‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 228 sur 279 · PHÈDRE · texte numérisé non relu

PHÈDRE

Et sur quoi jugez vous que j'en perds la mémoire?

(Racine.)

Crois-tu , si je l'épouse ,

Qu'Andromaque en son cœur n'en sera pas jalouse?

{Idem.)

Ils n'ont pas cru qu'un Dieu pût trouver des obstacles.

Jldem.)

Quand je lus les Guêpes d'Aristophane, je ne songeais guère que j'en dusse faire les Plaideurs.

(Racine.)

Avant que sa fureur ravageât tout le monde, L'Inde se reposait dans une paix profonde.

{Jdem.)

Soit que Julie eût étudié sa langue, et qu'elle la parlât par principe ; soit que l'usage supplée quelquefois à la conncàssance des règles, elle me semblait s'exprimer correctement.

(J.-J. Rousseau.)

Pour peu que je voulusse invoquer Apollon, Je ferais pour vous plaire un ouvrage aussi long Que l'Iliade ou l'Qdyssée.

(La Fontaine.)

Quelque brave qu'il fût , le bruit de sa valeur M'inquiétait bien moins que ne fait son malheur.

(Racine.)

On peut dire que le chien est le seul animal dont la fidélité soit à l'épreuve. (Buffon.)

// n^ eut aucun métier que le czar n'observât et auquel il ne mit la main, toutes les fns qu'il était dans les ateliers. (Voltaike.)

Il a voulu peut être, en marchant contre vous. Qu'on le crût digne au moins de tombei sous vos coups, Et qu'un même combat signalant l'un et l'autre, Son nom volât partout à la suite du vôtre.

(Racine.)

Je craignais que le Ciel , par un cruel secours. Ne vous offrît la mort que vous cherchiez toujours.

{Idem.)

Il semble qu'à force de livres on est détenu ignorant. (Voltaike.)

// me semblait que nous eussions dû nous rendre de Pergmie'à 4d>amyUi. (Chateaubkiand.)

Madame , il était temps que j'en usasse ainsi.

(Chateauneuf.)

Pour bien faire il faudrait que vous le prévinssiez.

{Idem.)

Il est bien rare que la peine, toute lente qu'elle est, n'atteigne pas le coupable qui fuit devatU eUe.

Il n'if a pas de chagrins qu'une heure de lecture n ait suspendus.

DU VERBE

Quand j'ai rendu quelque xervice à un ami, il ne me semble pas qu'on doive m'en louer; je me crois seulement exempt de reproches.

Je ne crois pas que j'eusse besoin de cet exemple d'Euripide pour justifier le peu de liberté que j'ai prise. (Racine.)

On ne peut douter que cette réunion ne flattât beaucoup les Grecs. (La Harpe.)

Pensez-vous que la perte d'une moisson, si facile à réparer dans un pays oit le commerce est si florissant, engagera les Athéniens à vous demander la paix? (Barthélémy.)

Du moins ne voyons-nous pas que les Grecs, après Euripide et Sophocle, soient tombés, comme nous, dans l'oubli total de toutes les règles du bon sens. (La Harpe.)

Ib demandèrent-qu'on leur permît d'élire un roi qui pût les défendre. (Fénelon.)

Me répondrez-vous bien qu'il m'ait dérait d'Egiste?

(Voltaire.)

Quels sont les hommei auxquels on n'ait rien à reprocher?

Un ouvrage qui fixât les règles de la langue française et qui en aplanît les difficultés, manquait à la littérature moderne.

Les rois ont peu d'amis qui soient plus attachés à leur personne qu'à leur fortune.

Il semble qu'aujourd'hui un mari se fait une ridicule honte d'aimer sa femme, et que la tendresse conjugale soit une pratique bourgeoise.

Il me semble qu'il n'y a pas de plu^ grande jouissance que de faire des heureux.

Il ne me semble pas que ce soit un véritable bonheur d'être riche, si l'on ne vier}t pas au secours des malheureux.

Déjà Pierre- le-Grand apprenait la manœuvre, et malgré l'empressement des courtisans à imiter leur maître, il était le seul qui Tapprît.

(Voltaire.)

Le plus digne hommage qu'on puisse rendre à la Divinité est d'être vertueux ; un cœur pur est le plus beau de tous ses temples.

Il n'y a que la mort qui puisse nous faire convenir que l'homme est bien peu de chose.

