‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 47 sur 279 · PARTICULES INITIALES · texte numérisé non relu

PARTICULES INITIALES

A. Cette particule initiale reconnaît plusieurs origines. 1° Elle vient de l'a des Latins , et ajoute au mot qu'elle sert à former une idée accessoire d'éloignement, de séparation. Elle se présente sous quatre formes : a, ab , abs , av ; aversion , sentiment qui éloigne de; abuser, user en s'éloignant des principes; a&slraire , tirer, séparer de; rtveugler, tirer, ôter les yeux de. 2» Elle vient de ad, et ajoute au mot principal une idée accessoire de terme. Elle a plusieurs variétés : ad, ac, af, al, etc. ; adjoint, joint à(') ; accent , ad cantum {^); rt/ïluer, venir en foule à; c/Iaiter, donner du lait à, etc. 5° Elle vient de in , qui nous a donné en ( an) , puis à, parla disparition de la nasalité. Elle ajoute au mot principal une idée accessoire d'introduction : amaigrir , porter la maigreur dans; anoblir, porter la noblesse dans, etc. X" Elle vient de l'a privatif des Grecs , et ajoute au mot principal une idée accessoire de privation , d'absence : abyme, sans fond; amazone, sans mamelle; anomalie, sans analogie ; anonyme, sans nom ; apathie, sans passion; asyle, lieu où l'on est sans danger; athée, qui croit qu'il n'y ùpoint de Dieu ; atome , corpuscule réputé indivisible ; a'.onie, sans ressort, etc., etc. L'a privatif est une abréviation de la préposition grecque tw , sine en latin , sans en français.

Ambe. Cette particule vient du latin ambo, deux, ensemble ; elle ajoute au mot principal une idée de duplication : ambesàs, deux as; ambidextre, qui se sert des deux mains , comme on se sert de la

(1) Avocat (qu'on écrivait autrefois advocai), appelé à.

(2) À pour ad s'accroU d'une consonne aeml)Iable à cel'c qui commence te mot principal : accéder, addition , a/fermer, aZIier, amener (qu'on écrivait autrefo's ammener), apporter, etc.

DE L'É TYMOLOGiE.

maia droite; amb'iQUy qui offre deux côtés, deux sens. L'idée de deux côtés a reçu de l'extension, et anib a signifié plusieurs côtés , et même tous les côtés : awéition, action d'aller à son but par plusieurs moyens, par tous les moyens; l'air ambianl, l'air qui nous touche de tous les côlés , qui nous environne. Amb se clian^je en am dans arwpuier, couper en deux; en an, dans anfracluosité, rupture en plusieurs endroits.

Aupui. Cette préposition, qui estpurementgrecque, si{ïnifie de part et d'autre ; elle ajoute au mot principal une idée de duplication : amphibie , qui vit en deux endroits; a»i;j/iibologie , discours à deux sens. Elle signifie, par extension, qui touche de plusieurs côlés, de tous les côtés , qui entoure : amp/iiihéàire , qui entoure le théâtre; i4mp/iitritc, creusé autour de la terre. Ainb et arnphi éveillent la même idée ; ils ne diffèrent qu'en ce que le premier dérive du latin, et le second , du grec.

Ana. Cette préposition vient du grec, «va, à l'écart; elle ajouie au mol principal une idée d'écart, de renversement : anabaptiste , qui & écarte des usages de l'Église romaine pour le baptême des enlanls , ou qui recule le baplême jusqu'à l'âge de raison ; anachorète , qui va vivre à l'écart ; anachronisme, écart de la véritable époque ; anagramme, écart de l'ordre dans lequel les lettres sont placées dans un mot ; analyse, écart de l'ordre dans lequel sont les parties d'un tout ; awarihie , écart des principes politiques, renversement des lois qui fondent un gouvernement : analogie, écart du système général, avec conformité à une série. La première idée a fait naître ce mot, qui n'éveille plus que la seconde.

