‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 225 sur 279 · DES MODEJ ET DES TEMPS · texte numérisé non relu

DES MODEJ ET DES TEMPS

Rapports des temps de l'indicatif eotre eux.

( .e 'présent ( à son propre temps. ^ ( quandvaus lisez. \ , \ •. i j « • ? 1 Quand vQiis avez ïu.

correspoad ( au prêtent^ deum. ^ {^

I à son propre temps. ?? 1 quand vous écriviez,

L imparfait | prétérit déOni. S' ( quand vous écrivîtes. correspoad J 2 j

( a a prétérit indéfini, i»" f quand vous avez écrit.

Leprétéritantérieurcorresponûau ( quand j'eus lu, vous enpréléiil déllni. ( trdtes.

T 1 mip / **^ prétérit défini. Vi / quand vous entrâtes. Lepins-que- ^^ p^.^^^ indéfini. « quand vous eies entrer

P**™'', {au prêt, antérieur, ^ correspoad ^ i.|;^,parfait.

quand vous fûtes entré, quand vous entriez.

Le futar antérieur correspond au \ quand j'aurai lu , vous futur absolu. ) entrerez.

Remarque. On se sert rarement des temps surcomposés ; mais comme il est des cas où la précision et la clarté de l'expression en exigent l'emploi, voici leurs rapports :

,c prétérit indéfini sur-composé J Quand j'ai eu dinè, vous correspond au prétérit indéfini. I êtes entré.

,e prétérit antérieur sur-composé | Quipid j'eus, eu dîné, vous correspond au prétérit défini. I entrâtes.

Le fulur antéreur.sur - composé ( Quand j'aurai eu dîné, correspond au futur absolu. ( vous entrerez.

Nous avons vu que beaucoup de gens font la faute d'employer les futurs avec si, mis pour supposé que. Dans ce cas :

Le futur absolu correspond au

présent.

I Vous partirez, si je veux.

Le futur antérifur correspond au | Il sera parti, si vousl'avez prétérit indéfini. J ^oulu.

Rapports au conditionnel et du conditionnel.

Le plns-que-parfait sur-composé i Si j'amiseuplustôt luje correspond au conditionnel passé, j set ais parti.

Le cnndilionnel passé sur-composé ( •^'«'"""'s eu lu avant correspond au plu»-que-parlail. ) ?î*."f • .*' J^ n'avais pas

Le conditionnel pré^nt çorr^pouil j Fous partirici , si je le à l'imparfait. | routais.

Le premier conditionnel passé cor- J Vous seriez parti, si je respond au plus-que-parfait. • l'avais tou/u.

Le même conditionnel passé corres- l Foms seriez parti, si pond au second conditionnel passé. ( je l'eusse voulu.

Le second conditionnel passé corres- J Vous fuisiez parti, si poud à son propre temps. ( je l'eusse voulu.

Remarque. La même correspondance a lieu avec le conditionnel présent et avec le premier conditionnel passé.

Quand l'avare posséderait tout L'or du monde, il ne serait pas encore content.

Quand Alexandre aurait conquis tout l'univers, il n'aurait pas été content.

Lorsque deux phrases sont unies par la conjonction que, on emploie tanlôt l'indicatif, et tantôt le subjonctif : ce cmi établit des rapports de correspondance , non - seulement «itre les différents modes , mais même entre les ternps çLu. même mode.

f à son propre temps.

au futur absoii).

1 à l'imparfait, au prétérit défini, au prétérit indéfini, au plus-quti-parfuit.

V I au conditionnel prés.

au t" cond. passé, au 2< cond. passé.

Hé interrompu,

tque vous pa,rtirez aujourd'hui

poiir Rome, que vous partirez demain, que voîis partiez tiier.

que vous partîtes hier, que vous êtes parti ce matin, que vous étiez parti hier avant 1 moi l^ue vous jjartiriez aujourd'hui,

si, etc.

que vous seriez parti hier, si. etc.

que,vous fussiez parti plus tôt, si, etc.

