‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 224 sur 279 · ET DES TEMPS DUS MODES · texte numérisé non relu

ET DES TEMPS DUS MODES

Nota. Nous avons donné page 516 et suivantes la définition de tousles temps des verbes; celte définition seule suffit pour en indiquer Temp/oi simple^ Mais il est question maintenant de régler l'accord de ces temps entre eux ; il faut donc bien faire connaître quelle est la dépendance de chacun des temps ou des modes, les uns à l'égard des autres ; et c'est ce qui va nous occuper.

Il est souvent très-difficile et très-embarrassant de savoir dans quel cas on doit faire usage du subjonctif, et encore à quel temps du sulijonctif doit correspondre chaque temps de l'indicatif ou du conditionnel ; nous allons donner qnelques éclaircissements.

Quels so.3t les cas où l'on doit faire usage du subjonctif ?

Il n'y a point de règle bien fixe pour connaître avec certitude les cas où l'on doit employer le subjonctif. Cet emploi dépend bien souvent des vues de l'esprit, quelquefois de l'usage seul. Néanmoins nous pouvons donner une règle qui s'étend à la grande majorité de ces cas.

Pour la bien saisir, il faut savoir qu'il y a des conjonctions qui veulent toujours être suivies de l'indicatif; qu'il y en a d'autres qui exigent toujours le subjonctif à leur suite ; et qu'il y en a enfin qui tantôt veulent et tantôt ne veulent pas le subjonctif après elles.

N'oublions pas qu'on appelle proposition principale la phrase après laquelle on place la conjonction, et proposition incidente ou subordonnée celle qu'on met après la conjonction.

Dans cette phrase : je crois que vous aimez à jouer ;je crois est la proposition principale, eti'ous aimez à jouer est la proposition subordonnée. La conjonction que est le lien de ces deux propositions.

Règle. Le verbe de la proposition subordonnée doit se mettre à l'indicatif, quand le verbe de la proposition principale exprime l'affirmation d'une manière difecte, positive et indépendante.

Mais le verbe doit se mettre au subjonctif, quand celui de la prop<jsition principale exprime le doute, la surprise, l'admiration, ou l'incertitude, en un mot, quelque mouvement de l'âme qui la sorte de son état naturel.

Ainsi l'on dira : je sais qu'il est surpris ; — je crois qu'il viendra ; parce que le verbe de la proposition principale n'exprime aucun mouvement de l'âme, et que l'affirmation en est directe et positive : mais on dira : je doute qu'il soit surpris; — je veux qu'il vienne ; — je désire qu'il réussisse

GRAMMAIRE FRANÇAISE

dans son entreprise; parce que dans ces phrases il y a doute, surprise, désir, volonté, etc.

La gloire qu'on a allribuée aux Égtjptiens d'être les plus reconnaissants de tous les hommes fait voir qu'ils étaient au^si les plus sociables.

(BOSSUET

En Egypte, si Ton prouvait que la conduite d'un mort avait été mauvaise, on en condamnait la mémoirey et il était privé de la sépulture.

(BossuET.)

Aimez qu'on vous conseille et non pas qu'on vous loue.

(boileau.)

Il veut que ce soit moi qui vous mène au supplice, Que ma crédule main conduise le couteau , Qu'au lieu de votre époux je sois votre bourreau !

(Racine.) Toi , je veux qu'on Vadore et non pas qu'on te craigne.

(Delille.)

C'est l'indicatif qui convient dans les deux premiers exemples, parce que les premiers verbes expriment l'affirmation d'une manière directe, positive et indépendante ; mais c'est le subjonctif dans les trois derniers, parce que les deux premiers verbes ne marquent qu'un mouvement de l'âme.

Il sera question, dans l'article sur les conjonctions, de celles qui gouvernent l'indicatif, de celles qui régissent le subjonctif, de celles enfin qui veulent à leur suite tantôt l'indicatif et tantôt le subjonctif. Il suffit d'en faire ici l'observation.

Passons aux différentes occasions dans lesqu3ilos l'on emploie le subjonctif.

1° Dans les phrases interrogatives qui expriment le doute, on met au subjonctif le verbe de la phrase incidente.

Pensez-vous qu'en formant la république des abeillesjDieu n'ait pas voulu instruire les rois à commander avec douceur, et les sujets à obéir avec amour ?

