S'ÉVERTUER
La rime est une esclave
Lorsqu'à la bien chercher d'abord on s'évertue. (BoiLEAD, Art poétique.)
— L'Académie ne donne aucun exemple de ce régime en à. // s'est évertué pour se tirer d'affaire, dit-elle ; nous croyons que s'évertuer pour est plus languissant que s'évertuer à. Du reste, l'un et l'autre se disent.
Exceller :
Il excelle à conduire un char dans la carrière.
(Racine, Britannicus.)
— Et excelltr dans? et exceller par Y et exceller en? Exceller en poésie; — ce jeune artiste excelle dans la peinture ; — elle excelle par son taltnt.
^ (L'Académie.)
Exciter ;
Ma gloire , mon repos , tout m'excife à partir.
(Racine, Britannicus.)
S'exciter : On s'excite à la pénitencefafin de s'exciter à glorifier le Père céleste. (Fléchier.)
Exhorter : Je vous exhorte, non pas à pleurer une reine, mais à imiter une bienfaitrice.
(Fléchier.)
S'exposer (se mettre en péril^ se mettre dans le cas dû).
Je m* expose à me perdre et cherche à vous servir. (Voltaire.) Se fatiguer :
Je me fatiguerais , à te tracer le cours Des outrages cruels qu'il me fait tous les jours. (Boileau.)
— Nous entendons dire aussi tous les jours : je me fatigue de l'avenir; dans ce cas, se fatiguer a le sens de trouver pénible.
S'habituer ;
La rime
L'esprit à la trouver aisément s'habitue. (BAlead.)
Haïr. Boileau s'est servi avec ce verbe, suivi dua infinitif, de la préposition à.
DU VERBE (SYNTAXE). 505
Tel, qui hait à se voir peint en de faux portraits, Sans chagrin voit tracer ses véritables traits. {Épitre IX.)
— L' Académie donne un exemple conforme à celui que Girault-Duvivier tire de Boileau ; hdir à travailler; mais on dirait très- bien aussi : je hais de travailler. Nous entendons tous les jours celle locution.
Se hasarder : Il se hasarda à passer les Alpes.
Quelques écrivains ont employé la préposition de; nous n'osons (c'est Girault Duvivier qui parle) ni condamner ni approuver ce régime, qui, au surplus, est peu usité. — Nous n'avons de préférence pour l'un ni l'autre de ces régimes; mais nous réparerons une omission du grammairien que nous commentons; il ne dit pas que l'Académie donne cet exemple : hasarder de faire une chose
Hésiter : Il n'hésita pcw à favoriser son évasion, au risque de s'en faire un^dangereux ennemi. (J.-J. Rousseau.)
Pourriez -vous donc penser
Qu'Éryphile hésitât à vous récompenser?
(Voltaire.) Instruire (1) :
Vous me donnez des noms qui doivent me surprendre. Madame; on ne m'a pas instruite à les entendre.
(Racine.) Intéresser (2) :
En vain vous prétendez, obstinée à mourir ^ Intéresser ma gloire à vous laisser périr.
(Racine.)
(1) En prose, on dit instruire par son exemple; mais plasieurs poètes oat employé de Offà.
Instrvisez-le d'exemple, et vous ressouvenez Qu'il faut faire à ses yeux ce que vous enseignez.
(COBNEILLE.)
Four s'insb-uire (f exemple en dépit de Linière.
Il m'instruijait d'exemple au grand art des héros.
(VOLTAIBK.)
Et dans quels lieux le ciel , mieux qu'au séjour d- s champs , Nous inutiuU-il d'exemple aux géuéreux penchants ?
(Delillk. L'hommt des champs, chant II.)
Et cette expression parait à Voltaire faire un très bel elTet.
(2) S'intéresser, être intéressé, ont des sens très-dilférents : l'un signifie prendre intérêt à quelque chose :
El pour moi jusque là votre cœur s'intéresse.
(Racine, Britannicus , acte V, scène 1.)
L'autre s'gnifie, avoir intérêt à xme chose :
liais pariiez-vous de moi quand je vous ai surpris? Dant vus secrets discours étais- je inle'ressée?
(RiCiNË, Bérénice, acte 11, scèue 4.)
Ainsi dans cette phrase : Fuyez les procès sur toutes choses-, souvent la conscience s'y intéresse, la santé s'y altère, les biens se dissipent. Il fallait y eti intéressée : l'affectation 4e la t «yoiétrie a peut-être produit ce contre -sens.
Inviter :
Qui pardonne aisément invite à l'offenser., (Corneille.)
Être invité : Le langage de l'amour n'étant pas comme aujourd'hui le sujet de toutes les conversations, les poètes en étaient moins invités à traiter cette passion. (Voltaire.)
Se lasser. Ce verbe, suivi d'un infinitif, paraîtrait pouvoir être employé avec la préposition à, aussi bien qu'avec la préposition de :
L'autre en vain, se lassant à pclir une rime. (Boileau.)
Auguste s'est lassé d'être si rigoureux. (Corneille.)
Ma bouche unie avec les anges
Ne se lassera point de chanter vos louanges. (L. Racine.)
— L'Académie a tort de ne donner aucun exemple de se lasser à.... On dit fort bien : se lasser à courir.
Mettre :
Admirateur zélé des ces maîtres fameux^ Je mets toute ma gloire à marcher après eux. (L. Racine.)
A croître nos malheurs le démon met sa joie j Lion terrible, il cherche à dévorer sa proie. {Le même.)
Se mettre :
Tous mes sots à la fois^ravis de l'écouter, Détonant de concert, se mettent à chanter. (Boileau.)
Montrer {enseigner) : La nouvelle méthode employée par des professeurs pour montrer à lire n'a pas eu, quelque bonne qu'elle soit, un très-grand succès. ( Girault-Duvivier. )
S'obstiner ;
L'Académie en corps a beau le censurer, Le public révolté s^ohstine à l'admirer.
(BOILEAD.)
Quand
Vous vous obstineriez à ne l'écouter plus. (Th. Corneille.) S'offrir :
Je m'offre à servir son courroux
(Voltaire.)
Je m'offre à vous venger
(Th. Corneille.)
— L Académie , d'accord en cela avec tout le monde , dit aussi : il offre de prendre ma maison.
Avoir peine :
On a peine à haïr ce qu'on a bien aimé. (P. Corneille.)
Pencher :
Je penche d'autant plus c lui vouloir du bien, Que, s'en voyant indigne, il ne demande rien. (C0RNELLI.E.)
Penser (songer à quelque chose) : Avez vous jamais pensé à offrir à Dieu toutes ces souffrances?
(Massillon.) {Avoir dessein) :
II pense à m'y traîner
(Voltaire.)
Persévérer : Il persévère à soutenir ce qu'il a dit. (L'Académie.)
..... Grands dieux, si votre haine Persévère à vouloir l'arracher de mes mains, Que peuvent devant vous tous les faibles humains ?
(Racine.) Persister :
Allons; et s'il persiste à demeurer chrétien.
(Corneille.) Se plaire :
Quel père de son sang se plaît à se priver ?
(Racine.)
Le Ciel dans une nuit profonde Se plaît à nous cacher ses lois.
(J.-B. Rousseau.)
Racine cependant a dit dans Esther (acte III, scène IX) :
Relevez, relevez les superbes portiques
Du temple où notre Dieu se plaît d'être adoré?
Mais, comme l'a fort bien fait remarquer d'Olivet, ce grand poète aurait dit : se plaît à être adoré, si l'hiatus ne l'en eût empêché.
Prendre plaisir :
Prenuent-i\s donc plaisir à faire des coupables. Afin d'en faire après d'illustres misérables ?
(Racine.) Se plier :
A fléchir sa fierté son amant se pliait.
Se préparer :
La terre compte peu de ces rois bienfaisants : Le Ciel à les former &e prépare long-temps. (Boileau.)
Prétendre dans le sens d'aspirer est neutre ; Caton , dans tous les temps ,' gardant son caractère. Mourut pour les Romains sans prètexdfe à leur plaire. (Voltaire.)
Que vois-je?— Votre époux. — Non, vousne l'ètespas, Non^Cassandre.... jamais n^ prétei<(lez à l'être. (Voltaire.)
Devant un nom^prétendrey dans le sens d'aspirer, se met également avec la préposition à ;
Auteurs qui prétendez aux honneurs du comique. (Boileau.)
DU VERBE (SYNTAXE)
J'obéis sans prétendre à l'honneur de l'instruire.
(Racine.)
Cependant quelques poètes ont cru pouvoir employer en ce sens le verbe prétendre comme verbe actif.
On lit dans Racine {Mithridate, acte I, scène 1) :
Il crut que, sans prétendre une plus haute gloire , Elle lui céderait une indigne victoire.
Et dans Voltaire {Rome sauvée, acte II, scène 6) :
Frappez, mettez en cendre
Tout cequiprétcurira l'honneur de se défendre.
Mais si l'on passe cette licence aux poètes, il est lertain qu'en prose elle ne serait pas tolérée. — U Académie dit : il prétend marcher en avant; il prétend donner la loi partout ; voilà certainement un sens actif; il aurait fallu en faire mention.
