DES SYNONYMES
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Égoïste, Homme persounel.
t On confond ordinairement ces deux mots ; cependant, avec un air de ressemblance, ils se distinguent par des traits bien marqués, h'égohte est l'homme qui parle sans cesse de lui, qui dit toujours moi. h' homme personnel est celui qui rapporte tout à lui, à sa personne, ou qui n'est conduit que par son intérêt personnel.
» L'égoïste ne parle que de lui, et V homme personnel ne songe qu'à lui. Le premier se met toujours au milieu de la scène, et le second au centre des choses. L'un, tout occupé de lui-même, veut vous occuper de lui; l'autre, quelquefois occupé de vous, ne s'en occupe que pour lui. L'amour-propre de l'égoiste est plus vain; celui de V homme personnel est plus profond. Le premier est ridicule ; le second est redoutable. » L' é^oïsfe parle, et vous le connaissez ; vous ne connaissez pas toujours 1' /lomme personne/, même quand il parle. Je vois que le premier ramène tout à lui ; j'ai de la peine à reconnaître que le second rapporte tout à lui. Je suis fâché de rencontrer Y égoïste ; je ne veux rien avoir à démêler avec X homme personnel.
> U égoïste est un sot, ou le sera ; \ homme personnel peut être un sot, mais c'est toujours un homme dangereux. Il y a dans \ égoïste beaucoup de petitesse d'esprit avec un grand fonds d'amour-propre ; il y a dans V homme personnel un fonds d'amour-propre, ou plutôt de cupidité inépuisable ; celui-là cherche des sots qui l'admirent, et celui-ci des dupes qui l'écoutent. L'égoïste est un fléau dans une assemblée ; l'homme personnel est votre ennemi, le mien, celui de la société en général. L'égoïste peut aimer quelque chose, il n'est pas méchant; Y homme personnel n'aime que lui, c'est un mauvais cœur.
» Je ne dis pas que Y égoïste ne soit pas un homme personnel; je ne dis pas que Y homme personnel ne soit pas un égoïste ; ils sont tous les deux pleins d'eux-mêmes ; il est naturel que leur amour-propre abonde et déborde en tous sens. Mais Y homme personnel est bien maladroit s'il est égoïste. » (Pioubaud.)
Rêve, Songe.
t Le mot rêve n'a pas par lui-même un rapport nécessaire avec le sommeil ; on rêve en dormant; maison rêve aussi tout éveillé, lorsqu'on se livre à ^es pensées vaines, bizarres, extravagantes. Rêver signifie donc proprement s'imaginer toute sorte de choses, vaguer d'un objet à l'autre sans aucune suite, rouler dans son esprit des pensées décousues et disparates.
1 Songe est évidemment tiré du mot latin somnium. Le songe est donc une chose propre au
» sommeil; songer, c'est faire des songes; et si » l'on se sert de ce verbe pour signifier penser ou
> rêver à quelque chose, c'est en le détournant de » sa signification propre et primitive.
» L'homme éveillé fait des rêves, on ne dira pas
> qu'il fait des songes. Les rêves du délire ne s'ap- » pellent pas des songes. Les chimères, les imagina- » tions, les idées fantastiques d'un visionnaire, ont » une certaine analogie avec les songes; mais elles » ne sont que des rêves.
» Rien ne ressemble plus aux songes de la nuit » que les rêves du jour ; c'est toujours le travail » d'une imagination échauffée. Les rêves du jour » produisent souvent les songes de la nuit ; et les » songes de la nuit sont aussi quelquefois l'objet
> des rêves ou des rêveries du jour.
> Les esprits fantasques , qui voient dans leurs » extases tout ce qu'ils imaginent , sont d'autant » plus persuadés delà réahté de leurs visions, qu'ils » ont fait ces rêves les yeux ouverts, et qu'ils ne
> peuvent les confondre avec des songes.
* Occupez-vous, et vous ferez peu de rêves ; » point d'excès, et vous ne ferez point de songes.* (Roubaud.)
Décence, Bienséa7ice, Convenance.
€ La décence est un état, une feçon de paraître comme on le doit : la bienséance , un état, une manière, qui est séante, qui sied bien, qui est à sa place : la convenance, un état qui cadre, qui convient.
> La décence est, à la lettre, la manière dont oi\ doit se montrer pour être considéré, approuvé, honoré; la bienséance est la manière dont on doit être dans la société, pour y être bien, à sa place, comme il faut ; la convenance, c'est la manière dont on doit disposer, arranger, assortir ce qu'on fait pour s'accorder avec les personnes, les choses, les circonstances.
> La décence regarde l'honnêteté morale ; elle règle l'extérieur, selon les bonnes mœurs. La bienséance concerne l'honnêteté civile ; ellerègle nos actions selon les mœurs et les usages de la société. La convenance pure s'attache aux choses moralement indifférentes en elles-mêmes; elle règle des arrangements particuliers , selon les bienséances et les conjonctures.
» Une femme est habillée avec décence, lorsqu'elle l'est sans immodestie ; avec bienséance, lorsqu'elle l'est suivantsonétat ; avec convenance, lorsqu'elle l'est selon la saison et les circonstances.
» La décence est en général une et la même partout ; car il n'y a pas deux sortes de pudeur et de modestie. La bienséance varie selon le sexe, l'âge, la condition, l'état des personnes; car ce qui sied à un homme, à un jeuiu; lioiiinie, à un
GRAMMAIRE FRANÇAISE
I militaire, n'est quelquefois pas séant pour une » femme, pour un vieillard, pour un magistrat. » La conveiiance s'accommode aux conjonctures ; » car ce qui convient dans un temps, dans une oc- » casion, à telle personne, ne convient pas toujours I et à tous.
