‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 220 sur 279 · DU VERBE ATEG SON SUJET · texte numérisé non relu

DU VERBE ATEG SON SUJET

Nous avons vu que l'affirmation est la principale fonction des verbes. On appelle sujet ce dont on affirme quelque chose, et attribut la chose qu'on affirme. Le sujet s'exprime toujours par un nom ou par un pronom, et l'attribut par un adjectif

GRAMMAIRE FRANÇAISE

joint à un verbe, ou renfermé dans un verbe. Quand on dit : la vertu est aimable , l'adjectif aimable est joint au verbe est, et ce verbe affirme le rapport de convenance .qu'on trouve entre la vertu et la qualité d'aimable. Mais si l'on dit : Pierre vit, l'adjectif est renfermé dans le verbe vit, puisque ce mot signifie est vivant. Cette décomposition a lieu par rapport à tous les verbes ; il n'y a d'exception que pour être, lorsqu'il ne signifie pas exister.

Il est toujours aisé de connaître le sujet. Pour ne point s'y méprendre, il suffit de poser la question qui est-ce qui? devant le verbe. La réponse indique le sujet. Quand on dit : Pierre vit; si l'on demande qui est-ce qui vit? la réponse Pierre, indique que Pierre est le sujet.

Nous avons, comme toujours, mais plus particulièrement encore, s'il est possible, à exposer ici toutes les diverses opinions des Grammairiens et des écrivains qui se sontévertuéssur cette matière; mais si nous ne soumettions à nos lecteurs que les opinions de tous , nous ne pensons pas qu'il leur fût facile de fixer leur esprit et leur jugement sur la question ; nous leur dirons donc à chaque difficulté ce que nous ferions à leur place.

I'« Règle. Le sujet, soit nom, soit pronom, se place ordinairement avant le verbe :

L'homme véritablement libre est celui qui, dégagé de toute crainte et de tout désir,nest soumis qu'aux dieux et à la raison. (Fénelon.)

Le trident de Neptune est le sceptre du monde.

Quand nous nageons dans l'abondance, il est bien rare que nous pensions aux besoins d'autrui.

Cette règle n'est point générale.

Dans les phrases interrogatives , le pronom en sujet se met toujours après le verbe ; et le nom se place après le verbe lorsqu'il est seul; car il conserve sa place avant le verbe , si le pronom correspondant doit marquer l'interrogation.

Ah ! fallaitM en croire une amante insensée? Ne devais-tu pas lire au fond de ma pensée ?

(Racine.)

Que pensera la postérité d'un homme de votre naissance et de votre rang, si vous êtes assez inconsidéré pour vous précipiter dans le parti des factieux?

César eût-il osé passer le Rubicon, si la faiblesse de la république, et les factions qui la déchiraient, ne l'eussent enhardi à tout entreprendre?

Rappelons-nous que : lorsque le verbe qui précède il, elle, on, finit par une voyelle; pour éviter un hiatus qui choquerait, on met la lettre t entre ce verbe et ces pronoms : arrive-t-il? lAendral-ellef aime-t-on les vauriens?

L'interrogation à ki première personne se foit en transportant le pronom je après le verbe ; mais, dans bien des cas, ce déplacement produi-* rait un son dur et désagréable, comme : dors-je ? mens- je? Pour l'éviter, on ajoute est-ce que, et l'on dit : est-ce que je dors? est-ce que je mens ?

Le sujet, soit nom, soit pronom, se place encore après le verbe, quand on rapporte les paroles de quelqu'un : Soyez heureux, dit-il. — Je meurs innocent, a dit Louis XVI sur féchafaud; je n'ai à me reprocher aucun des crimes dont on m'accuse.

Le même déplacement a Heu lorsque le subjonctif est mis pour exprimer un souhait, ou pour quand même, et un conditionnel : Puissent tous les peuples se convaincre qu'il n'y a point de plus grand fléau que les révolutions ! — Un homihe que la justice et l'honneur guident n'est ébranlé ni par les clameurs d'une populace insensée, ni par la crainte des maux qui le menacent : dût l'univers entier s'écrouler, il serait frappé, mais non pas ému. La raison de ceci est que ces deux phrases sont elliptiques, et signifient, la première : je souhaite que tous les peuples puissent, etc.; et la seconde : quand même l'univers entier devrait, etc. Ce tour a plus d'énergie et de feu.

