‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 259 sur 279 · SYNTAXE DE L'ADVERBE · texte numérisé non relu

SYNTAXE DE L'ADVERBE

Après ce que nous avuus uii de l'adverbe, il semble qu'il ne reste plus rien à en dire dans la syntaxe particulière de ce mot. Mais on pourrait se tromper dans l'emploi qu'on en doit faire, relativement à la place qu'il faut lui donner dans la phrase ; car cette place ne peut être indifférente, puisque, dans une langue sans déclinaison, la place qu'on donne aux mots ne peut l'être. Voyons donc quelle doit être celle de Y adverbe.

L'adverbe étant un mot secondaire, il est convenable qu'il reçoive la loi de celui ou de ceux auxquels il est subordonné. Il estdoncjusted' examiner quelle est sa nature ; car la nature des mots indique, d'une manière sûre, les règles qu'on doit suivre dans leur emploi.

V adverbe est un mot elliptique, une expression abrégée, avons-nous dit en traitant de cet élément du discours. C'est une sorte de proposition , puisqu'on retrouve en lui, non pas seulement une idée unique comme dans le nom, dans le pronom, dans

l'article, dans l'adjectif et dans la préposition ; mais un sens total et complet. Il sert à exprimer quelque circonstance de temps ou de lieu, ou à modifier, d'une manière quelconque, exprimée nonseulement par une qualité purement énonciative ou de forme, mais par une qualité active, convertie en verbe , ou même par une qualité passive. Il est donc, p.us souvent encore, Yadjectifda verbe que ï adjectif de tout autre adjectif. D'après cela, on sent bien que l'adverbe ne doit pas être trop éloigné de l'adjectif dont il doit restreindre la trop grande étendue, ou du verbe lui-même, dont il est destiné à être le modificatif.

DE X.A FI.ACX: DES ABVEKBXS.

Les adverbes, avons-nous dit, modifient les verbes, les adjectifs et mèuie les adverbes. Examinons encore, avec Lévizac, quelle est leur place relativement à ces mots.

GRAMMAIRE FRANÇAISE

-I" Règle. L'adverbe se place ordinairement après le verbe qu'il modifie, ou entre l'auxiliaire et le participe, si le verbe est un temps composé.

L'homme le plus éclairé est ordinairement celui qui pense le plus modestement de lui-même.

C'est toi qui nous prédis ces tragiques fureurs Oui couvent sourdement dans l'abyme des cœurs.

(Delille.)

Avez-vous jamais vu un pédant plus vain et plus ennuyeux ?

Remarque. On place toujours après le verbe les adverbes composés ou les locutions adverbiales. On doit dire : Dans celte affaire, il a agi conséquemment à ses principes, ou conséquemment.

On place encore après le verbe les adverbes qui n:iari(uent le temps d'une manière relative ; On se ruine la santé à travailler tard. — // faut se coucher de bonne heure et se lever matin.

Ire Exception. On place avant ou après le verbe les adverbes d'arrangement, ainsi que ceux qui marquent letemps d'une manière fixe. On peut dire : nous devons faire premièrement notre devoir, secondement chercher des plaisirs permis ; — aujourd'hui il jait beau, demain il pleuvra; — il fait beau aujourd'hui, il pleuvra demain.

Remarque. Lorsque le verbe est à l'iafinitif, les adverbes monosyllabiques se placent avant ou après cet infinitif. 11 est indifférent de dire : bien chanter, chanter hien; mieux parler, parler mieux. C'est l'oreille et le goût qu'on doit consulter.

II« Exception. 11 faut placer avant le verbe les adverbes : comment, où , pourquoi , combien «t quana : Gomment vous portez - vous ? Où allezvous? Pourquoi vous enorgueillir de votre beauté ? Vous ne savez pas combien elle durera ; et quand elle durerait long-temps , devez-vous vous enorgueillir d'une chose qui ne vous rend pas plus estimable ?

11^ Règle. On doit toujours placer l'ûrfi^cr^e avant l'adjectif qu'il modifie.

C'est une femme fort belle^ Irès-sensible, et infiniment honnête.

II le Règle. Les adverbes de quantité et les trois adverbes de temps : souvent, toujours, jamais, se placent devant les autres adverbes.