Anté. Cette particule vient du latin ante, avant ; elle ajoute au mot principal une idée de primauté : antécédent , qui marche le premier, qui marche avant; an/e'pénultième, syllabe qui est la première par rapport aux deux dernières syllabes , qui est avant la pénultième. Anté se change en anti dans antique, qui est le premier, qui est avant nous; antidate, date qui précède de quelques jours celui où une lettre a été écrite , où un acte a été passé ; anté se change en anc dans ancien , ancêtres ; nos anciens, nos ancêtres sont ceux qui ont été les premiers, qui ont existé avant nous.

Anti. Cette particule vient du grec «vn , devant ; elle ajoute au mot qu'elle sert à former une idée de présence :an/ienne, chant porté devant, porté en présence. De l'idée de présence est née celle d'opposition : antidote , placé devant le poison, donné contre le poison ; antithèse , figure de rhétorique où les mots sont mis en présence des mots, les pensées en présence des pensées, où les mots sont opposés aux mots , les pensées opposées aux pensées. L'idée d'opposition a généralement prévalu dans anti, et dans ses deux variétés ant et

pieds ; antipathie, sentiments opposés; antiphrase, sens contraire à celui qu'expriment les mots; antispasmodique, contraire aux convulsions; antarctique, opposé au pôle arctique; antagoniste, qui fait effort , qui combat contre; antéchrist, opposé au Christ.

L'initiale latine ante, et l'initiale grecque «wn, se confondent souvent à l'œil ; mais la différence des 01 igines en met toujours une dans le sens. Aniidaie, formé du latin , signifie ayant la vraie date , et antidote , formé du grec , signifie contre le poison.

Apo. Celte particule vient du grec «» ; elle éveille l'idée de séparation, d'éloignement ; apocalypse , voile jeté sur le sens, qui couvre, qui éloigne le sens; apocryphe , dont l'authenticité est douteuse, mis à part , séparé des livres reconnus pour authentiques ; apogée, éloigné de la terre; apologie , discours , écrit propre à éloigner les inculpations ; apologue, récit voilé où les personnages sont distincts, sont séparés, sont éloignés de ceux qu'on a dans l'esprit; opophlhegme, parole mise à part, parole remarquable; apostat, qui se tient debout à part , qui se sépare de s* s frères ; apdtre, envoyé au loin, qui reçut la mission de porter l'Évangile dans les pays éloignés.

Cata. Cette préposition grecque signifie contre ; catachrèse , emploi d'un mot contre l'usage; catacombes, lieux souterrains que les premiers chrétiens opposaient aux persécutions; catalepsie, état d'immobilité contraire aux mouvements de notre organisation; catastrophe, incident qi i amène le dénouement , qui fait tourner les choses contre la marche de l'action dramatique; cataplasme, liniment appliqué contre, placé sur; catologuo de livres, écrit où l'on a tout près des yeux le tiire d'un grand nombre de livres.

CiRCON. Cette particule vient de la préposition latine circùm, autour ( qui est probablement l'accusatif de circns, cirque, d'où circulas, cercle) ; elle ajoute au mot qu'elle sert à former une idée d'entour : circoncision, action découper autour; circonlocution, action de dire autour avant d'en venir à son but ; circonvallation , fossé fait autour d'un cam >; circonstance, ce qui est autour; circonspect, celui qui, au moral , regarde autour de lui. Circu est la seule variété de drcon : circuit , qui va en tournant; circtdaire, qui a la forme d'un cercle, propre à être mis autour.

CoN. Cette particule vient du latin cum , avec , ensemble; elle ajoute au mot qu'elle sert à former une idée d'association , des moijens qu'on a pour réussir : condisciple, disciple ensemble; concitoyen, citoyen ensanble; poivre concassé, c'est-à-dire poivre réduit en poudre avec un marteau ; conclure, fermer la question avec ce qu'on va dire; conséquent, qui suit avec. Con se change en com :

anté : antipodes, où les pieds sont opposés à nos combiner, mettre dr-\\ choes ensemble; coni

^24 GUAMMAIRE

prendre, prendre plusieurs choses pour les assembler; en co : coordonner, ordonner ensemble, coopérer, travailler avec un autre ; en cou : couvent, lieu où l'on vient se mettre ensemble; en col, cor, pour se lier avec douceur à la consonne qui suit : co/lection , choix de pièces pour êire mises ensemble; co/lègue, qui a mission aî;ec un autre j correspondant , qui entretient un commerce de lettres avec un autre ; corrompre, rompre avec un mélange.

