‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 50 sur 279 · DE L'ARCHAÏSME · texte numérisé non relu

DE L'ARCHAÏSME

MUER pour CHANGER .

Qui de Méduse eût vu jadis la lête

Était en roc mue soudainement. (Voltaire.)

Muer ne se comprendrait plus dans ce sens.

ORDONNERJpOUr RANGER.

Il verra comme il faut dompter les nations, , Attaquer une place , ordonner une armée.

(Corneille , le Cid , acte i^'.sc. 4.)

UN PETIT pour UN PEU ( latinisme).

Je commence à mon tour à le croire un petit.

(Molière, Amphitryon., acte if"", se. 2.)

PREMIER QUE pOUr AVANT QUE.

Et là , premier que lui , si nous faisons la prise , II aura fait pour nous les frais de l'entreprise.

(MOLIÈRE , VEtourdi , acte m , se. S. )

Premier que d'avoir mal, ils trouvent le remède. (iSSr, Malherbe.)

On ne se servirait plus de cette locution.

RESSENTIMENT|)0«r SENTIMENT.

Je demeure sans voix et sans ressentiment.

(Racine , Bérénice , acte ii , se. 4. )

« Ce dernier mot est le seul employé par Ra- » cine qui ait été hors d'usage depuis lui. Ressen- > liment n'est plus employé que pour exprimer le I souvenirdesoutrages, et non celui desbienfails. » (Voltaire.)

SIEN avec un nom.

Voulant dans quelque ville emmener avec lui, Outre ses biens, l'espoir qui restait de sa race, Un sien fils écolier, qui se nommait Horace , Il écrit à Bologne , etc.

(Molière, l'Étourdi, acte iv , se 1".)

TANDIS pour EN ATTENDANT, JUSQU'A CE QUE.

Tandis que le roi vient , parle-moi de Thésée.

(T. Corneille, Ariane, acteii, se. i^^.)

Qu'on aille quérir le notaire. — Tandis qu'il viendra et qu'il dressera les contrats, voyons notre ballet, et donnons-en le divertissement à son altesse turque. (Molière, leBoiirgeoisgenlilhommef acte V, se. 7.)

TANDIS QUE pOUr TANT QUE.

Quand le vaisseau fut parti, nous ne cessions de nous regarder, tandis que nous pûmes nous voir. ( FÉNELON , Télémaque, livre m. )

Mène-lui Lusignan; dis-lui que je lui donne Celui que la naissance allie à la couroniie. Celui que par deux fois mon père avait vaincu, Et qu'il tint enchaîné tandis qu'il a vécu.

(Voltaire, Zaïre, acte m, se. 1". )

TANT que pour jusqu'à ce que.

Et je craindrais toujours d'avoir trop prétendu , Tant que de cet espoir vous m'ayez répondu.

(P. Corneille, Sertorius, acte i®"", se. 3.)

• On ne répond pas d'un espoir, on répond d'une

» personne, d'un événement. Tant que n'est pas ici » français en ce sens. » (Voltaire. ) Il l'était alors.

vôtre pour A vous.

Monsieur, je suis tout vôtre.

( Molière , l'Étourdi , acte i»»", se. 4.)

On dirait aujourd'hui : je suis tout à vous.

Mots employés au pluriel , contre l'usage ordinaire.

Et par les désespoirs d'une chaste amitié , Nous aurions des deux camps tiré quelque pitié.

( P. Corneille, les Huraces , acte m , se. 3.)

€ On n'emploie plus aujourd'hui désespoir au » pluriel ; il fait pourtant un bel effet. Mes déses- » poirs, mes craintes, mes douleurs, mes ennuis, » disent plus que mon désespoir, ma crainte, etc. » Pourquoi ne pourrait-on pas*dire mes désespoirs » comme on dit mes espérances? ne peut-on pas » désespérer de plusieurs choses, comme on peut

> en espérer plusieurs? » (Voltaire.) ÎNous croyons avec Voltaire que ceJa pourrait être permis ; mais l'usage n'acfmet point ces locutions.

Corneille a bien dit :

Le sang de Polyeucie a satisfait leurs rages.

(P. Corneille , Polyeucte, acte i«', se. 3. )

< Rages ne se dit plus au pluriel; je ne sais pour- » quoi, car il faisait un fort bel effet dans Maliierbe

> et d^s Corneille. Craignons d'appauvrir notre » langue. » (Voltaire.)

m'est avis.

blanfort.

On se moquait de vous.

Page 1