Provoquer : Provoquer à boire, provoquer à «« ^«'"-e. (l'Académie.)
Réduire {contraindre, obliger) :
Le sort vous a réduit à combattre à la fois Les durs Sidoniens et vos jaloux Cretois (Voltaire.) L'inexorable Aman est réduit à prier.
(Racine.)
Se réduire (aboutir, se terminer) : Tout ce discours se réduit à prouver que vous avez tort.
Renoncer :
Désormais renonçant à vous plaire.
(Racine.)
Répugner : Je répugne souverainement à faire ^^^^- (l'Académie.)
On dirait très-bien encore unipersonnelleinent il répugne de faire cela ; et avec l'Académie : il me répugne de vous entretenir d'un pareil sujet.
Se résigner : On se résigne aisément k souffrir un mal que tous les autres endurent.
{Pensée de Sénèque.)
Résoudre. — Nous lisons dans l'Académie : on a résolu d'attendre, et : je me résolus à demander.
Réussir :
Si par ton artifice »
Tu ne peux réussir à t'en faire un complice.
Risquer {courir des risques). Ce verbe régit la préposition à après un régime direct :
Songez qu'on risque tout à me le refuser. (Th. Corneille.)
Lorsqu'il est neutre, il régit la préposition de.
— Il aurait fallu donner des exemples : voilà ceux de C Académie : vous risquez de beaucoup
perdre, pour peu gagner : — Vous risquez de tomber.
Servir {être utile, propre, bon à quelque chose) : La modération que le monde affecte n'étouffe pas les mouvements de la vanité; elle ne sert qu'il les cacher. (Bossuet.J
U exemple des grands sert à autoriser la vertu.
(Massillon.)
Songer {penser, avoir quelque vue, quelque dessein, quelque intention) :
Je songe
^ régler mes désirs, à prévenir l'orage,
A sauver, s'il se peut, ma raison du naufrage.
(BOII.EAU
L'âge viril
Contre les coups du sort songe à se maintenir. (Le même.)
Suffire. Ce verbe régit à ou pour :
Souvent la raison svjfit à nous conduire.
(Voltaire.)
— L'espérance suffît pour rendre heureux. Suffire est quelquefois employé unipersonnelk-
ment, et alors il régit à ou de : Il suffit d'être malheureux pour être injuste.
Ne vous suffit-il pas dans la paix , dans la guerre , D'être xm des souverains sous qui tremble la terre? (Voltaire.)
Tarder (différer à faire quelque chose)
Si le sens de vos vers tarde à se faire entendre. Mon esprit aussitôt commence à se détendre.
(BOILEAU
— Dans ce sens l'Académie permet de dire tarder de, mais elle ajoute que l'usage préfère tarder à... Nous enchérirons sur elle en disant que c'est le bon goût qui doit faire pencher pour l'un ou pour l'autre.
Employé unipersonnellement, tarder, qui ne se dit alors que pour marquer que l'on est dans l'impatience de quelque chose, régit de, quand c'est un infinitif qui suit ; il me larde d'achever mon ouvrage.
Tendre : Les tendresses inexprimables de Marie-Thérèse tendaient toutes à inspirer à son fils la foi, la piété, la crainte de Dieu.
(BOSSDET.)
Tenir {avoir pour but) :
Il tient à finir lui-même cet ouvrage.
(l'Académie.) Ne tient-il qu'à marquer de cette ignominie Le sang de mes aïeux qui brille dans Junie ?
(Racine.)
Travailler : // travaillait à purifier son cœur, non pas à polir son esprit. (Mas,sillon.)
Je travaWe à la perdre, el la perds à regret. (Corneille.)
Trembler. L'Académie dit :
Trembler de froid ;
Trembler comme la feuille ;
Je tremble d'avouer ;
Je tremble pour vous;
Toute la terre tremblait devant lui.
— Grammairiens, osez donc poser des règles, en fait de régime ! S'il est vrai qu'on dise je tremble d' avoua' , on dirait très-bien aussi : je tremble rien que d'y penser, ou rien qu'à y penser.
Viser : Il visait à ce but. (L'Académie.)
VERBES
régissant un auite verbe à l'infinitif à l'aide de la ptépocition DB.
S'abstenir : Abstenez-vous de nuire à votre ennemi. (Massillon.)
accuser : Les courtisans de Darius accusaient Daniel d'avoir violé les lois des Perses.
(Massillon.)
Être accusé : Socrate fut accuse de nier les dieux que le peuple adorait. (Bossuet.)
S'accuser : S'accuser d'avoir rompu le jeune.
(Pascal.) Achever :
Vérité que j'implore, achève de descendre.
(Racine.)
Affecter {faire ostentation de quelque chose) ;
Pour éblouir les yeux la fortune arrogante Affecta d'étaler une pompe insolente.
(Boileau.)
{Prendre quelque chose à tâche) : Nov^ affectons soutenl de louer avec exagération des hommes assez médiocres. (La Bruyère.)
Être affligé : Je suis sensiblement affligé de voir que votre colique ne vous quitte point.
(Voltaire.)
S'affliger : On ne s'est jamais peut-être avisé de s'affliger de n'avoir pas trois yeux, mais on est inconsolable de n'en avoir qu'un,
(Pascal.)
Agir, employé nnipersonnellement, et alors servant à maïqui r de quoi il est question, demande la préposition de devant un infinitif:
// ne sait plus parler quand H s'agit de deman- \ der. (Fléchier.)
Être bien aise : Le monde, tout monde qu'il
est, est pourtant bien aise d'avoir des gens de bien pour défenseurs et pour juges,
(Massillon.)
Ambitionner : La duchesse de Mazarin, à qui l'on ambitionnait de plaire. (Voltaire.)
AppArtenïé : Ce verbe s'emploie quelquefois nnipersonnellement, et alors il régit de devant un verbe à l'infinitif, et devant les noms :
// n'appartient qu'à la religion d'instruire et de corriger les hommes. (Pascal.)
// n'appartient qu'aux femmes de faire lire dans un seul mot tout un sentiment. (La Bruyère.)
Noble affabilîté, charme toujours vainqueur, Il n' appartient qu'èi vousrfc triompher d'un cœur.
(J.-B. Rousseau.) S'applaudir :
Je m'applaudissais de retrouver en vous ,
Ahisi que les vertus, les traits de mon époux. (Voltaire.)
Appréhender : Elle appréhendait d'abuser des miséricordes de Dieu. (Fléchier.)
Avertir :
Souffrez quelques froideurs sans lee faire éclater ; Et n'avertisses point la coUr de vous quitter.
S'aviser : Notre esprit est si bizarre qu'il s'avise de /ouej' morts des gens qu'il dénigrait vivants,
(La Bruyère.) Blâmer :
Je ne puis te blâmer (Tavoir fui l'infamie. (Corneille.)
Briguer {rechA-cher avec empressement). Suivi I d'un nom et d'un infinitif, ce verbe régit de :
J'ai brigué pour mon sang, pour le héros que j'aime, L'honneur de commander dans ce péril extrême. (Voltaire.)
BrAler {être possédé dun violent désir) :
.....Voici cet étranger Que nos tristes soupçons brûlaient d'interroger. (Voltaire.)
Cesser :
Grand roi, cesse de vaincre, ou je cesse d'écrire. (Boileau.) ,
Charger (^dofiner commission) : Elle nous a chargés de vous témoigner l'impatience que, etc.
(Fléchier.)
Se charger {prendre le soin d'une chose) : H se chargea de les défendre. (Massillon.)
Choisir {opter) :
Choisis de leur donner ton sang ou de l'encens. (Corneille.)
Commander {ordonner, enjoindre quelque chose à quelqu'un) :
Il commande aa soleil d'animer la natare.
Conjurer :
Ils conjuraient ce Dieu de veiller sur vos jours.
(Racine.) Conseiller :
Je lui conseillerais de s'assurer d'un autre. (P. Corneille.)
DU VERBE (SYNTAXE). 507
sirer, devant un infiniiif, est suivi de la préposition de, lorsqu'il exprime un désir dont l'accomplissement est incertain, difficile, ou indépendant de la volonté : désirer de réussir ; — il y a longtemps que je désirais de vous rencontrer i — je désirais bien d'en être débarrassé! — Quand, au contraire, il exprime un désir dont l'accomplissement est certain ou facile, et plus ou moins d(?pfndant de la volonté, il s'emploie sans la prépo&iiion de : je désire le voir; l'entendre : — elle désire vous parler.
Se contenter : Ceu^ que vous outrages se contentent d'offrir à Dieu leurs gémisseynents.
(Pascal.)
Convenir, dans le sens d'être expédient, être à propos, nes'emploie guère qu'unipersonnellement, et alors il prend de :
J'ai conmiandé qu'on porte à votre père Les faibles dons qu'il convient de vous faire. (Voltaire)
Avoir coutume. Voyez ce que nous disons au SiOt accoutumer.
Craindre :
Sans cesse on prend le masque, et,quittant la nature, On craint de se montrer sous sa propre figure.
Dédaigner :
Ce cœur, c'est trop vous le celer.
