‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 48 sur 279 · DE L'ARCHAÏSME · texte numérisé non relu

DE L'ARCHAÏSME

Page 14, nous avons dit quelques mots sur le néologisme. Comme nous n'avons prétendu en donner qu'une simple définition pour l'enseignement général, nous n'ajouterons rien à cet article , mais nous le compléterons en traitant de Yarcliaïsme. Le néologisme et Yarclia^isme ont même été mentionnés par quelques auteurs dans le chapitre concernant les F/^uresrfecons/rucf ion, avec lesquelles ils ont en effet quelque rapport.

Ce mot, qui se dit en grec «/jx^c/w». formé de apxoaos, ancien , auquel on a ajouté la terminaison /ç/*oi7, qui marque imitation, signifie mot antique, imitation du langage des anciens, et quelquefois tour de phrase suranné, h'archaïsme est donc une façon de parler à l'imitation des anciens.

L'archaïsme peut être ou un défaut ou une beauté, selon les" circonstances , c'est-à-dire, selon qu'il contribue à appauvrir la langue ou à l'enrichir ; et c'est toujours l'excès, l'abus, et surtout l'affectation, qui lui donnent un caractère blâmable et souvent ridicule. Employer avec grâce et à propos tel mot qui n'est plus usité, et dont les bons écrivains regrettent souvent la perle, parce qu'il n'est bien remplacé par aucun équivalent, et le placer de manière à en faire ressortir l'énergie ou la naïveté, et à en faire sentir le besoin ; s'approprier avec discrétion et avec réserve la manière des anciens, en imitant quelquefois leurs tours de phrases et leurs constructions; ce serait là, non pas un vice d'élocution , mais une vraie beauté, qui donnerait au style un certain goût antique qui ne le déparerait pas.

Nous ne pouvons mieux faire connaître les vices et les beautés de Varcha:isme que par des exemples. Cette matière nous paraît avoir été traitée avec un grand talent par Maugard. Nos lecteurs en jugeront d'après l'abrégé que nous allons en donner.

Nos poêles, dit-il, pour plus de naïveté, imitent quelquefois Marot. On trouve beaucoup û'archaïs-

mes dans les ouvrages badins de La Fontaine et de Voltaire, Ce n'est que dans ces sortes d'ouvrages qu'il est permis d'employer des expressions surannées. On peut aussi, à défaut de mot propre, faire revivre un mot ancien. Quintilien le conseille plutôt que de faire un mot nouveau. Il importe à celui qui étudie la langue de connaître les expressions qui ne sont plus en usage, et qu'on trouve dans les bons aute.urs, tant anciens que modernes.

Nous ne les citons pas pour qu'on s'en serve; c'est, au contraire, pour qu'on les évite.

Anselme, mon mignon, crie-t-elle à tonte heure.

(Molière, l'Étourdi, act. I, se. 6.)

Les mots crie, prie, lie, et autres semblables, ne peuvent plus entrer dans un vers que suiv's d'un mot qui commence par une voyelle. Il faut les rejeter à la fin.

Veux-tu que je te die? une atteinte secrète Ne laisse point mon âme en une bonne assiette.

(Molière, le Dépit amoureux, acte I, se. 1 . )

Que veux-tu que je die? une telle aventure iMe met tout hors de moi.

{Le Dépit, acte III, se. 9.)

Ma sœur, que je vous die une bonne nouvelle.

( P. Corneille , les Horaces, acte III, se. 5. )

Voltaire remarque qu'au lieu de die on a imprimé dise dans les éditions suivantes ; que die n'est plus qu'une licence, et qu'on ne l'emploie que pour la rime. Nous doutons que de son temps elle eût été tolérée; mais il est évident que du temps de Corneille et de Molière on préférait die à dise; car Molière et Corneille auraient foit les vers que nous venons de rapporter avec dise aussi bien qu'avec die. Vaugelas prétend qu'il y avait des gens qui allaient jusqu'à dire : quoi quevous diiez, au lieu de quoi que vous disiez. Ce législateur de la langue décide que quoi que l'on die n'est pas une faute ; mais quoi que vans diiez lui paraît insupportable. Racine, en 1668, se sert encore du mot

die pour dise. Voyez la scène 7' du i" acte des Plaideurs : Monsieur, que je vous die. On le trouve même encore dans Bajazet , acte iv , scène 5 :

J'épouserais , et qui ? s'il faut que je le die , etc.