Remarque. Lapiême correspondance a lieu lorsque la phrase est négative, excepté pour le présent absolu de l'indicatif, auquel on doit substituer le présent du subjonctif. On ne dit pas que vous partez aujourd'hui, est une disconveoance grammaticale, qui échappe à bien des personnes; le génie de notre langue demande ; on ne dit pas que vous partiez aujourd'hui.

L'imparfait Le prétérit défini l.e prétérit indéfini Le plus-que-parfait '

de r indicatif] g" ^f"'^ ) quevotls correspondent \ f. j., | variiez auà l'imparfait. ) Slî.ïîduJjOurd'hui.

Remarque. La même correspondance a lieu au plus-que-parf^it : Qn s'en convaincra, si l'on met que vous éiie» paru, à la place de que vous partiez aujourd'hui.

Le futur absolu | dei'indicaUfcor- I On dira ique vous Le futur antérieur j pféiérinûdéom. I On aura dit \ étesparti.

Remarque. Voyez ce que nous avons dit sur la correspondance des temps, quand il s'agit d'une chose vraie dans tous les temps.

L'imparfait . , Je croyais ,

Le prétérit défini ) correspondent I Je crus que vous

Le pretcril iu'lrfloi |au condition- 1 J'ai cru seriez

Le plus-qneparfait j nel passé. j J'avais cru pc^rti. Le conditionnel passé/ [j'aurais cru/

Le présent j delîndicatif cor- / // veut

Le lutur iibsolu | respondent au | li voudra Le futur a atérieiir' présent du $ubj. ( /^aifravoHltt

que vous partie^,

L'imparfait .

Le prétérit défini | correspondent Le pr^^térit Indéfini \ à l'iniparfait Le plus-que paifail du subjouclif.

Le 2* cond. passé /

f ie voulais , ^ Je voulus ^ ^p„,

J ai voulu \larfmiez I J nuraisvotiluX ' ' J'ensse voulu I

Le cond. 8 à l'imparfait S I , ,,„,,^„{, j que vom partissiez.

présent 7?aupl-q-parf.

j que tous fussiez parti.

Le i^'cond. passé l correspond.au | J'aurais voulu j qtietiousfas- Le 2e cond. passé 1 Su ^^bjoS!" ' J'c"*** ^oulu i siez parti.

(Lévizac.)

On a vu jusqu'à présent que notre but était de faire appliquer les rf^gles et les principes , en multipliant, le plus possible, le nombre des exemples; c'est en effet le moyen le plus simple d'inculquer la science grammaticale dans les esprits.

On a bien voulu nous féliciter sur le choix que nous avons fait de quelques citations tirées des meilleurs auteurs qui aientécritsur la Grammaire, et l'on nous a su gré même des nombreux emprunts que nous n'avons pas hésité à leur faire, dépouillant en cela, dans l'unique intérêt de nos lecteurs, tout amour-propre d'auteur, tout sentiment de vanité mal placée. C'est qu'en effet nous avons compris qu'il ne s'agissait pas de faire une Grammaire nouvelle, mais bien de donner une bonne Grammaire; il fallait donc réunir sous les yeux, et dans un recueil unique^ tout ce qui a été dit de mieux sur les questions grammaticales : or, presque tout a été dit, et d'une manière excellente, par un grand nombre de savants Grammairiens; mais les bonnes règles qu'ils nous ont données sont souvent éparses ou diffuses; et c'est ce qui fait qu'elles demeurent souvent inconnues et inutiles. Nous en avons fait une scrupuleuse recherche, et nous en avons formé notre recueil, qui est réellement précieux, mais qui ne Test que par le nom des auteurs et le choix des matières qui le coinposent.

Nous sommes allés plus loin, nobs n'avons pas craint de faire souvent revenir le lecteur sur une question déjà traitée, pour la lui faire envisager sous une autre forme , sous un autre point de vue, et surtout pour avoir l'occasion de multiplier les citations et les détails.

M. A. Ballin, que nous avons déjà mentionné plusieurs fois, doit recueillir sa bonne part des éloges qu'on a eu l'indulgence- de nous adresser; et nous croyons que la reproduction de son beau travail, dans notre ouvrage, sera agréable autant qu'utile à nos souscripteurs ': retraçons donc fidèlement ce qu'il dit sur V emploi du mode subjonctif, matière difficultueuse avec laquelle on ne se familiarise qu'à force d'explications et d'exemples.

