S'-ABAISSER
Et fait comme je suis, au siècle d'aujourd'hui , Qui voudra s'abaisser à me servir d'appui ?
(BoiLEAU , satire I.)
AiiOXiTin iCette vie si pénible, si sordidp, nhouth à grossir par de misérables épargnes un bien injuste. (Massillon.)
S'abuser. Gomme verbe pronominal , abuser se ditle plus ordinairement sans régime. Toutefois, Pjscal a dit : Il n'est pas possible dê^ s'abuser à prendre un homme pour un ressuscité.
S'accorder {être d'accord) :
Ils s'accordent tous à demander l'expulsion de Mazarin. (Voltaire.)
S'acharner : Ils s'acharnent fort à diffamer cette harangue. (La BRUVÈRii.)
S'aguerrir : // s'est aguerri à mépriser tout ce que les sens offrent de plus cher.
( Massillcn.)
Aider : Aidez-/«i à soulever son fardeau.
(L'Académie.)
Aimer {prendre plaisir à) '.L'homme n'aime point à s'occuper de son néant et de sa bassesse.
(Massillon.) Animer :
Votre rigueur les condamne à chérir
Ceux que vous animez à les faire périr. (Corneille.)
Nous ne conseillons pas d'imiter cet exemple :
S'animer : // s'anime à parle;-.
S'appliquer : // s'applique à discerner la cause du juste d'avec celle du pécheur. (Fléchier.) Apprendre :
Qu'en vous aimant, vos fils apprennent à vous craindre. (PiRON , l'École des Pères.)
Apprêter : Ils apprêtent à manger.
S'apprêter :
A suivre ce grand chef l'un et l'autre s'apprête. (BoiLEAU, le Lutrin.)
Aspirer :
Et monté sur le faîte il aspire à descendre.
(Corneille, Cijiua.)
Pascal a dit aspirer de : Elle n'aspire encore d'y arriver que par des moyens qui viennent de Dieu même. Mais il a voulu éviter un hiatus. — Girauit- Duvivier aurait dû ajouter que c'est un solecisiDC.
Assigner : On i'a assigné à comparaître à laprcmière audience.
S'assujettir {s'astreindre) : S'assujettir à gouverner un peuple , eic. (Fléchier.)
S'attacher {s'appliquer) : Je me suis attaché à rechercher la véritable cause de, etc.
(Pascal.)
{Prendre p'aisir) :
Le sort, dont la rigueur à m'accabler s'atfacftc. (Voltaire, Brutus.)
Attendre. L'Académie donne cet exemple :
DU VERBE
J'attends à partir qu'il fasse moins eliatid; mais elle ajoute aus^ôt : on dit plus ordinairement j'attends pour partir, etc.
Faudra-t-il sur sa gloire attendre à m'exercer Que ma Irerabianle voix commence à se glacer?
(BoiLEiU.)
S'attendre : Les mioiirants qui parlent dans leurs testaments, peuvent s'attendre à être écoutés comme des oracles. (La Bruyère.)
Toutefois Racine a employé de avec s'attendre :
Mes transports aujourd'hui s'aiiendaient d'éclater. {Britannicus , acte III, scène i.)
Il est fticile de voir qu'il a voulu éviter un hiatus : — nous ajoutons qu'il est encore plus facile de comprendre qu'il a fait un solécisme.
ATTENifeE {différer, remettre) : Ilya des hommes qui attendent à être dévots que tout le monde se déclare impie ou libertin. (La Bruyère.)
— Qui attendent pour eût été plus correct.
S'adgsienter :
L'allégresse du cœur s'augmente à la répandre. (Molière, l'École des femmes.)
Autoriser :
A ne vous rien cacher son amour m'autorise.
(Corneille , Héradius.)
S'avilir. L'Académie et les Grammairiens ne parlent pas du régime de ce verbe devant un infinitif; cependant il est certain qu'il demande la préposition à ;
La vertu s'ariîil à se justifier,
a dit Voltaire {Œdipe).
Et Gresset , parlant des froids censeurs ^ dit à sa muse :
Et, sans jamais f avilir à répondre, Laisse au mépris le soin de ks confondre.
— Nous croyons avec Girault-Duvivier qu'on peut se servir de celte préposition ; mais nous préférerions dire : s'avilit jusqu'à se justifier ; et : sans jamais f avilir jusqu'à répondre.