N'a point d'un chaste amour dédaigné de brûler.
(Racine.)
Défendre {prohiber) :
Le désolé vieillard, qui hait la raillerie, Lui défend de parler, sort du itl en furie.
(Boileau.)
Remarquez que ce verbe prend la conjonction que avec le subjonctif, et non pas la préposition de, quand, au lieu d'un nom ou pronom pour régime indirect, il a la proposition suivante pour seul régime :
Mais mon père défend que le roi «e hasarde.
(Racine.)
Se désaccoutumer : // se désaccoutume un peu de jurer. (i,' Académie.)
Désespérer : Salomon désespéré de trouver cette femme forte. (Fléchier.)
Désirer : Désirer de faire quelque chose; désirer faire quelque chose. Bossuet, La Bruyère, Fléchier, Racine, Thomas, Voltaire et Buffon ont fait usage avec ce verbe de la préposition de avant un infinitif; cependant nombre d'écrivains l'ont retranchée : mais l'Académie , Féraud , Gaitel , et beaucoup de Grammairiens modernes, sont d'avis qu'il vaut mieux s'en servir. — Voici la règle de l'Académie, et nous conseillons de la suivre : dé-
Détester ; Je déteste rester long-tempg à table est aussi bien dit que : je déteste de rester longtemps à table. — L'Acadéinie ne se prononce en aucune façon sur ces locutions : nous préférons, le second exemple au premier, par analogie avec la construction des verbes appréhender, dédaigner,etc.
Devoir :
Je dois à sa mémoire
De vous moHtrer le bien que vous avez perdu. (Voltaire.)
' — L'Académie dit encore et avec raison ; on se doit à soi-mêine de respecter les bienséances, — Je me devais de faire cette démarche.
Différer [remettre à un autre temps) :
Différer d'être heureux après son inconstance,
C'est montrer, etc
(Th. Corneille.)
Cependant plusieurs écrivains ont préféré la préposition à avec ce verbe; mais l'Académie ne laisse pas le choix, et en effet la préposition de est beaucoup plus en usage.
Dire [ordonner, conseiller) :
Dites au roi, seigneur, de vous l'abandonner.
(Racine.)
Quand on veut donner au verbe dire le sens de faire connaître, apprendre, il faut se servir de la conjonction qu£ et de l'indicatif :
Cette jeune beauté
Nous dit qxi'eWe nous cache une illustre princesse.
Vous portez, madame, un gage de ma foi.
Qui vous dit tous les jours que vous êtes à moi.
(Le même.)
Disconvenir : Vom ne sauriez disconvenir de m' avoir dit... (l'Académie.)
Discontinuer : Il ne discontinue pas de parler.
Dispenser [exempter ; affranchir) : Il demande qu'on le dispense de condamner un innocent.
(Massillon.j
Se dispenser : Nou^ ne pouvons nous dispenser d'imiter ses vertus. (Massillon.)
Et le soin de sa gloire à présent la dispense . De se porter pour vous à cette violence.
(COKNEILLE.)
Se disculper : Il s'est disculpé d'avoir fait son discours trop long. (La BauviRE.)
Dissuader : On l'a dissuadé de commettre cette faute.
Douter {être dans l'incertitude) :
Ils n'osent plus douter de nous avoir surpris. (Corneille.)
(Hésiter) ;
Pourriez- vous un moment douter de l'accepter?
Cette acception est très-rare 5 et ne doit pas être imitée, surtout en prose.
Empêcher : La crainte de faire des ingrats ne Ca jamais empêché défaire du bien.
(Fléchier.) Empêcher demande que le nom de personne soit en régime direct; ainsi l'on dira : on nous empêche d'entrer; mais on ne dira pas : on nous empêche l'accès de cette maison; dites ; on nous interdit l'accès de cette maison. (Voltaire.)
Voilà un homme bien empêché à rendre seê
comptes, que donne V Académie, est une locution un peu surannée.
Avec s'empêcher on fait aussi usage delà préposition de :
Il ne saurait s'empêcher déjouer, de médire.
(l'Académie.)
Entreprendre : Ils entreprirent en vain de régler les mœurs et de corriger les hommes par la force seule de la raison. (Massillon.)
S'ÉTONNER : L'univers s'étonne de trouver toutes les vertus en un seul homme.
(Bossuet.)
— Ce verbe a bien d'autres régimes encore : ne vous étonnez pas s'il en use de la sorte; — je m'étonne que vou^ n'ayex pas prévu cet accident, dit l'Académie.
Être étonné : Le général, étonné de voir balancer la victoire, (Massillon.)
Devant un nom, étonné demande aussi la préposition de; cependant Yi-ltaire a dit dans Sémiramis (acte V, scène 1):
La nature étonnée à ce danger funeste.
Voici l'opinion de La Haï pe à l'occasion de cette expression : on dit étonné de , et non pas étonné à, si ce n'est dans cette phrase : étonné à la vue, à l'aspect; et il est évident qu'étonné à ce danger
GRAMMAIRE FRANÇAISE
signifie étonné à la vue de ce danger, ci la précision poétique est dans tous ses droits. — La poésie avait elfeciivement des droits, et des droits fort mal fixés du temps de La Harpe; mais nous ne iuiaccordons plus maintenant la même tolérance: on dit parfaitement bien étonné à la vue, mais on ne permettrait plus de dire, étonné à ce datiger; il faudrait : étonné à la vue de ce danger.
Enrager : Il enrage de voir son ennemi dans ce poste. — On dit très-bien aussi enrager dans sa peau ; enrager contre quelqu'un ; il n'enrage pas pour mentir, exemples tirés de l'Académie.
Éviter :
Un vers était trop faible, et vous le rendez dur. J'évite d'être long, et je deviens obscur.
(BoiLEAU.)
— Il aurait fallu ajouter que éviter s'emploie neutralement , et que dans ce cas on dit : éviter au vent, à la marée.
Excuser (omis par Girault-Duvivier ) Il l'a excusé auprès du roi : — Excuser quelqu'un de faire une chose. (l'Académie.)
S'excuser {donner des raisons pour se disculper, pottî' se justifier de faire, d'avoir fait une chose) :
Et vous vous excusez de m'avoir fait heureux.
(Racine.)
S'excuser sur un autre, qui a le sens de se disculper en rejetant la faute sur un autre^ aurait dû être mentionné ici.
Feindre :
11 feignait de m'aimer, je l'aimais en effet. (Th. Corneille.)
Du temps de Corneille, de Molière, feindre s'employait dans le sens d'hésiter, et alors il demandait^ de même que ce verbe, la préposition à ;
Tu feignais à sortir de ton déguisement.
(Molière.)
— Feindre , est toujours en usage dans le sens de hésiter : je ne feindrai pas de vous dire ; — il n'a pas feint de lui déclarer; — il ne feignit pas de l'aborder ; exemples de l'Académie : on ne dit donc plus feindre à....
Féliciter {faire compliment sur un succès, sur un événement agréable). L'Académie ne donne à ce verbe que la préposition de pour régime, soit qu'il se trouve devant un verbe à l'infinitif , soit qu'il se rencontre devant un nom; cependant on dit : féliciter quelqu'un sur quelque chose.
Je ne sais qui est l'auteur des vers latins ; mais je le félicite, quel qu'il soit, sur le goût qu'il a, sur son harmonie, et sur le choix de sa bonne latinité.
(Voltaire.)
L'Académie a réparé celte omission , car nous
DU VERBE (SYNTAXE)
lisons dans son édition de 1835 : je l'ai félicité sur son mariage.
Se féliciter {s'appliquer, se savoir bon gré) : Je me félicite d'avoir fait un si bon choix.
(l'Académie.)
Les peuples se féliciteront d'avoir un roi qui lui ressemble. (Massillon.)
Se flatter [tirer vanité d'une chose) :
S'est-il flatté de plaire, et connaît-il l'amour ?
(Voltaire.)
— Il se flatte qu'on aura besoin de lui est une locution dont il aurait aussi fallu tenir compte. Frémir : 0
Je suis du sang des dieux, et je frémis d'en être.
(Voltaire.) Et déjà tout confus, tenant midi sonné, En soi-même frémit de n'avoir point dîné. (Boileau.)
— Ne dirait-on donc pas : on frémissait rien qu'à l'entendre parler? Nous soumettons cette question à messieurs de {"Académie.
Avoir garde : Il n'a garde de tromper, il est trop homme de bien. (l'Académie.)
Je n'ai garde à son rang défaire un tel outrage. (Corneille.)
// n'a garde d'aller avouer cela, ce serait faire tort, etc. (Molière.)
Prendre garde. On dit : "prenex garde de tomber; mais quand l'infinitif qui suit est accompagné d'une négation, on dit : prenez garde à ne pas tomber.
Prenez garde à ne pas trop vous engager dans cette affaire. (La veaux.)
Se garder :
Gorcfcs-vous d'imiter ce rimeur furieux.
(Boileau.)
Les poètes sont en possession d'employer garder neutralement, au Ùeu du verbe pronominal se g arder .
Aux dépens du bon sens garâkz de plaisanter. (Boileau.)
Gardez de négliger
Une amante en fureur qui cherche à se venger.