Si poliment ; très- heureusement ; le plus adroitement; moins honnêtement ; iU sont toujours ensemble; ils ne seront jamais étroitement unis; c'est souvent inopinément qu'il arrive.

XJ adverbe souvent peut néanmoins être précédé d'un adverbe de quantité : si souvent ; trop souvent; assez souvent.

Les adverbes de quantité se rencontrent souvent dans les mêmes phrases : il n'y a qu'une lonfj^ue habitude de la langue qui puisse faire connaître ceux qu'on doit placer b's premiers. On dit : si peu ; trop peu ; biea peu ; très-peu ; beaucoup trop ; bien assez ; bien plus ; bien davantage ; beaucoup moins ; tant mieux; tant pis, etc. Quelquefois même Yadverbe bien est adverbe de manière ; c'est lorsqu'il vient le dernier, comme : assez bien; moine bien ; fort bien, etc.

USAGE DE I.A NEGATITE JVE.

Rien de plus difficile à bien traiter que l'usage de la négative ne. Peu de Grammairiens y ont donné tous les soins que son importance mérite. Reauzée est celui de tous qui en a le mieux parlé. Nous profiterons de son ti avail, ainsi que Lévizac n'a pas craint lui-même de le faire.

La négation s'exprime en français ou par ne seulement , ou par ne accompagné de pas ou de point. Sur quoi l'Académie, dans le temps, a examiné les quatre questions que voici : Quelle est la place .de ces négations? Quand est-ce qu'on doit se servir de pas plutôt que de point, et réciproquement ? Quand peut-on les supprimer l'un et l'autre? Enfin, quand le doit-on?

Comme cette matière est très-importante, nous la traiterons d'après ce plan ; mais auparavant nous devons détruire un préjugé duquel les étrangers et peut être .bien des Français sont encore imbus, celui de croire que deux négations, dans notre langue , valent une affiruiation. Tout fiaîchement sevrés des écoles , ils adoptent cette idée dont ils sont pleins , parce qu'elle est vraie dans la langue latine, et ils la transportent sans réflexion dans la nôtre. Vaugelas, qui est le premier qui ait véritablement connu le génie de notre langue, a fortement combattu celte notion absurde dans son livre des Remarques. L'Académie a approuvé cette décision. Aussi lit-on dans son die tionnaire, qu'en français, deux négations n'ont pas la force d'affirmer, comine en latin, oùdeuxnégations valent une affirmation.

V^ Question. Quelle est la place des négatives?

Ne, dans tous les cas, se place avant le verbe cl avant le pronom en régime, s'il y en a de joint au verbe : vous ne dites pas; vous ne le pensez pas; vous ne lui demandez pas.

La place de pas om point varie. Lorsque le veirbe est à l'infinitif , on les place indifféremment avant ou après le verbe : en cela on consulte l'oreille, et peut-être même qu'on ne se décide que d'après l'intention de donner plus ou moins de force à

l'expression. On dit : pour ne point voir, ou pour ne vuir pas. A l'impéraiif , ils se placent toujours ap< èj les verbes ; ne joua pas ; ne badinez point. Daus les auires modes, It-s temps sont siniplts ou composés. Dans les temps simples, pas et point se placeui après les verbes : il ne parle pus; ne par let-ilpas?

N'allez pas au grand jour offrir un ermitage : Ne cachez point xiu temple au fund d'unb^>Ls sauvage. (Delille.)

Dans les temps composés, ils se placent entre l'auxiliaire et le participe. On dit : il h'apas parlé; n'a-t-il pas parlé ?

\h Question . Quand pas ou POIHT sont-ib préférables l'un à l'autre?

Pour résoudre cette question, il faut connaître quelle est la force de ces deux mois. Leur emploi, dans bien des cas, dépend des vues de l'esprit. Point nie plus fortement que pas ; point indique quel<]ue chose de permanent : il ne lit point ; il ne joue point, signifient : il ne lit jamais ; il ne joue jainais. Point mar«^uedonc une habitude. Pas annonce quelijue chose d'à' cidentelet de pass:iger;i/ ne lit pas; il ne joue ;>ûs,sigrjifi<^nt : il ne Ut pas présentement; il nejuue pas dans le moment. Pas marque don*, létal du moment. PoDit de indique une négation sans réserve : il na point d'esprit , c'est-a-dire , il n'a point d'esprit du tout. Cette phrase équivaut à celle-ci : c'tst une bête dans toute la force du terme. Pas de donne la liberté de la réserve. Il na pas d'esprit veut dire : il n'a rien qui marque dans l'esprit.