DU VERBE (SYNTAXE). 525

Se l'emploî du mode subjonctif.

4" Exemples dans lesquels le mode affîrmatif (1) et le mode subjonctif sont employés après les mêmes expressions.

/'habiterai un pays qui me plaît, où je sei-ai tranquille, que je pourrai parcourir sans crainte, et dont la température est douce.

Dans te premier exemple, on met à l'affirmatif les verbes qui complètent la proposition principale j'habiterai un pays, parce qu'on veut exprimer une idée positive, certaine ; il n'y a, pour celui qui parle, aucun doute sur leplaisirqueluiprocurera

J'habiterai un pays qui me plaise, où je sois tranquille, que je puisse parcourir sans crainte, et dont la température soit douce.

e pays, sur la tranquillité dont il jouira, etc.

Ce plaisir, cette tranquillité, ne sont pas des choses qu'il ne connaisse point, sur lesquelles se porte son désir, sa volonté ; c'e^^t comme s'il disait : /'habiterai un pays que je connais ; il me plaît, j'y serai tranquille, je pourrai le parcourir sans crainte; la température en est douce, etc.

Dans le second exemple, les mêmes verliessont au subjonctif, parce qu'on veut exprimer des idées incertaines, douteuses, des choses sur lesquelles se porte un désir, une volonté ; c'est comme si l'on disait : j'habiterai un pays ;je désire qu il me plaise, je désire y être tranquille, pouvoir le parcourir sans crainte, etc.

Dans le premier cas, le pays est connu de celui qui parle, et dans le second il ne l'est point.

On dira de même :

Je te donnerai dès rdlsonsqui te convaincront, c'est-à-dire je suis sûr, persuadé quelles te convaincront, parce que je les connais.

Connaissez-vous dans cette ville un homme qui peut faire trois lieues en une heure ?

Indiquez-moi le plus court chemin qjii conduit à cette ville.

Ils envoyèrent à Delphes des députes qui consultèrent Apollon.

Je ferai mon devoir de manière qu'on n'aura rien à me reprocher.

Avez - V0U3 lu une

Je te donnerai des rai' sons qui ïe convainquent, c'est-à-dire je ferai en sorte qutlles te convainquent; cesra'sons, je ne les connais pas encore, je les chercherai.

Connaissez-vous dans cette ville un homme qui puisse faire trois lieues en une heure?

Indiquez-moi le plus court chemin qm conduise à celte ville.

Ils envoyèrent à Delphes des dépntf's quicjonsultassent Apollon.

Je ferai mon devoir de manière qu'on n'ait rien à me reprocher.

Avez -vous lu une

(t) C'est le mode appelé communément indicatif,

Grammaire qui esimeitleure que celle-ci ?

Combien voit -on de parvenus qui sont hautains et insolents !

Télémaque proposant aux Dauniens de donner à Diomède les campagnes d'Arpi pour y fonder une colonie, dit ;

Vou^ voyez, ô Dauniens, que nous avons donné à votre terre et à voire nation un roi capable d'en élever la gloire jusqu'au ciel : donnez aussi, puisque nous vous le demandons, une terre qui vous est inut'ile , à un roi qui est digne de toutes sortes de secours.

B'ientôt Philoclh demanda au roi de se retirer auprès de Salente , dans une solitude, où il continua à vivre pauvrement comme il avait vécu à Samos,

Grammaire gui soit meifleure que celle-ci?

Combien voit-on de parvenus qui soient affubles et modestes !

Diomède dit aux princes alliés :

Si vous êtes sensibles à la compassion , ne me refusez pas, dans ces vastes pays, quelque coin de terre infertile, quelques déserts, quelques sables, ou quelques rochers escarpés, pour y fonder, avec mes compagnons, une ville qui soit du moins une triste image de notre patrie perdue. Nous ne demandons qu'un peu d'espace qui vous soit inutile.