Contra. Cette préposition latine signifie vis-àvis ; elle ajoute au mot qu'elle sert à former une idée de positioti devant, et, par exclusion, d^ opposition : co/tfradiction, discours mis devant un autre, pour exprimer des choses opposées. Contre et contro sont les variétés de conlra : contredanse, danse vis-à-vis d'une autre danse ; contre-esT^aVicr, espalier m,is devant un espalier 5 contre\enir, venir, agir contre une loi, une obligation ; con/re-vcrité, parole dite pour être entendue à contresens 5 controverse, discussion où l'on dit le contraire de ce que disent les autres. De l'idée que présente vis-à-vis est née l'idée d'opposition, comme on vient de le voir; il en naît aussï l'idée de proximité; conîrc-amiral, l'ofiicier qui est placé vis-àvis de l'amiral, dont le grade approche de celui de l'amiral, et celte idée de proximité est manifeste dans cette locution un peu surannée : il demeure tout contre.

Dé. Cette particule initiale vient de la préposition latine de, qui marque le poitit de départ; elle ajoute au mot qu'elle sert à former une idée de départ, avec ou sans rapport au point d'arrivée : rfébatire ime question , battre, agiter une question du commencement à la fin ; rfécerner un prix, juger que le prix ira du lieu où il est, à l'homme qui l'a mérité ; décès, passage de la vie à la mort. L'idée d'intégrité , de totahté, vient naturellement de l'idée qui, marquant le point de départ et celui d'arrivée , embrasse tout l'espace à parcourir. Dé ajoute une idée de f.oint de départ sans rapport au point d'arrivée, d'où l'idée sinjple de disparition , de cessation : débotter, ôier les bottes ; rfécacheter, enlever le cachet; décapiter, ôter la tête ; désarmer, enlever les armes; désosser, ôter les os; déshériter, ôter l'héritage. Le «, qui suit dans les trois deiniers mots, est purement euphonique. Dé a d'autres variétés; il se change en di dans diligent, qui s'applique du point de départ au point d'arrivée ; direct, qui est droit du commencement à la fin ; en dj/'dans difûcWe , chose où il y a disparition, privation de facilité ; difforme, privé de forme ; en dis dans discrédit , cessation de crédit ; disgrâce , cessation de faveur; dissemblable, qui est privé de ressemblance; dwsimulé, qui feint du premier point au dernier, voy. Dis.

DiA. Cette préposition grecque signifie à tra-

IRANÇAISE.

vers, en travers; elle ajoute au mot qu'elle sert a foimer une idée de traverse : diadème , bandelette mise transversalement autour de la tète des rois ; diagonale, ligne qui traverse d'un angle à un autre; dialecte, idiome d'une ville ou d'un canton, qui traverse hAan^jUe nationale, qui se mêle, qui est reçu dans la langue nationale; dialectique, science qui fait voir la vérité à travers les formes du raisonnement; diapason, espace traversé par une voix ou par un instrument , depuis le ton le plus bas jusqu'au ton le plus élevé.

Dis. Cet adverbe est purement grec; il signifie deux fois. 11 ajoute au mot qu'il sert à former une idée de duplication. /)issyllabe, qui a deux syllabes ; distique, deux vers formant un sens détaché; et^ en perdant le s : dilemme , argument en deux propositions , sur lesquelles on a le choix ; diphthongue, deux sons dans la même syllabe. L'idée de duplication est devenue chez les Lat. idée de séparatio7î. Discorde, deux cœurs; plusieurs cœuis où il ne doit y avoir qu'un cœur; discourir, courir, en parlant, d'un pointa unautre ; disputer, couper, tailler, l'un d'un côté, l'autre de Tautre ; distinct , teint de deux, de plusieurs manières ; distribuer, donner à plusieurs personnes ; divers, tourné de plusieurs côtés.

