‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 29 sur 279 · DES SYNONYMES · texte numérisé non relu

DES SYNONYMES

Synomjme , en grec «ryvwvuftoç, formé de aw , avec, ensemble, et de ovo/:/«, nom, signifie qui a le mênie sens. Posons d'abord comme principe de conviction que le synomjme d'un mot n'existe réellement pas; et il est facile de s'en convaincre. Suni finitinia omnino, sed lamen differt aliquid, a dit Cicéron.

Deux ou plusieurs mots seraient des synonymes, s'ils avaient la même signification, et s'ils exprimaient exactement la même idée, avec les mêmes nuances précises.

« Entre toutes les différentes expressions qui » peuvent rendre une seule de nos pensées, dit La » Bruyère, il n'y en a qu'une qui soit la bonne ; » tout ce qui ne l'est point est faible, et ne satis- » fait pas un homme d'esprit qui veut se faire » entendre. »

» S'il y avait des synonymes parfaits, dit du » Marsafs, il y aurait deux langues dans une même » langue. Quand on a trouvé le signe exact d'une

* idée, on n'en cherche pas un autre. Les mots " anciens et les mots nouveau! d'une langue sont » synomjmes : maint est sijnonyme de •plusieurs ; » mais le premier n'est plus en usage; c'est la » grande ressemblance de signification qui est » cause que l'usage n'a conservé que l'un de ces » termes, et qu'il a rejeté l'autre comme inutile. » (Traité des Tropes.)

A quoi Girard ajoute ; * Qu'une fausse idée de » richesses ne vienne pas ici faire parade de la » pluralité et de Fabondance. J'avoue que la plu- » raUté des mots fait la richesse des langues; mais » ce n'est pas la plurahté purement numérale ; c'est » celle qui vient de la diversité^ telle qu'elle brille » dans les productions de la nature... Je ne fais

• donc cas de la quantité des mots que par celle » de leur valeur. S'ils ne sont variés que par les » sons, et non pas par le plus ou le moins d'énergie, » d'étendue, de précision, de composition, ou de » simplicité, que les idées peuvent avoir, ils me » paraissent plus propres à fatiguer la mémoire, » qu'à enrichir et à faciliter l'art de la parole. Pro-

> léger le nombre des mots sans égard au sens,

> c'est, ce me semble, confondre l'abondance avec

> la superfluité. Je ne saurais mieux comparer un » tel goûtqu'à celui d'un maître-d'hôlel qui ferait » consister la magnificence d'un festin dans le

» nombre des plats plutôt que dans celui des mets. » Qu'importe d'avoir plusieurs termes pour une » même idée? n'est-il pas plus avantageux d'en » avoir pour toutes celles qu'on souhaite d'expri-

> mer? » {Préface des Synonymes, i>aQe 12.)

II n'y a donc point de synonymes parfaits. Néanmoins on dit quelquefois que telle et telle expression sont synomjmes. Que faut-il penser de cette manière de parler? Le même Girard va nous l'apprendre, t Pouracquérir la justesse, dit-il, il faut » se rendre un peu difficile sur les mots, ne point » s'imaginer que ceux qu'on nomme synomjmes le » soient dans toute la rigueur d'une ressemblance » parfaite, en sorte que le sens soit aussi uniforme » entre eux que l'est la saveur entre les gouttes i d'eau de la même source; car, en les considérant » de près, on verra que cette ressemblance n'em- » brasse pas toute l'étendue et toute la force de la t signification ; qu'elle ne consiste que dans une

> idée principale, que tous énoncent, mais que cha- » cun diversifie à sa manière par une idée accessoire » qui lui constitue un caractère propre et singu- » fier. La ressemblance que produit l'idée géné- » raie fait donc les mots synonymes ; et la diffe- » rence venant de l'idée particulière , qui accom- » pagne l'idée générale , fiait qu'ils ne le sont pas

> parfaitement, et qu'on les distingue comme les » diverses nuances d'une même couleur.

« Je ne disconviens pas qu'il n'y ait des occasions » où il est assez indifférent de choisir ; mais je sou- » tiens qu'il y en a encore plus où les synonymes ne 1 doivent ni ne peuvent figurer l'un pour l'autre, » surtout dans les ouvrages médités et composés » avec réflexion. S'il n'est question que d'un habit » jaune, on peut prendre le souci ou la jonquille; » mais s'il laut assortir, on est obligé de consulter » la nuance. » {Préface des Sijnonymes, page 10.)

Il est donc bien essentiel d'étudier les synonymes, et de distinguer avec soin la propriété des termes, et leurs différences délicates, afin de pouvoir mettre dans ses discours toute la précision et la netteté qu'exige la justesse la plus métaphysique. Contentons-nous ici de montrer, par quelques exemples, les nuances minutieuses qui se trouvent dans les significations respectives des expressions synonymes.

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