‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 260 sur 279 · SYNTAXE DES CONJONCTIONS · texte numérisé non relu

SYNTAXE DES CONJONCTIONS

DE L'EBEPLOX ET DES DIFFÉRENTS VSAOES DB LA OON- JONCTIOM QUE.

L'usage le plus commun de la conjonction que est de lier un verbe àjun autre : je crois que je le vois ; je doute qu'il vienne. Cette conjonction est précédée d'un verbe, et suivie d'un autre qui, comme nous le verrons dans l'arîicle suivant, se meta quelqu'un dts temps de l'indi atifou à quelqu'un des temps du subjonctif. II f^st toujours aisé de distinguer le que conjonction, du que pronom relatif ou absolu. Il est pronom reîaî f ou absolu, quand il peut se tourner par lequel, laquelle, ou quelle chose Dieuque j'aime ;quî: voyez-vous làbas '{ signifient : T)ï&u lequel j'aime ; quelle chose voyez-vous là-has? Mais il est toujours conjonction , quand il ne peut «e tourner par ces mots ; comme : je crois que l'âme est immortelle. Nous pensons que le que admiratif ne fait pas une classe particulière.

Règle. Dans les phrases où il y a plusieurs membres régis par la conjonction que, on doit la répéter aussi souvent qu'il y a de membres différents: ^

Quand je considère que les chrétiens ne meurent fo'int; qu'ils ne font que changer de vie; que l'a-

i poire noîis avertit de ne pas pleurer ceux qui dorment dans le sommeil de la morlj comme si nous n'avions pas d'espérance; que la foi nou^ apprend que C église du ciel et celle de la terrene sont qu'un même corps; que nous appartenons au Seigneur, soit que nous vivions, soit que vous mourions, parce qu'il s'est acquis, par sa résurrection et par sa vie nouvelle, une domination souveraine sur les morts et sur les vivants ; quand je considère, dis-je, que celle dont nous rt-^grettona la mort est vivante en Dieu, puis-je croire que nous l'ayons perdue ?

(Fléchier.)

Nous ne partagerons pas l'opinion de Levizac sur celle muUiplicilé de que, qui, maniés par un orateur moins habile, font un mauvais effet. Rien de plus lourd, de plus pénible pour une oreille délicate, que la répétition des que dans une phrase française. Il faut en user avec une extrême sobriété ; et le seul moyen d'éviter ce défaut, c'est de prendre un autre tour qui les fasse disparaître. Et pour modèle, qu'on nous permette de proposer une autre phrasé moins éloquente, mais dégagée de ce défaut :

Chrétiens nous-mêmes , nous ne l'ignorons pas : les chrétiens ne meurent point ; ils ne font que changer de vie : et l'apôtre nous avertit de ne pas

DES CONJONCTIONS (SYNTAXK).

plturer ceux qui dorment dans le sommeil de la mort , comme si nous n' avions pas d'espérance; et d'ailleurs la foi ne nous apprend-elle pas que l'église. du ciel et celle de la terre ne sont quun même corps? Oui! chrétiens, nous appartenons au Seigneur , et pendant notre vie et après notre mort, parce qu'il s'est acquis par sa résurrection et par sa vie nouvelle une domination souveraine sur les morts et sur tes vivants : ah ! quand celle dont nous regrettons la mort est vivante devant Dieu, il n'est pas permis de croire que nous l'ayons perdue !

Passons aux autres usages de la conjonction qu^.

EII< sert :

1° A la comparaison • l'Asie est plus grande que l'Europe ;

2° A restreindre les phrases négatives; et alors elle se met pour seulement : Ces idées ne servent qu'à tourmenter; — On n'est heureux que loin du monde.