(Racine.)
On trouve aussi dans Molière, dans Crébillon, dans Voltaire, et dans d'autres poètes, des exemples d'un semblable usage , de sorte qu'il parait que l'on peut se servir en vers de cette expression ; mais en prose, la suppression du pronom ne serait pas autorisée.
On dit aussi ; gardcTi qu'on ne vous toie, (l'Académie.)
Gémir
Il gémit en secret de perdre ce qu'il aime.
Se glorifier : Tant qu'Alexandre eut en tête un si grand capitaine, il put se glorifier d'avoir vaincu un ennemi digne de lui. (Bossuet.)
Rendre grâce :
Je rends grâces aux dieux de n'être pas Romain. (Corneille.)
Hasarder :
// vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent.
(Voltaire.)
Nous donnerons avec l'Académie uu autre régime que nous trouvons dans cet exemple : je me hasarderai à faire cette proposition.
Se hAter : Hàtons-nous de purifier notre cœur.
(Bossuet.) Avoir honte :
J'ai honte de montrer tant de mélancolie. (Corneille.)
Mais on dit : il y a de la honte à se conduire ainsi. ,
Imputer. Ce verbe , suivi d'un nom et d'un infinitif, prend la préposition de :
Endurer que l'Espagne impute à ma mémoire Z)'avoir mal soutenu l'honneur de ma maison. (Corneille.)
S'indigner, et non pas Indigner :
Tous ces rois dont le sang, dans nos veines transmis, S'indigtm si longtemps de nous voir ennemis.
S'ingérer :
Tenez, dites à voire maître
Qu'il ne s'ingère pas d'oser écrn e encor. (Molière.)
Inspirer : Dieu se plaît à récompenser ceux à qui il inspire de le servir. (Fléchier.)
Quant à l'exemple qui suit , cité par le même auteur, il y a confusion ou erreur dans son esprit :
C'est nous inspirer presque un désir de pécher. Que montrer tant de soin de nous en empêcher.
(Molière.)
De pécher ne dépend nullement du verbe inspirer; c'est le complément de un désir. Le régime de c'est est que montrer pour que de montrer, par une licence poétique.
Jurer {affirmer par serment, promettre fortement) :
Oui, nous jurons ici pour nous, pour tous nos frères, De rétablir Joas au trône de ses pères.
{Athalie, acte IV, scène 5.)
Méditer : Il y a longtemps que je médite de l'ott* écrire. (Voltaire.)
Se mêler i/occuper de) :
Un gros fermier qui fait le petit maître, Fait l'inconstant, se mêle d'être un fat.
Menacer {être un pronostic, pronostiquer) :
On me menace,
Si je ne sors d'ici, de me bailler cent coups. (Molière.)
{Il est à craindre que) :
La discortie en ces lieux menace de s'accroUre. (Boileau.)
Mériter {être assez important pour) :
. . .Cette ressemblance où son courage aspire Mérite mieux que toi de gouverner l'empire. (Corneille.)
{Être digne de, se rendre digne dé) :
Plus vous me commandez de vous être infîdèle. Madame, plus je vois combien vous mérilez De ne point obtenir ce que vous souhaitez.
(Racine.)
Mourir {figurément et par exagération) :
J'y cours.
Madame, et meurs déjà d'y consacrer mes jours. (Corneille.)
— Cet emploi de mourir pour mourir d'envie, de désir, nous parait un peu suranné ; nous n'en trouvons pas d'exemples dans les auteurs coi reets.
Négliger :
Un auteur n'est jamais parfait Quand il néglige d'être aimable.
(Bernis.)
Nier. Ce verbe, suivi d'un autre verbe , régit de et l'infinitif, lorsque le verbe régi se rapporte au sujet de la phrase :
Il a nié d'avoir prétendu deux voix dans le consistoire, (J.-J. Rousseau.)
// nie d'ovoir dit cela. (La veaux.)
Dans le cas contraire, on emploie que avec le subjonctif : Je ne nie pas que vous ne soyez fondé.
(l'Académie.)
On ne peut nier que cette vie ne soit désirable.
(BOSSUET
Ordonner :
Mon père avec les Grecs m'ordonne de partir. (Racine.)
GRAMMAIRE FRANÇAISE
-— Selon nous, ordonne que je parte pourrait également se dire. On tro-uve , en poésie surtout, beaucoup d'exemples de ce verbe, sans régime indirect,construitavec le pronom que et le subjonctif.
Quelle voix salutaire ordonne que je vive. Et rappelle en mon sein mon âme fugitive ?
(Racine.)
Ainsi Voltaire , qui a dit dans Oreste, acte III , scène 4 :
II règne , c'est assez ; et le ciel nous ordonne
Que, sans peser ses droits, iittus respections son trône;
aurait dit en prose : le Ciel nous ordonne de reS' pecler, ou le Ciel ordonne que nous respections.
Pardonner^
Je lui pardonne De préférer les beautés De Paies et de Pomone Au tumulte des cités.
(J.-B. Rousseau.)
Parler {déclarer son intention, sa volonté) :
J'ai su que ce traître d'amant
Parlts de m' obtenir par un enlèvement. • (Molière.)
Permettre {tolérer) : Dieu permit aux vents et à la mer de gronder. (Fléchier.)
Quoi! i>our ver-ger un père, est-il jamais permis De livrer sa patrie aux mains des ennemis ? (Corneille.)
Persuader : On lui a persuadé de se marier.
(l'Académie.) Avoir peur :
As-tu peur de mourir?
(Corneille.)
Se piquer {se glorifier de quelque chose) :
Je ne me pique point du scrupule insensé De bénir mon trépas quand ils l'ont prononcé.
(Racine.)
Se plaindre •
Je le plains de m'aimer, si je m'en dois vengeance.
Je te plains d* tomber dans ses mains redoutables.
(Racine.) Se faire un PLiJSiR :
Je me suis fait tin pîaistr nécessaire
De la voir chaque jour, de l'aimer, de lui plaire.
(Racine.) Prescrire :
Tu m'as prescrit tantôt de choisir des victimes. (Th. Corneille.)
Ce hardi suborneur
Avant tout aux mortels prescrit de se venger. (Boileau.)
Presser :
Je ne te presse pins, ingrat, d'y consentir.
(Racine.)
Se presser :
On obéit, on se presse (Féorire.
(BOILEAU
Présumer :
Cessez àeprèsxtmer
Mes vers, de voir en foule à vos rimes glacées Courir, l'argent en main, les lecteurs empressés.
(BOILEAU
Prier :
Je le prie, en mourant, (f épargner mes douleurs.
(Racine.)
Prier signifie inviter y convier à... on l'a prié à dîner ; mais on dit encore à peu près dans ce sens: il s'est fait prier pour chanter.
(l'Académie.)
Promettre ;
Je promets d'observer ce que la loi m'ordonne. (^thaliey acte IV, scène 5.)
Se promettre : Qui peut se promettre d'éviter, dans la société des hommes, la rencontre de certains esprits vains, légers, familiers, délibérés, qui sont dans une compagnie ceux qui parlent, et qu'il faut que les autres écoutent ? {La. Bruyère.)
Proposer [mettre une chose en avant pour (examiner, pour en délibérer) :
Proposer au snltan de te céder le Nil.
(Boileau.)
Se proposer {avoir le dessein, former le detsnn): Il se propose de vivre désormais dans la retraite.
(l'Académie.)
Protester. L'Académie donne à ce verbe, suivi d'un infinitif, la préposition de : Il lui protesta de ne l'abandonner jamais.
Et Molière, dans l'Avare (acte V, scène 5), a dit : je proteste de ne prétendre rien à tous vos biens.
Quoi qu'il en soit, Féraud est d'avis que la conjonction que est plus correcte ; et Laveaux, qui pense de même, donne pour motif que protester, emportant, dans l'idée de celui qui emploie cette expression, quelque chose d'assuré, d'immanquable, qui bannit tout doute, toute incertitude, rejette alors la préposition de, puisqu'elle marque par elle-même doute , incertitude , contingence. — Nous nous rangeons à l'avîs de ces deux Grammairiens, et nous pensons que r^icadémie aurait dû supprimer dans la sixième édition l'exemple cité plus haut.
Punir :
...Le ciel me punit d'avoir trop écouté D'un oracle imposteur la f^osse obscurité.
(Voltaire.)
DU VERBE (SYNTAXE)
Être rassasié
Nous nous lassons de tout, nos plaisirs ont leur fin ; Et riicmme n'est jamais rassasié de vivre.
(L. Racine.) Être ravi :
Je sais ta passion , et sois ravi de voir
Que tous ses mouvements cèdent à ton devoir.
(Corneillb.)
— On emploie souvent aussi après ce verbe la conjonction que avec le subjonctif ; je iuiarai;! qu'il ait gagné son procès. (l'Académie.)
