S IV
Quelle différence y a-t-il entre :
Je ne savais pas que vous fussiez poète.
— étiez —
— êtes —
Pour bien marquer ces nuances, il faut écarter la règle souvent fausse de quelques Grammairiens sur ce qu'ils appellent la concordance des temps; un temps ne dépend pas d'un autre; chaque temps doit être l'expression de l'époque qui est dans l'esprit.
Je ne savais pas que vous fussiez poète, dirais-je à un jeune homme, si je ven^ d'apprendre vagueoient qu'il foit des vers; le/T^jonctif rend bien ce vague qui est dans ma*pensëè. Si le jeune homme me présente un recueil de poésies, le vague disparait, etl'affirmatif se présente, mais dans un temps passé coïncidant avec les époques où le jeunehomme exerçait sa muse, et je dis ; Je ne savais pas que vous étiez poète. Enfin, je jette un regard curieux sur quelques morceaux ; tous me paraissent beaux d'harmonie, d'images, de sentiments; l'enthousiasme du poète se communique à son lecteur ; il esf poète, medis-jeà moi-même; puis, m'adressant à lui : Je ne savais pas que vous êtes poète. C'est ainsi que, persuadé de l'existence de l'Être suprême, je dirais : Ce philosophe était bien insensé; il ne croyait pas qu'il y SLun Dieu.
(DOHERGUE.)
Pourquoi dit-on :
Je doute qu'il vienne ;
Je me doute qu'il viendra ;
J'attends qu'il vienne ;
Je m'attends qu'il viendra ;
Je suis fâché de ce que Paul vient ;
— que Paul vienne ;
Je suis surpris — etc.
Douter vient du mot latin dubitare, aller par deux chemins, balancer; d'où le français doubiter, doubter, douter.
Je me doute que Paul viendra, signifie donc je me balance, je me tiens en suspens sur ceci : Paul viendra; c'est moi-même qui suis balancé ou douté, ce n'est pas l'action qui suit : voilà pourquoi cette action est exprimée à l'afHrmatif.
Mais quand on dit je doute que, ce n'est pas m(n, c'est l'action suivante que je balance, que je soumets
à l'effet du balancement ou de la dubitation. Il faut donc dire avec le subjonctif : Je doute que Paul vienne.
Je m'attends, d'après l'ëtymologie latine me tendo ad, je me tends à.
Ainsi je m'attends que Paul viendra, signifie je me tends ou je me prépare à ceci : Paul viendra.
Dans cette phrase attends a un complément ; qiii est m'/ dans celle-ci : J'attends que Paul vienne, attendre n'a point de complément avant le que. La chose qui, à la première vue, paraît soumise à l'attente, est donc la venue de Paul, d'où l'emploi du subjonctif.
Dansjg suis fâché, je suis content de ce que Paul vient; je suis fâché, content, ont pour complément de ce ou de cela ; c'est comme s'il y avait : Je suis fâché, content de ceci, qui est, Paul vient.
Dans je suis fâché que Paul vienne, Paul vienne est le complément immédiat de je suis fâché; et de cette dépendance nécessaire naît le mode subjonctif.
Exemples a l'appui des règles précédentes.
Croirai-je qu'un mortel , avant sa dernière heure, Peut pénétrer des morts la profonde demeure ?
La faculté de communiquer ses pensées, soit par la parole, soit par l'écriture, est , de tous les dons que Dieu ait faits à l'homme, le plus extraordinaire comme le plus noble et le plus précieux.
De tous les spectacles que l'industrie sl donnés au monde, il n'en est peut-être encore aucun de plus admirable que la navigation. (Thomas.)
Ma versification n'est point un assemblage de sentiments communs et d'expressions triviales, que la rime seule soutienne. (Lesage.)
Je fuis : ainsi le veut la fortune ennemie. Mais vous savez trop bien l'histoire de ma vie Pour croire que long-temps , soigneux de me cacher, J'attende en ces déserts qu'on me vienne chercher, (^it/iridafc, acte III, scène i.)
Ce n'est pas que je n'aie un nombre infini de désagréments. (Montesquieu.)
Croit-on que le dauphin regardât les honneurs, le sang ou la naissance comme un droit qui dispense d'être vertueux ? (Thomas.)
Il y avait du délire à penser qu'on eût pu faire périr par un crime tant de personnes, en laissant vivre le seul qui pouvait les venger.
(Voltaire.)
Tu ne te serais jamais imaginé que je fusse devenu plus métaphysicien que je ne l'étais.
(Montesquieu.)
Je ne pense pas que ce soit une espèce particulière. (Buffox.)
GRAMMAIRE FRANÇAISE
Oui , quoique dans la paix je irouvatse des charmes , Je serai le premier à reprendre les armes.
(Racine.)
L'Éternel accorde le sommeil aux méchants, afin que les bons soient tranquilles.
Les mouvements des planètes sont les plus réguliers que nous connaissions. "^ (Buffon.)
// serait à souhaiter que tous les pères de famille suivissent un pareil exemple. (Thomas.)
Pierre ordonna qu'on n'entrerait dans les cloî' très qu'à cinquante ans..., et il défendit qu'on y reçût, à quelque âge que ce fût, un homme revêtu d'un etnploi public. (Voltaire.)
Cyrus disait qu'on rCest pas digne de commander, à moins qu'on ne soit meilleur que ceux à qui l'on donne la loi.
Le temps, semblable au vol de l'oiseau, passe et s'écoule sans que nous nous en apercevions.
La mâchoire inférieure est la seule qui ait du mouvement dans l'homme et dans tous les animanx.
(Buffon.)
Il n'y a que trois ou quatre quadrupèdes qui aient des membranes entre les doigts du pied.
(Buffon.)
On souhaiterml que la nation unie sous un même prince le fût aussi sous une même loi.
(Thomas.)
Hé quoi! voudriez-vous qu'à l'exemple d'un traître, Ma frayeur conspirât à vous donner un maître ? Que Porus , dans un camp se laissant arrêter, Refusât le combat qu'd vient de présenter?
(Racine.)
// semble que la nature, agitée par ses malheurs et ses abus..., se tournât de tous côtés pour chercher un remède à ses maux. (Thomas.)
Il semble que la rusticité n'est autre chose qu'une Ignorance grossière des bienséances.
(La Bruyère.)
Où a-t-on pris que la peine et la récompense ne soient que pour les jugements humains, et qu'Un y ait pas en Dieu une justice dont celle qui reluit en nous ne soit (1) qu'une étincelle? (Bossuet.)
Cherchez à ce grand cœur, que rien ne peut dompter, Quelque trône où vous seul ayez droit de monter.
(Racine.)
hippolyte.
Dieux! qu'est-ce que j'entends? Madame, oubliez-vous Que Thésée est mon père et qu'il est votre époux?
(I) Ici il faudrait n'est qu'une ilincelle, parce que l'auteur a'éoonce poiut cette propoeitiou comme douteuse. '