D oiï l'Académie conclut que pas convient mieux: ! l» avant si, plus, moins, autant et autres termes conipuratifs : Millon ncst pas moins sublime \ qu Homère ; 2» avant les noms de nombre : il n'y a pas dix ans.

Point est au contraire le seul qui convienne dans certaines phrases elliptiques : je croyais avoir affaire à un honnête homme, mais point ; et dans les réponses à des phrases interrogaiives : irez-vous ce soir au parc? Pomt. Dans ces deux cas, l'usage répugne a l'emploi de pas.

C'est une élégance de se .servir de point à la fin des phrases : on s'amusait à ses dépens, il ne s'en apercevait point.

L'Académie dit encore que dans l'inierrogaiioa pas et point ne présentent point le même sens. € 11 faut remarquer , dit-elle, que, quant à » la signiHcâtion , il y a encore de la différence » entre point et pas. Ainsi, lorsqu'on dit : n'avez- » vous point vu un tel? — N'avez-vous point pm ma

> montre? l'inifrrogaiion n'est qu'une question

> simple ; et lorsqu on dit : n'avez-voun pas vu un » tel? — J\'avez-vous pas pris ma monire? on veut » marquer par la qu on croit que celui qu'on in-

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lerroge a vu celui dont on parle, et qu'il a pris la montre qu'on lui demande. >

111' Question. Quand peut-on élégamment supprimet PAS ou ponrT ?

On peut les supffrimer : 1© Avec les verbes ces' ser, oser et pouvoir. Cette suppression n'est qu'une élégance , mais une élégance dont on se dispense rarement. Il ne cesse de pleurer ; il n'a osé lui ré" sister en face; il n'a pu réussir dans cette affaire. On disait aussi ^ il y a quelque temps , mais seulement dans la conversation : ne bougez. Ou dit encore : ne vous déplaise , ne vous en déplaise; et quelquefois, dans le styje familier, n'était pour si ce n'était : cet ouvrage serait fort bon , n'était la négligence du style. 2o Dans les sortes de phrases interrogatives qui ont un sens négatif ou de doute : Y a-t-il un homme dont elle ne médise ? Avez-vous un ami qui ne soit un des miens?

Où serais-je aujourd'hui , si , domptant ma faiblesse, Je n'eusse d'une mère étouffé ia tendresse ; Si de mon propre sang ma main versant des flots iVeût par ce coup hardi répruné vos complots ?

(Raclne.)

Ce n'est encore qu'une élégance ; car on pourrait y mettre pas ou point sans faire de faute; mais ce tour est moins usité.

IV' Question. Quand doit -on supprimer pas et ponïT?

On les supprime :

i» Lorsque i'étendue qu'on veut donner à la négation est suffisamment déclarée, ou par des termes qui la restreignent, ou par des termes qui excluent toute restriction, ou enfin par des termes qui signifient les moindres parties d'un tout, et qui sont sans article.

Dans le premier cas on dit : je ne sors guère ; je ne sortirai de trois jours.

On dit dans le second : je ne soupe jamais ; je ne le verrai de la vie; il n'y pense plus; nul ne sait s'il est digne d'amour ou de haine; pas un n'y croit; n'employez aucun de ces stratagèmes ; il ne plaît à personne; ii n'aime qui que ce soit; vous n'admirez r'ien; vous ne prisez quoi que ce soit ; il ne lui est resté chose quelconque ; je n'y songeais nullement ; je n'en veux aucunnnent.

On dit dans le troisième cas : iln'y voit goutte; il nen a cueilli brin ; il- n'en tâiera mie ( iiois expressions vieilles et du style familier) ; il ne dit mot. Mais si à mot on joint un adjectif de nombre, on doit mettre pas: il ne dit pas un mot qui n'intéresse; dans ce discours, il n'y a pas trois mots à reprendre. On dit aussi avec un: il n'y en a pas un brin. 11 faut encore eajployer pas avant la préposition de. Je ne fais pas de doute que ; il ne

I fait pas de démarche inutile.

