le seul mot qui s'écrive ainsi.

El est toujours bref : sèl, autel, eruèl, etc.

Ele, elle ; le premier est long dans zèle, poêle, frêle, pêle-mêle, grêle, il mêle, il te fêle; ailleurs il est bref aussi bien que le second : modèle, fidèle, il appelle, rebelle, cruelle,

Em, en, allongent la syllabe quand ils sont au milieu d'un mot, et qu'ils sont suivis d'une autre consonne que la leur, comme: temple, exemple, prendre, genre, évidence, tenter , etc.; mais si leur consonne est redoublée , ils sont brefs; ils le sont aussi à la findes mots i/^m, Bethléem, amen, etc.

Eme est bref dans crème, et dans il sème; il est long partout ailleurs : même, baptême, apozême, le saint Chrême, problème, système, diadème, etc.

Ene, enne : le premier est long dans chêne, cène, scène, gêne, alêne, rêne, frêne, arène, pêne ; bref dans phénomène, ébëne, et long dans les noms propres : Athènes, Mécène, D'iogène, etc. : le second est bref : étrènne, qu'il prenne, apprenne, etc.

Ent est long dans accident, dent, argent, arpent, parent, serpent, torrent, content, présent, vent, moment, joliment, etc. , et surtout quand il lient du son de l'a ouvert, comme dans î;io/è«/, ardent, opulent, président, etc.

Epe, èpre, sont longs : guêpe, crêpe, vêpres, excepté lèpre.

Epte, eptre, sonthreh: précepte, il accepte, sceptre, spectre, etc.

Eque, ecque, sont longs dans évêque, archevêque, obsèques, et brefs ailleurs : grecque, bibliothèque, hypothèque, etc.

Er est bref dans Jupiter, Lucifer, éthër, cher, clerc, cancer, patèr, magistêr , fratër , et quelques autres noms propres ou étrangers; il est long dans fër, enfer, mêr, amer, vër, hiver; il est bref si le r est muet, comme dans aimer Dieu; et long si r se fait entendre. Il est encore bref dans les mots où r est muet , comme danger, berger, etc.

Erbe, erce, erse, erchc, ercle, erde, erdre, sont

GRAMMAIHK FRANÇAISE.

tous brefs : herbe , commerce , traverse , cherche , cercle, qu'il perde, perdre, etc.

Erd, ert, sont brefs : vëri , concert, ouvert, désëity etc.

Ere est long : chimère, père, sincère, il espère, etc. Si Ve muet et final se change en une autre voyelle , Ve précéd. devient bref : chimérique, espérer, etc.

Erge, ergue, erle, erme, erne, erpe, sont tous brefs : asperge, exergue, perle, ferme, caverne, Eulêrpe, sërpe, etc.

Err est bref dans erreur, terreur, errant, erroné, errata; long dans terre, guerre, il erre, perruque, ferrer, terrain, nous verrons; et dans les dérivés : guerrier, terroir, terrible, derrière, etc.

Ers est long : univers, pervers, dangers, passagërs, etc.

Erte, ertre, erve, sont brefs : perte, alerte, tertre, verve, etc.

Es est long : tu es, procès, progrès, etc.

Dès, préposition : lès, des, mes, les, ses, ces, pronoms, articles et adjectifs possessifs ; beautèsjvous chantez, etc. , sont longs.

Esc est long : diocèse, thèse. Genèse, il pèse^ etc. ; il ne saurait y avoir ici d'exception.

Esque est bref : Romanesque, burlesque^ presque, grotesque, etc.

JE'sse est long dans abbësse, professe , confesse , presse, compresse, expresse, cesse, tësse, s'empresse; et bref dans leurs dérivés et tous les autres mots on esse : confesser , cesser, tendresse, caresse, paresse, etc.

Este, estre, sont brefs : modeste, leste, funeste, terrestre, trimestre, etc.

Et est long dans arrêt, benêt, foret, genêt, prêt, apprêt, acquêt, intérêt, têt, protêt, qui tous avaient autrefois un s après Ve, et prennent à présent un accent circonflexe ; ailleurs cette syllabe est brève : cadëtf bidët,ët (conjonction), sujet, hochet, etc.