Quand un père est capable d'enseigner à ses enfants, c'est le meilleur mailre qu'ils puissent avoir.

Il semble que nous augmentons notre être, lorsque nous pouvons le porttr dans la mémoire des autres.

Il semble qu'on ail» juré de ne jamais s'entendre, pour avoir le plaisir de disputer toujours.

La gloire est le seul bien qui nous puisse tenter.

(Racine.)

Il suffisait que vous fussiez malheureux pour que je plaignisse votre sort.

! Il n'est pas juste qu'on soit exposé après sa mort à des insultes qu'on aurait repoussées pendant sa vie, (Barthélémy.)

1 On ne partage point la grandeur souveraine, El ce n'est point un bien qu'on quitte et qu'où reprenne.

(Raci.ne.)

Ne craignez rien ; ce cœur qui veut bien m'obéir N'est pas entre des mains qui puissent le trahir.

(Idem.)

La différence de grandeur ne prouve pas non plus que ce soient deux espèces différentes.

(BUFFON

Celait peu que sa main (de l'homme, induite par Tenrer, Eût pétri le salpêtre , eût aiguisé le fer ; Il f^allait que sa rage , à l'univers funeste , Allât encor des lois embrouiller le di^e>te.

(BoiLEAn.)

Je voudrais seulement qu'on vous l'eut fait connaître.

(Racine.)

Ils trouvhrent mauvais que je n'eusse pas songé plus sérieusement à les faire rire. (Raone.)

J'avais peur

Que mon père ne prît l'affaire trop à cœur, Et qu'il ne s'échauffât le sang à sa lecture.

{Idem.)

Néron devant sa mère a permis le premier Qu'on portât les faisceaux couronnés de laurier.

[Idem.)

Les étrangers doutaient même alors que tes entrepriics du aar pussent se soutenir.

(Voltaire.)

Pierre-le-Grand avait à peine quatre ans et demi quand il perdit son père. Onn'aimait puint les enfants du second Ut, et l'on ne s'attendait pas qu'il dût régner un jour. (Voltaire.)

Pieire méprisait tout ce faste; il eût été à désirer qu'il eût également méprisé ces plaisirs de table dans lesquels l'Allemagne mettait alors sa gloire.

(Voltaire.)

La parfeite raison fuit toute extrémité , Et veut que l'on soit sage avec sobriété.

(Molièrb.J

Après la campagne de 4702, te cxar voulut que Sherimetof et tuus les officiers qui s'étaient distingués entrassent en triomphe dans Moscou.

(Voltaire.)

I On trouva bon que Pierre engageât des ouvriers comme il avait fait en Hollande. (Voltaire.)

Je consens que mes yeux «oient toujours abusés. .

(Racine.)

Souffrez , seigneur, souffrez que je coure hâter Un hymen dont les dieux ne sauraient s'irriter, i [Idem,]

GRAMMAIRE FRANÇAISE

Lei Égyptiens ne doutaient pas que certaines plantes ne fussent des divinités.

Que vouliez-vous qu'il fît contre trois?— Qu'il mourût ?

(Corneille.)

Hélas! ils ont tremblé que l'excès des chaleurs Ne consumât les fruits desséchés dans les fleurs , Ne flétrit dans les prés l'herbe qui vient de naître , Et ne retînt caché l'épi qui va paraître.

(Saint-Lambert.)

La Providence a permis que les barbares détruisissent C empire des Romains, et vengeassent L'univers vaincu.

Montesquieu parlait de lui-même, comme il méritait que les autres en parlassent.

. . . . Je me suis quelquefois consolée Qu'ici plutôt qu'ailleurs le sort To'eût exilée; Qu'heureux dans son malheur le fils de tant de rois , Puisqu'il devait servir, fût tombé sous vos lois !

(Racine.)

Ce fut une grande satisfaction pour Épaminondas, après la victoire de Maniinée, que son père et sa mère existassent encore, et quils pussent apprendre la nouvelle de son triomphe.

Il était fort surpris que les choses qu'il avait le mieux aimées w'ëtaient plits celles qui étaient le plus agréables à ses yeux (1). (Buffon.)

Hélas ! il fallait bien qu'une si noble envie Lui fit abandonner tout le soin de sa vie.

(Racine.)

// s'en fallait beaucoup avant Pierre-le-Grand que la Russie fût au^si puissante, quelle eût autant de terres cultivées, autant de sujets que de nos jours.

(Voltaire.)