Il demanda de se retirer dans une solitude où il continuât à vivre pauvrement.

Il viendra si ce n'est { ^"^!.f '* avec vous 1 excepté ( sinon

mal \ au pied.

Use porte bien ,

(Fénelon.)

■"^^««'*M au pied.

Hors que, excepté que, si ce n'est que, s'inon que, suivis du subjonctif, sont actuellement peu usités. On se sert mieux d'à moins que : il viendra à moins qu'il n'ait mal au pied.

Un jour dans le fond d'un vallon

Un serpent mordit Jean Frér'm.

Que pensez- vous «ju'il arriua?

Ce fut le serpent qui creva. - (Voltaire.)

Mordu d'un serpent, que pensez-vous qu'il m'arrivât?

Pensez- vous qu'il s'agit d'un forfait exécrable ? Un vain bruit, un soupçon vous le rend vraisemblable. (Chénier, Calas.)

Pensez-vous qu'il s'agisse de quelque chose d'important ?

Pensez-vous qu'après tout ses mânes en rougissent? Qu'il méprisât^ madame, un riA victorieux Qui vous fait remonter au rang de vos aïeux?

(IIacine.)

Pensez-vous que sapro- Pensez-vou^ quesaproteciion m'est très-néces- tection me soit très-nésaire? cessaire?

Figurez-vous que c'e&t Figurez-vous que ce unjeu. soit un jeu.

De même après les verbes dire, prétendre, entendre, on emploie les deux modes selon le sens.

Je dtrai qu'il fait son Je dirai qu'il fasse devoir. son devoir.

Je prétends que son Je prétends qu'on m' odroit est incontestable. béisse.

J'entends que c'estune J'entends que ce soit femme qui chante. lui qui fasse cela

Avec le subjonctif, les verbes dire, prétendre, entendre, expriment une volonté.

D'après tous les exemples précédents, il est facile de voir qu'il ne faut point, pour employer un verbe au subjonctif, s'arrêter au matériel des mots, à la forme de la proposition principale; le sens doit seul nous décider sur l'emploi de l'un ou dé l'autre mode.

Aussi Fabre dit-il;

< Lorsque la phrase complétive est liée à la phrase principale par un pronom conjonctif (^wi, que, auquel, duquel, dont, oii), il faut examiner si celte phrase complétive doit énoncer quelque chose de positif, de certain, ou quelque chose d'indécis, d'incertain. Dans le premier cas, il faut l'indicatif ; dans le second, il faut le subjonctif. »

Comment ! vous ne croyez pas que je pourrai résister à cette douleur ?

Celui qui parle ainsi n'a aucun doute sur \epouvoir qu'il aura de résister à la douleur.

C'est dans le même sens que Roileau a dit, en parlant d'une femme :

Crois-tu que , toujours ferme au bord du précipice , Elle pourra marcher sans que le pied lui glisse?

Boileau ne doute point de l'impossibilité de marcher, etc., dans laquelle se trouvera cette femme : eUe ne le pourra pas, dit-il en lui-même.

Tandis que dans les exemples suivants : Comment! vous ne croyez pas que je puisse rés'ister à c^tte douleur?

Crois-tu que, toujours ferme au bord du précipice, Elle puisse marcher sans que le pied lui glisse?

Celui qui parle est lui-même dans le doute sur h possibilité de l'action, exprimée par le verbe puisse.

Entre Taxile et vous , s'il fallait prononcer, Le croyez-vous , seigneur, qu'on me vit balancer?

(Racine.)

Mais croyez-vous qu'un prince , enflé de tant d'audace, De son passage ici ne laissât point de trace ?

(Idem.) Pourquoi dans ces vers Racine a-t-il employé le subjonctif au lieu de l'affirmatif, comme l'exigerait la pensée? — C'est que l'affirmation est conditionnelle et non positive : croyez-vous qu'on me verrait balancer? et dans ce cas le subjonctif

DU VERBE

remplace le conditionnel, qu'on pourrait employer en prose.