Eté est long dans bëte, fête, honnête, boête, tempète, quête, conquête, enquête, requête, crête, arrête, tète, qui prennent aussi l'accent circonflexe à la place de s qu'ils ont quitté; il est bref dans ;?oèfe, comète, etc., et long dans prophète. Souvent le f se redouble dans les noms brefs, comme dans tablette, houlette, il tëtte, etc. Vous ë<es paraît devoir être long.

jE(reest longdans être, salpêtre, ancêtre, fenêtre, prêtre, champêtre, hêtre, chevêtre, guêtre, je me dépêtre; il est bref partout ailleurs , et le < s'y redouble le plus souvent : diamètre, il pénètre, lettre, mettre, etc.

Eu, diphthongue impropre, est href:feû, bleu, jeu, peu, etc. ; mais eux est long : creux, je veux, fâcheux, etc.

Eve est long dans trêve, grève, il rêve; ce dernier est long dans tous les dérivés : rêver, rêveur, etc. Eve est bref dans /i?fe, brève, ilaciiëve,il

crëoe, il se lève; la pénultième de ces verbes, suivie d'une syllabe masculine, devient muette : se lever, achever, crever, il se leva, etc.

Euf, euil, eul, sont tous brefs : neàf, fauteuil, tilleul, etc.

Eule est long dans veûle; ailleurs il est bref : seule, gueule, etc.

Eune est long dans jeUne, abstinence, et bref dans jeûne, adjectif.

Eur, eure : le premier est bref : odeur , peur , majeur : le second l'est également : mais s'il précède un autre mot, il devient bref : une heure entière, la majeure partie, etc., et s'il est le dernier mot, eure est long ; voilà sa demeure ; j'attends depuis une heure; cette fille est majeure, etc.

Evre est long : orfèvre, lièvrcy chèvre, lièvre, etc.

Euse est long : précieuse, quêteuse, creuse, creuser, etc.

Ex est toujours bref : exemple, sexe, extirper, perplexe.

L'abbé d'Olivet, que nous avons cru devoir suivre ici, fait une observation qui abrège beaucoup les détails, et que nous rappelons par le même motif. Le nombre des brèves, dit-il, l'emportant de beaucoup sur celui des longues, il trouve assez inutile de citer les syllabes qui ne varient jamais , pourvu qu'on fosse connaître d'ailleurs quelle est la nature de celles qu'on omet; en conséquence, il n'examine plus que celles qui sont longues , eti avertissant le lecteur que toutes celles dont il n'est point fait mention sont toujours brèves.

Idre est long : cidre.

le, diphthongue, est bref : miel, fiel, fier, métier, amitié, moitié, carrière, tien, mien. Dieu, etc.

/e, dissyllabe, est long : i>ïe , saisie, il prie, il crie, etc. ; mais bref quand Ve muet se change : prier.

Jge est long : tige, prodige, litige, vestige , je m'oblige, il s'afflige, etc. ; mais les verbes deviennent brefs quand Ve muet disparaît : s affliger, obliger, etc.

Ile est long dans île et presqu'île; bref partout ailleurs : inutile, argile, etc.

/m, in sont longs devant une autre consonne : timbre, simple, pinte : brefs quand la valeur est redoublée : immense, ïnné, etc.

Ire est long, empire, sire, écrire, il soupire, ils firent, ils punirent, etc., mais bref devant une terminaison masculine : soupirer, il désïra, etc.

Ise est long : remise , surprise , j'épuise, ils lisent, etc.

Iss toujours long,si ce n'est dans les premières personnes du singulier et dans les troisièmes du pluriel de l'imparfait du subjonctif : que je fisse, que j'écrivisse, qu'ils fissent, qu'ils écrivissent, etc., que tu fisses, que nous fissions y que vous fissie», etc.

DE LA QUANTITÉ

Il n'est long qu'à l'imparfait du subjonctif : qu'il dit, qu'il fît, etc.; on y met un accent circonflexe.

Ile est long dans bénite, gîte, et dans les secondes personnes du pluriel du prétérit de l'indicatif : vous fites, vous entreprîtes, etc. Il est bref dans petite.

i<re est long : mitre, arbitre, titre; mais leurs dérivés sont toujours brefs : mïtré , tïtré , arbitrage, etc.

Ive est long dans les adjectifs féminins dont le masculin est terminé en if : tardive, captive, juive; ailleurs il est bref : il était sur la rïve , sur la rïve opposée; quilvïve, qu'il vive heureux, quil vive long-temps.

Ivre est long : mvrt,

Quand cette voyelle commence le mot, elle est fermée et brève, excepté dans ôs, oser, osier et ôier, où elle est ouverte et longue , aussi bien que dans hôte, quoique l'on dise hôtel , hôtellerie.

