‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 67 sur 279 · DUVIVIER · texte numérisé non relu

DUVIVIER

Les noms de dignité et de qualité peuvent .s'écrire sans majuscule quand ils sont employés dans un sens général ; ainsi écrivez rois et empereurs sans majuscule dans cette phrase : La mort n'épargne ni les rois ni les empereurs. On doit surtout les écrire sans capitale , lorsque ces mots sont employés comme adjeciifs : // est roi, empereur.

9° Quand un mot a plusieurs sens différents , il est assez convenable d'employer une initiale majuscule pour désigner le sens le plus important. Cette attention est propre à prévenir bien des équivoques, et à faciliter au lecteur l'intelligence de ce qu'il lit, en lui faisant apercevoir sur-lechamp dans quelle acception il doit prendre les mots dont il fait usage. Aiiisi l'on écrira avec une initiale majuscule : la Jeunesse, pour désigner les Jeunes gens; et votre Granrfewr , en parlant à un grand d'Espagne , à un évêque ; mais on écrira avec une minuscule ; la jeunesse , pour marquer le plus bel âge de la vie, et la grandeur de Dieu, pour désigner sa préexcellence.

On doit écrire le mot grand avec une majuscule dans celte phrase : Les Grands seraientinutiles sur la tare, s'il ne s'y trouvait des pauvres et des malheureux. ( Massillon ) ; et avec une minuscule dans celle-ci : Un grand homme excelle par un grand sens, par une vaste prévoyance, et par une haute capacité.

Le mot Justice s'écrira par un grand /, lorsqu'il exprimera cette vertu morale qui lîiitque l'on rend à chacun ce qui lui appartient : La Justice est la . première des vertus; elle est due à tous les hommes sans distinction : ou bien encore lorsqu'on voudra parler des officiers ou magistrats qui rendent la Justice : Éloignez cette idée qu'on a de /a Justice, qu'elle doit toujours être effrayante , toujours armée; elle lève quelquefois son bandeau pour jeter des regards de pitié sur les misérables. Mais le mot justice s'écrira par un petit; lorsqu'il signifiera : bon droit, raison : Il ne faut pas se faire justice à soi-même.

On écrira le mot Ciel par un grand C , s'il signifie Dieu :

Le Ciel reçnt toujours nos vœux et notre encens;

et par un petite, dans toutes ses antres acceptions.

0 Ciel! s'écrira par un grand C, parc^que cette exclamation est une sorte d'invocation à Dieu.

Père s'écrira par un petit p quand il signifiera celui qui a un ou plusieurs enfants : Il n'y a qu'un bon gouvernement qui puisse encourager les pauvres à devenir oères ; et par un grand P, qua»d ce sera

un tître d'honneur : Pères conscrits; Pères (/<?' r Eglise.

l.a noblesse par un petit n désignie l'avantaf^e d'être noble : La vertu est la vraie noblesse de L'homme de bien.

LaiVo/'/esve,parungrandiV,désigne lecorps des nobles : La Noblesse de France s'est de tout temps distinguée par son attachement à la monarchie.

Cette distinction doit même avoir lieu entre deux sens individuels d'un nom appellatif : Use rendit au sénat (en parlant du lieu) ; il fut blâmé par le Sénat (en parlant du corps) , quoique dans les deux cas il s'afjisse uniquement du sénat.

10° On écrira avec une initiale majuscule tout nom devenu commun , de nom propre qu'il était orijïinairement , pourvu qu'il soit pris pour dési gner la qualité principale qui caractérise le nom propre ; exemple :

Oh! combien de Césars deviendront Laridons!

(La Fontaine , fable 466, l'Éducation.)

J'ai lu, chez un conteur de fables , Qu'un second Rodillard, V Alexandre des chats, V Attila , le fléau des rats ,

au commencement de chaque vers, grand ou petit; soit qu'il commence un sens, soit qu'il ne fasse que partie d'un sens commencé :

Dans les sons de sa voix , ou propice on funeste ,

Les Celtes entendaient la volonté céleste ;

Et , prêtant à la femme un pouvoir plus qu'bumain.

Consacraient les oVijets qu'avait touchés sa main.

Un fanatisme aimable à leur âme enivrée

Disait: La femme est Dieu , puisqu'elle est adorée!

(LEGOtJVÉ.)

On nous permeltra dé re(ifarder celte orihof^raphe des majuscules au commencement de chaque vers comme un des plus ridicules abus de l'usage. N'est-il pas en effet bizarre de voir des préj)Osilions et des conjonctions avec des majuscules? Malgré celte opinion , que nous impose notre conscience , nous plaindrions le novateur qui se présenterait avec un livre de poésie dont les commencements de vers ne seraient point escortés de majuscules , tant est forte et presque inébranlable Tbabitude invétérée d'un certain usage!

Vrai Cerbère

(Le même, fable 60, le Chat elle vieux Bat. )

Quand un vSully renaît, espère un JJenri- quatre.

( Voltaire , h Temps présent , tome 1 4 de sçsŒvvres.)

Que de frelons vont pillant les abeilles ! Que de Pradons s'érigent en Corneilles ! Que de Gauchats semblent des Massillons ! Que de Le Daims succèdent aux Bignons!

(Le même , Ètrennes aux Sois. ) (Lemare, page 414.)

Mais il faut écrire : deux carolus , un louis , dix ducatons.

W II convient également de distinguer le tilre d'un livre, ou d'une pièce quelconque, par une initiale majuscule. Il en est de même, lorsqu'on le cite. On écrira donc :

Fable des deux Amis. — Fable des deux Pigeons.

■ Dans ce sac ridicule oîi Scapin s'enveloppe , Je ne reconnais plus l'auteur du Misanthrope.

(BoiLEAU , Art poétique , chant IIL )

Toujours sur sa toilette est la Sainte-Écriture, Et le Petit-Caréme est surtout sa lecture.

(Voltaire , conte de Gertnide. ) (Lemare, page 545.)

12* Les noms qui expriment le principal sujet du discours ou d'un ouvrage doivent être distingués des autres par une grande lettre.

C'est pour cela que nous écrivons toujours par un grand G le mot Grammaire dans notre livre.

iô" En poésie, il est reçu, pour mieux assure)la distinction des vers, démettre une majuscule

Liste des mots qu'on a coutume de représenter cii abrégé par des capitales.

A. P. A protester.

A. S. P. Accepté sous protêt.

A. S. P. C. Accepté sous protêt pour à-comple. (Termes âe commerce.)

Bon. Baron.

Bonue, Baronne.

Cheif. Chevalier.

C'e. Comte.

Cteste. Comtfsse.

D. O. M. Abréviation latine de ces mots : Deo optimo ma.ximo.

D'. Docteur.

Dt-^M" . Docteur-médecin.

E. Est.

J.-C. Jésns-Christ.

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