Avoir. Ce verbe sert à marquer l'état, la disposition , la volonté où l'on est de faire ce que l'infinitif du verbe signifie :
Vous avez à combattre et les dieux et les hommes. (Racine, Iphigénie.)
Balancer {être en suspens) :
Tandis qu'à me répondre ici vous balancez.
(Racine.) .
Borner, suivi d'un régime et d'un iufinitif, demande la préposiiion à : La religion n'a pas, comme la philosophie, borné toute sa gloire à essaijer de former un snge dans chaque siècle; elle en a peuplé toutes les villes. ( Massillon.)
(SYNTAXE). fîOI
Se borner : L'homme de bien est celui quin'est ni un saint ni un dévot, et qui s'est borné à n'avoir que de la vertu. (La Bruyère.)
Chercher {tâcher de) : L'homme du meilleur esprit parle peu, n'écrit point; il ne cherche poini à imaginer ni à plaire. (La Bruyère.)
Se complaire :
Dieu se complaît, ma fille, à voir du haut des cieux Ces grands combats d'un cœur sensible et vertueux. (Voltaire , Agathocle.)
Concourir (coopérer) : Toutes ces choses concourent à établir les livres divitis. (Bossuet.)
Condamner, suivi d'un infinitif, prend la préposition à, soit au propre, soit au figuré :
Est-ce qu'à faire peur on veut vous condamner? (BoiLEAU, satire X.)
Se CONDAMNER : Que serait la puissance des rois s'ils se condamnaient à en jouir tout seuls ?
(Massillon.)
Consentir. Le régime de ce verbe devant un infinitif, le plus conforme à l'usage, est la préposition à ;
La crainte dei supplices ou d'une mort prochaine ne put le faire consentir à payer de rançon pour lui. (Fléchier.)
Cependant, on trouve consentir de, dans Racine :
Césai lui-même ici consent de vous entendre.
{Britannicus.)
Je puis me plaindre à vous du sang que j'ai versé. Mais enfin je consens d'oublier le passé.
(Andromaque.) Dans La Bruyère :
Il cousent d'être gouverné par ses amis. De sorte qu'il paraîtrait que la préposition de peut très-bien être employée avec le verbe consentir, suivi d'un infinitif.
Devant un nom, la préposition à avec consentir est la seule qui soit autorisée.
Consister : La libéralité consiste moins à donner beaucoup qu'adonner à propos. (La Bruyère.)
— Disons-le encore : ce qui rend toutes ces règles presque inutiles, c'est qu'au même verbe s'adjoignent la plupart du temps des régimes différents; ainsi, vous dites bien,îlest vrai : letout consiste à savoir si...; mais vous dites aussi : la perfection de l'homme consiste dans le bon usage de sa raison] — en quoi faites-vous consister la sagesse? — cette différence consiste en ce que... Nous allons plus loin, nous affirmerons qu'il est dangereux de poser des règles, qui devraient toujours pnsstr pour principes, à côté de tant d'exceptions. Qu'on ne l'oublie pas, il n'y a que l'usage, et le sain usagée, qui puisse diriger dans l'emploi du régime
à donner à tous ces verbes. Mais continuons de parcourir Girault-Duvivier ; et afin que tout ce que nous écrivons dans cette Grammaire puisse profiter à nos lecteurs, discutons même sur la phrase que nous venons d'écrire : nous disons que nous allons continuer de parcourir Girault-Duvivier ; nous ouvrons l'Académie et nous y lisons : continuer à faire, à dire, de dire, de faire. Qu'inférer de tout ceci? c'est que, privés de règles générales, de principes certains , sur la matière que nous traitons, nous n'avons absolument rien qui puisse nous servir de guide ; ce n'est donc que par un exercice continuel que l'intelligence peut faire son profit du bon usage. Revenons :
Conspirer (contribuer) :
Tout m'afflige et me nuit et conspire à me nuire. ;Racine , Phèdre.)
Consumer {user, ruiner) :
Ce peu que mes vieux ans m'ont laissé de vigueur, Se consume sans fruit à chercher ce vainqueur.
(Corneille, le Cid.)