» L'observation de la décence annonce l'homme » pur, ou modeste ; celle des bienséances, l'homme
> honnête et poli; celle des convenances, l'homme » soigneux et sage.
» L'homme qui se respecte gardera infaillible-
> ment la décence; celui qui respecte les autres
> déférera toujours à la bienséance; celui qui res- » pecte l'opinion et l'ordre consultera,dans l'occa- » sion,la convenance.
» La décence demande une extrême attention
> sur soi ; la bienséance, une grande attention aux » autres ; la convenance, beaucoup d'attention à ce » qui nous entoure. » (Roubaud.)
Infamie, Ignominie, Opprobre.
t L'étymologie de ces trois mots n'est rien moins » qu'indifférente pour fixer les nuances qui les » distinguent.
» Infamie est formé de in, particule négative, et » de fama, réputation, d'où sont venus famé, dif- » famé, infâme, etc. Ignominie est formé de la » même négation in, et de nomen, nom. Opprobre » de ob, devant, en face, et de probrum, honte, » blâme, affront.
> Selon la force des termes, l'infamie ôte donc
> la réputation; Yignominie souille le nom, ou » donne un mauvais renom ; l'opprobre assujétit » aux reproches, et soumet aux outrages.
» Un jugement frappe d'infamie le criminel qu'il » condamne. L'opinion d'une humiliation pro- » fonde, attachée aux peines des crimes bas, fait » l'ignominie. L'abondance de l'infamie et de l'i- » ^7iowinie,versées à pleines mains,consomme l'op- » probre.
» Les idées de honte et de blâme sont commu- » nés à ces trois termes : l'infamie aggrave ces » idées par celles dudécri, de la flétrissure, du dés- » honneur ; l'ignonmie, par celles d'humiliation, » d'avilissement, de turpitude ; l'opprobre, par ï celles de rebut, d'avanie, de scandale.
ï L'infamie est attachée à certaines actions : un » homme qui a des sentiments d'honneur ne s'y » livrera pas. L'ignominie se répand sur une lâche i abjection; celui qui a le sentiment de sa dignité » d'homme n'y descend point, ne s'y livre point. » L'opprobre poursuit le personnage indigne des ». moindres égards de la société ; celui à qui il reste » quelque sentiment ne trouve pas de plus grand » supplice que de vivre, quand il est tombé dans j cet état. » (Roubaud.)
Nous jugeons inutile de citer un plus grand nombre d'exemples ; ceux qu'on vient de lire suffisent pour montrer combien il est essentiel de distinguer la signification propre de chaque mot, afin que chacun soit mis à sa place, et dans la circonstance oùcelui-là seul peut exprimer l'idée précise qu'on a l'intention de rendre. Ce n'est que par une analyse exacte et lumineuse que l'on vient à bout de découvrir la signification précise des mots; et souvent, pour cela, il est utile d'avoir recours à leur élymologie, comme dans les exemples ci-dessus. Cette matière a d'ailleurs été traitée â fond dans notre Dictionnaire.
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DES HOMONYMES.-
Homonyme, se dit en grec o/jiîovupioç , forme de oji/oç, semblable, et de ovoi^a , nom: c'est un mot qui paraît identique, ou du moins très-semblable à un autre , par le son ou par l'écriture , mais qui en diffère absolument par le sens. Estarac distingue deux sortes d'homonymes,
i" Ceux dont le matériel est identique, et qu'pn peut appeler homonymes nnivoques, du mot latin iinivocm; comme le mot coin , qui exprime ou un
angle, ou un instrument à fendre du bois, ou un instrument avec lequel on marque les monnaies et les médailles. Ceci ne doit pas s'appliquei* aux mots qui ont des significations diflerentes , selon qu'ils sont employés au propre ou au figuré ; il faut, pour qu'ils soient homonymes, qu'ils aient des acceptions différentes au propre, comme les mots que nous venons de citer.
2" Ceux qui ne sont pas identiques quant au ma-
DES IIOMONYAIES.
tëriel, mais qui n'ont entre eux que des différences très-légères, ou dans la prononciation, ou dans Forthogiaphe, ou dans l'une et dans l'autre, quoiqu'ils aient des sens tout différents : on peut les appeler homonymes équivoques, du mot latin œquivocus. Ainsi vo/e»-, signifiant dérober, et voler, aller en l'air, ne diffèrent que par la prononciation de la première syllabe, qui est longue dans le premier cas, et brève dans le second. Il en est de même de tâche (pensum), et de tache [macula). Les suivants diffèrent par leur orthographe : ceint, qui a une ceinture; saint, qui a de la sainteté; sain, qui a de la santé; seing, signature. Les mots poids, pois, poix; penser, panser, et beaucoup d'autres, sont dans la même catégorie.
L'emploi des homonymes univoques ne peut pas mduire en erreur, pourvu qu'on se serve toujours du même mot dans le même sens ; sans cela, on avancerait une proposition qui serait nécessairement fausse dans l'une des acceptions de ce mot.
Quant aux homomjmes équivoques, il faut une grande exactitude dans la prononciation et dans l'orthographe pour ne pas présenter un sens louche, ou mênve ridicule, en articulant ou en écrivant un mot pour un autre mot qui aurait un sens tout différent, comme si l'on écrivait : penser un cheval, une plaie; ou panser à un projet, etc. ^
Voici le tableau le plus complet que nous ayons pu trouver des homonymes. Il est l'œuvre du savant Boinvilliers ; car nous y ajoutons trop peu de choses pour nous en attribuer la moindre part.