Faut-il qu'à vos yeux seuls un nuage odieux Dérobe sa vertu qui brille à tous les yeux/

(Racine.)

2" La même règle s'observe quand la phrase qui exprime le doute est négative.

Vous ne vou^ persuadiez pas que les affaires pussent si mal tourner.

Hélas! on ne craint pas quHl venge un jour son père.

(Racine.)

Mais que la phrase soit interrogative ou négative, on met à l'indicatif le verbe de la phrase in

Et sur quoi jugez-vous que j'en perds la mémoire?

5" Les relatife qui, que, lequel, dont, et où, régissent aussi le subjonctif, quand ils se trouvent précédés d'une phrase qui interroge, ou qui marque un doute, un désir, une condition.

Y a-t-il quelqu'un qui ne sente que rien ne dégrade plus un écrivain que la peine qu'il se donne pour exprimer des choses ordinaires et communes d'une manière singulière ou pompeuse?

(BUFFON

Il n'y a point dans le cœur de l'homme de bon mouvement que Dieu ne produise.

Choisissez une retraite où vous soyez tranquille, un poste d'où vous puissiez vous défendre.

Ces relatifs régissent encore le subjonctif, quand ils sont précédés d'un superlatif relatif : le meilleur corfé^e qu'un prince puisse avoir, c'est le cœur de ses sujets.

4P On emploie encore le subjonctif après quelques verbes unipersonnels.

C'est peu qu'en un ouvrage où les fautes fourmillent, Des traits d'esprit semés de temps en temps pétillent. Il faut que chaque chose y soit mise en son lieu ; Que le début, ta fin, répondent au milieu; Que d'un art délicat les pièces assorties N!y forment qu'un seul tout de diverses parties; Que jamais du sujet le discours s'écartant N'aille chercher trop loin quelque mot éclatant.

(Boileau.)

5" Dans les phrases elliptiques, et ce tour a de la grâce.

Puissiez-vous, ô sage vieillard, dans un repos interrompu par de douces occupations, jouir du passé, saisir le présent, et charmer vos derniers jours de l'espérance d'une félicité éternelle !

Quelle n'est pas ta puisxance des Dieux! Fussiez-vous au fond des ahymes, la main de Jupiter pourrait vous en tirer; fussiez- vous da7is l'Olympe, voyant les astres sous vos pieds, Jupiter pourrait vous plonger au fond de l'abyme, ou vous précipiter dan3 les flammes du noir Tartare.

(Fénelon.)

Grand Dieu , si tu prévois qu'indigne de sa race Il doive de David abandonner la trace, Qu'il soit couime le fruit en naissant arraché , Ou qu'un souille ennemi dans sa fleur a séché !

(Racine.)

II y a ellipse dans la première phrase, je souhaite que est sous-entendu ; dans la seconde, le

cidente, si le verbe de la phrase principale exprime subjonctif est mis pour quand et un conditionnel;

une affirmation positive.

Avec quelque couleur qu'on ait peint ma fierté , Croitron que dans ses flancg un monstre m'a jnfrté ?

(Racinb.)

C'est comme s'il riex, etc.

y avait : quand même vous se-

DU SLiiïiE

A QUELS TEMPS DO SUBJONCTIF 00 DO CONDITION- NEL RÉPONDENT LES TEMPS DE l'iNDIÇATIF ?

C'est ordinairement le temps auquel se trouve le premier verbf qui détermine le temps auquel le second doit être mis au subjonctif. On doit dire : il fiiiU que j'aime, et non que )' aimasse ; il fallait que j'aimasse, ei non que j'aime; il a fallu que "^aie aimé, et non que j'eusse aimé; il aurait fallu que j'eusse aimé, et non que j'aie aimé. Pour bien résoudre cette question, voyons d'abord quels sont les différents rapports des modes et des temps entre eux.

Happoit des temps de l'indicatif.

Règle. Quand le premier verbe est à l'imparfait, au prétérit, ou au plus-(|ue-parfait, et que le second verbe marque une action passagère, on met ce second verbe à l'imparfait, si l'on veut marquer un préseni : je croyais que vous aimiez l'élude; au plu&-que-parfait, si l'on veut marquer un passé : il m'assura qu'il n'avait jamais tant ri; et au présent conditionnel, si l'on veut marquer un futur absolu : Platon disait que les peuples seraient heureux, si la sayesse était le seul objet des hommes. Mais quoique le premier verbe soit à l'un de ces temps, lesecond se met toujours au présent, quand ce second verbe exprime une chose vraie dans tous les temps : je vov^ disais, je vous ai dit, je vous avais dit, que Dieu régit L'univers avec une puissance absolue.