On peut aussi placer le sujet après le verbe, quand ce verbe a pour régime un pronom qui le précède : la nouvelle qu'apporta le courrier; on voit ici que le sujet courrier est placé après apporta, parce que le pronom que, en régime, est placé avant ce verbe.

Le nom doit encore se placer après le verbe, dans les phrases qui commencent ou par un verbe unipersonnel,ou par les mots tel, ainsi : il est arrivé un grand malheur ; — tel était V acharnement du soldat,que ni les prières des vaincus, ni la voix des chefs, ne purent l'arrêter ; — ainsi finit cette sanglante scène. Mais cette transposition n'a heu que lorsque le verbe n'a pas de régime.

Enfin, l'on doit mettre après le verbe le sujet suivi de plusieurs mots qui en dépendent. Cette exception est tantôt de rigueur et tantôt de goût. Elle est de rigueur, quand les mots qui dépendent du sujet forment une proposition incidente qui, par sa longueur , ferait perdre de vue le rapport du verbe au sujet : là, au milieu des prairies émaillées de fleurs, serpentent mille divers ruisseaux qui distribuent partout une eau pure et limpide; ou lorsqu'on veut éviter une chute sourde et sans harmonie : sacrifice où coula le sang de mille victimes. Elle est dégoût, lorstjue, dans un discours soutenu, l'orateur veut réveiller l'attention des auditeurs par un tour de phrase hardi et inattendu : déjà, pour l'honneur de la France, était entré dans l'administration des affaires un homme plus grand par son esprit et var ses vertus que par ses dignités.

DU VERBE (SYNTAXE

Qu'on juge , d'après l'application si difficile à faire de ces règles , qui cependaut sont aussi simples que possible, combien il est important de se familiariser avec l'analyse et la décomposition des phrases.

Il» Règle. Tout verbe doit être du même nombre et de la même personne que son sujet.

Je ne savais ce que j'étais, où j'étais, d'où je venais ; — Nature, que tu es belle dans ton aimable simplicité! — la vertu est te plus -précieux des dons du Ciel; — la foi et la raison prouvent également cette vérité.

Dans la première phrase, étais est du nombre singulier et de la première personne, parce que je, son sujet, est du singulier et de la première personne. Dans la seconde, es est du singulier et de la seconde personne, parce que tu, etc.

Voici encore des exceptions. Quoiqu'un verbe se rapporte à deux sujets singuliers, on met ce verbe au singulier, si les deux sujets sont unis par la conjonction ou, parce que le propre de cette disjonctive est de donner nécessairement l'exclusion à l'un des deux sujets. Ainsi l'on dira : la séduction ou ta terreur l'a entraîné dans te'parti des rebelles. C'est le dernier qui règle l'accord. Mais on dira, selon le nombre du dernier, dans le cas de deux sujets, l'un singulier et l'autre pluriel : le crédit que cette place donne, ou les richesses qui y sont attachées,\ak lui font rechercher; et dans l'autre construction : les richesses qui sont attachées à cette place, ou le crédit quelle donne, la lui fait rechercher.

Racine n'aurait donc pas dû dire :

Roxane ou le sultan ne te Vont pas ravie !

Avec deux pronom^ personnels, on emploie toujours le singulier, si ces pronoms sont de la troisième personne : il ou e//e viendra avec moi; mais si ces pronoms sont de différentes personnes, on met le verbe au pluriel : vous ou moi le ferons ; vous ou elle /'avez fait. \

La même exception a lieu lorsque deux sujets ' ont liés par les conjonctions comme, de même qu^, ' ;^i que , ausû bien que, et autres semblables ; mais si c'est lepremier qui règle l'accord, on dit; ; e roi, aussi bien que son ministre, veut le bien; — ' on honnêteté, autant que son esprit, le fait re- | chercher; — l'envie, comme toutes les aiUres passions, est peu compatible avec le bonheur.

On 'met encore le verbe au singulier, malgré les pluriels qui précèdent, lorsqu'il y a une expression qui réunit en un seul tous les substantifs, comme : tout, ce, rien, etc.; ou lorsque la conjonction adversative mais est placée avant le dernier substantif singulier : biens, dignités, honneurs, tout disparaît à la mort.

