‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 221 sur 279 · S'-ABAISSER · texte numérisé non relu

S'-ABAISSER

Et fait comme je suis, au siècle d'aujourd'hui , Qui voudra s'abaisser à me servir d'appui ?

(BoiLEAU , satire I.)

AiiOXiTin iCette vie si pénible, si sordidp, nhouth à grossir par de misérables épargnes un bien injuste. (Massillon.)

S'abuser. Gomme verbe pronominal , abuser se ditle plus ordinairement sans régime. Toutefois, Pjscal a dit : Il n'est pas possible dê^ s'abuser à prendre un homme pour un ressuscité.

S'accorder {être d'accord) :

Ils s'accordent tous à demander l'expulsion de Mazarin. (Voltaire.)

S'acharner : Ils s'acharnent fort à diffamer cette harangue. (La BRUVÈRii.)

S'aguerrir : // s'est aguerri à mépriser tout ce que les sens offrent de plus cher.

( Massillcn.)

Aider : Aidez-/«i à soulever son fardeau.

(L'Académie.)

Aimer {prendre plaisir à) '.L'homme n'aime point à s'occuper de son néant et de sa bassesse.

(Massillon.) Animer :

Votre rigueur les condamne à chérir

Ceux que vous animez à les faire périr. (Corneille.)

Nous ne conseillons pas d'imiter cet exemple :

S'animer : // s'anime à parle;-.

S'appliquer : // s'applique à discerner la cause du juste d'avec celle du pécheur. (Fléchier.) Apprendre :

Qu'en vous aimant, vos fils apprennent à vous craindre. (PiRON , l'École des Pères.)

Apprêter : Ils apprêtent à manger.

S'apprêter :

A suivre ce grand chef l'un et l'autre s'apprête. (BoiLEAU, le Lutrin.)

Aspirer :

Et monté sur le faîte il aspire à descendre.

(Corneille, Cijiua.)

Pascal a dit aspirer de : Elle n'aspire encore d'y arriver que par des moyens qui viennent de Dieu même. Mais il a voulu éviter un hiatus. — Girauit- Duvivier aurait dû ajouter que c'est un solecisiDC.

Assigner : On i'a assigné à comparaître à laprcmière audience.

S'assujettir {s'astreindre) : S'assujettir à gouverner un peuple , eic. (Fléchier.)

S'attacher {s'appliquer) : Je me suis attaché à rechercher la véritable cause de, etc.

(Pascal.)

{Prendre p'aisir) :

Le sort, dont la rigueur à m'accabler s'atfacftc. (Voltaire, Brutus.)

Attendre. L'Académie donne cet exemple :

DU VERBE

J'attends à partir qu'il fasse moins eliatid; mais elle ajoute aus^ôt : on dit plus ordinairement j'attends pour partir, etc.

Faudra-t-il sur sa gloire attendre à m'exercer Que ma Irerabianle voix commence à se glacer?

(BoiLEiU.)

S'attendre : Les mioiirants qui parlent dans leurs testaments, peuvent s'attendre à être écoutés comme des oracles. (La Bruyère.)

Toutefois Racine a employé de avec s'attendre :

Mes transports aujourd'hui s'aiiendaient d'éclater. {Britannicus , acte III, scène i.)

Il est fticile de voir qu'il a voulu éviter un hiatus : — nous ajoutons qu'il est encore plus facile de comprendre qu'il a fait un solécisme.

ATTENifeE {différer, remettre) : Ilya des hommes qui attendent à être dévots que tout le monde se déclare impie ou libertin. (La Bruyère.)

— Qui attendent pour eût été plus correct.

S'adgsienter :

L'allégresse du cœur s'augmente à la répandre. (Molière, l'École des femmes.)

Autoriser :

A ne vous rien cacher son amour m'autorise.

(Corneille , Héradius.)

S'avilir. L'Académie et les Grammairiens ne parlent pas du régime de ce verbe devant un infinitif; cependant il est certain qu'il demande la préposition à ;

La vertu s'ariîil à se justifier,

a dit Voltaire {Œdipe).

Et Gresset , parlant des froids censeurs ^ dit à sa muse :

Et, sans jamais f avilir à répondre, Laisse au mépris le soin de ks confondre.