On dit de môme : ^

Crotjez-vous que quel- Croyez-votts que quelqu'un peut dire que je qu'un puisse dire que je l'ai trompé ? /'aie trompé ?

Jenepouvais compren- Je ne pouvais comprendre que c'était elle. dre que ce fût elle.

Croyez-vous qu'un honnête homme n'est pas plus estimable quun fripon ?

Qu'il est à plaindre! il ne croit pas qu'il y a un Dieu.

Le peuple est moins superstitieux : il ne croit plus qu'il y ait des revenants.

Je suis loin de conclure qu'il faille condamner cet usage.

Le malheur et le désespoir ont-ils donc une expression qui se fait entendre même aux bêles féroces?

Mais une vérité d'une telle importance

N'est pas de ces secrets qu'on croit sans évidence.

(Voltaire.) Verlot a dit :

Nommez les citoyens que j'ai retenus dans les chaînes.

h fallait que j'aie retenus, par6e que oeliii qui parle n'en a-point retenu.

Ces exemples prouvent, comme le dit Lemare, à qui je dois une partie des citations précédentes, que le subjonctif peut être causé par une affection tacite de celui qui parle.

Aussi dit-on :

// me semble que ce bois veut se fendre par la moitié.

Il semble , n'est-ce pas, que ce bo'is se fendra bien ?

Il me semble que mon cœur veuille se fendre par la moitié. (Sévigné.)

Il semble, à vous entendre, que ce bois se fende bien.

Dans les deux premiers exemples, il y a l'affîrmatif, parce que celui qui parle n'est point dans le doute sur la possibilité que le bois se fende.

Dans les deux suivants, il y a le subjonctif, parce que celui qui parle doute de la possibilité de l'action, et même, comme dans l'exemple de madame de Sévigné, il n'y croit nullement.

Domergue, dans les procès-verbaux de l'Académie grammaticale, dont il est le fondateur, a donné une solution à peu près semblable à l'occasion de ces vers de Boileau :

On dirait que le ciel , qui se fond tout en eau , Veuille inonder ces lieux d'un déluge nouveau. On dirait que pour plaire, instruit par la nature, Homère ait à Vénus dérobé sa ceinture, t On a reproché à Boileau, dit-il, d'avoir em- » ployé le subjonctif dans ces vers.

(SYJNTAXE). K23

> Pour moi, je pense que ce tour de phrase, on » dirait çue, n'amenant qu'une affirmation vague, » c'est le subjonctif que~la pensée appelle. Le » poète ne veut pas dire (jue le ciel veut réelle- » ment inonder ces lieux d un déluge nouveau; » qu Homère a réellement dérobé la ceinture de » Vénus; car le déluge est ici invraisemblable, et le

* vol de la ceinture impossible. C'est de l'mvrai-

> semblance et de l'impossibilité que vient ce vague

> qui repousse l'affirmatif. 11 est imposi^ible qu'un

* homme lise dans le livre des décrets éternels; » aussi Bossuet a-t-il écrit : On dirait que le livre » des décrets éternels ait été ouvert à ce prophète. » Il est impossible que les étoiles tombent du ciel; » aussi dir'ons-nous ; Quel beau ftu d'artifice! on

> eût dit, on eût cru, il semblait que toutes les » étoiles tonibassent du ciel. Mais s'il s'agit de cho- » ses vraisemblables ou possibles, l'affirmation » prend un caractère déterminé, et le mode alftr-

> matif découle de celle considération.

» On dirait, on croirait, il semble qu'il est fou, » qu'il est sourd,

» Il semble que la vie est un bien qu'on ne reçoit » qu'à la charge de la transmettre.

(J.-J. Rousseau.)

> En attendant que de nouveaux faits viennent » confirmer ou amender ces observations, je ha- » sarde la règle suivante :

r Ces affirmations : on dirait, vous diriez, on » croirait, vous croiriez, il semble, on eût dit, vous » eussiez dit, on eût cru, vous eussiez cru, il sem- » blait, veulent renonciation en sous-ordre au » mode subjonctif, si elle porte sur des choses

> qui soient sans vraisemblance ou sans possi' » bilité. »

On dirait que le ckl est soumis à sa loi.