Obe est bref : globe , lobe, robe, dérobe, etc.

Odeloïig dans je rôde , et bref ailleurs : mode, antipode, etc.

Oge est un peu long dans dôge, et bref dans les autres cas ; éloge, horloge, on déroge, etc.

Ogne long dans je rogne; bref ailleurs: Bourgogne , vergogne , etc.

Oi, diphthongue propre, est long à la fin du mot : roi, moi, emploi, etc.

Oie est long :jôie , qu'il voie, etc.

Om est long quand il est final : loin, besoin; et quand il est suivi d'une consonne : oint , moins, besoins, joindre, pointe, etc.

Oir,oire : le premier bref: espoir, terroir, etc.; ei 1 oik«e long : boire^ moire, mémoire, etc.

Ois est toujours long : fois , bourgeois , rois , danois, etc.

Oise, oisse , oitre, oivre, longs : framboise, pa^ roïsse, cloître, poivre, etc.

Oit long dans il croit, venant de croître; il est bref dans il voit, etc.

Ole bref, excepté dans drôle , geôle , môle , rôle, contrôle , il enjôle, il enrôle , et leurs dérivés enrôtefn etc.

Ont , on , s'allongent au milieu du mot devant une autre consonne : sombre, bombe, pompe, comte, compte, conte, monde, songe, ils s'en vont, ils diront, etc. ; mais si leur consonne est redoublée , ils deviennent brefs : assomme , un homme, personne, assommer, hômmasse, personnifier, etc.

Orne, one, sont longs :' atome, axiome, fantôme, matrone , amazone, aumône, etc.

0ns est toujours long : nous aimons, fonds, ponts, actions, féconds, etc.

Or est ordinairement très-bref : castor, butor, essor j trésor, sonner du côr , bord , effort ; mais si c'est un s qui termine cette syllabe, ce son devient un peu long : hors, alors, trésors, le corps, etc.

Ore, orre, sont brefs : encore, pécore, aurore, éclôre, abhorre, etc.; et ceux qui n'ont qu'un rie sont aussi quand l'e muet change, comme évaporé, décorer, dévora, etc. ; tandis que les autres sont longs partout : j'éclôrai, etc.

Os, ose, sont longs : propos, repos, gros, héros, dose, chose, il ose, etc. ; ôs est long : nous prononçons àce.

Osse est long dans grosse, fosse, endosse, il désosse, il engrosse, et dansleurs dérivés fossé, endossé, grosseur, etc.; partout ailleurs il est bref.

Ot est long dans impôt, tôt, dépôt, entrepôt, suppôt, rôt , prévôt , tantôt, qui autrefois s'écrivaient par un*. Dans leurs dérivés, prévôté e&i long ; rôii est bref; les autres changent leur t final en s, et par conséquent ne tiennent plus à cette dernière terminaison.

Ote est long dans hôte, côte, maltôte, jôte , et ces trois derniers conservent leur quantité devant une autre finale que l'e muet : côté , maltôlier , ôler, etc.

Otre est long : apôtre. Notre et votre sont brefs quand ils sont suivis de leur substantif, et longs quand ils suivent l'article : je suis vôtre sei-viteur; et moi le vôtre.

Oudre^ oue, sont longs : poudre , moudre, coudre, résoudre, boue, joue, il loue; mais devant une terminaison masculine, ils deviennent presque brefs : poudré, moulu, roué, louer, etc.

Ouille est long dans rouille , il dérouille, il s'enrôaiUe,j'embi ouille, il débrouille; mais bref quand la terminaison est masculine : rouiller, débrouiller, brouillon, etc.

Ouïe est long : moule, elle est sôule , il se soûle , il foule, la foule, il roule, il écroule.

Oure, ourre, sont longs : bravoure, ils courent ; de la bourre; mais la finale devenant masculine, la précédente devient brève : courrier , bourrade y rembourré, etc.

Ousse long dans je pousse, et bref dans les autres et dans leurs dérivés : tousse, tousser, coussin, etc.

Oute long dans absoute, joute, croûte, vôute, il coûte, je gôute, j'ajoute; mais bref avant les terminaisons masculines : ajouter, coûter, goûtons, etc.

Outre long dans poutre et côutre ; bref partout ailleurs.

t/c/ic est long dans bûche, embûche, on débûche; mais il devient bref dans bûcher, débûcher, etc.

lie, diphthongue, qui ne se trouve que dans écûelle, y est brève.