Le mot die est fort ancien ; on le trouve dès le treizième siècle dans les poésies du roi de Navarre. On lit que que je die pour quoi que je dise (chanson XXIV ). Que que ressemble beaucoup au quidquid des Latins.

Comme simple Romain , souffrez que je vous die Qu'être allié de Rome, et s'en faire un appui, C'est l'unique moyen de régner aujourd'hui.

(P. Corbeille , ISicomède , acte m , se. 2.

Permettez que tout haut je le die et redie.

(P. Corneille, Psyché.)

Plaise au Ciel que dans tout ceci je naye point ma part. (Molière.)

On écrit aujourd'hui aie, paie, paiera, etc., contre l'autorité des anciens qui écrivaient autrement.

Ils ne vous ôtent rien, en m'ôtant à vos yeux, Dont ils n'ayent pris soin de réparer la perte.

(Molière, Psyché, acte ii, se. ^'•.) Après, vous payerez-, si cela l'aco^mmode.

{L'Étourdi, actei", se. 6.)

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Vous verriez qu'à tous deux je rends ce qne je doi , Si vous vouliez mieux voir ce que c'est qu'être roi. (P. Corneille, Nicomède.)

Qui se confesse traître est indigne de foi. Vous êtes généreux , Attale , et, je le rot, Même de vos rivaux la gloire vous est chère.

{Mcomède, acte m , se. 8.)

.... Il me tiendra , je croi , jusques au soir.

(Molière , l'Etourdi , acte iv , se. \".\

Je ne croi pas cela de votre courtoisie,

{Le Dépit amoureux, acte i*', se. 4. )

Je voi trop d'apparence à tout ce qu'il a dit. {Ibid. )

Mais que puis-je, après tout? Je voi fort peu de jour A tourner cette affaire au gré de votre amour.

(IbJd.j.acte iv, se. i»*. )

Il vous a dépeint tel que je vous voi paraître.

(Molière , l'Étourdi, acte iv , se. 2. )

Si je sui maintenant ma juste impatience, On dira que je cède à la difdcuité.

{L'Étourdi, acte m, se. V.)

On écrivait autrefois je croi, je voi, je doi,jt sui , etc. , tu crois , tu vois , tu dois , tu suis ; on distinguait ainsi ces deux personnes par l'écriture; on les distinguait aussi par la prononciation , faisant croi bref, et crois long. Aujourd'hui l'on écrit et l'on piononce ces deux personnes delà même ma-

il ne faudrait pas aujourd'hui faire payerez de ! nière. 11 n'est plus permis qu'aux poètes dereiran<

trois syllabes. Cependant la sixième édition du Dictionnaire de l Académie semble vouloir consacrer ce principe suranné en écrivant dans sa préface, page X, dernière ligne, essaye; mais nous ne savons pas comment elle veut qu'on prononce ce mot i elle n'en dit rien.

Il m'aime , \\ payera bien cher sa perfidie.

(Lachaussée, l'École des amis, acte v, se. 6.)

Que de sang payerait la moindre de vos larmes !

(Lamotte, lues de Castio, acte r"", se. 6.)

Je m'en vais de ce pas achever d'acheter toutes les choses qu'il me faut, et je vous envoyerai les marchands. (Molière, le Mariage forcé, se. 4.)

On écrit et l'on prononce aujourd'huij'envfrroi.

Vous vcL envoyer ez à Rome? — On t'y fera justice; Va , va lui demander ta chère Laodice.

(P. Corneillb , Nicomèdej acte iv, se. 3. )

' Si rien ne réussit , nous Venvoyerons aux bains.

(Molière, Pourceatujnac , acte <*■", se. 8.)

Ils croyent voir, en ce moment affreux,

Un dieu puissant qui combat avec eux. (Voltaire.)

II faut écrire croient, qui n'est que d'une seule syllabe. Voltaire ne voulait pas qu'on fît entrer croyent dans un vers. 11 dit lui-même, comme on l'a vu ailleurs, que les terminaisons ée , ie,ue, oie, ne peuvent entrer dans un vers , si ce n'est devant les mots qui commencent par une voyelle.

cher la lettre finale s pour la rime; eyicore est-c« une bien gravé licence.

cependant,

« Cependant que les choses allaient a'nsi du côl^ de César, etc. » (1589, Vigénère, Traité des Commentaires de César. )

« Un lutin mêle quantité de sauts périlleux à leurs danses, cependant que Psyché, qui a pasjsé aux Enfers par le commandement de Vénus, repasse dans la barque de Garon avec la boîte qu'elle a reçue de Proserpine pour cette déesse. » ( Molière. )

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