‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 7 sur 279 · ITALIQUES · texte numérisé non relu

ITALIQUES

aeiouybcd f (j h j k l m n p q r s

Noire alphabet comprend donc , comme on le voit , vingt-six lettres , signes ou caractères , qui servent à peindre les sons divers qui forment les mots.

Nous ferons observer que le W n'est point une lettre française ; mais puisqu'elle a été introduite dans l'orthographe depuis quelque temps , nous devons en faire mention.

On pourrait ajouter à ces vingt-six caractères VJE et rOBjdont on faisait autrefois un fréquent usage ; mais le premier a été presque abandonné ; le second se rencontre dans si peu de mots, que nous nous contenterons de les indiquer ici , nous réservant de parler plus lard, et d'une manière plus détaillée , de ces doubles lettres.

Chacune des lettres représente des sons particuliers : leur différence vient des modifications diverses que l'on donne 5 l'air qui sort des pou-

mons , et qui produit le résultat de la voix , la parole ou le chant. Il sera peut-être intéressant pour quelques-uns de trouver ici une idée générale et succincte du mécanisme de la voix ; nous disons seulement générale et succincte, car l'histoire de ce mécanisme, dans tous ses détails, est du ressort du physiologiste , beaucoup plus que du Grammairien.

Lorsque la poitrine s'élève par l'action de certains muscles, nous dit DuMarsais, l'air extérieur entre dans les vésicules des poumons , comme il entre dans une pompe dont on élève le piston. Ce mouvement, par lequel les poumons reçoivent l'air, est ce qu'on appelle inspiration. Quand la poitrine s'affaisse , l'air sort des poumons : c'est ce qu'on nomme expiration. Le mot de respiration comprend l'un et l'autre de ces mouvements.

Les cartilages et les muscles de la partie supérieure de la trachée-artère forment une espèce de tête, ou une sorte de couronne oblongue qui donne passage à l'air que nous respirons. C'est ce que le peuple appelle la pomme ou le morceau d'Adam. Les anatomistes le nomment larynx, XapuYçjd'oii vient XapuÇœ , clamo, je crie. L'ouverture du lartjnx est appelée glotte , y^torra ; et suivant qu'elle est resserrée ou dilatée par le moyen de certains muscles, elle forme la voix, ou plus grêle ou plus pleine.

Les poumons , la trachée-artère , le larynx et la glotte , sont les premiers organes de la voix ; il faut y ajouter le palais , les dents, la langue, les lèvres , et même deux ouvertures qui sont au fond du palais et qui répondent aux narines; ce sont elles qui donnent passage à lair quand la bouche est fermée.

Pour émettre une voyelle, il suffit que l'air soit poussé par les poumons, et qu'il soit rendu sonore sans qu'on ait besoin de mettre en mouvement quelque organe particulier, comme la lèvre , la langue , ou les dents. Les organes de la bouche doivent faire l'office d'un tuyau d'orgue ouvert. Le tuyau d'orgue n'agit pas ; il reçoit l'air poussé, et il donne le son qu'on en vrut tirer, tant

qu'on y souffle de l'air. Il en est de même de la voyelle, qui résonne tant que les organes subsistent dans le même état.

Quant à la consonne, elle est produite par l'effet d'un trémoussement passager des divers organes de la parole, par l'action, ou des lèvres , ou des dents, oudela/aw^ue,ou du pa/ais, ou dunez. Le son de la consonne a depuis long-temps été assez judicieusement comparé à l'effet produit par le batiant d'une cloche. Donnez de l'air, comme nous l'avons dit toul-à-l'heure , à un tuyau d'orgue , vous produirez le même son qu'on aura déjà entendu ; tandis qu'il est indispensable de répéter le coup du ballant de la cloche pour entendre le son produit la première fois. Nous voudrions entrer dans l'explication particulière du son de chacune des voyelles et des consonnes ; mais nous rencontrerons des difficultés souvent insurmontables, surtout par rapport aux voyelles.