L'intérêt, la raison, ramitié, tout nous lie.

(VOLTAIHK.)

Jeux, conversation, spectacles, rien ne put l'arracher au sentiment de la douleur. — Perfuiies, noirceurs, incendies, massacres, ce n'est là qu'une faible esquisse des horreurs qui eurent lieu. — Non seulement toutes ses richesses et tousses honneurs, mais toute sa vertu s^évanouit,

ht Remarque. Quelques Grammairiens prétendent qu'on peut mettre au singulier un verbe qui se rapporte à deux sujets singuliers, lorsque ces deux sujets ne sont pas unis par une conjonction, et même quand ils le sont. On lit dans Pélisson : la douceur, la bonté du grand Henri a été célébrée par mille louanges; dans l'abbé Régnier : l'indifférence et la résignation dont nous venons de parler doit s'étendre à tous les emplois ; et dans Bossuet : sa piété et sa droiture lui attirait ce respect. Mais ces autorités ne sauraient prescrire contre la raison ; dans toutes ces phrases, il y a deux sujets, et par conséquent deux phrases réunies en une : la règle de l'accord veut donc le pluriel. On a beau restreindre cette exception aux seuls cas où les substantifs sont à peu près synonymes : l'argument reste dans tonte sa force, puisque la phrase n'en a pas moins deux sujets.

Ainsi nous ne balancerons pas à condamner ces phrases de Bossuet : l'inconstance et Cagitation est le propre partage des choses humaines; — leur impiété, leur avarice, et leur brutalité la leur fit perdre, etc. Car nous pourrions, ajoute Lévizac, rapporter cinquante exemples pris dans cet écrivain de génie, dont le style austère doit nécessairement être rempli d'incorrections. Plein de son idée, il est satisfait pourvu qu'elle soit rendue avec force ; peu lui importe la manière. Le feu du génie ne lai permet pas de descendre dans des détails; il voit et peint 6n masse. Aussi est-il un de nos écrivains les plus incorrects, quoique peut-être le plus sublime. Dans cette phrase : le comble de la gloire et le plus beau des arts a été celui de s'entretuer les uns les autres, il y a deux fautes : la première contre la règle dont nous parlons; la seconde consiste dans l'emploi du (pléonasme s' entretuer les uns les autres; pléonasme qui n'est point autorisé par l'usage. S' entretuer, c'est se tuer les uns les autres.

Néanmoins les poètes se sont réservé le droit d'enfreindre la règle, toutes les fois que le mécanisme du vers Ta exigé. On lit dans Boileau :

On dit qae ton front jaune, et ton teint sans couleur Perdit en ce moment son antique pâleur;

dans Racine :

Que ma foi, mon amour, mon honneur y consente;

GRAMMAIRE FRANÇAISE

et dans Delille :

£t si l'ombre, la paix, la liberté m'inspire.

Ainsi, l'on peut regarder celte infraction à la règle de l'accord comme une licence permise en poésie.

— Nous ne prétendons pas enlever cette liberté même à la prose ; mais nous voudrions que les maîtres de Grammaire inculquassent bien dans l'esprit de leurs élèves quece sont autant de fautes, et ne tolérassent pas qu'ils les commissent contiuellement. Ce n'est qu'en simplifiant le plus possible les règles qu'on en rendra l'étude douce et facile.

Il n'y a point de difficulté, si l'un des deux sujets est pluriel ; dans ce cas, on ne peut employer que ce nombre : son repentir et ses pleurs le fléchirent. Ainsi il y a une vraie faute dans ce vers de Racine :

Qaelle était en secret ma honte et mes chagrins !

Cette violation de la règle du nombre y introduit un autre vice contre le genre, puisque, comme nous l'avons déjà dit, lorsqu'un adjectif ou un pronom se rapporte à deux substantifs de différent genre, ce doit être au masculin à desservir l'accord.

D'après les principes que nous venons d'établir, nous blâmons aussi l'usage de quelques écrivains qui mettent au singulier le verbequ'on place avant plusieurs substantifs sujets de ce nombre : il lui représentait l'accablement oh le mettait une famille nombreuse, un procès, une méchante affaire. En effet, pourquoi multiplier les exceptions sans nécessité?