Remarque. Ne... que... s'emploie quelquefois pour ne... r'ien :je n'ai que faire ici, signifie : je n'ai rien o faire ici. Je n'ai que faire de luiy est pour : je n'ai aucun besoin de lui; et je n'ai que faire de vous dire, est pour : il n'est pas nécessaire de vous dire. Ces expressions sont du style familier. Ne... ^ue, construit avec quelqu'un des temps du verbe faire, et suivi de la préposition de et d'un infinitif, désigne une action qui vient de se passer : // ne fait que de partir, c'est-à-dire, il vient seulement de partir. L'action de partir est passée, quoiqu'il n'y ait que très-peu de temps. Mais, sans la préposition de, ne... que marque une habitude : // ne fait que jouer, signifie : il joue sans cesse.

5° A marquer un souhait , un commandement , etc., et aiors il y a un verbe sous-entendu qui le précède : Qu'il s'en aille, c'est-à-dire je souhaite, je veux, j'ordonne qu'il s' en aille.

Qu'un autre.dans des vers inspirés par les dieux, Célèbre des héros les exploits belliqueux ; Qu'W anime aux combats une troupe guerrière Qui, dans desUujrbillons de cendre et de {wussière, Egorge sans pitié des ennemis tremblants ; Qu'à ces scènes d'horreur il consacre ses chants : Il faut d'autres sujets à ma muse timide, etc.

L'impératif, à la troisième personne, est une véritable ellipse.

Que se met pour :

Afin que, après un impératif, approchez, que je vous parle; et au lieu de pour que, après une interrogation.

Je contemple le ciel, ouvrage de tes mains,

Ces astres dont tes lois ont tracé les chemins.

Qu'est donc l'homme à tes yeux,r/u'il vive en la mémoire?

Que sont pour toi, Seigneur, tous les faibles humains, Que tu verses sur eux un rayon de ta gloire?

A moins que, avant que, sans que : cela ne finira pas qu'il ne vienne; je ne finirai pas qu'il ne soit venu; il ne saurait sortir qu'il ne s'enrhume.

Dès que, aussitôt que, si : qu'il fasse le moindre excès, il est malade.

Quoique, soit que: qu'il soit savant, cela n'empêche pas que...., qu'i/ veuille ou qu'il ne veutlj^ pas, que m'importe ?

Depuis ^ue, après i/ 1/ a : il y a deux ans que je ne l'ai vu.

Jusqu'à ce que : attendez qu'il vienne.

Et cependant : les avares auraient tout l'or du monde, qu'ils en désireraient encore davantage.

Puisque, après une interrogation : les bouteilles sont-elles cassées, que l'on n'en apporte point ? — Qùavez-vovs, que vous ne mangez point ?

Pourquoi- : que ne se corrige-t-il ? Cette acception n'a lieu que dans les phrases inierrogatives où la seule négative ne figure. Avec ne pas, que est un pronom absolu : Que ne fait-il pas pour réussir ?

Et, s'il est suivi de si : Que si vous me dites. Ce tour est du style oratoire, et fort énergique.

Comme et parce que : rempli qu'il était de ses préjugés, il ne voulut convenir de rien.

Combien, et alors il marque l'admiration, l'étonnement, la répugnance, l'indignation, etc.: Qse D'ieu est bon! — Que vous êtes importun ! — Que je le hais !

Enfin pour comme, lorsque, parce que, puisque, quand, quoique, si, etc., lorsqu'à des propo>itions qui commencent par ces mots, on en joint d'autres sous le même rétjime par le moyen de la conjonction et : si les hommes étaient sages et qu'ils suivissent les lumières de leur raison, ib s'épargneraient bien des chagrins : — lorsqu'on a des dispositions, et qu'on veut étudief, on fait des progrès rapides.

Remarque. Cette construction est une élégance qui a passé en loi. Du temps de Va u gelas, il était encore permis de répéter la conjonction aux diffén-nts membres : et à cette occasion , ce premier puriste de son temps fait l'observation suivante : € La conjonction si peut recevoir, dit-il, une même » constructionaux deux membresd'une période... » Mais le moyen le pius ordinaire et le plus natu-

> rel est de mettre que à sa place... Il est cer- » tain que, pour une fois que l'on répétera le si,

> on dira mille fois et que au second membre de

> la période. Cette variété est naturelle et dans le

> génie de notre langue. * T. Corneille et Bouhours n'ont pas la même indulgence que Vaugelas. Ils pensent, avec raison, que la répétition des conjonctions est à éviter autant qu'on le peut, parce

GRAMMAIRE FRANÇAISE

que l'oreille s'en trouve blessée. De nos jours, cette répétition a quelque rhosede barbare.

