DU PRÉTENDU PARTICIPE PRÉSENT
Tous les mots en ant, tirés d'un verbe, comme écoutant, d'écouter; tenant, de tenir' voyant, de voir, et faisant, de faire, étaient autrefois participes , c'est-à-dire que tout en exprimant l'action, et tout en prenant le régime du verbe, ils étaient aussi adjectifs et prenaient l'accord avec le substantif. Alors nous suivions les règles de la langue latine,d'où la nôtre est en grande partie dérivée. Sylvius, notre premier Grammairien, au commencement du seizième siècle, disait ; attendu que les participes sont déclinables en latin, ils doivent être déclinables en français. Voici en effet l'orthographe du temps :
Pour ce que j'appellerai de leurs oreilles escoatantes mal à elles-mêmes, quand elles tscouteront bien. (Henri Etienne.)
Ces corsaires incontinent s'approchèrent et vinrent côtoyer notre navire, tenanis le gué. (Amyot.)
Ces enfants bienheureux, créatures parfaites, Ayants Dieu dans le cœur ne le peuvent louer.
(Malherbe,)
Las! que dira la Grèce à mon retour, Tous ceux d'Argos et du pays d'entour, Sachants ta mort?
(Salel, 4545.)
Petits ruisseaux y forent ondoyants.
Toujours herbus autour des prés faisants Un doux murmure.
(Marot.)
Estantes illec les dames arrivées , A piteux cris , et les mains élevées Firent leurs vœux. *
(Henri Etienne.)
(Nous ferons observer que le premier de ces trois derniers vers est faux.)
On voit que nos premiers écrivains variaient indistinctement tous les participes présents, même ceux d'avoir et d'être, ainsi que l'attestent ayants et estantes. Cependant quelques auteurs s'écartèrent de la règle, et dès lors grande rumeur au camp des Grammairiens. Parut bientôt Ramus, meilleur observateur que Sylvîus , et son redoutable antagoniste. Plusieurs écrivains se frayaient une route nouvelle pour éviter la répétition monotone de cette traînante syllabe en ante; ils ne déclinèrent plus ces mots, au moins en grande partie, ce qui devint un nouveau sujet de controverse et de chicane dans l'école, et la divisa. Ramiis se mit à la tête de l'opposition, et justifia, sous le double rapport de la raison et du goût, ceux des écrivains qui s'étaient affranchis de l'insignifianie règle de Sylvius, lequel ne s'appuyait que sur la langue la- j tJne. € Quand on exprime la qualité, disait Ramus, ! c'est l'adjectif; mais quand on exprime l'action, | c'est le verbe; plus d'accord. Servante, c'est la qualité j servant ses maîtres, c'est l'action. >
Celte règle, fondée en principe, est depuis trois siècles gériéralemeni adoptée et suivie par tous les prosateurs et par tous les poètes ; si quelques-uns de ces derniers s'en sont affranchis quelquefois, ce n'a été qu'au masculin seulement qu'ils onipluralisé pour rimer à l'œil; encore aujourd'hui on ne passe plus celte licence ( 1 ).
Dans la nouvelle école, où l'on reconnaît que la langue est la peinture de la pensée, on appelle modatîf tout mot signe de mode (manière) consi-
( 1 ) Apr^s un «ièole de divitioa dans l'iScole, et qnnnd la théorie l'e Ramus eut été géoéra'ement adi ptée, l'AcaHémie ge prononça en ces termes,' le 5 juin t679 : La règle est faite; on ne déclinera point les participes actifs.
GRAMMAIRE FRANÇAISE
déré dans la substance, par opposition à substantif, signe de substance. Le mode est la qualité ou l'action. Autre chose est, comme le remarque très - bien Sylvius , de considérer une femme dans son état, sa profession habituelle, servante par exemple, ou de la considérer comme faisant une action, servant avec intelligence et probité: voilà tout le mystère. Ce double point de vue est fondé en logique ; tout le monde, tous les enfants, comprennent cela ; rien de plus clair, rien de plus simple. Quelle est votre idée ? Exprimez-vous l'action ; point d'accord : exprimez-vous la qualité ; le mot prend l'accord de genre et de nombre.
MODATSra BH AXTT (i).