E. Cette préposition latine ajoute une idée de sortie au mot qu'elle sert à former : écosser , faire sortir de la cosse ; éhonté, qui est sorfi des bornes de la honte, delà pudeur; érâfler, faire sortir, ôter la rafle ; écheniller, faire sortir, ôter les chenilles. Ses variétés sont ef, es et ex, e/^fronté, celui dont le front est sor/i, qui n'a plus de front; escompter, faiie sortir du compte ; exhumer, faire soi-tïr de terre.

En. Cette préposition , qui vient du latin in, ajoute une idée d'infériorité au mot dont elle est l'initiale : enivrer , enorgueillir , porter l'ivresse dans, porter l'orgueil dans; enterrer, mettre en terre. Ses variétés sont : 1" em devant b, p, et m : embellir, porter la beauté dans ; emboîter, mettre dans une boîte; empaqueter, mettre en paquet; empiéter, mettre le pied daus ; emporter, porieidans ; emmieller, mettre du miel dans ; 2° a : abêtir, porter la bêtise dans ; abonnir, porter la bonté dans. L'o n'est plus qu'un a pur.

Le seul mot ennemi offre un n qui, venant de in, ajoute une idée de négation.

En ou em, du latin indè, de là , ajoute au mot qu'il sert à former , une idée de point départ : il s'ensuit, il suit delà; j'emmène mes troupeaux, je mène mes troupeaux en les faisant partir du lieu où je suis. Il y a peu d'initiales qui puissent être rappelées à cette étymologie.

Entre. Cette préposition vient du latin mter ; elle est employée comme particule initiale, et désigne , ansi que iw^cr , ï espace qui va d'un point à

DE Tiav

l'autre: c«/resol, étage qui va du rez-de-chaussée au premier étage; enfr'actes, temps qui s'écoule entre deux actes; ils s'enfr'aident, ils aident l'un à l'autre, ils portent le secours de l'un à l'autre, de manière qu'il est pour deux; delà s'entr'aimer, 5'cH fre-choquer, et tous les analogues qui éveillent l'idée de réciprocité.

Épi. Cette préposition, qui vient du grec etti, ; sur, éveille l'idée de position supérieure: cpidéj mie, maladie sur le peuple, sur la multitude ; épiderme, la partie supérieure de la peau ; c/;/gramme, dans le sens des anciens, inscription en général, et, dans le sens moderne, pensée fine et satirique dirigée sur quelqu'un; ep/graphe, sentence, au frontispice d'un livre, à la tète d'un livre; e'pilepsie, maladie qui saisit à l'improviste, qui survient; epîthalame, chant ou vers sur un mariage ; ^pttaphe, paroles mises sur un tombeau; epîthète, adjectif placé sur un nom pour lui communiquer de la grâce et de la force : ep/scopat, dignité de celui qui a inspection sur, qui a la surintendance d'un diocèse; épisode, événement qui survient et se lie à l'action principale.

Eu. Cet adverbe, qui est purement grec, signifie bje», en français: euphémisme, figure de langage par laquelle on exprime en termes qui sont bien, en termes qui ne déplaisent pas, des choses déplaisantes: euphonie, son qui est bien, son agréable. Ev est une variété d'eu: e'rangile, bonne nouvelle.

Ex. Cette préposition latine, qui est la même que e, ajoute au mot qu'elle sert à former une idée de sortie; elle nous donne ea:-général, qui est sorti du rang des généraux ; ear-jésuite, qui est sorti de l'ordre des jésuites ; e^-professeur, qui est sorti du professorat, et beaucoup d'autres mots qu'on a faits ou qu'on peut faire sur ce modèle.