Ue , dissyllabe, est toujours long : vue, tortue , cohûe, je distribue, etc.

Uge est long : déluge, refuge , juge , ils jugent, etc. ; mais il est absolument bref quand la finale devient masculine : juger, réfugier, etc.

GRAMMAIRE FRANÇAISE

U'h diphlhongue , est bref : c&ir, cuisine, fuir, luire, elc,

Uie long : pîûle, îls'ennfiie , etc.

Ule est lon{j : je brûle, brûler, on brûlera, etc.

Uni, un, longs au milieu du mot : humble, j'emprunte; niais ils sont brefs à la fin : parfum, brun , commun, etc.

Urne est toujours long dans les premières personnes du prétérit au pluriel : nous reçûmes , nous voulûmes, nous ne pûmes , etc.

Vre est long : augure, verdure, parjure, on assûre, etc.; mais si Ve muet change, Vu devient bref: augurer, jurer, etc.

Use Gst lon^î : muse, excuse , incluse, ruse y je récuse, etc. ; mais il devient bref devant une finale masculine : ruser, refuser, je récuserai, etc.

Usse : celte terminaison n'a lieu que dans les verbes, où elle est toujours longue : que je pusse, qu ils accourût seul , elc. Il faut excepter quelques noms propres, comme /a Prusse, où elle est brève. Pour tous les autres noms terminés par le même son, ils s'écrivent uce , et sont toujours brefs, comme asiûce, puce, etc.

Ut , bref dans les substantifs : précîpûl , tribut, salûi, statut, etc.; excepté fût, tonneau; bref encore dans les prétéi ils des verbes : il fût, il vécût, il mourut, etc.; mais long à l'imparfait du subjonctif : qu'il fût , quil mourût , etc.

Ute, utes, soni brefs dans les substantifs, excepté dans/ÏM/e; mais longs dans les verbes : vous lûtes, vous fûtes, elc.

D'après les détails que nous venons de donner, on s'apercevra aisément qu'il serait possible d'établir des règles générales qui ne seraient pas sujettes à un grand nombre d'exceptions ; par exemple : 1* les consonnes redoublées rendent la voyelle qui les précède brève; cette règle est posiuve, surtout si la consonne n'est ni un r ni un s; car il n'y a guère d'exceptions que pour ces deux-là : hbbé, accent, addition, affaire, suggérer, balle, ïmmense, innocent, opposer, une hôite, etc. ; 2** toute pénultième formée par une voyelle qui est immédiatement suivie d'un e muet devient longue : que j'aie, aimée, j oie, jnlïe, connue, une roue, une couleur bleue, etc. ; mais si , dans le même mot, \'e muet et final se change en une autre voyelle, la pénultième devient toujours brève : ayant, jôijeux, rëuer, bleuâtre, etc.; ô** tous les noms terminés au singulier par une syllabe mascuhne brève, doivent l'avoir longue au pluriel , à cause du s qui est ajouié, comme : sâc , des sacs , almanâch^ des almanàchs , essaï , des essais , déiaïl , des détails, l'aïr, les airs, attraït, des attraits, ruban, des rubans , art , des arts , le bras , les bras , un avocat, des avocats, unjoy&u, des joyaux, un Grec, des Grecs, un chef, des chefs, dessein, des desseins, un accident, des accidents^ désert, des déserts, su-

j^t, des siijëts, odeur, des odeurs, un délït, des délits, tardif, tardifs, emploi, des emplois, besoin, des besoins, complot, des complots, bijôa, des bijoux, un duc, des ducs, consul, des consuls, statut, des statuts, etc.

11 y a d'ailleurs beaucôtipde syllabes longues qui, dans certaines circonstances , doivent ou peuvent être prononcées brèves; il en est aussi de brèves qui deviennent quelquefois longues ; ainsi quoique éternelle ait la pénultième brève, et qu'on dise d'éternêlles amours, cependant il arrive souvent, dans la déclamation soutenue et dans le chant, que l'on prononce des amours éternelles. On en voit aussi souvent des exemples pour ceux des noms en esse qui sont brefs , comme : des caresses perfides , de perfides caresses; pour les noms en ile bref : de stériles attentats, des attentats stériles, etc.