Kebuter (décourager) ; Ne vous rebutez pas faire du bien aux hommes. — G irault-Du vivier aurait dû n'offrir qu'avec quelque réserve cette construction peu usitée. Rebuter, dans le sens qu'on lui donne ici ne s'emploie qu'absolument; on dit : te grandtravail le rebute; — les troupes étaient rebutées; prenez garde de ne pas trop gourmander ce cheval , vous le rebuterez; mais V Académie ne donneaucUn exemple de ce mot suivi d'un infinitif; et noua croyons qu'elle a laison , malgré ce vers de Crébillon, cité encore par Girauit-Duvivier :
Ce héros rebuté d'avoir tant combattu.
{Idoménée, acte IV, scène 5.)
Recommander {exhorter quelqu'un à faire quel' que chose) : Recommandez à vos enfants de fuir le vicCy d'aimer la vertu. (l'Académie.)
Refuser {rejeter une offre, une demande) :
.... Pégase pour eux refuse de voler.
(Boileau.)
On dit cependant : il lui a refusé à dîner ; mais c'est parce que, dans ces phrases, l'expression à dîner n'est pas un véritable infinitif, mais nn sub« stantif : i^ lui a refusé le dîner, les choses nécessaires pour dîner. On dirait de même : il lui a re* fusé à manger. — Nous pensons que Girauit-Duvivier est peut-être allé chercher trop loin son explication relative à l'exemple : i^ lui a refusé à dîner ; à quoi bon venir nous dire que à dîner est ici un substantif et non pas un véritable infinitif? Puisque ['Académie permet de dire : il lui a refusé à manger, à boire, à coucher, etc., employant parfaitement bien ces mots comme infinitifs avec la préposition à, nous ne voyons aucun inconvénient à admettre dans la même catégorie la première locution à dîner.
Regretter : Quelle gloire pour un roi d'être sûr que, dans un temps à venir, les peuples regretteront de n'avoir pas vécu sou4 son règne l ^
(Massillon.)
Avoir regret l'erreur.
Tai regret de vous voir dans (l'Académie.)
Se réjodir : Je me réjouis de lui apprendre celle bonne nouvelle. (l'Académie.)
Se repentir ;
Trop tard, dans le naufrage,
Confus, on se repent d'avoir bravé l'orage.
(BOILBAU.)
Se reprocher :
Ne mereproche point de tromper ma patrie.
(Voltaire.)
Résoudre. Quand ce verbe est employé activement et signifiant décider une chose, il régit de avant un infinitif : Madame la dauphine vit toutes les dimensions de sa croix, et résolut de s'y laisser attacher sans se plaindre.
(Fléchier.)
Dieu résolut enfin, terrible en sa vengeance, D'abymer sous les eaux tous ces audacieux.
(Boileau.)
Quand il est employé passivement, il prend à
ou de :
Après tant de malheurs, le ciel enfin propice Est résolUf ma fille, à nous rendre justice. (P. Corneille.)
Vous êtes résolu d'abandonner Bysance.
(Campistron.)
Et quand il est pronominal, il demande la préposition tt :
Résous-toi, pauvre époux, à vivre de couleuvres.
(Boileau.)
Quelquefois à céder ma fierté se résout.
( Th. Corneille. )
Il est vrai de dire que l'on trouve dans de trèsbons écrivains des exemples de l'emploi de se résoudre avec la préposition de. Quoi qu'il en soit, l'Académie, Trévoux, Féraud et Maugard ne laissent pas le choix.
Se résoudre de se perdre, dit Voltaire, est un solécisme ; on dit : je me résous à; je résous de; il est résolu à; il a résolu de.
Rire :
Je riais de le voir avec sa mine étique,
Son rabat jadis blanc, et sa perruque antique.
(BOiLEAU.)
Rougir :
Je rougissais dans l'âme
De me voir obligé d'accuser ce grand cœur.
(Voltaire.)
Seoir (être convenable). Ce verbe, dont l'infinitif n'est plus en usage, ne s'emploie que dans certains temps, et toujours à la troisième personne du singulier ou du pluriel.
Employé unipersonnellement, et suivi d'un infinitif, il régit de :
GRAMMAIRE FRANÇAISE
Il te sied bien d'avoir, en de si jeunes mains . Chargé d'ans et d'houneurs, confié tes desseins !
(Racine.)
// te sied bien est ironique dans cette phrase.
Quelquefois cette expression se dit en bonne part :
C'est à toi, Lamoignon
Qu'il stcd bien d'y veiller pour le maintien des lois.
(BOILEAU
Avoir soin.
Même elle avait encor cet éclat emprunté
Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage.
{Athalie, acte II, scène 5.) Prendre soin :
Le maître qui prit soin d'instruire ma jeunesse Ne m'a jamais appris à faire une bassesse.
(Corneille.)
Sommer : On a sommé le gouverneur de se rendre.
Souffrir (permettre) :
Je souffre encore
D'être déshonoré par celle que j'adore.
(Corneille.)
L'Académie dit aussi : je souffre à l' entendre; je souffre de, offre un sens différent.
Souhaiter ;
Qui vous a dit que, malgré mon devoir,
Je n'ai pas quelquefois souhaité de vous voir ?
(Racine.)
Quelques écrivains mettent avec ce verbe l'infinitif t{ui le suit sans préposition : il ne souhaitait être son collègue que pour être son disciple.
(Vertot.)
// souhaitait avec passion de s'emparer de sa personne et de ses trésors. (Rollïn.)
Et l'Académie donne cet exemple : Je souhaiterais pouvoir vous obliger.
Soupçonner. Ce verbe se joint à un infinitif par la préposition de. On dit soupçonné d'avoir, et non pas soupçonné avoir.
Soupçonner, renfermant dans l'idée qu'il présente quelque chose de vague, d'incertain, d'indéterminé, exige nécessairement, dans ce cas, la préposition de. Il ne faut donc pas imiter Roilin qui a dit ; il eut l'audace de déférer tous ceux qu'il soupçonnait avoir eu du penchant à secourir Persée. (Féraud et Laveaux.)
Se souvenir (s'occuper d'une chose) :
Souvenez-vous surtout de répondre de lui.
Suffire :
•^ L'Académie dit : il suffit de vous dire et il
DU VERBE
suffît que je vous dise ; mais elle écrit encore : ce domestique ne saurait suffire à servir tant de "personnes; — la plus léyère contrariété suffit pour l'arrêter. Girauli-Duvivier aurait pu parler ici de ces ditïérents régimes.
Suggérer : C'est la religion qui lui a suggéré de faire cette belle oeuvre.
Supplier : Je vous su^tpHe, sage Pluton,dem' expliquer fort au long ce que vous pensez de l'amitié.
(BOILEAU
Être surpris {être étonné) :
Il fut surpris de se voir mépriser.
(Voltaire.)
— Mais dans le sens de prendre quelqu'un sur le faitfSurpreîidredeïDAnàeà : je l'ai surpris à me dérober de l'argent. (Académie.)
Prendre k tAche : Avex-vous pris à tâche de vie contredire sur tout? (L'Académie.)
Tenter {essayer) :
Mon nom deviendra cher aux siècles à venir, Pour avoir seulement tenté de vous punir. (Voltaire.)
Etre tenté {avoir une extrême envie) : Je fus bien tenté de lui répondre. (L'Académie.)
Trembler ( craindre, appréhender, avoir grand' peur) : Je tremble d'auouer. (L'Académie.)
// faui donc que je tremble de revoir Nelson.
(Marmontel.)
Sa main tremblait de blesser ce beau corps. (Voltaire.)
CependantThomas Corneille et Racine ont donné à ce verbe la préposition à pour régime:
Je frémis de la perdre et tremble à m'y résoudre. {Le Comte d'Essex, acte III, scène 2.)
Je tremble à vous nommer l'ennemi qui m'opprime. {Mithridate, acte I, scène 2.)
Mais Féraud est d'avis que de est préférable ; et, en effet, puisque, avec le verbe craindre, cette préposition est toujours employée, pourquoi trembler, dans cette signification , ne prendrait-il pas le même régime?
Se trouver {avoir sujet d'être....) :
Vous vous trourcff s bien de les avoir suivis, (Th. Corneille.)
Se vanter : Le monde se vante de faire det heureux. (Massillon.)
VERBES
régissant un autre Verbe à l'infinitif à l'aide de la pré* position A ou de la préposition DE.
i.es verbes qui changent de signification, selon
qu'ils sont suivis de la préposition à ou de la préposition de, et d'un infinitif, sont : accoutumer, commencer, continuer, défier, s'efforcer, être, laiS' ser, s'occuper, manquer, obliger, oublier, risquer, tâcher, essayer, et venir.
Accoutumer, employé activement, et suivi d'un infinitif, régit la préposition à : // ne faut pas a<> coutumer les peuples à prendre les rênes, à msermurer.
Et l'indigne prison où je suis renfermé, A la voir de plus près m'a même accoutviué.
(Racine.)
Employé pronominalement, il régi Laussi la préposition à ;
// est bon de s'accoutumer à profiter du mal, à supporter les outrages de la fortune, à souffrir la vérité.
Descends du haut des ciemc, auguste vérité,
Que l'oreilie des rois s'accoutume à t'entendre.
(Voi-taire.)
Mais employé neutralement, dans ie sens d'avoir coutume, ce verbe, devant un infinitif, demande la préposition de : Elle joignait à l'ambition assez ordinaire à son sexe, un courage et une suite de conseils qu'on n'a pas accoutumé d'y trouver.