— Nous croyons avec Girault-Duvivier qu'on peut se servir de celte préposition ; mais nous préférerions dire : s'avilit jusqu'à se justifier ; et : sans jamais f avilir jusqu'à répondre.

Avoir. Ce verbe sert à marquer l'état, la disposition , la volonté où l'on est de faire ce que l'infinitif du verbe signifie :

Vous avez à combattre et les dieux et les hommes. (Racine, Iphigénie.)

Balancer {être en suspens) :

Tandis qu'à me répondre ici vous balancez.

(Racine.) .

Borner, suivi d'un régime et d'un iufinitif, demande la préposiiion à : La religion n'a pas, comme la philosophie, borné toute sa gloire à essaijer de former un snge dans chaque siècle; elle en a peuplé toutes les villes. ( Massillon.)

(SYNTAXE). fîOI

Se borner : L'homme de bien est celui quin'est ni un saint ni un dévot, et qui s'est borné à n'avoir que de la vertu. (La Bruyère.)

Chercher {tâcher de) : L'homme du meilleur esprit parle peu, n'écrit point; il ne cherche poini à imaginer ni à plaire. (La Bruyère.)

Se complaire :

Dieu se complaît, ma fille, à voir du haut des cieux Ces grands combats d'un cœur sensible et vertueux. (Voltaire , Agathocle.)

Concourir (coopérer) : Toutes ces choses concourent à établir les livres divitis. (Bossuet.)

Condamner, suivi d'un infinitif, prend la préposition à, soit au propre, soit au figuré :

Est-ce qu'à faire peur on veut vous condamner? (BoiLEAU, satire X.)

Se CONDAMNER : Que serait la puissance des rois s'ils se condamnaient à en jouir tout seuls ?

(Massillon.)

Consentir. Le régime de ce verbe devant un infinitif, le plus conforme à l'usage, est la préposition à ;

La crainte dei supplices ou d'une mort prochaine ne put le faire consentir à payer de rançon pour lui. (Fléchier.)

Cependant, on trouve consentir de, dans Racine :

Césai lui-même ici consent de vous entendre.

{Britannicus.)

Je puis me plaindre à vous du sang que j'ai versé. Mais enfin je consens d'oublier le passé.

(Andromaque.) Dans La Bruyère :

Il cousent d'être gouverné par ses amis. De sorte qu'il paraîtrait que la préposition de peut très-bien être employée avec le verbe consentir, suivi d'un infinitif.

Devant un nom, la préposition à avec consentir est la seule qui soit autorisée.

Consister : La libéralité consiste moins à donner beaucoup qu'adonner à propos. (La Bruyère.)

— Disons-le encore : ce qui rend toutes ces règles presque inutiles, c'est qu'au même verbe s'adjoignent la plupart du temps des régimes différents; ainsi, vous dites bien,îlest vrai : letout consiste à savoir si...; mais vous dites aussi : la perfection de l'homme consiste dans le bon usage de sa raison] — en quoi faites-vous consister la sagesse? — cette différence consiste en ce que... Nous allons plus loin, nous affirmerons qu'il est dangereux de poser des règles, qui devraient toujours pnsstr pour principes, à côté de tant d'exceptions. Qu'on ne l'oublie pas, il n'y a que l'usage, et le sain usagée, qui puisse diriger dans l'emploi du régime

à donner à tous ces verbes. Mais continuons de parcourir Girault-Duvivier ; et afin que tout ce que nous écrivons dans cette Grammaire puisse profiter à nos lecteurs, discutons même sur la phrase que nous venons d'écrire : nous disons que nous allons continuer de parcourir Girault-Duvivier ; nous ouvrons l'Académie et nous y lisons : continuer à faire, à dire, de dire, de faire. Qu'inférer de tout ceci? c'est que, privés de règles générales, de principes certains , sur la matière que nous traitons, nous n'avons absolument rien qui puisse nous servir de guide ; ce n'est donc que par un exercice continuel que l'intelligence peut faire son profit du bon usage. Revenons :

Conspirer (contribuer) :

Tout m'afflige et me nuit et conspire à me nuire. ;Racine , Phèdre.)

Consumer {user, ruiner) :

Ce peu que mes vieux ans m'ont laissé de vigueur, Se consume sans fruit à chercher ce vainqueur.

(Corneille, le Cid.)