(BOILBAU.)

On dirait qu'ils ont seuls l'oreille d'Apollon.

{Ide'm.) Dans ces vers le subjonctif sera|j; mieux. Après il paraît, il est probable, on emploie l'affirmatif,

Voci deux exemples qui confirment la règle de Domergue :

Il semble qu'on ait là rassemblé l'univers.

(Collin-d'Harleville.)

Il semble que la présence d'un étranger letient le sentiment, et comprimedes âmes qui s' entendraient si bien sans lui. 'J.-J. Rousseau.)

Mais généralement après le verbe sembler {il semble, il semblait), on emploie le subjonctif :

Il semble que sans lui tout le bonheur nou? fuie. (Deshoulières.)

// semble que de tout temps la venté ait eu peur de se montrer aux hommes, et que les hommes aient eu peur de la vérité. (La HARrE.)

II ftpmble que le voile embellisse les filles.

(Benserade.)

tl semblait que tnà vue excitdt soii audace.

(Racine.)

Il semblait que ces déserts n'eussent plus rien de sauvage. (Fénelon.)

// semblait que le ciel voulû-t faire expier à la France ses prospérités orgueilleuses.

(La Harpe.)

Cependant quand on trouve l'affirmaiif après il sem6/e>iisem6<aiï, cen'estjamaisdansnnsensvague; et ce mode est particulièrement employé quand le verbe sembler, employé positivement, est précède d'un pronom, comme dansi/ me semble, il te semble, etc., parce qu'alors il y a moins de vague dans renonciation; mais, comme l'ont très-bien observé Lemare et Domergue, si renonciation en sous-ordre porte sur des choses invraisemblables ou impossibles, il faut employer le subjonctif.

Il me semble que mon coeur veuille se fendre en deux. (SÉviGNÉ.)

Cependant, si le verbe qui suit il semble est au passé simultané {imparfait) ou au conditionnel, il se met à l'affirmatif, comme le prouvent les exemples suivants :

Il semble qu elle en voulait couvrir l'obscurité en abolissant ce qui en était la preuve.

(RoLLiN, Carthage.)

Les anciens n'arrêtaient pas long-temps les yeux sur l'enfance; il semble qu'ils trouvaient quelque chose de trop naïf dans les langes d'un berceau. (Chateaubriand.)

// semble que son âme forte et vertueuse à l'excès n'était capable d^aucune indulgence pour des vices dont elle était révoltée, ni pour des faiblesses dont elle triomphait sans peine. (Barthélémy.)

Il semble que j'aurais dû donner ces avis au commencement de celte logique. (Condtllac.J

Il semble qu'Aristole ait voulu être en tout l'opposé de son maître Platon. (La Harpe.)

On lit dans la Grammaire de Marmontel : € Gomme je ne veux pas vous fatiguer l'esprit de subtilités inutiles (il parle à ses enfants), je ne vous dirai pas non plus pourquoi, après si, le que qui suit les verbes croire, dire, supposer, s'imaginer, etc., veut tantôt l'indicatif, tantôt le subjonctif : si vous croyez que l'âme est immorielle, ou que l'âme so'iiimmor telle; — si vous dites que le monde est l'ouvrage du hasard, ou soit l'ouvrage du hasard; — si l'on suppose que la matière puisse penser ou peut penser, etc. L'une et l'autre façon de parler est reçue, mais à sa place, et avec une différence de sens que vous sentirez mieux que je ne vous l'exprimerais; et cJette différence est dans l'opinion de celui qui parle. »

De ce qui précède, il résulté que le subjonctif est un mode de doute, qu'il sert à l'expression de ce qui «st vague, incertain ; et comme la volonté, le désir, la nécessité, ne peuvent porter que sur des choses non positives, et qui, pour la plupart, sont futures ou incertaines, ce mode sert aussi à l'expression d'un état ou d'une action dépendante, d'une volonté quelconque, positive ou négative : telle est en général la fonction qu'il remplit dans notre langue.