(Bossuet.)
• — On dirait plus ordinairement aujourd'hui : qu'on n'a pas coutume d'y trouver.
Joint à être, il demande à ; Les rois sont accoutumés à avoir des gens chargés de penser pour eux,
(Fléchier.)
Commencer. Ménage, Bouhours, Thomas Corneille, Wailly et l'Académie admettent avec ce verbe à ou de pour régime:
Je commence à rougir de mon oisiveté.
(Racine.)
Ses transports dès long-temps commencent d'éclater
(Racine.)
Et beaucoup d'écrivains l'ont employé ainsi. — Nous préférerions dans ce vers commencent à éclater.
Mais Marmontel et Laveaux établissent, entre commencer à et commencer de, une distinction qui nous paraît très-judicieuse;
Commencer à, disent-ils, désigne une action qui aura du progrès, de l'accroissement vers un but :
Le sommeil sur ses yeux commence à s'épancher. (Boileau.)
J'adore le Seigneur, on m'explique .«a loi ; Dans son livre divin on m'appreiid à la lire ; Et déjà de ma main je commence à Vécvlre.
(Racine.)
Commencer de peint une action préserilce comme
GRAMMAIRE FRANÇAISE
pouvant ou devant être continuée jusqu'à la fin,
et,non comme tendant à un but.
Puisque j'ai commencé de rompre le silence.
Albe, où j'ai commencé de respirer le jour. (Corneille.)
Ainsi, l'on dit d'un enfant : il commence à parler, à marcher, etc.; et d'un orateur : il commença de parler à quatre heures, et ne finît qu'à dix.
Continuer demande à devant un infinitif, lorsqu'on veut exprimer qu'une chose est faite sans interruption; et de, lorsque Ton veut exprimer qu'elle se fait avec interruption, en la reprenant de temps en temps. On doit donc dire : continuez à bien vivre, parce qu'il ne s'agit pas de cesser de bien vivre ; et : continuez de vous former le style, plaiôt qu à vous for merie style, parce que le travail nécessaire pour se former le style est évidemment interrompu et repris.
Continuer à exprime le terme où aboutit la continuité ; continuer de présente le résultat.
(Makmontel.)
Cette différence entre ces deux expressions semble |tre consacrée par les écrivains : Sésosiris continuait de me jegarder d'un oeil de complaisance. (Fénelon.) ^
Pensez-vous que Calchas continue à se taire ?
(Racine.)
Quoique j'aie à me plaindre de Madame, je continue de la voir; elle continue de m'écrire.
(Racine.j
Défier, signifiant provoquer, faire un défi, rép,it de : Je l'ai défié de boire. (L'Académie.)
— 11 y a nécessairement ici une faute typographique qui aura échappé à l'auteur que nous commentons.
Signifiant exciter, aiguillonner, inciter, inviter, il régit de : Je vous défie de m'oublier jamais.
(L'Académie.)
Je défiais ses yeux de me troubler jamais.
(Racine.)
— lu Académie dit : défier quelqu'un à la paume , aux échecs, à boire, et c'est ce régime de la préposition à que Girault-Duvivier a voulu indubitablement indiquer. Ce qui nous surprend le plus, c'est qu'il cite encore cet autre exemple :
J'ose le défier de me pouvoir surprendre.
( Molière, iEv'ole des IHaris.)
— Mais nous satisferons tout le monde en disant que l'Académie tolère les deux prépositions.
S'efforcer. Ce verbe, signifiant employer toute !P force à faire quelque chose, prend la préposition
à : Ne vous efforcez point à parler. — // s'est efforcé à courir. - (L'Académie.)
Elle dit aussi s'efforcer de soulever un fardeau; ce verbe prend donc les deux prépositions à et de.
Dans le sens (^'employer toutes ses facultés inf^/leciuelles pour parvenir à une fin, il prend à aussi bien que de. Vby. Tacher, essayer.
Et ce lâche attentat n'est qu'un trait de l'envie, Qui s'efforce à noircir une si belle vie. (Corneille.)
Ah ! l'on s' efforce en vain de me fermer la bouche.
Être. Wailly etFéraud sont d'avis queco verbe joint à ce, régit à ou de devant un infinitif, mais que l'oreille et le goût doivent être consultés pour le choix de l'une de ces deux prépositions. Ainsi ils veulent que l'on préfère de, quand le verbe à l'infinitif commence par une voyelle : c'est à nous d'obéir, et non pas c'est à nous à obéir ; ou bien encore, pour éviter la rencontre de plusieurs à ; C'est à lui de se conformer à la volonté des magistrats, et non pas : c'est à lui à se conformer.
Il nous semble que c'est à vous à éveille l'idée de tour :
C'est à vous à faire.
(L'Académie, au mot faire.)
C'est à mon tour à parler.
(L'Académie, au mot parler.)
C'est à vous à parler après moi.
(Domergce.)
Et c'est à vous de, une idée de droit, ou encore une idée de devoir : C'est au maître de parler, et au disciple d'écouter (1). (Domergue.)
C'est aux lecteurs de toutes les nations de prononcer entre l'un et l'autre. (Voltaire,)
Ma fille, c'est à nous de montrer qui nous sommes,
(Racine.)
Laisser, dans la signification de transmettre, prend la préposition à devant un infinitif :
Va, ne me laisse point un héros à venger. (Voltaire.)
Dans la signification de cesser, s'abstenir, dis" continuer, et avec la négative , laisser, devant un
(t) Laveaux s'exprime autrement, et son opluion mérite d'èlre mise sous les yeux de nos lecteurs.
Il faut, »lil ce Grammairien , employer à , lorsqu'il s'agit d'une actiou à faire par le sujet ; et de, lorsque le sujet ue doit pas agir, mais rester seuUmeut dans un état passif.
Ainsi l'on dit bien, c'est an mailre à parler, parce qu'il est question d'une action que doit faire le maitre; c^est a« disciple d'écouter, parce que le disciple doit rester dans un état passif; dans ce dernier cas, de n'est pas là pour éviter l'hiatus, ce que l'on ne doit janiais faire aux dépens de la prépi isition, mail il est mis pour marquer l'état.
DU VERBE (SYNTAXE)
infinitif, se met avec la préposition de : Lorsqu'il semblait céder, il ne laissait pas de se faire craindre. (Fléchier.)
Manquer. Dans le sens de ne pas faire ce que l'on doit à l'égard de quelqu'un ou de quelque chose, ce verbe demande la préposition à devant un infinitif : On mésestime celui qui manque à remplir ses devoirs. (VVailly.)
Dans le sens d'omettre, oublier de faire quelque chose, il demande la préposition de :
Qui cherche Dieu de bonne foi ne manque jamais de le trouver. • ^Bossuet.)
Dans le sens de faillir, être sur le point de, on se sert aussi de la préposition de, quoique le sens soit affirmatif : // a manqué de tomber.
(L'Académie, Trévoux et Féraud.)
S'occuper. On dit s'occuper à, et s'occuper de. Le premier se met avec les verbes, le second avec les substantifs.
On ne peut pas toujours travailler, prier, lire : Il vaut mieux s'occuper à jouer qu'à médire.
(BOILEAC.)
Tandis que tout s^occupe à me persécuter,
(Raciwe.)
L'homme n'aime pas à s'occuper de son néant, de sa bassesse. > ■ - (Massillon.)
Dans les jours de trouble et de deuil, on se renferme tout en soi-tiiême et l'on s'occupe de sa douleur. (Fléchier.)
L'Académie dit s'occuper de son jardin, et s'occuper à son jardin. Le second exemple ne' peut être bon que comme phrase elliptique : s'occuper à son jardin, c'est s'occuper à travailler à son jardin. On peul' s'occuper de son jardin, sans s'occuper à son jardin. — C'est aussi noire avis, et Girault-Duviviera tort d'insinuer que ce n'est pas l'opinion de l'Académie. Ceile-ci dit s'occuper d& son jardiny danslesens d'ypenser,(\'en avoir la tête remplie; et elle dit s'occuper à son jardin, dans le sens d'y trava'iller. 11 nous reste eiicor c à relever Girault-Duvivier, sur ce qu'il avance qu'on dit s'occuper à avec les verbes , et s'occuper de avec Ils substantifs. L'Académie ne tranclie point ainsi la question , et nous croyons qu'elle a raison. Elle dit fort bien , selon nous ; Il s'occupe de détruire les abus. C'est une affaire de sens, et nullement une affaire d'emploi dé verbe ou de substantif.
Obliger. Dans le sens d'imposer l'obligation de dire ou dn faire quelque chose, ce verbe prend à ou de : La loi naturelle nous oblige à honorer phre et mère. (Barthélémy.)
Dieu notis a caché le moment de notre morl,pour nous obliger d'avoir attention à tous les moments de fiQtr^vi^^ (La RocHEFOiJCAuip,)
Cependant notre opinion est que à vaut mieux.
Dans le sens de rendre service, faire plaisir, il ne veut être suivi que de la préposition de : Vous m'obligerez beaucoup de me recommander à mes juges.