2« Nous avons vu, en parlant de ni l'un ni l'autre, que Vaugelas, et l'Académie commentant cet auteur, permettent d'employer le verbe au singulier ou au pluriel avec ces pronoms ; mais cette permission ne s'étend pas aux noms. On doit toujours dire avec La Fontaine :

Ni l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux.

On a long-temps disputé et l'on dispute encore sur la forme suivaniet Doit-on dire : il fut un de cevx qui travailla ou qui travaillèrent le plus efficacement à la ruine de la patrie .^ Il y a des Grammairiens qui prétendent qu'on ne fait point de faute en adoptant l'une ou l'autre manière. D'autres , et parmi eux Restant, se sont décidés pour la première ; mais les raisons qu'ils en donnent sont si faibles, qu'on est étonné qu'elles aient servi de fondement à leur opinion. A quoi tend celte phrase? à signifier qu'i/ est un du nombre de ceux qui iravaillcrent, etc. Il n'y a rien, par conséquent , qui le dislingue : on affirme de lui ce qu'on affirme des autres ; il y a parité entre tous. Pour admettre le

sentiment de ces Grammairiens , il faudrait que la phrase signifiât : il fut celuiqui travaillaplus qu'aucun autre à,., etc.; et c'est justement ce qu'elle ne dit pas. Aussi cette construction est-elle généralement rejeiée, non-seuiement par les Grammairiens, mais encore par tous les auteurs modernes. On dit à présent : il fut un de ceux qui travaillèrent le plus efficacement à la ruine de la patrie; — l'empereur Antonin est regardé comme un des plus grands princes qui aient régné; — le bon emploi du temps est une des choses qui contribuent le plus à notre bonheur.

Ille RÈGLE. Le vcrbc qui se rapporte à un collectif partitif se met au pluriel , si ce partitif est suivi de la préposition de et d'un pluriel ; mais ce verbe se met au singulier , si le partitif est suivi d'un régime singuher.

Remarque. Ces substantifs partitifs sont : la plupart , une infinité , une foule , un nombre , la plus grande partie , une sorte, etc., auxqueîs on doit joindre les mots qui expriment la quantité, comme: peu, beaucoup, assez, moins, plus, trop, tout^ combien,et que mis pour combien.

La plupart des hommes sont trop prom^pts dans leurs jugements.

Une troupe de jeunes Phéniciens, d'une rare beauté, et vêtus d'un lin plus blanc que la neige, dansèrent long-temps les danses de leur pays.

( FÉNELON

Tant d'années d'habitude étaient des chaînes de fer qui me liaient à ces deux hommes.

(Fénelon.)

La plupart du monde est également facile à recevoir des impressions et négligent à s'en éclaircir.

( Nicole.)

Jamais tant de beauté fut-elle couronnée ?

( Racine. )

REMARQUE. Les mots une infinité, la plupart, employés seuls , veulent le verbe au pluriel : une infinité pensent; la plupart sont d'avis. Quelques personnes étendent cet usage à peu et à beaucoup; mais à tort , même dans la liberté de la conversation. Ces mots de quantité ne doivent , dans le bon usage, s'employer seuls que lorsque les noms dont ils seraient suivis sans l'ellipse ont été auparavant exprimés.

Quant aux collectifs généraux , ils n'ont d'autres règles que celle des substantifs communs. On dit également : le peuple du midi de la France , ou le peuple des provinces méridionales de la France, est vif, bouillant et emporté.

Les Grammairiens avaient mis des exceptions à cette règle: fo lorsque le partitif marquait une quantité déterminée j comme .• ta moitié des sol^

DU VEKBti (SYWTAXE).

