‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 8 sur 279 · DE L'ALPHABET · texte numérisé non relu

DE L'ALPHABET

Les lettres figurées en majuscules (voir le Tableau) servent à écrire les titres; elles sont d'urgence à la tête des noms propres d'hommes ou de pays, et au commencement de chaque phrase, de chaque alinéa ; celles dites minuscules ou ordinaires composent tout le reste du texte.

Dans l'impression , on se sert d'une multitude de caractères différents, et particulièrement de ceux dits romains, et de ceux dits italiques. Les premiers s'emploient dans le corps de l'ouvrage; les derniers indiquent les mots ou les phrases que l'on cite ou que l'on veut faire ressortir pour attirer l'attention. Dans les manuscrits , on souligne ce qui doit être mis en italiqnes dans l'impression. Nous parlerons ailleurs et avec plus de détails de ces règles diverses.

Nous ne résistons pas à citer encore Demandre, voici les excellentes réformes qu'il propose, t On trouve, dit-il, notre alphabet imparfait, et l'on a bien raison : on indique même, pour le rectifier, plusieurs moyens qu'il serait à propos que les imprimeurs employassent. On voudrait que le c prît toujours la cédille , ç , mêrhe devant un e et un i, quand il représente l'articulation ce; et qu'il ne fût sans céJdle que lorsqu'il est dur, comme dans ca,co , eu : cette première réforme serait utile; mais pourtant moins que beaucoup d'autres, puisque le c devant un e ou un i n'étant jamais dur, la cédille y paraît moins nécessaire.

> On propose, en second lieu, de marquer d'un point le t, en cette sorte f ou /, lorsqu'il doit rendre l'articulation du c , comme dans transition. 11 y aurait à cela un avantage réel , puisque souvent cette lettre entre deux voyelles est dure, comme dans pitié. Au lieu d'un point, on pourrait ajouter, à la partie supérieure ou inférieure du t, un petit crochet qui ferait le même effet.

> Le même crochet serait encore plus utile à la lettre A; on l'y mettrait, lorsque, figurant seule, elle marque une aspiration sentie , comme dans héros; et lorsque, se trouvant unie au c , elle a le son sifflant et gras , comme dans chercher. On récrirait sans crochet , et telle qu'elle est aujourd'hui en usage, toutes les fois qu'elle n'aspirerait point, comme dans honneur; et qu'éianl à la suite du c , elle ne formerait que le son de qu, comme dans chœur.

» Le g n'ayant jamais le son gras qu'il ne soit

suivi d'un e ou d'un i, et n'étant jamais dur que devant un a, un o, ou un u, il ne serait pas nécessaire d'y rien ajouter. Mais il est une autre occasion où il aurait besoin de quelque signe pour indiquer le changement qui se fait dans son emploi ; c'est lorsqu'avec n il produii un son mouillé, comme dans signe, Bretagne : on | repose à ce sujet d'y ajouter un et ocht t ou un point , eu même de le retrancher et de mettre sur n un

GHAMMAIRE FRANÇAISE.

» trait de celle sorte, "", comme font les Espa- » gnols; ainsi, selon cette dernière méthode, on » écrirait rèwe, JSspane,pour règne, Espagne : le » gn ne produirait jamais d'autre son que celui que » nous prononçons dans les mots latins: magnus,

> dignus , etc.

» On voudrait qu'il y eût aussi quelque marque

> semblable pour / lorsqu'il est mouillé, comme » dans fouille , travail , etc. On a même essayé » d'introduire à cet effet , dans noire orthographe, » un signe nouveau pour notre langue , le X des » Grecs. Une des raisons qu'on apporte pour faire » agréer ce caractère , c'est qu'il n'est autre chose » que l'y renversé.

» Ai et n n'ont pas besoin de signes nouveaux , » puisque les lettres qui les suivent décident tou- » jours assez s'ils produisent un son nasal , ou s'ils » gardent leur articulation propre. Il n'en serait

> pas de même de x : celte consonne ne rend quel- » quefois que le son d'un s , ou même d'un a ; d'au- » très fois elle équivaut à es ou à gz. Il serait en- » core fort possible d'introduire quelque aliéra- » lion peu considérable dans les caractères , pour » iTiarquer au juste chacune de ces quatre fonc- » lions : les autres consonnes n'ayant point de va- » riations , ou étant assez décidées par les lettres » voisines, n'ont besoin d'aucun changement.