Remarque. Après les phrases dont nous venons

ma

de parler, si la conjonction que ou un pronom relatif amène une phrase qui soit négative, on y supprime pas et point. Je ne fais jamais d'excès que je ne sois incommodé ; je t^e vis personne hier qui ne vous louât ; je ne vous ferai aucune objection que je ne l'appuie de bonnes preuves.

2°Q'iand deux négations sont jointes parni ; je ne l'aime ni neA' estime; et quand la conjonction ni est réf)étée, ou dans le sujet : ni Cor ni la grandeur ne nous rendent heureux ; ou dans l'attribut : il n'est ni -prudent ni sagt ; ou dans le régime : il o'a ni dettes ni procès.

Remarque. On peut laisser subsister pas, lorsque ni n'est pas répété, et qu'il se trouve séparé de la première négation par un certain nombre de mois : Je n'aime pas ce vain étalage d'érudition prodiguée sans choix et sans goût , ni ce luxe de mois qui ne disent rien. Cette phrase ainsi construite est plus claire.

Ainsi Boileau s'est bien exprimé quand il a dit:

Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme , Ni d'un \éri ampoulé l'orgueilleux solécisme.

5° Avec ne que mis pour seulement; avec le ve'be (]ui suit que mis au lieu de pourquoi, ou qui vient îjprè-s à mains que , ou si erriployé dam» cette acception : une jeunesse qui se live à sus passions ne transmet à la vitillesse i\u'un corps us;' ; — que nêtes-vous an^si posé que votre frère? — -Je ne sortirai pas, à moins que vous nt^veniea me prendre;— je n'irai pas chez lui , s'il nu m' y engage par une. lettre.

4° Lorsque avant la conjonciion que on doitsousentendre n'en; il ne fait que rire; ou que cette conjunciion peut se résoudre par sinon, .si ce n'est que : il ne tient qu'à vous de réusdr ; trop de maî/res à la fois ne servent qu'à embrouiller l'esprit.

o" Avec un verbe au prétérit , précédé de la conjonction depuis que, ou du verbe unipersonnel il y a, qui marque une certaine quantité de temps: comment vous êies-vous porté depuis que je ne vous ai vu? — Il y a trois mois que nous ne l'avons vu.

lien est de même si le verbe est au plus-queparfait ou au futur-antérieur : il y avait long-temps que nous ne nous étions rencontrés ; — quand il y aura douze ans que vou^ n'aurez vu votre patrie, vous y rentrerez.

Remarque. Mais on ne les supprime pas , si le verbe est au présent, a l'imparfait, ou au futtir simple : C.ommtnt vit-il depuis que nous ne le voyons plu.s? — Il y a six mois que nous ne le voyons foint ; — il y avait long-temps que nous ne nous Voyions point; ~ quand il y aura doute ans que vous ne verrez pas votre patiie, vous y serez rappelé.

6" Dans les phrases où la conjonction que f'st précédée des adverbes comparatif ; plus, tuoinsi mieux f etc., ou de quelque équivalent : il éirit mieux qu'il ne parle ; — on méprise ceux qui parlent autrement qu'ils ne pensent; — c'est autre chose que je ne croyais; — peu s'en faut qu'on ne m'ait trompé.

Bemarqije. Beauzée a distinfrné ici la phrase dont le premier membre est affirmatif de celle dont le premier membre est négatif ou dubitatif. Dans le premier cas, la phrase incidente doit être accompagnée de la négative ; mais dans le second, elle ne doit point en être accompagnée. Il cite, k l'appui du second cas , une foufre d'exemples qui paraissent établir l'otage; et l'on ne peut disconvenir que cet usage ne soit fondé en raison, malgré les exemples contraires qu'on pourrait citer. En effet, cette négative ne pourrait s'y montrer que comme explétive, puisque la négation est exprimée dans le premier membre e:xplicitement ou implicitement , selon la forme de la phrase. C'est ce que Beauzée aurait dû faire sentir. Ne a deux emplois dans notre langue, celui d'exprimer la négation, et celui d'y être prohibitive, et alors elle est bien souvent explétive; elle a tiré ces deux emplois da latin, d'où nous l'avons prise. Dans le dernier sens, nous en faisons usage quel<juefois, comme nous le verrons aux paragraphes 7, 8> 9 ei 10.