dats a péri; — ie tiers des vignes a coulé; 2«> lorsque le partitif présente une idée indépendante du pluriel; comme : la quantité des chevaux qu'il y a à Paris y rend le fourrage très-cher; — cette sorte de poires ne sera mûre que dans un mois. Mais quelques modernes Grammairiens ne les admetteut pas , parce qu'ils veulent qu'on n'ait égard qu'à l'accord logique et non pas à l'accord grammatical. « Supposons, dit l'abbé Sicard, qu'on nous dise qu'une vingtaine de soldats s'est noyée en passant une rivière, assurément l'accord grammatical est parfait ; mais l'accord logique l'est-il également? On veut bien nous apprendre sans doute que vingt soldats se sont noyés; mais est-ce sur une vingtaine qu'on veut que notre esprit se porte , ou n'est«ce pas plutôt sur des SOLDATS, au nombre de vingt? L'idée principale, on n'en peut disconvenir , est soldats et soldats PLUSIEURS. C'est donc le pluriel. Puis , si l'on interroffe sur le nombre précis, on répond que c'est vingt soldats. Qu'on dise vingt ou une VINGTAINE , c'est toujours sur plusieurs que se porte l'esprit; c'est donc cette idée qui commande au verbe la forme plurielle. Le mot vingtaine, et même ce nombre , ne sont qu'accessoires. Ce sont les soldats, et plusieurs soldats, qui sont l'objet principal. La concordance n'est pas ici dans les mots , mais dans les idées, .> En conséquence, il veut qu'on dise, la moitié des arbres que j'ai fait planter sont morts; — le peu- de farces qu'avait cemalade ne sont pas perdues; — la moitié de ses forces lui restent encore; — toutes sortes de fruits ne sont pas également bons à manger. On ne peut pas disconvenir que ce raisonnement ne soit excellent. Néanmoins il nous parait qu'il ne porte pas sur le cas où le part tif présente une idée indépendante , et qu'ainsi Von doit dire : la foule des voitures arrêta notre marche; — la quantité des grains de sable est innombrable , etc. 11 nous semble que l'usage ne permet pas de s'exprimer différemment. Nous pensons encore que ce serait être trop difficile que de condamner dans Racine :

D'adorateurs zélés à peine nn petit nombre

Ose des premiers temps nous retracer quelque ombre,-

et dans Voltaire :

Qu'un peuple de tyrans qui veut tout enchaîner Du moins par cet exemple apprenne à pardonner.

Il n'est peut-être pas inutile de faire observer que cette règle ne peut avoir lieu avec un verbe unipersonnel : il parut alors une multitude de soldats.

DU &XGinŒ DES VEBBES.

Un mot est dit être en régime , quand il dépend immédiatement d'un autre mot, et que,

dans ce cas , il restreint la signification du mut dont il dépend. Le régime d'un verbe est donc un mot qui dépend de ce verbe , et qui en restreint la signification. Or un mot peut restreindre un verbe, ou diiectement, ou indirectement. Il le restreint directement, quand il est sans préposition exprimée ou sous-entendue , et alors le régime est direct. Il le restreint indirectement , lorsqu'il est précédé des prépositions à ou de exprimées ou sous-entendues, et alors le régime est indirect. Le régime direct se connaît par la réponse à la question qui ? ou quoi ? comme , j'a'nae, qui? Dieu. J'étudie, quoi? la physique. Ces mots Z)iett et physique sont donc régimes directs des verbes j'aime et j'étudie. Le régime indirect se connaît par la réponse aux questions à qui ? ou à quoi ? ile qui? ou de quoi? comme y je me plains : de qui? de vous. Je me repens : de quoi ? de ma faute. Je parle, à qui? à Pierre. Je succombe, à quoi? à la douleur. Ces mots, vous, faute, Pierre, douleur,, sont régimes indirects des verbes je me plains, je me repcns, je parle, et je succom,be.

Un verbe peut avoir pour régime trois sortes de mots ; ou un autre verbe à l'infinitif, ou un substantif, ou un pronom.

Mais avant de passer aux règles particulières de ces sortes de mots, voy^s quel régime veulent les différentes espèces de verbes.

Nous avons vu qu'un verbe actif est celui après lequel on peut mettre quelqu'un, quelque chose, et que ce régime est le régime direct. iMais, outre ce régime, ce4'tains verbes actifs peuvent avoir un second régifte marqué par la préposition à ou de; ils peuvent par conséquent avoir aussi un régime indirect : il a donné un livre à son frère ; — il accuse sa sœur d'imprudence.

Le régime des verbes passifs est de ou par : la souris est mangée par le chat; — un enfant doux et docile est aimé de ses parents.

Remarques. 1° On ne doit jamais employer par avec le nom de Dieu. On dit : les méchants seront punis de Dieii.

2o Les verbes passifs s'emploient souvent sans régime, comme : Borne fut plusieurs fois saccagée.