Il n'estpas possible qu'un esprit toujours rabaissé vers de petits objets, produise quelque chose qui soit digne d'admiration et fait pour la postérité.

(La Harpe.)

Il serait honteux qu'un bon juge se laissât séduire par l'argent.

Lorsqu'on a quelque crime à se reprocher, il est bien difficile que le visage ne nous trahisse pas.

Tous les discours sont des sottises, Partant d'un homme sans éclat; Ce seraient paroles exquises , SI c'était un grand qui parlât.

(Molière,)

On trouve rarement la gaité oii n'est pas la santé. Scarron était plaisant, j'ai peine à croire qu'il fût gai. (De Boufflers.)

(I) II fallait ici le sobjonctlt

De l'emploi des temps du subjonctif.

VRÉSEITT ou rUTUH DU SUBJOKCTir.

Dans celte phrase :

Je fais cet ouvrage malgré moi, mais il faut bien que je le fasse.

Que je fasse exprime un temps présent; il dépend de il faut qui est aussi présent.

Dans :

Il faut, il faudraque demain]e fasse cet ouvrage, la même forme verbale que je fasse exprime un temps futur, et dépend de il faut, il faudra, qui sont, l'un au présent, et l'autre au futur.

D'où la règle suivante :

Quand le verbe de la proposition principale est au présent ou au futur, celui qui est au subjonctif se met au présent ou au futur de ce mode, selon qu'on veut exprimer l'un ou l'autre de ces temps ; la même forme convient aux deux temps.

exemples :

Il faut que celui qui parle se mette o la portée de ceux qui f! écoutent.

Il faudra qu'ils se rendent à la force de la vérité, quand ils auront permis quelle paraisse dans tout son jour.

Je ne souffrirai point, ô Télémaque, que vous tombiez dans ce défaut, qui rend un homme inhabile pour le gouvernement. ^Fénelon.)

Quelque liberté qu'on ait, il ne faut jamais en abuser.

On trouve cependant un temps passé en correspondance avec le présent ou le futur, comme on le verra dans quelques-uns des exemples suivants.

Passé simple ou iNDÉrim : futur ANTÉausua.

Dans cette phrase ;

Il faut que tu aies mal fait cet ouvrage, puisqu'on n'en a pas été content.

Que tu aies mal fait exprime un temps passé par rapport à il faut, qui est au présent.

Il a fallu que tu aies fait cet ouvrage avec plaisir, puisque tu l'as fini en si peu de temps.

Quoique tu aies fait cet ouvrage en peu de temps, il a paru supérieur à tous les autres (4).

Dans ces deux exemples,* gue tu aies fait exprime un passé indéfini, et est en rapport avec il

0) On pourrait dire aussi, quoique tu eusses /ait, mais alors on exprimerait positivement un passé antérieur.

DU VERBE

a fallu, il a paru, qui tous deux sont de même au passé indéfini (1). *

Il faut, il faudra que tu aies fait cet ouvrage demain à midi.

Dans cet exemple, ^ue tu aies fait exprime un futur par rapport à il faut, il faudra, dont l'un est au présent, et l'autre au futur.

Ainsi, d'après ces exemples, on peut dire que : Le verbe de la proposition principale étant, soit au présent, soit au futur, soit au passé simple ou indéfini, le verbe au subjonctifsemetau passé simple ou au futur antérieur, si l'on veut exprimer l'un de ces deux temps, auxquels la même forme est commune.

EXEMPLES

Je suis fâché qu'il ait dit cela.

En quelque endroit des terres inconnues Que la tempête ou la colère des dieux Tait jeté, je saurai bien l'en retirer. (Fénelon.)

Si vous attendez que Philoclès ait conquis Cile de Carpathie, il ne sera plus temps d'arrêter ses desseins. {Idem.) »1II.

Passé suhultaité (uHPABrAXT).

do Dans : Il fallait bien que je fisse cet ouvrage lorsque tu te promenais;

Que je fisse exprime un passé simultané par rapport à il fallait et à tu te promenais.

En traduisant par l'affirmatif on aurait :

Je faisais cet ouvrage lorsqiie tu te promenaiSf et il le fallait bien.

Î( plus tard.

On voulait que je fisse cet ouvrage | aujourd'hui I demain.

Que je fisse exprime un futur par rapport à on voulait, qui est au passé.

go Dans . 1 1' aurait été bon que je le fisse aussitôt, ensuite. j 11 aurait été bon que je le fisse à présent, demain.