Il n'y a qu'une grande connaissance et une longue habitude de la langue qui puissefit indiquer les autres cas où jt\ faut en^ployer la conjonction que.

DU ILÉGUaE DES COUTJOIO'CTYON'S.

Les conjonctions lient les phrases entre elles, en régissant les verbes qui les suivent à l'infinitif, à l'indicatif ou au subjonctif.

DES CONJONCTIONS QUI R^IGISSENT LINFINITIF.

Il y a deux sortes de conjonctions qui régissent l'infinitif :

1° Celles qui ne sont distinguées des prépositions que parce qu'elles sont suivies d'un verbe. Telles sont : après, pour, jusqu'à, e(c. Il faut se reposer après avoir travaillé ; je travaille pour gagner ma vie ; il est avare jusqu'à se refuser te nécessaire ; il travaille sans prendre le moindre repos, etc. Vaugelas et T. Corneille observent avec bien de la justesse qu'on ne doit mettre entre pour et l'infinitif que les pronoms personnels en régime, ou de petits mots dont la place est avant le verbe, comme : il l'a fait pour ne pas le fâcher.

2° Toutes celles (|ui sont terminées par de. Telles sont : faute de, de peurà^ , de crainte de, au lieu de, loin de, plutôt que de, etc. Si je m'applique tant à l'élude, c'est afin de vous surpasser; il la recherche, au lieu de la fuir ; loin de vous désespérer, redoublez d'ardeur. Ces conjonctions, avec l'infinitif qui les suit, formant, comme on le voit par les exemples cités, des phrases incidentes et subordonnées à une première phrase qui est toujours la principale.

Cette manière de s'exprimer a beaucoup d'énergie, et doit être toujours préférée, quand il n'y a point d'équivoque à craindre ; or, il n'y aura point d'équivoque, si l'on observe la règle suivante.

Règle. On ne doit ordinairement employer les conjonctions avec un infinitif que lorsque c» t infinitif se rapporte au sujet du verbe principal ;

Nous ne pouvons trahir /a férité,. sans nous rendre méprisables; — évitez le jeu , de peur d'en prendre le goût ; — Napoléon ne régna pas assez long -temps pour meilre li dernière main à ;ses vastes projets.

Nous avons dit ordinairement, parce que nous pensons que le second verbe peut quelquefois be rapporter au régime du verbe principal, sans qu'il y ait équivoque. Il nous paraît que c'est à tort que quelques Grammairiens soutiennent le contraire.

Cette phrase : je vous conseillé de fréquenter la bonne compagnie, et et éviter la mauvaise, e&t française et très-française ; et cependant, les verbes fréquenter et éviter se rapportent à l'ous, régimedu i verbe constiller. H en est de même de cette phrase : I lime soUiciie,il mepressemême cC aller le voir. Mais I on ne peut pas dire : Le règne de Napoléon ne fut pas assez long pour mettre la dernière main à ses vastes projets, parce que le verbe mettre se rapporte à Napoléon , régime du substantif règne. On ne dira pas non plus en parlant à quelqu'un : Qu'ai-je fait pour venir ainsi m'insulter ? Parce que venir se \ rapporte à une chose vague, et qu'on ne peut voir ; clairement; il faut nécessairement dire : pour que , vou^ veniez ; à moins qu'on ne donne le régime { vous au \erhe faire. Car nous pensons qu'on peut ' très-bien dire : Que vous ai-je fait, pour venir ainsi m'insulter ? Néanmoins, en général, il est I mieux, et toujours plus clair, de ne faire rapporter l'infinitif qu'au sujet du verbe principal. I On préfère l'indicatif ou le subjonctif à l'infinitif :

■ 1" Quand on veut éviter plusieurs de, ou qui auraient des sens différents , ou qui , par leur ré- I pétition , rendraient la phrase lourde et traînante : i Aristippe chargea ses compagnons de dire de sa I part à ses concitoyens de songer de bonne heure à se procurer, etc. Cette phrase, ainsi construite, est insoutenable ; il eût fallu dire : qu'ils songeassent de bonne heure, etc.