3» Quand le verbe passif, outre son régime, est suivi de la préposition de et d'un nom, on doit employer par pour le régime du verbe passif : votre conduite sera approuver', d'une commune voix par les personnes sages et éclairées.

Quelques verbes neutres sont sans régime , comme dormir. Mais beaucoup de ces verbes ont un régime marqua par la préposition à ou de : tout genre d'excès nuit à la santé; — il médit de tout le monde. Il y en a même qui ont ces deux régimes en même temps : il a demandé de vos nouvelles à votre frère.

Les verbes réfléchis ou pronominaux ont pour

GRAMMAIRE FRANÇAISE

régime les pronoms personnels me, te, se, nous, et vous. Or, ces pronoms sont quelquefois régime direct, comme dans : je rne flatte, c'est-à-dire ■»> flatte moi; tu te blesses, c'est-à-dire tu blesses toi : et quelquefois ils sont régime indirect : nous nous faisons une loi, c'est-à-dire : nous faisons à nous une loi; vous vous faites honneur, c'est-àdire : vous faites honneur à vous .

DU RÉGIMX:- VERBE.

Un verbe à l'infiniiif en restreint un autre, ou sans préposition, ou à l'aide des prépositions à ou de. Quelques verbes rejettent toute espèce de préposition avant! infinitif qu'ils régissent: tels sont: aller, aimer mieux, falloir, devoir, envoyer, daigner, laisser, oser, vouloir, pouvoir, etc, ; comme : aller chercher, laisser passer, il faut partir, il doit obéir, etc. 11 y en a d'autres qui veulent la préposition de avant l'infinitif qu'ils régissent ; tels sont : achever, affecter, conse'dler, craindre, s'assurer, promettre, etc. Êtes-vous assuré de le trouver'^ ne craignez-vous pas d'aller seul? me promettez-vous de changer? etc. Il y en a beaucoup qui veulent la pn>position à devarit l'infinitif; tels sont: oyoir, aimer, apprêter, conseMir, se plaire, parvenir, etc. J'ai à écrire; il aime à chasser; je consens à faire le premier pas; il se plaît à courir, etc. On s'efforce en vain de donner des règles snr ces régimes; comme l'usage les a seul fixés, une longue habitude de la langue peut aussi seule le| faire connaiire. Cependant pour faciliter cette connaissance , nous en donnons les différentes listes , d'après Lévizac.

VERBES

Qui régissent , sans préposition , l'infinitif qui les suit. (Ou qui 8C coustrulsent avec QUE.}

VERBES

Aimer mieux.

Espérer,

Daigner,

Aller,

Désirer Cv. 507),

Penser,

Yeuir,

Ecouter,

Prétendre,

EDvoyer,

Entendre,

Oser,

Déclarer,

Ouïr,

Devoir,

Dire,

Apercevoir,

Pouvoir,

Assurer,

Observer,

Savoir,

Publier,

Considérer,

Souhaiter, (v. 512

Rnpporter,

Épier,

Valoir mieux.

Affirmer,

Reconnaître,

Vouloir,

Avouer,

Paraître,

Falloir,

Confesser, .

Sembler.

Insinuer,

Déposer,

Yoir,

9 Se trouver,

Soutenir,

Regarder,

Témoigner,

ISier (v. 510],

S'imaginer,

Mener,

Croire,

Faire,

Retourner, etc.

Compter,

Laisser,

Qui régissent la préposition DE avant l'infinitif qui les suit.

Achever,

Affecter,

Affliger,

Arrêter,

Appréhender,

Attendrir,

Avertir,

S'abstenir,

S'apercevoir,

S'aviser,

S'Htniger,

S'attrister,

Blâmer,

Chagriner,

Censurer,

Cesser,

Charger,

Commander,

Choisir,

CoasciUer,

Convaincre,

Conclure,

Conjurer,

Convenir,

Contraindre,

Se charger.

Craindre,

Se consoler.

Désoler,

Détourner,

Défendre,

Dét'ourpger,.

Décharger,

Délibérer,

Déterminer,

Désespérer,

Dégoûter,

Différer,

Dire,

Di-convenir,

Se dé()écher.

Se deshabituer.

Se désaccoutumer.

Se lafser.