Ex est aussi une préposition grecque qui éveille également l'idée de sortie, de position en dehors: ea:ergue, espace ménagé hors de l'ouvrage, hors du type, au bas d'une médaille; Exode, histoire de la sortie d'Egypte; cj-orcisme, prière qui a la vertu de faire sortir le diable du corps d'un possédé; plante ea;otique, plante qui vient du dehors, plante étrangère.

Extra. Cette préposition latine, qui signifie hors de, ajoute au mot qu'elle sert à former une idée de sortie qui va au-delà du terme: extraordinaire, qui va au-delà de ce qui est ordinaire ; ea:/ravagant, qui erre en allant au-delà des idées raisonnables; extra\asé, qui est sorti, qui est allé au-delà du vase où il doit être contenu.

For. Cette particule, qui vient du latin foris, ajoute au mot qu'elle sert à former une idée de position en dehors : vendre à forïait, vendre â un prix fait hors des règles ordinaires ; commettre un /"orfait, commettre une action hors des lois; forcené,

MOLOGIE. 125

qui est hors du bon sens. Four est une variété de for: /"owrvoyé, qui est hors du chemin; cheval fourhu, cheval qui est hors de son état de souplesse ordinaire.

Hyper. Cette préposition qui vient du grec uTrep, au-delà, ajoute au mot qu'elle sert à former une idée d'excès, de position au-delà : /lyperbate, inversion qui va jusqu'à l'excès ; %perbole, expression qui va au-delà de la vérité , hyperhorée, qui est au-delà de Borée, au-delà du nord ; hypercritique, censeur outré.

Hypo, Cette préposition, qui vient du grec utto, sous, dessous, ajoute au mot qu'elle sert à former une idée de position au-dessous : /ij/pocrisie, vertu feinte, conduite en-É?essous;/iî/pothèque, ce qui est placé sous une dette active, et en assure le paiement; hypothèse, ce qui est placé sous une opinion pour l'appuyer, supposition ; Aypotypose, figure de rhétorique, par laquelle les objets sont peints d'après nature, sont peints sous le modèle.

In. Cette préposition latine ajoute au mot avec lequel elle se combine, tantôt une idée d'intériorité, avouée par uneétymologie connue [Vin latin, qui signifie dans ) : incorporer, faire entrer dans un corps; tantôt une idée de négation, que nulle étymologie raisonnable ne signale; incorporel, qui n'a pas de corps (').

In se transforme en il, im, ir: i/lettré, qui ne sait pas les lettres, qui n'a aucune connaissance ; iHusion, erreur portée dans ; immense qui n'est pas soumis à la mesure; s'immiscer, se mêicr dans', irrésolu, qui n'a pas pris de résolution, faire une irruption, se jeter violemment dans.

Inter. Cette préposition latine, qui est un abrégé de in iter, dans le chemin, marque l'espace entre deux points : interligne, espace qui est entre deux lignes; intercéder, se mettre entre celui qu'on prie et celui pour qui l'on prie ; inferrègne, temps qui s'écoule d'un règne à un autre, entre deux règnes; interrompre un discours, rompre im discours en mettant quelques mots, quelques phrases entre les mots, les phrases que l'orateur vient de pronon cer, et les mots, les phrases qu'il va dire. Inter te change en intel dans inte/ligence et dans tous les mots de cette famille ; c'est une heureuse altération que commande l'euphonie; un homme tn/e/ligent est un homme qui cueille, qui choisit, qui saisit la pensée au milieu des mots.

META. Cette préposition signifie au-delà, eu grec, et répond au trans des Latins ; elle ajoute au mot qu'elle sert à former une idée de translation de transmutation, de substitution: métamorphose, transformation, substitution de forme ; métaphore, figure de rhétorique par laquelle un mot est porté au-delà de sa signification, à une signification

(1) In .ajoutant une idée de privation, d'absence, répond au f(on des Latins et h Va privatif des Grecs.

GRAMMAIRE FRANÇAISK.

analog[uë; métaphysique, science qui s'élève audelà des choses physiques ; mémthèse , transposilion de lettres; mé<em psychose, translation de l'âme en un autre corps; météove, phénomène physique élevé, placé au-delà de nous. Dans ces deux derniers mois, meta s'est changé en met par euphonie.