2° Quand» la phrase en est plus harmonieuse, comme celle-ci : je suis sûr, avec de la patience et de la fermeté, de parvenir à le guérir; il est plus harmonieux de dire: que je parviendrai, etc.

DES CONJONCTIONS QUI RÉGISSENT l'iNDICATIF.

t Les conjonctions qui veulent le verbe qui les suit à l'indicatif sont : bien entendu qui* ; à condition que ; à la charge qw ; de même que : ainsi que. ; aussi bien que ; autant que ; tion plus que ; outre que ; parce que ; à cause que ; attendu que; vu que; puisque ; c'est pour celn que ; lorsque; dans le temps que; pendant que ; tandis'que; durant que; tant que ; de.pitis que ; dès que ; nussitôt que ;aprèsque; à mesure, que; peut-être que : aux<juelles on peut joindre les suivantes: si, comme, comme si, quand, pourquoi, etc. Exemples : je le veux, à condition que vous serez de la partie ; — il faut travailler autant qu'on le peut; — vous prendrez d'autret mesures, si vous êtes prudent ; — quand on en', sage on fuit le danger.

Toutes ces conjonctions régissent l'indicatif, parce qu'elles sont précédées d un verbe qui exprime l'affirmation d'une manière directe, positive et indépendante.

Elles n'offrent point de difHcuUés ; mais il y en a six qui demandent une attention paniculière, parce qu'elles réf^issent taniôt l'indicatif, et tantôt le sobjonciif. Ce sont: sinon que ; $i ce n'est que ; de sorte que ; en sorte que ; tellenienî que ; de manière que. On ne s'y méprendra pas quand on aura connaissance des règles qui suivent.

Nous avons vu que le veri>e de la phrase incidente doit se mettre à l'indicatif, quand le verbe de la proposition principale exprime l'affirmation d'une manière directe, positive et indépendante; mais qu'il doit se mettre au subjondif , qunnd celui de !a proposition principale exprime le doute, la surprise, l'admiration, ou rinc<Ttitude ; en un niOt,queli|ue mouvement de l'âme. C'est d'après cette rèfjle que ces six conjonctions régissent l'indicatif ou le subjonctif. Ainsi l'on dira : il s'est com/?or(é de manière ou de telle sorte qu'i/ a mérite Cesiime des honnêtes gens ; — ii ne répondit rien, sinon qu'i/ ne le voulait -pas. Mais on doit dire ; comportez-vous de manière ou de telle sorte que vous méritiez l'estime des honnêtes gens; — je ne crainsrien, sinon qui/ ne réussisse pas amsitôt qu'il le croit.

■ Remarqcjk. On emploie la conjonction que pour : comme, parce que, lorsque, puisque, quand, quoique, si, etc. , lorsqu'à des propositions qui commencent par ces mots, on enjoint d'autres sous le même régime par le moyen de la conjonction et. Nous devons faire observer à cet égard qu'elle chimères régit l'indicatif , quand elle tient lieu de quand, lorsque, comme, pourquoi, peut-être, parce que. On doit dire : lorsqu'on est jeune, et qu'on ne se laisse pas abattre par l'adversité, on peut se promettre tncore un avenir heureux : mais lorsqu'elle est mise pour si, quoique, etc. , elle veut le verbe au subjonctif ; si l'on est déjà sur le retour, et qu on soit sans courage dans l'adversité, on ne doit s'attendre qu'à une vieillesse triste et malheureuse.

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