7° Dans lès phrases unies par la conjonction que aux verbes douter , désespérer, nier et disconvenir, formant un membre de phrase né{;aiive:/e ne doute pas <]u'il ne vienne ; — ne désespérea pas que ce moyeii ne vous réussisse ; — je ne nie pas que je ne l'aie dit; — je ne disconviens pas que cela ne soit.

Remarque. L'Académie observe qu'avec les deux derniers verbes , on peut dire, en supprimant ne : je ne nie pas ou je ne disconviens pas que cela soit.

8" Avfcfci le verbe uni par la conjonction qu£ aux verbes empêcher et prendre garde , employé dans le sens de prendre ses mesures ; j'enipêche- I ai bien que vous ne soya du nombre ; — prenez garde qu'on ne vous séduise.

Remarque. L'Académie remarque que, dans cette acception , prendre garde est suivi du subjonctif ; mais que si ce verbe signifie /aire réflexion, on emploie l'indicatif, et pas où point: prenez garde que vous nem'entettdezpas.

9® Avec le verbe uni par la conjonciion que au veroe craindre, et à ses synonymes, quand on ne souhaite pas la chose exprimée par le second verbe: il craint que son frère ne l'abandonne; j'ai peur que mon ami nemeure.

Mais pas ne se supprime poiïit, si l'on souhaite la {;hose exprimée par le second vierbë : je crains que mon père n'arrive pas.

DE L'ADVERBE

On doit feire attention que les verbes em- i pêcher , prendre garde , craindre , et leurs sy- ' nonymes , ne veulent ne dans la phrase incidente que lorsque ne et pa^ ne se trouvent point dans la phrase principale; car s'ils y sont , alors ne n'entre pas dans la phrase incidente. Ra- j cine a donné, dans deux vers qui se suivent , un [ bel exemple de l'une et de l'autre construction ;

Hélas! onn« erainipoini qu'il xenqe un jour son père: On crainX qu'il n'essttydl les larmes de sa mère.

On disait autrefois : si l'on ne veut pas faire le biêh, il ne faut pas empêcher que les autres ne Le fassent ; on dit à pr^&ent : qu£ les aulrei le fassent.

Remarque. Il semble qu'avec les verbes empêcher^ prendre garde, craindre et leurs synonymes, on ne devrait pas employer la négative ne, quand on ne souhaite pas la chose exprimée par le second verbeo < Elle est , dans ce cas , pure-

> ment expléiive, observe du Marsais ; mais » elle ne doit pas pour cela être retranchée. » J'ai affaire, et je ne veux pas qu'on vienne 1 m' interrompre : je crains pourtant que vous » ne veniez. Que fait là ce ne ? C'est votre venue » que je j^rains. Je devrais donc dire simple- » ment : je crains que vous veniez. Non, dit l'Aca- » demie. Il est certain , ajoute-t-elle , qu'avec » empêcher , craindre, et quelques autres verbes, » il faut nécessairement ajouter la né{]:aiive ne : » J'empêcherai bien que vous ne soyez du nom- » bre, etc. C'est la pensée habituelle de celui qui » parle, qui attire cette négation : je ne veux pas » que vous veniez ; je crains en souhaitant que vous » ne veniez pas. Mon esprit tourné vers la néga- » tion la met dans le discours. C'est une vraie

> syllepse , dit ailleurs le même Grammairien ; » dans ces occasions on est occupé du désir que la » chose n'arrive pas : on a la volonté de faire tout

> ce qu'on pourra, afin que rien n'apporte d'ob- » stacle à ce qu'on souhaire. Voilà ce qui fait » énoncer la négation. >

L'abbé d'Olivet a distingué les deux emplois de la négative ne, et en conclut qu'elle est d'une nature di^férente , selon l'emploi qu'on en fait. « On distinguera bien aisément ces » deux particules , dit-il , si l'on veut considé-