Un principe qui est d'une grande étendue dans la prosodie française, c'est qu'unesyllabe douteuse, ou même brève, dans le cours du discours, s'allonge fort souvent quand elle finit la phrase ou le membre de phrase qui donne un repos dans la prononciation ; ainsi l'on dit : un homme honnëie , un homme brave, quoique l'on doive dire : un brave homme, un honnête homme, etc. La raison en est simple : c'est que devant un repos, quelque léger qu'il soit , la voix a besoin de soutien , et que ce soutien se prend ordinairement sur la pénultième, dans la prononciation de laquelle la voix , se préparant à tomber totalement, traîne plus ou moins sensiblement , selon la qualité du repos et le ton de la prononciation.

Il est bon de remarquer encore, sur ce que nous avons dit en général, qu'unesyllabe longue ne rime point avec une brève, et que ce principe est évident pour les syllabes dont la longueur et la biièveté sont plus marquées, plus connues, plus fixes, et par conséquent p!usopposées,plus frappantes, etmoins variables. L'usage permet par abus de faire rimer les autres , surtout quand la langue ne fournit qu'un petit nombre de terminaisons pareilles à celle à laquelle on cherche une rime ; mais il est juste que la loi se relâche un peu pour les po'nts difficiles, et se resserre quand une plus grande abondance de mots laisse plus de facilité d'êire exact.

Quoique le mauvais effet produit par la rime d'une longue et d'une brève , toutes deux masculines, soit quelquefois fort sensible, comme soldât avec dégât, intérêt avec paquet, etc.; cependant on les pardonne encore plus aisément que les rimes féminines dont l'une est longue et l'autre brève, comme grâce avec place, endosse avec colosse, fâche avec moustache , prêche avec brèche , hâle avec martiale, frêle avec modèle, ile avec inutile, rôle avec école, brûle avec mule , flamme avec épigrâmme, etc.

Ces exemples de rimes proscrites , quoique employées quelquefois par négligence, suffisent pour

DES MOTS

montrer combien un poète doit respecter la prononciation établie. En effet, la rime résulte autant de la durée du temps employé à prononcer un son, que de la nature même de ce son. De quelque manière que deux, syllabes diffèrent , soit par leur lon^îueur , soit par leur son , l'oreille qui sent ces différences veut toujours que ces syllabes ne riment pas; or l'oreille est le seul juge compétent de la rime.

Ici finit l'admirable travail de Demandre sur la quantité. Nons pensons qu'on nous saura quelque gré de l'avoir reproduit ; car il nous aurait été impossible de faire ni mieux ni plus.

Nota. Nous pourrions peut-être ici parler des synonymes et des homonymes, mais nous pensons que ces deux articles doivent avoir leur place dans celui des tropes.

DES MOTS

Nous avons dit que les mots sont les véritables signes de nos pensées. Rappelons avec Beauzéc que les éléments de la parole, en eux-mêmes, ne sont que des sons physiques purement matériels et vides de sens : dal inania verba , dat sine mente sonum. lis sont, ainsi que le remarque Lancelot, communs aux hommes et aux perroquets. Le sens propre du mot parole ne comporte rien autre chose. Les meilleurs étymologistes le dérivent par syncope du mot parabola , employé dans la même signification par les écrivains de la basse latinité; d'où est venu -garabolare^ que l'on trouve dans les Capitiilaires de Charles-le-Ghauve ; puis paroler, qui est dans le Roman de la Rose; et enfin parler. Or le mot parabola vient du grec irapaêoXr) , qui a pour racines la préposition itapa et le verbe paXXto, jacio , je jette ; de sorte que arapaêoXr) signifie littéralement ejectio ou emissio , ce qui caractérise très-bien V émission physique des sons. Aussi disons-nous dans le sens propre : l'organe de la parole; avoir la parole gracieuse ou rude, etc., cequi ne peutêtre relatif qu'au physique.

L'oraison, ou le discours, dans le langage des Grammairiens, est l'exercice actuel de la faculté de la parole appliqué à la manifestation des pensées. Le mot oraison est tiré immédiatement du latin oralio, formé d'oraiwm, supin à'orare; et orare a une première origine dans le génitif oris du mot os (bouche), qui est le nom de l'instrument organique du matériel de la parole : orare, c'est donner à l'organe de la bouche l'usage qui fait exv primer sa pensée : on entend donc par oratio (orai- •son), l'usage actuel de l'organe de la parole pour renonciation des pensées.