Mono. Celle particule, qui vient du grec p-oyoj, seul, entre dans la composition des mots suivants : mawologue, scène dramatique où un personnage parle seu/; monopole, accaparement de denrées pour vendre seul; wjonoiime, pièce de vers à une seule rime ; monosyllabe , mot à une seule syllabe ; ?nonolone, qui est sur un seul ton. Les mots moine, monarque y offrent des variétés : moine, qui vi( seul, qui vit dans la sohtude ; monarque, ayant seul le commandement, qui est seul à la tête du gouvernement.

Ob. Celte préposition latine, qui signifie rfemni, au-devani, ajoute au mot qu'elle sert à former une idée de position eu face : objet, chose jetée, mise devant; objection, difficulté jetée, mise devant; obstacle, chose qui est debout devant une autre, et de là l'idée d'empêchement; obstiné, qui tient fei me devant ce qu'on lui dit. Ob se change en oc, en of, en op, suivant la cansonne qui commence le radical; occasion, ce qui tombe, ce qui vient devant; occiput, le devant de la tête ; offusquer, mettre un brouillard devant; s'opposer, se mettre devant, et par conséquent se montrer contraire. 0, seul , présente une variété dans omettre, omission ; mais comment trouver l'idée da position devant dans omettre, qui signifie laisser, passer sous silence? Obm'ntere, et par euphonie omiitere, nous paraît avoir d'abord signifié envoyer devant, renvoyer une chose pour être dite ou faite dans l'occasion {*). Mais , comme souvent ce qu'on renvoie pour être dit ou fait dans l'occasion ne se dit ou ne se fait pas du tout , omittere a signifié aussi ne pas dire , ne pas faire. Cette seule acception a passé dans le français, où le mot paraîtrait eo contradiction avec l'idée, si l'on n'observait la marche des langues, qui , souvent , pai tant d'une acception , arrivent, d'analogie en analogie , à une acception différente ou même opposée.

Para. Cette préposition signifie, en grec, à côté : paradigmes, finales dans les conjugaisons détachées du mot principal, et mises à côté; paraphe , trait de plume mis à côté de la signature ; ligne parallèle, ligne tirée à côté d'une autre ligne; un parallèle, un jugement qui porte sur deux objets mis à côté l'un de l'autre; paradoxe, opinion qui

(I) Le matériel du mot indique ce sens , que confirme un passage d"Horace:

Ordinis hœc virtus erit et venus, aut ego fallor, UijAm nunc dicatjam nunc debentia dici, PUraque différât, et presens in tempus omittat.

n'est pas sur la même ligne que l'opinion reçue , qui est à côté; paralogisme, raisonnement qui e^l à côté de la vérité ; paraphernal , le bien que l * femme ne met pas dans la communauté, qu'elle met à côté ou de côté pour elle ; parasite, celui qui, sans être invité , vient se mettre à côté des vivres ; paroisse, église placée à côté, près des maisons.

Penta. Cette particule vient du grec 5r«vTs, cinq : pentagone, qui a cinq angles; pentamètre, vers d : cinq mesures ; Pentateuque, collection des cinq livres de Moïse; Pentccôle, le cinquantième jour après Pâques.

Per et PAR. Ces deux prépositions, l'une latine , l'autre française, éveillent toutes deux : 1° une idée de roule : aller à Lyon par la Bourgogne, c'e^t prendre la route de la Bourgogne ; aller à la vérité par le doute, c'est prendre le c/iemin du doute; 2° tt par extension , l'idée d'arrivée, de terme atteint , de chose entièrement achevée : un homme parvenu aux honneurs est un homme qui est arrivé aux honneurs; la péroraison est la partie qui termine un discours oratoire; ce qui est parfait est fait entièrement; un pervers est un homme entièrement tourné contre la saine morale , eniièremem vicieux ; 5° enfin , et en conséquence de l'idée de route , celle de traversée , puis , par extension , de traversée en différents sens, en tout sens : pérégrination , action d'aller en pèlerinage , d'aller à travers champs; perspicacité , talent de voir à travers; parjure, qui traverse, qui viole un serment; perfide, qui traverse, qui viole la foi donnée.