» Les auteurs dont nous exposons les vues ont » encore quelque chose à changer dans les voyel- » les. Ils ne touchent ni à l'a, ni à Va, ni àl'u; un » accent circonflexe distingue le grave de l'aigu , » ce qui suffit : ils laissent même nos e tels que » nous les avons; les accents grave et aigu en dis- » linguent les principales espèces : si ces accents

» ne s'y trouvent pas toujours, c'est que les K tires » voisines déterminent assez le son de Ve. Mais ils » voudraient au moins que Vy ne fût jamais em-

> ployé que lorsqu'il est manille ^ comme dans I rayer; ou que, si l'on veut le conserver ailleurs, I comme dans SI/ //aèe, symptôme, on y ajoutât un

> crochet ou quelque autre signe, lorsqu'il sert

> pour un son mouillé. Ils auraient beaucoup » d'autres vues relatives à ce que nous appelons

> diphlhongues impropres; pour ai, defai; pour » ai, de jamais, etc. : mais sur cela ils proposent » moins d'établir de nouveaux caractères, que

> d'écrire l'un où nous écrivons l'autre, et de ne I suivre que la destination primitivede nos lettres.»

Nous ne pouvons disconvenir que voilà de spécieuses réformes ; que quelques-unes pourraient sembler nécessaires , indispensables ; mais nous ne croyons pas que l'autorité d'un imprimeuréditeur suffirait seule pour introduire de pareilles nouveautés.

L'Académie est le seul pouvoir qui imposerait ici sa loi sans danger; encore peut-être n'y réussiraitelle pas elle-même, tant les habitudes de la routine sont difficiles à déraciner, quelque ridicules qu'elles soient. Après tout, dans un ouvrage de Grammaire, il est permis de proposer des vues, mais il ne l'est pas d'introduire des nouveautés arbitraires: c'est la règle que nous nous sommes strictement imposée. N'ayant pas mission de faire triompher certaines innovations, même raisonnables, notre devoir est d'indiquer les vices, de dénoncer au tribunal de la raison publique les défauts , de relever les fautes ; mais nous ne ferons rien de plus, parce que nous n'en avons pas le droit.

«^ ^«-♦«■ec-t-co«r« €•♦-«-©■ ^o^fr«-ee r«-©*w-«*-fr*-frc ♦•*•-•*■ ^♦c*•e*e«^^^♦«c•e♦o*■fr♦-^♦■♦c■♦♦-#*e•■e•^e«■o«-«♦**-^«-c■♦c*e-«■o♦-*»-*♦-vt ♦«-♦♦-o«o« *« c-cc^e<-«<- ••■

DES VOYELLES

Nous avons déjà dit, quoique en d'autres termes, qu'on nomme voyelles les lettres qui ont ou représentent par elles-mêmes un son parfait.

Les caractères des voyelles sont a, e,i,o,u; Vy n'ayant pas un son différent de celui de Yi, à moins qu'il ne soit employé pour deux i, car alors ce son devient mouillé : nous expliquerons ailleurs ce que nous entendons par ce son mouillé. Cependant on a bien fait de comprendre l'y dans le nombre des w?/c//c5, puisqu'il en remplit fort souvent l'office.

Mais il y a plusieurs sortes d'a,d'e, d'i , d'o et d'u quant à la prononciation , ou quant à l'orthographe.

Les Grammairiens, en général, ne s'accordent pas sur le nombre de nos voyelles : Ramus, dit Lévizac, en avait d'abord distingué dix ; mais il donnait un son différent à an et o, ce qui n'est point exact ; ainsi ses dix voyelles se réduisaient à neuf. Messieurs de Port-Royal s'aperçurent de l'erreur de Ramus; et en admetiant , comme lui, dix voyelles, ils substituèrent à Vau un autre son

DES VOYELLES

simple. L'abbé de Dangeau, dont le travail sur les voyelles mérite d'être connu , en porta le nombre à quinze; et, depuis lui, les Grammairiens en ont a Imis plus ou moins, parce que, dit Duclos, « les Grammairiens reconnaissent plus ou moins ) de sons dans une langue , selon qu'ils ont l'o- » reille plus ou moins sensible, et qu'ils sont plus » ou moins capables de s'affranchir du préjugé. •

Nous divisons les voyelles en voijelles simples et en voyelles composées; car les voyelles peuvent se prêter entre elles un mutuel secours, sans cesser pour cela d'être voyelles.

Les voyelles simples sont celles qui ne sont représentées que par une seule lettre.

TABLEAU

Page 1