Remarqde. e On emploie encore le plus-que- » parfait, dit DjcIos, quoique l'imparfait convînt

> quelquefois mieux, après la conjonction si.

> Lxem}.ile : Je vous aurais salué, si je vous avais » vu. La phrase est exacte, parce qu'il s'agitd'une ••action passagère; mais Cflui qui aurait la vue » assezbasse pour ne pas reconnaître les passants » dirait naturellement si je voyais, et non pas si t j'avais vu , parce que son état habituel est de » ne pas voir. Ainsi l'on ne doit pas dire : il n'aurait » pas souffert cet affront, s'il avait été sensible : t il faut s'il était, parce que la sensibilité est

> une qualité permanente. >

ILappert des temps du subjonctif à ceux de l'indicatif et du conditionneL

l""' Règle. Quand le verbe de la proposition principale est au présent ou au futur, on met au présent du subjonctif celui de la proposition subordonnée, si l'on veut exprimer un présent ou un futur ; mais on le met au prétéi it, si l'on veut exprimer un passé.

Il faut que celui qui parle se mette à la portée de ceux qui V écoulent, et que celui qui écrit ait dessein de se faire entendre de ceux qui lisent ses ouvrages.

Douterez-vous encore que le «ttccè* ne couronne un plan si sagement combiné ?

11 suffit qu'un ho bile homme n'ait r'ien négligé pour faire réussir une entreprise : le mauvais succès ne doit pas di inuir son mérite.

Pour s'être c evéc à ce point de grandeur, il fout que Rome ait eu une suite non interrompue de grands hommes.

Néanmoins, quoique le premief verbe soit aa présent,- on peut mettre le second à l'imparfait ou au plus-que-parfait du subjonctif, quand il doit y avoir dans la phrase une expression conditionnelle : il n'est poiiU d'homme, quelque mérite qu'il ait, qui ne iùi irès-mortifié, s'il savait tout ce qu'on pense de lui. — Je doute que cette affaire eût réussi sans votre protection.

n« Règle. Quand le verbe de la proposition principale esta 1 imparfait, aux prétérits, au plusque-parfait, ou à l'un des conditionnels, on met le second à l'impartiiit du subjonctif, si l'on veut exprimer un présent ou un futur; mais on doit le mettre au plus-tiue-parfait, si l'on veut exprimer un passé.

Je désirais sincèrement que de nouveaux succès fissent taire l'envie.

Caligula voulut que les Romains lui rendisse^, les honneurs divins.

Dieu a permis que des irruptions de barbares renversassent l'empire romain, qui s'était agrandi par toute espèce d'injustices.

J'eusse empêché, si je l'avais pu, qu'on ne vous inquiétât dans votre retraite.

J'avais ordoimé qu'on mît sous vos yeux toutes les pièces.

Je désireraisque les hommes ne formassent qu'une seule république, Uont Dieu serait le chef suprême, et dont chaque nation serait comme une grande famille.

Auriez-vous voulu que, pour me venger, je fisse le sacrifice de mon bonheur ?

Mais on dira :

Je ne savais pas que vous eussiez fait une étude si approfondie des langues anciennes et modernes.

Vous ne crûtes pas que la méchanceté et la haine eussent été capables de se porter à de tels excès.

Vous n'avez pas cru qu'on vous eût tendu un piège.

Nous avions ignoré que le roi vov^ eût accordé celte grâce.

Vous trouveriez mauvais que nous eussions contrevenu à vos ordres.

GRAMMAIRE FRANÇAISE

Cependant, avec le prétérit indéfini, on peut mettre le second v^^be au présent, s'il expiime une action qui se fait ou peut se faire dans tous les temps : Dieu a entouré les yeux de tuniques fort minces, (t transparentes au devant , afin qu'on puisse voir à travers; et au prétérit, si l'on veut exprimer un passé : il a fallu qn'il ait sollicité ses juges.

La connaissance des rapports des temps les uns aux autres est si essentielle, que, pour la rendre aussi facile qu'il est possible, nous allons en mettre sous les yeux une table générale, où, d'un coupd'œil, on verra les rapports que l'usage admet et consacre.

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