Péri, Celte préposition signifie, en grec, autour: péricrâne, membrane qui est autour du cr âne ; périgée, autour, auprès de la terre; période, chemin autour ; périoste, membrane autour des os; péripatéliciens, promeneurs autour : les disciples d'Aristote, qui philosophaient en se promenant dans le Lycée ; périphrase, circonlocution, plusieurs paroles mises autour d'une seule, pour une seule.

PoLY. Cette particule vient du grec îto^us , plusieurs : po/y fjamie, pluralité de mariages:po///glotte, en plusieurs langues ; po/ygone , qui a plusieurs angles ; pofype, animal qui a plusieurs pieds; polysyllabe, composé de plusieurs syllabes; école polytechnique, école où l'on enseigne plusieurs sciences; po/y théisme , religion qui admet plusieurs dieux.

Pré. Cette particule , qui vient du latin prœ, avant, ajoute au mot qu'elle sert à former une idée de primauté : préadamite, qui a existé ayant Adam ; se précipiter, se jeter la tête avant le corps ; précité, cité, énoncé auparavant; préface, discours placé avant l'ouvrage ; le préfet d'un collège , celui qui est le premier pour maintenir le bon ordre; le préfet d'un département , celui qui est placé le premier, qui est avant tous les autres pour y faire respecter les lois ; les prémisses, les deux proposi-

HE L'ÉTYMOIOGIE.

lions qui, dans un syllogisme , sont mises avant la conclusion.

Pro. Cette préposition, tirée du grec et du latin pro, devant, «joule au motqu'elle sert à former une idée deprésence, démise en avant : procès, marche on avant dans les tribunaux ; procession, marche en avant dans les cérémonies religieuses ; proconsul, magistrat qui rappelle la présence du consul, et de là ridée du remplacement ; profane , qui est devant le temple et ne peut y entrer; progrès, marclie en avant; promener, mener devant soi; promettre cent francs, mettre en avant^ mettre en présence cent francs.-

Re. Celle particule initiale semble êîre une abréviation du lalin rursiis, une seconde fois. Elle ajoute au mot qu'elle sert à former une idée de redoublement : rechercher, chercher une seconde fois , et, par extension, à plusieurs reprises; rechute, une seconde chute ; relire, lire une seconde fois ; releindre, metlre une seconde fois en couleur. Re se change en r dans ravoir, avoir de nouveau; et en ré dans réagir, agir une seconde fois. Ré dans révélée vient du rétro des Latins, qui signifie en arrière : réré/er signifie, non pas mellre un second voile, mais jeter le voile en arrière. C'est ainsi qu'en bon laiin recludere signifie, non pas fermer une seconde fois , mais jeter la clôture en arrière, ouvrir.

Se. Cette particule initiale paraît venir du lalin seorsîim, séparément. Elle ajoute au mot qu'elle sert à former une i'iée de sépaialion , d'écart : un secret, une chose tenue à l'écart; ségrégation , action d'é<or/er du troupeau; séduire, mener à l'écart, écarter du chemin de la vertu . Ses variétés sont, par euphonie : 1° sed dans sédition, action d'aller à l'éear^, de & écarter, de se séparer , par un soulèvement, de ses concitoyens; 2° s dans sobre, seorshm ab ebneiate,am s'éloigne, s' écarte de l'ivresse.