Ainsi les éléments de la parole, qui ne sauraient être que des sons simples ou articulés , longs ou brefs , graves ou aigus , etc. , ne peuvent devenir éléments de l'oraison qu'autant qu'ils son-t destinés, par l'usage de quelque langue, à être les signes des idées que l'on peut manifester, c'est-àdire , en tant que ce sont des mots. < C'est pour » faire usage de la parole , dit très-bien Girard , » que le mot est établi. La première est naturelle, » générale et universelle chez les hommes ; le se- » cond est arbitraire, et varie selon les divers » usages des peuples.. . On a le don de la parole et » la science des mois. > C'est que la nature a accordé à tous les hommes bien constitués la faculté de produire les sons élémentaires de la parole; au lieu que, pour produire des mots proprement dits, il faut connaître les usages de la langue dont on veut se servir , ce qui ne peut s'acquérir que de la part de ceux qui y sont attentifs.

Le détail de la signification usuelle de chacun des mots d'une langue est la matière d'un Dictionnaire. La Grammaire , qui n'embrasse que les principes des langues, doit envisager les mots sous un autre aspect. Son véritable olfice est d'assigner les caractères spécifiques des différentes classes privilégiées et subalteines dans lesquelles on les a rangés, et de trouver le fondement de ces divisions dans la nature et dans la diversité des fonctions communes des mots par rapport à l'expression analytique de la pensée.

Nous allons donner ici l'excellent article de Demandre sur celte matière.

Un mot, dit-il, est composé d'un ou de plusieurs sons réunis , ne formant qu'un tout , et propres à

GRAMMAIRE FRANÇAISE

faire naître une idée. Tout le langage est composé de sons qui font les mots.

Quelquefois un seul de ces sons suffit pour un mot, comme : moi , je, vais, à, la, mort. Ces six mots de sui<e ne sont composés chacun que d'une syllabe ou d'un son. Souvent il faut plusieurs sons ou plusieurs syllabes pour un mot, comme entretenir, commerce, avec, l'ennemi. Voilà quatre mots dont le premier a quatre sons ou syllabes, le second trois, le troisième deux, et le quatrième trois.

Quand les langues se sont formées, il n'a dépendu que du caprice et de l'oreille de déterminer combien de sons et quels sons concourraient à la formation d'un mot ; mais dès qu'on a eu arrêté que tels et tels sons formeraient ensemble un mot, ces sons ont été fixés et n'ont plus fait qu'un tout, qu'un seul mot. L'usage et la règle ont également établi quelles idées seraient attachées à chaque mot, les mots n'ayant été institués que comme des signes propres à représenter aux autres les pensées qui sont dans notre ame. Ainsi un ou plusieurs sons réunis , qui ne réveilleraient aucune idée , ne seraient pas un mot.

Les mots d'une langue se divisent en plusieurs classes, dont la différence porte sur celle de nos idées ; ces classes sont appelées parties cC oraison , c'est-à-dire parties du discours. Leurs distinctions, pour être saisies, demandent un esprit fin et métaphysique. C'est peut-être un inconvénient , pour la jeunesse surtout, mais c'est un inconvénient indispensable. Les hommes n'ont d'abord l'idée que des objets qui les frappent ; les êtres qui nous environnent sont donc les premières choses que nous avons dû chercher à désigner , comme étant les plus intéressantes pour nous, parce qu'elles peuvent nous être d'un usage ou d'un inconvénient plus prochain. Les mots destinés à les représenter sont les noms.

Ce n'était pas assez pour les hommes de désigner les objets physiques qui peuvent les intéresser ; il fallait pouvoir marquer le degré d'intérêt qu'ils y prenaient , dire ce qu'ils en pensaient , le jugement qu'ils en portaient. Les mots destinés à proférer ce jugement ont été appelés verbes.

Voilà la première et la principale division des mots. Un jugement est une assertion de convenance ou de disconvenance entre deux ou plusieurs idées. Je vois du pain, j'en ai mangé; il m*a fortifié et m'a procuré une sensation de plaisir. Je juge , j'assure que ce pain est bon. Ce pain est bon : voilà mon jugement, qui a pour termes le pain et bon; pain et bon sont des noms; le mot est, qui exprime mon assertion, c'est le verbe.

Si l'on n'avait eu que ces deux sortes de mots , on aurait été souvent fort gêné dans ce qu'on voulait faire entendre.

Les jugements que nous portons sur les objets

physiques nous fournissent des idées de comparaison , des rapports de convenance ou de disconvenance entre plusieurs objets , des idées de collection , idées générales , qui sont comme le résumé, le total de plusieurs idées particulières, d'où sont venus les noms abstraits , tels que la bonté , la douleur, la beauté, la fraîcheur, etc. Les mots employés à les désigner devaient être compris dans la classe des noms, puisque ces idées, quoique abstraites , appartiennent à des objets que nous concevons comme s'ils existaient réellement.

