DES ADJECTIFS NUMÉRAUX, ET DES SUBSTANTIFS DE NOMBRE
L'abbé Girard fait des noms de nombre une partie distincte du discours : c'est une erreur, car ces mots sont substantif^ ou adjectifs.
Ils sont substantifs, puisqu'ils énoncent en forme de dénomination, et que tout mot qui nomme les objets est substantif.
Ils peuvent être également rangés dans la classe des adjectifs ; car leur fonction est de modifier : or, tout mot qui modifie, de quelque manière qu'il le fasse, est adjectif, et rien autre chose. Ce sera tout au plus une espèce dans un genre.
Les adjectifs de nombre sont des mots qui représentent la quotité.
On en distingue de deux sortes : les cardinaux et les ordinaux.
Les cardinaux (du lat. cardo,cardinis,q\xi signifie gond, pivot ), servent à exprimer la quantité des choses, et les ordinaux (du lat, orrfo, ordinis , ordre), le rang qu'elles occupent entre elles.
Les nombres cardinaux sont : un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze, treize, quatorze, quinze, seize, dix-sept, dix-huit, dix-neuf, vingt, vingt-un, vingt-deux , vingt-trois , etc., trente , etc. , quarante , etc. , cinquante , etc. y soixante , etc., soixante-dix , soixante-onze, etc., quatre-vingts, quatre-vingt-dix, quatre-vingt-onze, etc., cent,deuxcents, etc., mille, deux mille, etc.
Million n'est pas un adjectif; il appartient à la classe des substantifs.
Remarque. Les nombres cardinaux servent à calculer jusqu'à un million : ils le font, par la combinaison, en se joignant les uns aux autres, selon le besoin. L'adjectif numérique un, toujours essentiellement du singulier, est le seul qui soii susceptible de genre ; il s'emploie, selon les circonstances , au féminin et au masculin. On dit : un écu , une pistole.
Les nombres »"^inaux sont : premier, second.
ou deuxième, troisihme, quatrième, etc., et ainsi de suite, en suivant les nombres cardinaux.
A l'exception de premier et second, tous les nombres ordinaux se forment des cardinaux, en changeant /en vième dans ceux qui finissent en/, changeant en ièmeVe muet dans ceux qui ont cette terminaison ; enfin, en ajoutant ième à ceux qui finissent par une consonne, excepté cinq, qui veut en outre avoir u avant ième. Ainsi, de neuf, de quatre, de trois, de cinq, on fait neuvième, quatrième, troisième, cinquième.
Unième ne s'emploie qu'après vingt, trente, quarante, cinquante, soixante, quatre-vingts , cent el mille.
On dit à présent î;ingif-Mn et non pas vingt et un; trente-un et non pas trente et un, et ainsi jusqu'à quatre-vingts; et toujours trente-deux, quarantetrois , cinquante-quatre , etc. La série , depuis soixante jusqu'à quatre-vingts y\)Ten2\X autrefois la conjonction et entre les deux nombres. De nos jours , l'usage contraire a prévalu. L'abbé Fromant se trompe en soutenant qu'on doit ainsi s'exprimer. L'emploi de cette conjonction depuis quatre-vingts jusqu'à cent serait une faute. En géométrie on dit encore nouante, au lieu de quatre-vingt-dix et septante pour soixante-dix.
Cent au pluriel, et vingt dans quatre-vingts, et six-vingts (qui ne se dit plus), prennent la marque du pluriel, quand ils sont seuls ou suivis d'un substantif : deux cents hommes, quatre-vingts volumes, six-vingts arbres. Mais on doit les écrire sans la marque du pluriel, s'ils sont suivis d'un autre nombre, comme : trois cent dix hommes, quatrevingt-dix abricots. L'Académie de 1835 nous impose encore cette règle ; toutefois n'est-il pas ridicule d'écrire sur un effet de commerce , par exemple , où la régularité et les points sur les i sont si nécessaires; n'est-il pas ridicule, disonsnous, d'écrire : Je paierai, à monsieur tel, la somme de trois cent vingt francs? Quoi qu'il en soit , conformons-nous à l'usage.
Pour la date des années on écrit mil, comme : mil sept cent quatre-vingt-dix-neuf. Partout ailleurs on met mille, qui ne prend jamais la marque du pluriel.
Il ne faut pas confondre mille, nom de nombre, avec le substantif mille qui signifie une étendue de mille pas.
Cent et mille s'emploient à l'indéfini, comme : il lui fil cent caresses : faites-lui mille amitiés.
On dit : le onze, du onze, au onze, srir les onze heures, et non pas,comnr>e nous l'avons rj< jà fait remarquer ailleurs : sur les une heure; ditfs : vers une heure, vers midi. Il faut prononcer conunf s'il y avait un // aspiré aux mots onze et une. Neuf se prononce neuv, dans certains cas : neuv ans.
On emploie les nombres cardinaux au lieu des ordinaux :