Sun. Celle préposition , qui vient du latin , ainsi que le mol sous, qui en est la traduction , ajoute au mot qu'elle sert à former une idée de position inférieure : subjuguer, mettre sous le joug ; su/>iiitul, qui occupe une place en seconde ligne, ei par conséquent est inférieur; moi soussigné, moi qui ai signé au bas, dons la partie inférieure de l'acte; un sous-préfet, un magistrat in/'érieur en grade au préfet. De l'idée d'infériorité découle celle de dépendance : subdivision , division en seconde ligne, division dépendante d'une première division ; une chose subordonnée, un homme subordonné, une chose, un homme en seconde ligne, ( n état de dépendance. Les variétés de sub sont sa; sujet, placé sous, dépendant de; suc, sug, sup : succéder, venir en secom/e ligne; surjfgérer, porter en dessous; support, une chose placée au-dessous d'une au'.re, pour que celle-ci ne tombe pas. —

Sous n'9 de variété que sou / soumellre quelqu'un, le mettre dans une position inférieure.

SuBTER. Celle préposition latine est un abrogé de sub iter, sous le chemin ; elle attache au mot français subterfuge , une idée d'infériorité cachée : vous usez d'un suè/erfuge, vous fuyez par un chemin piatiquéen dessous, par un chemin qui se dérobe aux regards.

Super. Cette préposition, qui vient du latin , ainsi que le mot sur, qui en est la traduction , ajoute au mot qu'elle sert à former une idée de position supérieure : superûn , qui est au-dessus de ce qui est fin ; superficiel , qui n'a pas de profondeur, qui n'a que ce qui paraît au-dessus; surcharger, metlre une charge supérieure à la charge ordinaire; surnaturel, qui est au-dessus des lois de la nature. Les variétés de super se trouvent daRSsu/>récot (que surécot nous semble devoir remplacer), portion d'argenl à donner au-dessus de la quote-part convenue ; dans soubresaut, etdaqsso- 6>iquet, nom mis au-dessus d'un autre nom, surnom pris en mauvaise part. Les variétés de sur se trouvent dans sourcil, touffe de poils en forme d'arc au-dessus des cils, et dans susnommé, nommé ci-dessus.

Syn. Cette préposition, qui vient du grec ow, avec, ensemble, ajoute au mot qu'elle sert à furmer une idée de simultanéité : sî/nagogue, congrégation, lieu où les Juifs viennent prier ensemble; contrai synallagmatique, contrai qui lie ensemble^ qui lie l'un envers l'autre; synecdoche, figure de rhétorique, par laquelle on prend le plus avec le moins, ou le moins avec le plus; synode, assemblée du clergé pour délibérer ensemble; synonymes, noms qui, examinés ensemble, ont la même signication ; syntaxe, mise ensemble, coordonnance des mots ; synthèse, mise ensemble, état des parties en coïwposilion. Syn a quelques variétés : sy/labe, qui prend ensemble plusieurs accidents de la voix; sy/lepse, figure par laquelle on prend avec l'esprit ce qu'on ne peut prendre avec les mots, pariaquelle le rapport se fait, non pas à ce qui est dans la phrase, mais à ce qui est dans la pensée; sy/Iogisme, sorte d'argument où deux propositions liées ensemble amènent la conclusion; symétrie, mesure, rapport de deux choses ensemble; sympathie, affection entre deua^personnes, affection qui met deux coeurs ensemble ; symphonie, sons qui s'unissent ensemble, unité de sons.

Trans. Cette préposition latine, qui signifie audclà, ajoute au mot qu'elle sert à former une idée de passage au-delà : /ransplanler, planter au-delà du climat ou du sol natal ; transiùon, tour au moyen duquel on passe d'un point à uq autre, on va audelà du point où l'on était. On peut observer les variétés de trans dans les mots suivants : Grammaire transcendante. Grammaire qui est à la hauteur de la science, qui va au-delà de la Grammaire

GRAMMAIRE FRANÇAISE

ordinaire ; traverser, aller au-delà ; tressaillir, sauter au-delà du lieu où l'on est ; trépas , pas fait audelà de la vie. *

Trans , au-delà , a pour synonyme la préposition latine ti/(rà, outre : on dit u/tramontain, qui

habite au-de/à des monts; un voyage ouf re-mer est un voyage fait au-rfe/à des mers ; outrer une chose, c'est la pousser au-delà des limites qu'avoue la raison ; outrage, est un manquement qui va au-delà de ce qui peut être toléré.

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