Empêcher,

Enjoindre,

Ecrire,

S'édifler,

S'effiayer,

S'ex«mpter,

S'épouvanter,

Embarrasser,

S'excuser,

Entreprendre,

Essayer,

S'efforcer,

Exiger,»

S'empresser,

S'enorgueillir,

S'étonner,

Etre suipris.

Enrager,

Se hâter.

Gronder,

Feindre,

Finir,

Gêner,

Haïr,

Inspirer,

Jurer,

Justifier,

Hésiter,

Juger à prq)os.

Jouir,

Se garder.

S'impatienter,

S'ingérer,

Se flatter,

S'indgner,

Mander,

Méditer,

■Notifier,

Négliger,

Menacer,

VERBES

Manquer,

Se consoler,

Reprendre,

Réprimander,

Résoudre,

Omettre,

Offrir,

Oublier,

Permettre,

Penu^der,

Plaindre,

Prier,

Supplier,

Presser,

Demander en grâce.

Tâcher,

Prescrire,

Présumer,

Prometlre,

Recommander.

Redoute#i-

Refuser,

Remercier,

Reprocher,

Proposer.

Sommer,

Soupçonner,

Se scandaliser.

Suffire,

Suggérer,

Se repentir.

Se ressouvenir.

Se soucier.

Se vanter,

Se retenir.

Se presser,

Se rebuter.

Se plaindre.

Se piquer, etc.

Qui régissent la préposition À devant l'infinitif qui les suit.

Avoir,

Engager,

Pardonner,

Èire,

Exci'er,

Parvenir,

Aimer,

Inciter,

Persister,

Enhardir,

S'exercer,

Se mettre.

Apprendre,

Exhorter,

Penser,

Enseigner,

Habituer,

Songer,

S'apprêter,

S'habituer,

Rester,

Autoriser,

Accoutumer,

S'occuper,

Chercher,

S'accoutumer,

S'engager,

Condiironer,

Incliner,

Se déterminer.

Contribuer

Perdre,

Se résoudre.

Inviter,

Porter,

S'exposer,

Demeurer,

Pousser,

Se préparer,

Tarder,

Adhérer,

Se disposer,

Destiner,

Aider,

S'opiniâtrer,

Donner,

Condescendre ,

S'obstiner,

Se disposer,

Se plaire.

Stt retrancher, ric.

Encourager,

S« déplaire,

DU VERBE

Ces seules indications devraient suffire ; car on ! ne peut guère poser de règles qui établissent lemploi des diverses prépositions ; il est tel v^rbe qui en régit trois et même quatre. C'est encore ici le bon usage et l'application qu'il faut prendre pour guide. Cependant, pour ne point laisser de lacune dans notre livre, et pour ne pas mériter le reproche d'en avoir retranché des choses qui peuvent paraître utiles à quelques personnes, nous ferons pour les verbes ce que nous avons fait pour les adjectifs , et nous donnerons le travail de Girault- Duvivier , nous réservant d'y faire les restrictions ou les augmentations que nous jugerons nécessaires.

VERBES

à l'infinitif régitsant un autre verbe sans le seeeurs d'une préposition.

Am!£r mieux :

Quoiqu'à peine à mes maux je puisse résister, J'aime mieux les souffrir que de les mériter.

Il n'y a rien que les hommes aiment mieux conserver, et qu'ils ménagent moins que leur p'opre vie. (La Bruyère.)

Aller, se mettre en mouvement pour faire quelque chose , ou servant à marquer les choses qui doivent ou qui peuvent arriver :

Je ne condamne plus n courroux légitime; Et l'on vous va , seigneur, livrer votre victime. (Racine , Andromaque.)

Compter. // compte partir demain.

(L'Académie.)

Croire. Il a cru bien faire.

On lit dans Pascal : Je croyais ne pouvoir prendre pour règle que l'Écriture et la tradition.

Dans Bossuet : Elle croyait servir l'état; elle crovait assurer auroi des serviteurs, en conservant à Dieu des fidèles.

Daigner :

Calliope jantais ne daigna leur parler.

(BOILEAU

Devoir : Si la bonne foi était exilée de la terre, elle devrait se retrouver dans le cœur des rois. {Paroles du roi Jean.)

Un seul jour perdu devrait nous donner. des regrets. (Massillobt.)

Entendre (dans le sens d'ouïr) ;

J'entends déjà partout les charrettes courir , Les maçons travailler , les boutiques s'ouvrir.