> rer que la prohibitive n'est jamais suivie de » pas ou de point , comme la négative l'est ordi- * nairement ; et que si l'on mettait pas oupoint » ap» es la prohibitive, il en résulterait un contre- » sens. Par exemple, si, dans le dernier vers de » Racine rapporté plus haut, nous disions : on » craint qu'il n'essuyât pas les larmes de sa mère, » nous dirions piécisénient le contraire de ce que » Racine a dit. J'avoue, ajoute- t-il, que cette par-

> licule prohibitive paraît souvent redondante

j dans notre langue : mais elle y est de temps

> immémorial ; pourquoi ne respecterions-nous

> pas des l'sages si anciens? » Cette opinion de l'abbe dOIiveia éié celle de 1 Académie, qui a fait la même distinction, et qui s'en est servie pour rendre rai>on de 1 introduction de cette parti<ule dansledisœurs. Si l'on trouve, dit-elle, ce mot dans ces sortes de phrases , « c'est le ne * ou le quin des Latins qui a passé dans notre » langue. >

10" Avec le verbe qui suit de peur que. de crainte que, dans le même cas qu'avec craindre. Ainsi lorsqu'on dit : de peur qu'il ne perde son procès; c'est souhaiter qu'il le gagne : et de crainie qu'il ne soit pas puni ; c'est souhaiter qu'il le soit.

M" Après savoir, pris dans le sens de pouvoir, dans tous les cas : je ne saurais en venir à bout ; et s'il est pris dans le sens d'être incertain, il est mieux de les supprimer :je ne sais où le prendre , il ne mit ce qu'il dit.

Mais il faut pas ou point, quand savoir est pris dans son vrai sens : Une sait pas le français.

12" Enfin avec que, signifiant pourquoi, au commencement d'une phrase interrogative qui sert à marquer le désir, a former une imprécation, etc. Quen'êtes-vous arrivé plus tôt l Quene m'est-tlpermis! Que n est-il à cent lieues d'ici!

Il y aurait encore bien d'autres choses à dire sur cette matière : mais il suffit dans une Grammaire d'indiquer les cas piincip;iux; les autres sont du ressort d'un Dictionnaire.

Avant de finir ce paragraphe-, nous devons prévenir qu'on trouve quelquefois dans les auteurs du dernier siècle la négation ne supprimée dans les phrases interrogatives. Du temps de Vaugelas, les constructions avec la négative et sans la négative étaient reçues, et ce critique judicieux observe que, vu la contrariété des opinions, on pouvait les regarder comme également bonnes : u'ais Ménage et Chapelain condamnaient cette suppression. T. Corneille ne la condamnait pas moins. « On ne doit pas ôter la négative, dit-il, quoique » ce soit peut-être une commodité pour les poètes;

> mais ils doivent donner un tour aisé à leurs

> vers, sans que ce soit aux dépens de la véritable » construction. » On a toujours depuis regardé la suppression de la négative comme une faute; neanmoins ce tour continua d'être employé par les écrivains du dernier siècle, et on le trouve nonseulement dans Molière, dans la Fontaine, etc., mais même dans Racine. L'Académie , dans ses observations sur Vaugelas, traite cette suppression de faute en prose, et de ne{>ligence en vers. Néanmoins Voltaire , qui connaissait celle décision, a employé ce tour deux fois dans la même scèue de {'Enfant Prodigue :

588 GRAMMÂlKE

Voilà-t-il pas de vos jérémiades ?...

^Ott/c5-î50HSj)as que ce maître étourdi... (Voltaire.)

Et Delille, le plus pur de tous nos poètes, n'a pas craint de dire :

Au bruit de ce ravage , Voyez-vous point s'enfuir les hôtes du bocage?

Voltaire et Delilie, quoique peut-être à tort ,

n'ont vu dans ce tour qu'une licence permise en vers.

Tout ce que nous pourrions ajouter de plus sur l'emploi de Yadoerbe n'enseignerait rien à ceux qui ont quelque usage de la langue ; et plus do détails ne manqueraient pas de nuire aux esprits peu familiarisés avec elle. 11 est donc prudent de nous en tenir à ces seuls principes.

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