(L'Académie.) '
Avec le passif, de est également la préposition que l'on doit préférer : Uété, les Groénlandais ne sont guère plus à l'aise que l'hivei\ car ils sont obligés de vivre continuellement dans une éternelle fa- ' niée, afin de segarantirde lapiquredes moucherons.
(BuFFON.)
Observez que quand obliger ne marque qu'un devoir moral, il se dit des personnes, et non pas des choses.
Ainsi l'on dira avec Boileau :
Un chrétien
Est obligé rf'aimer l'unique auteur du bien, Le Dieu C[ui le nourrit, le Dieu qui le fil naître. (Épitre XII.)
Ou bien : l'on est obligé d'obéir aux lois divines et humaines. — On est obligé de travailler à réprimer sec passions. Maison ne dira pas : La jeunesse est obligée d'avoir du fespect pour les personnes âgées, mais la jeûneuse doit avoir du respect, etc.; ou bien : un jeune homme est obligé, etc.
De même, au lieu de dire : La critique est obligée d'être sévère, lorsqu'un livre contient des maximes coniraires à la morale; dites : là critique doit être sévère, eu un critique est obligé d'être, etc.
Oublier. On dit oublier à, quand on a perdu l'usage, l'habitude de faire une chose que Ion faisait ordinairement ; et l'on dit oublier de, quand il s'agit d'un manque de mémoire. Ainsi, on oublie à danser, à lire, en ne dansant pas, en ne lisant pas; et l'on oublie d'aller dans un endroit , parce qu'on ne s'en est pas ressouvenu.
Ces nuances délicates n'ont pas toujours été observées par les écrivains même les p!us corrects; en effets on lit dans Boileau : J'oubliais à vous dire que les libraires me pressent fort de donner une nouvelle édition de mes œuvres; âu lieu de j'ouMiais de vous dire, etc. L'Académie dit encore : je n'ai rien oublié pour le persuader.
Risquer. Dans le sens de hasarder, mettre en danger, ce verbe, suivi d'un infinitif, demande la préposition de : Vous risquez de tomber.
(L'Académie.)
Ils risquent de tout perdre pour faire périr un seul homme. (Massillon.)
On dit encore; Vous risquez qu'on vous vole votre argent. (L'Académie.)
Dans le sens de courir des risques, il est actif, et il demande la préposition à ; Vous risquez tout à prendre ce parti, — L'Académie ne fait p9|
mention de l'emploi de celle dernière préposition; c'est à ton. — C'est pour en prenant,
TÂCHER. Ce verbe prend à, quand il signifie mser à ; autrement , quand le sens a plus de rappoct.au but qu'aux efforts : Il lâche à ni embarrasser. (L'Académie.)
L'un tâche à l'émouvoir -par des images affectées de sa misère, l'autre, etc. ('Fléchier.)
Je m'excite coutre elle, et tdche à la braver.
(Racine.)
Par ces mots étonnants (elle) tdche à le repousser.
(BOILEAU
— \J Académie suit en effet ce principe ; mais cet emploi de la préposition à avec ce verbe nous paraît avoir un peu vieilli : et pour ne citer que les exemples de V Académie, nous doutons qu'on se plaise figurément à dire aujourd'hui : Je vois *bien que vous tâchez à m' embarrasser; — il tâche à me nuire; on dira plus souvent : je vois bien que vous lêichezde ni embarrasser ; il ikche de me nuire. Du moins la plupart des écrivains modernes
ne se servent plus que de la préposition de en pareil cas.
Quand il exprime les efforts que l'on fait pour venir à bout de quelque chose, ou, en d'autres termes, lorsqu'il indique plus particulièrement les efforts mêmes que le but auquel ils tendent, il prend de : Je tâcherai de le satisfaire., — Je lâcherai d'oM^/ie/- cette injure. (L'Académie.)
Tâchez dans ce dessein de l'affermir vous-même.
(Racine.)
Et sur ses pieds en vain tâchant de se hausser.
(BOILEAD.)
Essayer , dans le sens de viser à, ou bien dans le sens de faire ses efforts pour venir à bout de quelque chose, demande les mêmes régimes. Ainsi 1 on dira avec Laveaux : Ce musicien essaie à jouer les morceaux les plus difficiles ; avec l'Académie : essayer à marcher ;
avec P. Corneille :
Essayez sur ce point à le faire parler;
et avec Voltaire : -
Tremble; son bras s'essaie à frapper ses victimes;
parce que, dans ces phrases, le sens a plus de rapport au but qu'aux efforts.
Mais aussi l'on dira : Cet homme faible et valétudinaire a essayé de se lever, de marcher,
(Laveaux.) On essaie de secouer le joug de la foi ;
(Massillon.) parce que le sens indique plus particulièrement les efforts que le but auquel ils tendent. On voit
GRAMMAIRE FRANÇAISE
par les exemples que nous citons , qu'elle dit ; essayer à et essayer de dahs le même sens.
Venir. Ce verbe régit l'infinitif sans préposition, quand cet infinitif a rapport au lieu oîi l'Sn arrive :
Oui, je viens dans son temple adorer l'Éternel. '
(Racine.)
Que devant Troie en Qarame Hécube désolée Ne vietme pas pousser une plainte ampoulée.
(BOILEAU
Il veut rinfini|if ave(Ja préposition de, quand il se rapporte au lieu que l'on quitte ; quand il marque un temps passé depuis peu : // ne vient que de partir.
Il vient en m'embrassantde m'accepter pour gendre
(Racine.)
En yenir régit à avant les noms et avant les verbes : Ils en vinrent aux reproches. — JSous en vînmes enfin à discuter la grande question,
(Féraud.)
VERBES
régissant un autre verbe à l'infinitif à l'aide de la préposition A ou de la préposition DB, d'après l'oreille et le goût.
Contraindre : Deux horribles naufrages contraignirent les Romains d'abandonner l'empire de la mer aux Carthaginois. (Bossuet.)
// a fallu une loi pour régler l'extérieur de l'avocat, et le contraindre ainsi à être grave et plus respecté, (La Bruyère.)
Elle a
Exigé qu'un époux ne la contraindrait point A traîner après elle un pompeux équipage.
(Boileau.) Si ses exploits divers Ne me contraignaient pas de voler à toute heure Au bout de l'univers.
(Racine.)
— U Académie veut en effet qu'on puisse dire contraindre à ou de faire quelque chose. Cependant on ne dirait pas : la ville fut contrainte à, mais de se rendre, distinction que n'établit pas l'Académie.
Demander : On ne voujt demande pas de vous récrier : C'est un chef-d'œuvre! (La Bruyère.)
Combien de fois demandai- 1- elle au Ciel d'approcher sa fille du trône! etc. (Fléchier.)
Ses yeux baignés de pleurs demandaient à vous voir.
(Racine.)
Je vou^ demande de m'écouter.
(L'Académie.)
-S'empresser : Tout s'empresse à leur persuader qu'ils sont, etc. (Massillon.)
Tout l'univers
S'empresse à l'effacer de votre souvenir.
(Racine.)
Je vois comme on s^empressi à condamner leur choix.
(Voltaire.)
Vos généreuses mains s'empressent d'effacer Les larmes que le Ciel me condamne à verser.
(Voltaire.)
Forcer : Ce dernier jour où la mort nom forcera cfe confesser toutes nos erreurs.
(BOSSUET
Jusqu'à ce jour l'univers en alarmes
Me forçait d'admirer le bonheur de vos armes.
(Racine.)
Cet ascendant malin qui vous force à rimer.
.... Forces votre père à révoquer ses vœux.
(Racine.)
Que d'embarras! que de difficultés ! et il n'y a point de maître qui puisse les aplanir , grâce à l'incurie inconcevable de l'autorité académique!
Laveaux donne, pour le choix qu'il y a à faire de la préposition à ou de la préposition de, un motif qui doit aider beaucoup l'écrivain. On doit, dit ce Grammairien, employer la préposition à lorsqu'il y a un but marqué hors de la personne qui agit ; et lorsque le but n'est pas marqué, c'est de la préposition de que l'on doit faire usage.
Ainsi l'on dira : je m'empresse de marcher, décrire, de répondre, parce qu'on ne voit pas un but marqué hors de la personne qui agit ; et : je m'empresse à le secourir, à le consoler, parce qu'ici le but est marqué hors de la personne qui agit ; on s'empresse d'arriver à un but, savoir : le secourir, le consoler. — Voilà un bon principe à suivre.
— Lévizac , prévoyant sans doute que l'exposé de ces difficultés ne pourrait qu'accroître les embarras, s'est contenté des quelques remarques qui suivent :
DU VERBE (SYNTAXE). Si7
bandonner à d'autres cette entreprise; — il commençait à demander de vos nouvelles.
Il serait trop dur de dire : il me force à abau' donner à ; — il commençait de demander de (1).
Remarque. Commencer régit quelquefois par : si vou^ voulex réussir à réformer les autres, commencez par vous réformer vous-même.
Les verbes qui régissent à ou de, selon le sens qu'on leur donne, sont : s efforcer, tâcher, participer, manquer, tarder, prier, et êire.