(BoiLEAn.)

Cependant, ainsi que le fait observer Féraud, entendre, en ce sens, n'a ce régime qu'à l'actif : j'ai entendu dire; il ne l'a pas au passif. Ainsi, au lieu de dire avec le P. Charlevoix : Ils furent entendus prononcer les saints noms de Jésus et de Marie; dites : on les entendit prononcer, etc.

Espérer. Ce verbe, employé à un temps autre que l'infinitif, se met le plus souvent sans préposition, quand il est suivi lui-même d'un verbe à l'infinitif.

...J'espérais y régner sans effroi :

Moines , abbés , prieurs , tout s'arme contre moi.

(BOILEAD.)

Il espèrt revivre eu sa postérité.

(Racine.)

Voltaire dans Zaïre, Fénelon dans Télémaque. Racine dans les Frères ennemis, et d'autres écrivains ont fait dans ce cas usage de ta préposition de, et cela ne peut pas être regardé comme une faute; mais ce qui en serait une, ce serait de ne pas s'en servir quand le verbe espérer est à l'infinitif, et que le verbe qui le suit immédiatement est aussi à l'infinitif, car alors cette préposition est impérieusement exigée.

Peut-on espérer de vous revoir aujourd'hui ?

(L'Académie.)

Faire : Calchas

Fera taire nos pleurs , fera parler les dieux.

(Racine, Iphigènie.)

Falloir. Ce verbe neutre, qui ne s'emploie jamais qu'à la troisième personne, se met sans préposition devant un infinitif.

Il faut être utile aux hommes pour être grand à leurs yeux. (Mas^illon.)

Laisser. Ce verbe devant un infinitif se prenfi souvent dans la signification de permettre; et alors il se met sans préposition.

Ou laissez-moi périr, ou laissez-moi régner.

(Corneille, Cinna.)

Oser :

// est beau rf'oser s'exposer à l'indignation du prince plutôt que de manquer à ses divoirs.

(Massillon.) Penser (croire) :

Un discours trop sincère aisément nous outrage ; Chacun dans ce miroir pense voir ^on visage.

(Boileav.) {Espérer, se flatter) :

Il pense voir en pleurs dissiper cet orage.

(Racine, ^ndromague.)

Pouvoir. Dans le sens neutre ou dans le sens actif, ce verbe, devant un infinitif, se met sans préposition:

Et qui peut immoler sa haine à sa patrie • Lui j^ourrait bien aussi sacrifier sa vie.

^ciNE, les Frères ennemis.)

r.oo

Prétendre {avoir imention , avoir desseiti) :

Je prétends vous traiter comme mon propre fils. (Racine, Ailiqlie.)

J.-B. Rousseau a donn-é à ce verbe la préposition de:

C'est par une humble foi , c'est par un amour tendre , Que l'homme peut prétendre D'honorer ses autels.

(Ode xvi , livre I.)

Mais ce régime n'est pas exact. L'Académie d'ailleurs ne le donne pas.

SAvoiR (avoir le pouvoir^ la force, l'adresse, l'habileté, le moyen) :

// n appartient qu'aux héros et aux génies sublimes de savoir être simples et humains.

(Massillon.)

Sembler :

Plus on s'élève, plus la félicité semble s'éloigner de nous. (Massillon.)'

Sentir [avoir le cœur touché , tâme émue) :

La Piété charmée

Sent renaître la joie en son âme calmée.

(BoiLEAU,ïe Lutrin.)

S'jmaginer [xe figurer quelque chose) :

Il s'imagine êire un grand homme.

(L'Académie.) Souhaiter ; Je souhaiterais pouvoir vous obliger. (L'Académie.)

Valoir mieux : lly a beaucoup d'occasions où il vaux mieux se taire que de parler.

(L'Académie.) Venir : Quand viendrez-vous nous voir?

( L'Académie.) Voir : Nous avons vu le règne le plus glorieux finir par des revers. ( Massillon.)

Vouloir :

p'oulez-yous du public mériter les amours ? Sans cesse, en écrivant, variez vos discours,

(BoiLEAU, Art poétique.)

GRAMMAIRE FRANÇAISE

VERBES

régissant un autre verbe à l'infinitif à l'aide de la préposition A.

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