Que je fisse exprime un présent ou un futur conditionnel par rapport à il aurait été bon, il se-

(i) Si à la place du subjonctif on mettait l'indicatif, on aurait, en changeant le tour, pour la première phrase : Tu as mal fait cet ouvrage, il le faut bien , puisqu'on n'en a pas été content ; pour la deuxième : Tu as fait cet ouvrage avec plaisir, et il l'a bien fallu, puisque tu l'as Gni en si peu de temps ; pour la troisième : Tu as fait cet ouvrage en peu de temps; malgré cela il a paru supérieur à tous les autres: d'où l'on voit que le passé indéfini du subjonctif peut se traduire par le même temps de l'indicatif, et d'où l'on peut conclure que le temps ne fait que changer de forme suivant le besoin de renonciation.

.l'ai fait. Que j'aie fait.

Tu as fait, Que tu aies fais.

Il a fait. Qu'il ait fait.

I La même observation peut se faire t sur les autres temps du subjonctif I qu'on recounaltra par la traduction .

rait bon, dont l'un est un conditionnel passé, et l'autre un conditionnel présent.

Dans ces exemples, le verbe au subjonctif exprime donc ou une action simultanée, ou une action postérieure en rapport avec un temps passé ou avec l'un des conditionnels.

On peut donc dire que :

Le verbe de la proposition principale étant à un temps passé ou à l'un des conditionnels, celui qui est au subjonctif se met au passé simultané (imparfait), si l'on veut exprimer un présent ou un futur par rapport au premier verbe.

EXEMPLES

Caligula voulait que les Romains lui rendissent les honneurs divins.

Je désirerais sincèrement que de nouveaux succès fissent taire l'envie.

Les flots semblaient respecter Jupiter, quoiqu'il fût sous une forme étrangère.

Je ne pouvais me persuader que cette lettre fût de Philoclès. (Fénelon.)

OBSERVATIONS

1» On dit:

Je doute qu'il jouât, s'il avait de l'argent ; c'està-dire : je doute qu'il jouerait; et comme après douter on ne peul employer l'affirmatif, jouerait est remplacé par la forme subjonctive jouât.

On dit encore :

Je doute qu'il fût content, lorsqu'il voyait de telles choses.

C'est-à-dire : je doute qu'il était content; et comme après douter on ne peut employer l'affirmatif, était est remplacé par la forme subjonctive fût.

D'où l'on peut dire qu'après le présent on emploie aussi le passé simultané du subjonctif, si l'on doit remplacer par le subjonctif le conditionnel présent ou futur de l'affirmatif, ou le passé simultané du même mode.

EXEMPLES

M. de Grignan était désolé hier ; il eût donné sa part aux chiens, oui, hier, mais je ne dis pas qu'il la jetât aujourd'hui, (Séyigné.)

On trouve rarement la gailé où n'est pas la santé; Scarron était plaisant, j'ai peine à croire qu'il fût gai. (De Boufflers.)

Dois-je croire qu'assise au trône des Césars , Une si belle reine offensât ses regards ?

(Racine.)

Hélas ! on ne craint point qu'il venge un jour son père On craint qu'il n'essvyât les larmes de sa mère.

{Idem.)

C'est Andromaqne qui parle de son fils Astyanax qu'on éloigne d'elle.

Andromaque veut dire :

// essuierait les larmes de sa mire, s'il était avec elle, c'est ce qu'on craint,

2» On dit :

Pétrarque a mérité qu'on le couronnât au Capitole.

Et;

Pétrarque a mérité que ma muse le chante.

Dans le premier exemple couronnât exprime un passé {on le couronna au Capitole, et il l'a mérite).

bans le second, chante exprime un présent ou un futur.

C'est comme si l'on disait :

Ma muse le chante, le chantera, et il l'a mérité.

D'où 1 on peut conclure qu'après un temps passé il n'est point rare de trouver un temps présent ; c'est lorsqu'on veut exprimer absolument un présent ou un futur.

EXEMPLES

Dieu a entouré les yeux de tuniques transparentes, afin qu'on puisse voir à travers.

(D'Olivet.)

Allez demander à ce vieillard : pour qui plantez-vous ? Il vous répondra : pour les dieux immortels qui ont voulu que je profite du travail de ceux qui m'ont précédé, et que ceux qui me suivront profilent du mien. (Idem.)

C'était une des plus belles fêtes qu'on puisse voir.

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