Quand s'efforcer signifie employer toute sa force, il prend à : ne vous efforcez point à parler ; mais il prend de, quand il signifie employer son indus trie pour parvenir à une fin : chacun doit s'efforcei d'acquérir des connaissances.
Quand tâcher signifie viser à, il prend à : vous tâchez à m'embarrasser par des arguments captieux. Mais il prend de, quand il signifie faire tous ses efforts pour parvenir à une tin : tachons de mériter Testime des honnêtes gens.
Participer signifiant avoir part,. y eut à devant le nom qui le suit : c'est participer en quelque sorte au crime, que de ne pas l'empêcher quand on le peut. Mais il prend de, quand il signifie tenir de la nature de : les pierres dont on tire l'alun pariicipenl delà nature du plomb.
Manquer, accompagné d'une négation, veut de : les malheureux ne manquent jamais de se plaindre. Mais s'il est sans négation , il veut à, à moins qu'il ne soit mis pour peu s'en faut. On dit : vous avez manqué à faire ce que je vous avais recommandé : mais on doit dire : il a manqué de tomber, c'est-à-dire : peu s'en est fallu qu'il ne soit tombé.
Tarder, employé comme verbe personnel , veut à ; on attribue la perte de la bataille à ce que l'aile droite a tardé à donner. Mais il veut de, quand il s'emploie unipersonnellement : il me tarde de le voir.
Quand prier a pour régime un de ces quatre verbes : déjeuner, dîner, goûter, souper, et qu'il s'agit d'une invitation formelle, il veut à devant
Il y a, dit-il , des verbes qui prennent à ou de, selon que l'oreille l'exige , ou selon le sens qu'on leur donne.
Ceux qui prennent à ou de, selon que l'oreille l'exige, sont : commencer, continuer, contraindre, engager, exhorter, forcer, manquer, obliger.
Remarque. De ces huit verbes, continuer, contraindre, obliger et forcer, prennent à ou de; commencer et manquer veulent ordinairement de, et engager et exhorter se construisent communément avec à.
Règle. On doit, après ces verbes^ employer à quand on veut éviter la répétition de plusieurs de, et employer de lorsqu'on veut éviter ou un hiatus, ou ia répétition de plusieurs à. // me force d'a-
le verbe : il m'a envoyé prier à diner. Mais il veut avant ces verbes la préposition de, qu'il régit toujours, s'il s'agit d'une invitation de hasard: j'entrai chez lui comme il allait se mettre à table, et il me pria de dîner. Cette distinction est de Ménage. — Elle ne nous satisfait pas complètement : pourquoi ne pas établir une règle bien plus simple qui pourrait être celle-ci ? Prier signifiant inviter à voudrait à : prier quelqu'un à diner ; et prier signifiant demander avec instance, voudrait de ; pr'tez-le de venir.
(1) Nous ne partageons pas absolument cette opinion,parce qne l'une on l'autre de ces prépositions ne pourrait pas tou jours s'employer indifférerameat.
GRAMMAmE FRANÇAISE.
su KÉGiMx-nroia.
Un verbe peut régir deux noms à la fois; mais c'est toujours sous des rapports différents. L'un de ces noms est l'objet immédiat de l'aciion exprimée par le verbe ; c'est ce que nous avons nomme régime direct. Mais le second est le terme de l'action : c'est ce que nous avons appelé régime indirect. Or, ce régime est précédé de la préposition à, s'il s'agit du but où tend l'action; et de la préposition de, s'il s'agit du terme d'oii celle action vient ou commence. Dans cette phrase : je préfère le repos dont je jouis à tous les plaisirs d'un monde bruyant; le mot repos est l'objet de l'aciion exprimée par le verbe je préfère; et ces mots à tous les plaisirs en sont le but.
I« Règle. Un verbe ne peut pas avoir en même temps deux régimes directs; et par conséquent, •lorsqu'un verbe a deux régimes, il faut qu'il y en ait un précédé de la préposition à ou de, ou même d'une autre.
Les couleurs même se soutiennent encore parmi les ruines de cet admirable édifice, et y conservent leur vivacité ; tant l'Egypte savait imprimer un caractère d'immortalité à tous ses ouvrages.
(BOSSUET
Il est plus d'une gloire. En vain aux conquérants L'honneur parmi les rois donne les premiers rangs : Entre les grands héros ce sont les plus vulgaires.
(BOILEAU
La raison de ceci est qu'une action ne peut avoir qu'un objet immédiat et direct. C'est donc avec fondement que l'abbé d'Olivet a censuré ce vers de Racine :
Ne vous informez pas ce que je deviendrai.
En effet, voit* et ce gi*c,'etc., sont l'unit l'autre
régimes directs .
Remarque. Quoiqu'un verbe actif ait essentiellement un régime direct, on l'emploie sans régime quand on le prend dans toute son étendue. Racine a dit :
Hé bien, connais donc Phèdre et toute sa ftireur ! J^aime. Ne pens'fe pas qu'au moment que je t'aime, Innocente à mes yeux, je m'approuve moi même.
Il« Règle. Un nom peut être régi par deux verbes à la fois, pourvu que ces verbes ne veuillent pas un régime différent.
J'aime et je respecte les magistrats ; — cet officier attaqua et prit la ville.
Mais on ne peut pas dire : j'ai entendu et j'ai profilé du sermon; — les hommes sont soumis et dépendent de Dieu ; — cet officier attaqua et se rendit maître de la ville ; parce que dans ces phra-
^^ les verbçs p'ont pas le même ré^me, Pans ce
cas, on doit prendre un autre tour, afin de trouver pour chaque verbe le régime qui lui convient. C'eist ce qu'on fait en donnant au premier verbe le nom pour régime , et au second le relatif en : j'ai entendu le sermon et j'en ai profité; — les hommes sont soumis à Dieu et en dépendent; — cet officier attaqua la ville et j'en rendit maître.
nie Règle. Lorsqu'un verbe a différentes manières de régir, on doit employer la même pour toutes les dépendances qu'on donne à ce verbe.
Il y a une faute contre cette règle dans cette phrase : ces raisons, toutes spécieuses quelles sont, ne le justifieront pas : elles n empêcheront pas l'indignation générale de percer de toutes parts, ni que le monde ne soit en droit d'exiger de grandes réparations. Il n'est point exact de donner d'abord au verbe empêcher un substantif pour régime, et ensuite la conjonction que avec une phrase incidente ; il fallait dire : n*empêcheront pas que l'indignation générale ne perce de toutes parts, ni que le monde, etc. ; ou bien : n'empêcheront pas l'indignation générale de percer de toutes paris, ni le droit qu'aura le monde d'exiger, etc. Les personnes peu exercées dans l'art d'écrire manquent quelquefois à cette règle, ne réfléchissant pas qu'elles ne peuvent la violer sans que la clarté et la netteté du langage en souffrent.
IVe Règle. Le régime-noin suit ordinairement le verbe.
Magistrats, rappelez-vous que vous êtes établis pour rendre la justice aux hommes; — peuples, obéissez à vos souverains; et vous, ^souverains, faites à vos peuples tout le bien qui est en votre pouvoir.
Mais j'aime à voir ces toits ^ ces abris transparents
Receler des climats les tributs différents ;
Cet asyle enhardir le jasmin d''Jbérie ,
La pervenche frileuse oublier sa patrie ,
Et le jeune ananas, par ces clialeurs trompé,
Vous livrer de son fruit le trésor usurpé.
(Delille.)
Remarque. Nous avons dit ordinairement, parce qu'en poésie, mais plus souvent dans le style marotiqueque dans le style élevé, on transporte le verbe après le régime , pour donner à la phrase plus de naïveté. C'est ce qui a fait dire à La Fontaine :
Sur le portail j'aurais ces mots écrits...;
et ailleurs :
Dans la sa'son Où les jeûnes zéphyrs ont Vherbe rajeunie.
Cette licencedoit être employée rarement. Dans les phrases interrogatives, le régime se place encore avant le verbe, quand il se joint à un pronom absolu : quel objet vQye%-vom? — A quelle
y* Règle. Quand un verbe a deux régimes^le plus court se place ordinairement le premier; mais s'ils sont de la même longueur, le régime direcl doit se placer avant le régime indirect.
Les hypocrites s'étudient à parer le vice des dehors de la vertu. — Les hypocrites s'étudient à parer des dehors de la vertu les vices les plus honteux et les plus décriés. — L'ambition, qui est prévoyante, sacrifie le présent à l'avenir ; mais la volupté, qui est aveugle, sacrrfie l'avenir au présent.
On est quelquefois obligé , pour éviter une équivoque, de donner la première place au régime indirect , quoique ce régime soit aussi long et même plus long que le régime direct. En voici des exemples : le physicien arrache à la nature tous ses secrets; — l'Évangile inspire aux personnes qui veulent être sincèrement à Dieu une piété sincère et non suspecte. Si l'on change la place des régimes indirects, on ne saura , dans la première phrase, si l'on veut parler des secrets de la nature, ou de ceux du physicien ; et dans la seconde, si aux personnes est régi par le verbe inspire, ou par l'adjectif non suspecte.
pu VEKBE (SYNTAXE).