La ■prononciation est la chose du monde la plus difficile. 11 faut absolument faire sentir de vive voix la prononciation. Nos voyelles, par exemple, sont inexplicables sous le rapport du son , mécaniquement parlant. Vous , anaîomisle, vous définirez, vous expliquerez d'une manière le son naturel de l'a ; un autre anatomiste le définira et l'expliquera, non pas comme vous, mais comme il le sentira, comme il se l'expliquera à lui-même , indépendamment de vous, quelque savant, quelque habile que vous soyez et qu'il soit luimême. Il faut avoir une connaissance préalable de la prononciation ; et cette connaissance , sauf les défauts de nature , est acquise d'enfance : hors de là , la prononciation doit être démontrée. En effet il est facile de prononcer , du moment où l'on vous fait connaître les sons qui sont attachés par l'usage à la prononciation. 11 devient aisé de vous donnerle son parfait de quelque mot que ce soit, et de vous montrer ensuite les caractères qui ont été établis pour le retracer aux yeux , ce qui constitue l'orthographe; ce n'estquedansl'un et l'autrede ces deux cas qu'on peut vous en exposer les principes, que vous pouvez en comprendre les lègles et les exceptions; cela est tellement vrai, que si, au lieu du professeur qui devrait parler, vous n'avez que votre livre de lecture, ce livre ne peut vous apprendre quelle espèce de sons on a voulu et dû tracer dans les caractères qu'il vous offre ; il ne peut vous faire entendre quels caractères il faut choisir pour des sons qu'il ne vous indique que par des caractères. En vous parlant de prononciation , on doit supposer que déjà vous savez parler; examiner une question d'orthographe , c'est supposer qu'on s'adresse à des lecteurs qui savent quel son est attaché à tel caractère.

La Grammaire n'est point faite pour ceux qui ne savent absolument rien : elle règle les principes et les vues de ceux qui savent déjà par rou-

tine; elle discute et lève les doutes particuliers; elle, range et dispose tout dans l'oidre et sous les lois qu'il faut admettre.

Les sons doivent se tirer naturellement de ceux qui sont propres à chaque caractère; mais il élaii difficile d'arriver à ce but strict et rigoureux , parce que plusieurs de ces lettres , qui peignrnt par elles-mêmes des sons différents, comme l'e, par exemple, varient leurs sons, soit par des accents, dont nous parlerons plus loin, soit par d'autres lettres qui les accompagnent.

Le caractère b pouvait aussi bien se nommer ba, ou bi , ou bail , ou même aô , eb, que be , son que nous avons adopté; car nous répudions la méthode qui fait prononcer les consonnes bé, ce, dé, efe, etc. Le moyen unique de nommer une lettre est d'en tirer le son de chacune de ses fonctions , en s'arrêtant à celui qui altère moins que les autres son articulation propre , à celui qui le fixe moins à un cas pariicuUer, qui fait moins sentir le son des autres lettres unies à celles qu'on veut dénommer; et certes, la prononciation de be, ce ou ke , etc., est préférable à toute autre, par la raison , aujourd'hui appréciée de tout le monde , que l'e muet se fait sentir moins qu'aucune autre des voyelles.

Nous ne pouvons figurer par des lettres de convention le son propre des voyelles a, e, i, o, u, y : il suffit pour les prononcer d'ouvrir plus ou moins la bouche; c'est l'impulsion de la nature qui nous l'inspire seul : mais il est facile de traduire les caractères des consonnes ; b sonne be; c y ce ou ke; d, de ou te, par exception (comme à la fin de grand , lorsque le mot suivant commence par une voyelle ou par un k muet); f, fe; g, gue ou je; h, he, dans le cas où il y a aspiration ( car cette lettre est nulle pour la prononciation , quand elle n'est pas affectée de l'aspiration ; c'est-à-dire qu'elle n'a aucun son, et qu'elle ne sert que pour l'orthographe); j, je ; /c, ke; l, le; m , me ; n, ne; p,pe; q, ke ou ku ; r , re; s, ce ou ze; t, te ou ce; v, ve ; w, fcou we; x, gueze ou kece, ou ce; z , ze.

