‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 32 sur 279 · FIGURES DE CONSTRUCTION · texte numérisé non relu

FIGURES DE CONSTRUCTION

I iiiii II

Lévizac ajoute, à son article sur les tropes, les figures de construction suivantes, savoir : YinversionovL hijperbate,V ellipse, \ezeugme, \e pléonasme, la répétition, la gradation, la conjonction et la dis-

répétition jonction

DE ]:.'INVEXlSION OU BYPEABATE..

L'inversion, en latin inversio, formé de in, dans, et de vertere, changer, est la transposition d'un mot dans une place autre que celle qu'on lui assigne ordinairement. C'est le dérangement de l'ordre naturel et ordinaire. U inversion est donc un écart ; mais cet écart n'a rien de vicieux , lorsqu'il n'empêche pas que celui qui parle ou qui écrit ne soit aisément et clairement entendu ; quand il ajoute à la clarté, il devient la loi. « Les inversions, dit du » Marsais, doivent être faciles à démêler. L'esprit

> veut être occupé, mais d'une occupation douce » et facile, et non par un travail pénible. Que Vin-

> version n'ôte donc jamais à l'esprit le plaisir » de se savoir gré d'apercevoir le sens malgré

> la transposition, et de placer en lui -même, » par un simple regard, tous les mots dans l'ordre

> selon lequel seul ils lui présentent un sens, après

> que la phrase est finie. >

h'inversion rend quelquefois le discours plus clair; mais son effet ordinaire est de donner aux phrases plus de grâce ou plus d'énergie. Nous établissons donc comme une règle sûre, qu'on ne doit employer l'inversion que pour la clarté, ou rénergie, ou l'harmonie.

On peut distinguer deux sortes d'inversion en

français; les unes plus, et les autres moins sensibles. Ce beau passage deFléchier nous en fournit un exemple: La valeurn'esl qu'une chose aveugle et impétueuse, qui se trouble et se précipite, si elle n'est éclairée et conduite par la probité et par la prudence ; et le capitaine ri est pas accompli, s'il ne renferme en soi l'homme éclairé et l'homme sage. Quelle discipline peut établir dans son camp celui qui ne peut régler ni son esprit ni sa conduite^ Et comment saura calmer ou émouvoir, selon ses desseins, dans une armée, tant de passions différentes, celui qui ne sera pas maître des siennes ? Dans les deux premières phrases, les inversions sont peu sensibles, et néanmoins la conjonction si, avec ce qu'elle amène, est une véritable inversion, puisque, selon l'ordre ordinaire, elle devrait être à la tête de ces phrases. L'inversion est si sensible dans les deux dernières, qu'il est inutile de nous y arrêter.

Ces deux sortes à'inversion , quoique souvent employées dans tous les genres, ont néanmoins des destinations différentes ; les premières sont plus propres au style élevé, et devraient lui être en quelque sorte réservées ; les secondes conviennent mieux au style simple, mais sans en être l'apanage exclusif.

Passons maintenant aux différentes espèces à'inversion.

1» On place très-bien après le verbe le nom qui le régit, comme : tout ce que lui promet l'amitié des Romains. — M. de Turenne fait voir tout ce que peut, pour la défense d'un royaume, un général d'armée qui s^est rendu digne de commander. (Fléchier.)

FIGURES 1)L COJNSIKUGTION.

2" On peut mettre encore avant le régissant le nom régi par la préposition de, précédée d'un substantif, d'un adjectif, ou d'un verbe, comme : c'est d'un homme véritablement éclairé quejevousparle. — De tous les hommes, c'est le plus digne de pitié. — D'une voix entrecoupée de sanglots, ils s'écrièrent.

3° On se sert également très-bien avant le régissant du nom régi, quand il est précédé de la préposition à, comme :

Sans doute à ce discours il ne s'attendait pas....

A tant d'injures, qti'avez-vous répondu ?

Maisle régime direct d'un verbe ne se transporte jamais avant le régissant. «On en trouve néanmoins des exemples dans nos anciens poètes ; mais c'est une faute qu'on ne doit pas imiter. On ne peut plus dire :

Par mille inventions le public on dépouille. On doit cueillir le fruit, et non l'arbre arracher

4° On emploie très-heureusement aussi avant le verbe les prépositions après, dans, par, sous, contre, etc., avec leur suite, comme : après ses prières accoutumées, elle s'abaissait jusqu'à son néant. — Dans un tel état de faiblesse, et même de nullité, que pouvait-il entreprendre ? — Par la loi du corps, je tiens à ce monde qui passe, et par la foi, je tiens à Dieu qui ne passe point. — Contre des assauts si violents et si souvent répétés, il n'employait que la patience et la modération. — Cest sous M. de Turenne que le grand Marlborough apprit l'art de la guerre, etc.

5° Enfin on transporte très-bien, avant la phrase principale, les conjonctions quand, parce que, puisque, d'autant plus que, quoique, lorsque, soit que,

tout que, etc., avec la phrase qu'elles amènent :

puisqu'il le veut, qu'il le fasse; tout austère que paraît la vertu, elle n'en est pas moins attrayante.

Par les exemples que nous avons donnés, on voit que l'inversion est commune à la prose et à la poésie, et que cette dernière n'a guère plus de privilèges que la première. Néanmoins les inversions, quoique de la même nature, sont plus fréquentes dans la poésie, parce que plus l'esprit sera animé de passions fortes et de sentiments vifs, plus il s'en permettra, même sans s'en apercevoir. L'enthousiasme ne peut s'assujétir à un ordre trop régulier. Mais si les inversions sont forcées , si les règles de la langue sont violées, l'esprit est mécontent, et condamne le poète. Nous pourrions en citer beaucoup d'exemples ; nous nous bornerons à deux.

Racine a dit :

Ou lassés ou soumis,

Ma funeste amitié pèse à tous mes amis.

Lassés et soumis, à la tête de la phrase, font une inversion qu'il ne faut pas imiter, parce que ces

adjectifs, ou ces participes, qu'on les appelle comme on voudra , sont séparés des substantifs qu'ils modifient , non-seulement par le sujet et le verbe, mais encore par la préposition à, ce qui ne peut être permis en aucun cas.

Nous prendrons le second exemple dans Despréaux. Il a dit :

Que George vive ici, puisque George y sait vivre , Qu'un million comptant, par ses fourbes acquis, De clerc, jadis laquais, a fait comte et marquis. Que Jaquin vive ici, dont l'adresse funeste À causé plus de maux que la guerre et la peste.

L'inversion de ces vers est vicieuse, parce que, dans la première phrase, le relatif que, qui amène la phrase incidente un million, etc., se trouve séparé de son antécédent George, par vive ici, puisque George y sait vivre; ce qui n'est pas permis en notre langue. La même faute se trouve dans la seconde phrase.

Le nom û'hyperbate, que Lévizac donne aussi à Vinversion , se dit en grec vtvsoSoltov , formé d'yTrEpêatvw, qui signifie passer outre.

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