Aussi l'empioie-t-on après les verbes qui expriment:

do Une idée de doute, d'interrogation proprement dite (1), de négation :

Je doute \

Il est possible

— douteux

— difficile Croyez-vous Pensez-vous Je ne crois pas Je ne pense pas Je ne vois pas Je nie Ce n'est pas Une parait pas

* // ne semble pas C'est peu

2o La volonté, la nécessité (ce qui est voulu par les'circonstances), et en conséquence la crainte, i'élonnement :

qu'il fasse cela;

Je veux J'wdonne J'entends Je prétends Je défends

J'empêche

Je souhaite Je désire Je demandé J'exige J'aime J'admire J'approuve Je consens Je permets Je trouve bon

— mauvais Je prie Je supplie Il faut

qu'il fasse cela; qu'il ne fasse cela;

qu'il fasse cela;

(0 Je dis l'interrogation proprenaent dite; parce que dam ces vers :

Pensez-vous qu'il s'agit d'an forfait exécrable?

Ua vain bruit , un soupçon vous le rend vraisemblable!

celui qui parle n'est point dans le doute; son interi'Ogaiion ne porte que sur une chose certaine ; c'est comme s'il disait: Il s'agit d'un forfait exécrable , y pensez-vous ?

DU VERBE (SYNTAXE)

qu'il fosse cela \

qu'il ne fasse cela;

qu'il fasse ce/o.

// est nécessaire

— bon

— juste

— indispensable

Je crains J'appréhende Je redoute Je tremble J ai peur

Je m'étonne Il est étonnant

— surprenant

— curieux

— exiraordïnaire .

On dit aussi :

Je suis ravi

— réjoui

— content

— joyeux

— satisfait

— aise

— fâché \ qu'il fasse cela; ' — peiné

— mortifié

— chayrin

— surpris Je vois avec plaisir

— avec peine

quoique l'idée du secoud verbe exprime quelque chose de positif , une action qui se fait ; car c'est comme si l'on disait : il fait cela, j'en suis rayi, etc. Aussi dans ce cas les Angolais emploient-ils l'affrrmaiif. Lemare justifie le subjonctif dans ces phrases, en disant qu'il voit dans le verbe au subjonctif i^ne dépendance d'une volonté positive ou négative de celui qui parle.

Cependant Buffon a dit :

Il était fort surpris que les choses qu'il avait le mieux aimées n'étaient pas celles qui lui étaient le plus agréables. — Nous ne conseillerions pas d'imiter cet exemple.

2o Après certaines expressions conjonctives qui réveillent une idée de doute, de futurition, de négation, de supposition, de crainte :

Avant qu' \

Afin qu' \

Pour qu

Jusqu'à ce qu'

Non pas qu'

Non qu'

Sans qu'

Loin qu' ) il fasse cela ;

Si peu qu

Pour peu qu'

Au cas qu'

Supposé qu'

Posé qu

Pourvu qu*

A moins qu' De peur qu De crainte qu'

il ne fasse cela.

OBSERVATIONS

10 On dit ;

Quoiqu'il fasse cela, bien qu'il fesse cela, quoi qu'il fasse, quelque chose qu'il fasse, qutlle que soit la chose qu'il fasse; d'où l'on voit qu'après quoique, quoi que, quelque,quel que, oh emploie aussi le subjonctif.

Après quoique, les Anglais font usage de l'affirmatif, parce qu'en effet l'idée qu'exprime l'état ou l'action dans le verbe qui suit quoique, est posi' tive : il sort, quoiqu'il soit malade,

2o Que employé pour afin que, à moins que, sans que, de peur que, est aussi suivi du subjonctif.

50 Après quelques verbes impersonnels, on emploie le subjonctif, quoiqu'il n'y ait pas absolument un sens vague, indéterminé.

// suffit qu'il soit malheureux, pvur que je me rapproche de lui,

OBSERVATIONS PARTICULIÈRES SUR l'EMPLOI PU SUBJONCTIF.

On dit :

11 n'y a que l'homme et le singe qui aient des dis aux deux paupières. (Buffon.)

Il n'y a aucun plaisir qui yaïïie celui d'une bonne action.