Ces noms abstraits sont formés d'autres noms dont les idées représentent des choses réelles qui ne sont point des objets , mais des qualités aperçues dans les objets; ainsi bonté vient de bon^ beauté de beaîi, fraîcheur de frais, etc. BoUj beau, frais, sont des qualités attribuées à des objets réels, qualités réelles elles-mêmes, au moins par rapport à l'intérêt que nous prenons à ces objets. Cesmots sont donc des noms , mais d'une sorte différente des premiers : ceux-là, peignant un objet réel, ou supposé réel, ne peuvent convenir qu'à cet objet même; on les nomme substantifs; ceux-ci, dès qu'ils représentent, non pas un objet, mais une qualité , peuvent convenir à tous les objets dans lesquels cette qualité peut se rencontrer ; on les appelle adjectifs.

On a eu le secret de trouver des mots qui renfermassent en même temps l'idée qui est jointe à l'affirmation dans les verbes , mais dépouillée de cette affirmation , et qui eussent les prérogatives et l'usage des noms adjectifs ; par conséquent, des mots qui participassent de la nature du nom et du verbe : on les a nommés participes.

Dans un discours suivi, un même nom pourrait revenir très-souvent, et ce n'est pas assez pour une langue de suffire à nos idées , nous devons encore y ménager autant d'agrément qu'il est possible ; de petits mots destinés à remplacer ces noms devaient avoir le double avantage de varier le discours et de l'abréger. Ces petits mots ont été nommés pronoms.

Il y a dans la nature beaucoup d'objets qui se ressemblent assez pour avoir été tous compris sous une même dénomination ; ce sont les noms d'espèces, comme homme, femme, cheval, arbre, maison, etc. Lorsqu'on aura voulu parler d'un de ces objets pris en particulier et individuellement , le nom substantif qui le représente n'aura pas eu assez de spécialité pour le préciser à l'esprit comme on l'aura souhaité : pour suppléer à ce défaut, on a Institué de petits mots qu'on appelle articles.

Nous voyons encore entre plusieurs objets bien des rapports que les verbes ne peuvent indiquer seuls :'on a institué d'autres mots qui, placés entre les noms de ces objets , fixaient ces rapports aperçus ; et les mots de cette dernière classe sont les, prépositions.

DES MOTS

Il y a des occasions où l'on a trouvé le moyen (le marquer ce rapport par un seul mot qui supplée au second substantif et à la préposition; ce 7/10/ est adverbe.

Dans un discours suivi , nous avons non-seulement à exprimer différents rapports entre les mo«5, mais aussi entre les phrases ou les jugements : les mots propres à marquer les liaisons , ces rapports de phrase, sont les conjonctions.

Enfin, il estdes mouvements particuliers de l'ame que l'on a voulu marquer , et qui, ne se trouvant point rendus par les mots des espèces précédentes, en ont exigé une classe à part que nous nommons interjections.

Voilà les différentes sortes de mots qui se trouvent dans la langue française. Les détails qui les concernent se trouveront à leurs articles respectifs : l'ordre dans lequel on doit les ranger est du ressort de la construction.

Plusieurs de ces mots sont invariables , c'est-àdire restent toujours les mêmes, parce que les idées qu'ils sont destinés à faire naître ne demandent aucune variation, n'en souffrant point elles - mêmes : telles sont les interjections , les conjonctio7is, les prépositions et les adverbes.

Les autres en admettent qui servent singulièrement à abréger le discours. Ces petites différences qui se trouvent dans les sons ou daçs les lettres des mots s'appellent accidents. Ces mois ne doivent prendre l'un ou l'autre de leurs accidents ^ que selon les occasions convenables. C'est au mot syntaxe que nous développerons tout ce qu'il y a à dire sur cet objet.

Deux choses sont à distinguer dans les mots en général : les sons et le sens ; tout ce qui regarde les sons se trouve dans les articles : prosodie, prononciation, consonnes, voyelles, etc.

Pour ce qui est de l'écriture des mots , voyez les articles Orthographe, Voyelles, Consonnes, Diphthongues , etc.

Quant au sens, on peut faire bien des divisions de mots, autres que celles que nous avons données. Quelquefois plusieurs mots, tout différents quant aux sons, semblent cependant signifier une même chose ; on les appelle synonymes. { Voyez Synonymes.)