— Ce n'est point consumer , mais se consumer qu'il était question de mettre en scène , et son exemple même l'annonce; mais ondoitdire aussi, et nous ne citons que les exemples de l'Académie : se consumer en procès ; se consumer de tristesse et d'ennui; — se consumer dans les austérités; — se consumer sur un ouvrage.

Contribuer {coopérer) illya dans certains hommes une certainç médiocrité d'esprit qui contribue à les rendre sages. (La Bruyère.)

Convier :

Puisque mon roi lui-même à parler me convie.

(Racine, Estker.)

Toutefois l'Académie a mis : on l'a convié de s'y trouver; mais il nous semble qu'elle a mal fait de donner cet exemple, puisque là il y a un certain lieu où on le convie à se rendre, et que dans ce cas la préposition à est toujours la seule qui convienne.

— L'observation de Girault-Duvivier est trop raisonnable et trop sensée pour, que nous n'y applaudissions pas.

CoÔTER : Il n'y a rien qui coûte davantage à approuver et à louer que ce qui est le plus digne d'approbation et de louanges. (La Bruyère.)

Employé comme verbe unipersonnel, coÎLter prend de : le plus difficile est de donner ; que coûtet-il A'y ajouter un sourire? (La Bruyère.)

Il en coule bien moins de remporter des victoires sur les ennemis que de se vaincre soi-même.

(Massjllon.)

Déteruiner {porter, exciter, porter à une déterpûnation) : Ses amis^ malgré leurs peines et leurs

soins, ne purent jamais le déterminer à rester au milieu d'eux. (Barthélémy.)

Se déterminer : Dion s'était enfin déterminé à délivrer sa patrie du joug sous lequel elle gémissait.

(Barthélémy.)

Disposer (préparer, engager). Ce verbe, dans celte signification, deman(Je*la préposition à : Il y a dans le cœur de celui qui prie un fonds de bonne 'volonté qui le dispose à embrasser et à sentir la vérités (Fléchier.)

Se disposer :

A marcher sur mes pas , Bajazet se dispose.

(Racine , Bajazet.)

Être disposé {être préparé) :

Je vois qu'à m'obéir vous êtes disposée.

(RagUïe.)

Se divertir .' Il se divertit beaucoup à faire ajuster sa maison, et y dépense bien de Cargtnt. — Je me suis extrêmement divertie à méditer sur les caprices de l'amour. (M""* de Sévigné.)

Donner :

Je te donne à combsttre un homme redoutable.

(Corneille , le Cid ) Employer:

Emploijez mon amour à venger cette mort.

(Corneille, le Cid.)

JËNCOURAGER : •

Je cours à vous servir encourager son âme.

(Voltaire, Mahomet.)

Engager {déterminer var la persuasior à faire quelque chose) :

L'intérêt.qui fait tout , les pourrait engager A vous donner retraite, et même à vous venger.

(VOLTAIRB, le Triumvirat.)

Il aurait fallu : pourrait les engager...

Comme verbe pronominal, ce verbe prend la préposition à ou la préposition de, suivant que l'oreille et le goût le demandent :

Elle s'engagea par une promesse solennelle de faire toujours ce quelle croirait être de plus accompli. (Fléchier.)

— Nous répudions tout à fait pour notre compte la préposition de employée par Fléchier ; il fallait : elle s' engagea à faire. Quanta la locution : ce quelle croirmi être déplus accomp/t, qui termine la phrase, nous ne pensons pas qu'on puisse dire croire être de ; c'est tout au n>oins une manière de «'exprimer surannée.

A la suite de la citation de Fléchier, Girault-Duvivier nous met sous les yeux un bien meilleur exemple à suivre et qui est celui-ci :

Si tout ce qui reçoit des fruits de ta larges*} A peindre tes exploits ne doit point setigager.

(BOILEAU

Enhardir : Un premier succès enhardit à en tenter de nouveaux.

Enseigner :

Méchant, c'est bien à vous d'oser ainsi nommer Un dieu que votre bouche enseigne à blasphémer !

(Racinb , Athalie.)

S'entendre {se cormaiire à) : IL s'entend parfaitement à mener une intrigue.

S'étudier {s'appliquer, s'exercer à faire quelque chose) : Je m'étudie à chercher les causes secrètes de, etc. (BossuET.)

Page 1