11 n'y a ni rang ni fortune qui puissent racheter de basses inclinations.

Télémaque est le plus bel ouvrage que la vertu ait inspiré au génie.

Le meilleur cortège qu'un prince puisse avoir est le cœur de ses sujets.

Lucullus apporta du royaunie de Pont les premiers cerisiers qu'on ait vus en Europe.

Tu étais le seul qui pût me dédommager de l'ab' sence de Rica. (Montesquieu.)

Dans ces exemples on a employé le subjonctif, quoique l'idée qu'exprime le second verbe tienne plus de l'affirmation que du doute ; car il est certain que l'homme ei le singe ont des cils aux deux paupières; qu'aucun plaisir ne vaut celui d'une bonne action ; que ni rang ni fortune ne peuvent racheter de basses inclinations, etc.

Voici la règle des Grammairiens :

> Lorsqu'un des pronoms gui, que, dont, auquel, duquel, où, correspond à un substantif précédé d'un superlatif ou de l'un des adjectifs nul, aucun, ou bien encore à quelques substantifis qui aient un sens négatif, tels que personne, rien, seul, unique, on doit faire usage du subjonctif. >

Cette rè^le^ dont on ne donne point la raisoii^

GRAMMAIRE FRANÇAISE

est sujette à beaucoup d'exceptions, comme on aura lieu de le voir.

Cherchant à justifier cet emploi du subjonctif, je pensais que les expressions qui précèdent le verbe qui est à ce mode, étant décisives, péremptoires, expriment une assertion, une espèce d'exagération absolue, et que le second verbe désignant quelque chose de général, susceptible peut-être d'exception, on modifie, on affaiblit l'idée d'assertion absolue qu'exprime le premier verbe, par l'emploi d'une expression dubitative, palliative pour ainsi dire ; c'est une espèce d'euphémisme.

Mais n'étant pas encore saiisfait de cette explication, j'ai fait part de cette difficulté à M. Jullien, qui m'a donné la solution suivante :

Quand on dit : < // n'y a que l'homme et le singe qui aient des cib aux deux paupières, il faut avoir comparé l'homme et le singe avec d'autres êtres, et de cette comparaison naît d'abord une incertitude plus ou moins prolongée , d'où Temploi du mode dubitatif ou subjonctif.

€ Le subjonctif, dit-il , entraîne toujours aveclui » quelque chose de vague, et une sorte d'incerti-

> tude, dans l'énoncé même des propositions les » plus positives. Lorsqu'on en fait usage, c'est » parce que la proposition qu'on veut établir est » le résultat d'un rapprochement de deux objets, » ou de deux idées, d'une comparaison, d'un » examen, et que tout examen suppose un élat » de doute plus ou moins prolongé. L'esprit flotte » incertain, avant de se décider et de prononcer

> un jugement. L'expressioû de ce doute doit être » dubitative. »

Cette explication me parait suffisante.

Mais si, par le second verbe, on veut présenter une chose comme évidente, incontestable, comme existant réellement, on emploie l'affirmatif. Ainsi, quoiqu'on di^e :

Paris est la plus belle ville que je connaisse;

On doit dire :

De toutes ces villes, c''est la plus belle que je connais; c'est-à-dire, je connais la plus belle; la plus belle est celle que je connais.

Calypso, lasse de la vie, et condamnée à l'immortalité, a pu dire : Il n'y a que moi qui ne puis mourir.

C'est ainsi qu'on dit : La seule douleur que je ressens est au pied.

Aussi trouve-t-on souvent l'affirmatif employé après le seul, la seule, etc.

Ce service, monseigneur, n'est pas le seul qu'on attend de vous. (Bossuet.)

Égiste est-il vivant? avez-vous conservé Cet enfant malheureux, le seul que j'ai sauvé ?

(Voltaire.)

La tendre jeunesse est le seul âge oU l'homme

peut encore tout sur lui-même pour se corriger.

(Fénelon.)

Voilà sans doute la moindre de vos qualités, mais, madame, c'est la seule dont j'ai pu parler avec quelque connaissance. (Racine.)

Locke est le seul que je crois devoir excepter.

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