Il se rencontre même qu'un mot, restant toujours le même, prend diverses significations; ceux de cette sorte se nomment honiomjmes. (Voyez cet article.)

Comme rien n'est aussi capricieux ni aussi inconstant que l'usage , il arrive que tels mots dont* on se servait autrefois fréquemment ne sont plus employés aujourd'hui que très-rarement , et dans certaines circonstances ; de là les mots vieux : souvent aussi tels mots, qui d'ailleurs ne signifient rien de moins décent que bien d'autres qui n'ont pas eu le môme malheur , sont cependant

tombés dans le mépris ; de là les mots bas : d'autres mots ayant eu un usage très-fréquent, et concernant des objets qui touchent aux mœurs , à l'honnêteté, à la décence et à la pudeur, ont acquis par leur usage même une force d'expression et une clarté qui déplaît toujours en pareil cas; de là les mots grossiers : d'autres encore n'ayant été employés que rarement , et dans certaines occasions , offensent et semblent accuser d'affectation ceux qui s'en servent trop souvent, ou dans le commerce ordinaire; de là les mots extraordinaires ou prétentieux : des mots qu'on n'a coutume de voir que dans les poésies d'un style particulier, nous paraîtraient ridicules s'ils étaient placés ailleurs, par exemple, dans la prose d'un style familier; de là les mots poétiques ;tels mots, dont on ne s'est jamais servi qu'en traitant certaine matière , ne se souffrent que là ; de là les mots consacrés : tels mots enfin ayant obtenu de l'usage un air de familiarité , ne doivent être usités que dans un langage libre ; de là les mots familiers. On peut juger de même des mots naïfs, nobles , plaisants , etc. Nous ne parlons pas des mots harmonieux; ils ne le sont que par la nature même de leurs sons , et c'est à l'oreille à les indiquer.

L'usage du monde et la lecture des meilleurs écrivains dans tous les genres peuvent seuls apprendre à connaître toutes les différentes nuances des mots et les idées qu'ils sont destinés à représenter.

Complétons tout ce que nous venons de lire par ce que dit Estarac sur la valeur des mots :

On entend par la valeur des mots le sens attaché à chacun par l'usage; et l'on peut appeler nomenclature cette partie de la Grammaire. La connaissance de la valeur des mots est essentielle, indispensable : elle est la base de l'art de la parole; parce que l'indétermination du sens qu'on attache aux mots expose aux plus grands inconvénients; parce que la plupart des sophisme» sont fondés sur une fausse signification donnée à un mot. Presque toutes les erreurs qui ont tourmenté ou qui tourmentent encore les hommes, découlent de cette même source. Les hommes qui emploient les mêmes mots sans y attacher le même sens précis, la même idée déterminée, se trompent habituellement dans la communication de leurs pensées ; comme des négociants qui se feraient réciproquement des paiements avec des pièces de monnaie de la même valeur nominale et d'une valeur intrinsèque différente.

Rien n'est donc plus nécessaire que la connaissance exacte de la valeur précise des mots; et pour acquérir cette connaissance parfaite, il faut en distinguer le sens fondamental, c'est-à-dire l'idée primitive que l'usage a attachée originairement à la signification de chaque mof, etlesaccep-

lions diverses qu'il peut avoir dans différents cas : or cette connaissance ne peut s'acquérir que par la lecture assidue et raisonnée des bons ouvrages et des bons Dictionnaires, dans chaque langue, et par l'étude réfléchie delélynwlogie des mots.

Outre cela, il faut distinguer le sens propre et le sejis /î^uré,, distinctions d'où naissent les tropes, et reconnaître les mots qui expriment la même idée , la même vue analytique de l'esprit, quoique avec des nuances différentes; d'où naissent lessj/«onymes.

Observons encore, avant de parler des iropes et des synonymes, qu'il y a dans les langues desmots qui sont le signe primitif de diverses idées fondamentales , et qui conséquemment ont des acceptions primitives différentes. Par exemple, le mot français coin exprime ou un endroit retiré formant un angle, ou un instrument pour fendre, ou un autre propre à marquer les monnaies , les médailles , ou le papier. Les Latins ont un mot particulier pour exprimer chacune de ces trois idées; et, en cela, leur langue est plus riche, plus variée, et a plus de précision que la nôtre, dans laquelle il faut qus les circonstances ou les autres mots de la phrase déterminent l'acception qu'on doit donner au mot coin dans chaque occasion. Il y a une foule de mots de notre langage dans ce cas.

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