— Ce n'est point consumer , mais se consumer qu'il était question de mettre en scène , et son exemple même l'annonce; mais ondoitdire aussi, et nous ne citons que les exemples de l'Académie : se consumer en procès ; se consumer de tristesse et d'ennui; — se consumer dans les austérités; — se consumer sur un ouvrage.
Contribuer {coopérer) illya dans certains hommes une certainç médiocrité d'esprit qui contribue à les rendre sages. (La Bruyère.)
Convier :
Puisque mon roi lui-même à parler me convie.
(Racine, Estker.)
Toutefois l'Académie a mis : on l'a convié de s'y trouver; mais il nous semble qu'elle a mal fait de donner cet exemple, puisque là il y a un certain lieu où on le convie à se rendre, et que dans ce cas la préposition à est toujours la seule qui convienne.
— L'observation de Girault-Duvivier est trop raisonnable et trop sensée pour, que nous n'y applaudissions pas.
CoÔTER : Il n'y a rien qui coûte davantage à approuver et à louer que ce qui est le plus digne d'approbation et de louanges. (La Bruyère.)
Employé comme verbe unipersonnel, coÎLter prend de : le plus difficile est de donner ; que coûtet-il A'y ajouter un sourire? (La Bruyère.)
Il en coule bien moins de remporter des victoires sur les ennemis que de se vaincre soi-même.
(Massjllon.)
Déteruiner {porter, exciter, porter à une déterpûnation) : Ses amis^ malgré leurs peines et leurs
soins, ne purent jamais le déterminer à rester au milieu d'eux. (Barthélémy.)
Se déterminer : Dion s'était enfin déterminé à délivrer sa patrie du joug sous lequel elle gémissait.
(Barthélémy.)
Disposer (préparer, engager). Ce verbe, dans celte signification, deman(Je*la préposition à : Il y a dans le cœur de celui qui prie un fonds de bonne 'volonté qui le dispose à embrasser et à sentir la vérités (Fléchier.)
Se disposer :
A marcher sur mes pas , Bajazet se dispose.
(Racine , Bajazet.)
Être disposé {être préparé) :
Je vois qu'à m'obéir vous êtes disposée.
(RagUïe.)
Se divertir .' Il se divertit beaucoup à faire ajuster sa maison, et y dépense bien de Cargtnt. — Je me suis extrêmement divertie à méditer sur les caprices de l'amour. (M""* de Sévigné.)
Donner :
Je te donne à combsttre un homme redoutable.
(Corneille , le Cid ) Employer:
Emploijez mon amour à venger cette mort.
(Corneille, le Cid.)
JËNCOURAGER : •
Je cours à vous servir encourager son âme.
(Voltaire, Mahomet.)
Engager {déterminer var la persuasior à faire quelque chose) :
L'intérêt.qui fait tout , les pourrait engager A vous donner retraite, et même à vous venger.
(VOLTAIRB, le Triumvirat.)
Il aurait fallu : pourrait les engager...
Comme verbe pronominal, ce verbe prend la préposition à ou la préposition de, suivant que l'oreille et le goût le demandent :
Elle s'engagea par une promesse solennelle de faire toujours ce quelle croirait être de plus accompli. (Fléchier.)
— Nous répudions tout à fait pour notre compte la préposition de employée par Fléchier ; il fallait : elle s' engagea à faire. Quanta la locution : ce quelle croirmi être déplus accomp/t, qui termine la phrase, nous ne pensons pas qu'on puisse dire croire être de ; c'est tout au n>oins une manière de «'exprimer surannée.
A la suite de la citation de Fléchier, Girault-Duvivier nous met sous les yeux un bien meilleur exemple à suivre et qui est celui-ci :
Si tout ce qui reçoit des fruits de ta larges*} A peindre tes exploits ne doit point setigager.
(BOILEAU
Enhardir : Un premier succès enhardit à en tenter de nouveaux.
Enseigner :
Méchant, c'est bien à vous d'oser ainsi nommer Un dieu que votre bouche enseigne à blasphémer !
(Racinb , Athalie.)
S'entendre {se cormaiire à) : IL s'entend parfaitement à mener une intrigue.
S'étudier {s'appliquer, s'exercer à faire quelque chose) : Je m'étudie à chercher les causes secrètes de, etc. (BossuET.)