Cette façon de nommer les lettres est bien certainement plus conforme à leurs fonctions que l'ancienne méthode. U est hors de doute, a dit Demandre bien avant nous, que « les enfants auraient » moins de peine à dire : be, a, ba, que 6é , a , > 6a;puisquedanste,a,reélantmuet n'apresque point de son ; au lieu que dans bé, a, Yé fermé en a un très-distinct ; ce qui fait qu'il paraît moins naturel de le supprimer dans ba, après qu'on a nommé la première bé , que dans la même syllabe ba , quand on fait sonner cette première lettre be.

» Ce que nous disons ici s'applique de soi-même aux autres lettres qu'on nomme ordinairement, en leur ajoutant un é fermé, comme ce, dé,jéy pé : il en est d'autres dont la prononciation n'ap-

» porte pas moins d'embarras pour les enfants; ce » sont celles qui ont avant elles un è ouvert, » comme ef, el, em, en , er, es. Quel rapport un » enfant peut-il sentir entre ces sons dëiacliés,e/, » a, et ce son total, fa? Puisque la première de » ces lettres se nomme e/", n'est-il pas naturel de » dire efaau lieu de fa, en la réunissant à l'autre? » Pourquoi dans cette jonction retrancher cet e » qui marche avant les deux lettres? Il n'en est » pas de même quand /"s'appelle fe; on peut alors » faire comprendre que cet e muet, n'ayant qu'un » son peu sensible, s'éteint et disparaît devant » l'a ou une autre voyelle , parce que celle-ci a un » son plus nourri et plus ferme; on peut sentir » alors que l'élision est naturelle.

* La vieille méthode est encore bien plus vii cieuse dans les noms des caractères /t, z et q. » N'est'il pas singulier de faire dire hache, a, ha! I ou ce, hache, o, té, chat? On demande si toutes

> ces pi'ononciations particulières , celle de l'a ex- » ceptée, ont la moindre analogie, le moindre rap- » port avec la prononciation du mot entier?

> Qu'on examine de même ces sons : zècle ,é, es, i ié , ZES T ;qu,u,i, qui. 11 ne faut que donner un » coup d'œil sur cette façon d'apprendre à lire, » pour ne plus être surpris que les enfants y trou- » vent (ant de diffîcidlés, et s'en dégoûtent : on » devrait être étonné au contraire que, par une

> route si opposée au terme où l'on veut les con- I duire, on parvienne à leur faire faire le moindre t progrès. En leur faisant attacher à chaque carac-

> tère de l'alphabet un son qui ne se retrouve ja- » mais avec cette lettre dans la langue , c'est une » grande peine, un travail bien long qui n'est pas » seulement inutile; il est funeste, en ce qu'il cause » une erreur, et imprime dans l'imagination des

> notions de lettres qu'il faut combattre à chaque » pas. >

Nous parlerons en leur lieu des voyelles et des consonnes d'une manière beaucoup plus particulière.

Comme Demandre encore, nous avons placé les voyelles en tête de l'alphabet. Rien ne paraît plus raisonnable : ce sont des caractères qui représentent des sons analogues entre eux , des sons qui font une classe. Quelle raison de les séparer? Pourquoi dans l'alphabet ordinaire, après avoir marqué l'a , mettre trois consonnes , b, c,d, avant de donner la seconde voyelle e? Pourquoi trois autres consonnes, f, g ■> h, entre l'e et ïi? etc. Nous ne voyons pas la raison d'ordre ou d'utilité qui a pu ' donner crédit à cet arrangement; l'ordre que nous proposons , au contraire, est réglé par l'analogie ; c'est pour ce!a que nous l'avons adopté.

Nous nous sommes servis de plusieurs sortes de figures pour tracer les caractères d'une même lettre , parce qu'on distingue les lettres en majuscules et en minuscules ou ordinaires^

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