‹ Grammaire générale des grammaires françaises, présentant la solution analytique, raisonnée et logique de toutes les questions grammaticales anciennes et modernesChapitre 94 sur 279 · IIS · texte numérisé non relu

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pour le féminin. Un seul exemple suffira ; rious le donnons masculin.

PLURIEL

De bons pains.

De bons pains.

A de bons pains.

Nous répétons que Yaccusatif et Yablatif, que nous avons omis , sont semblables au nominatif ei au 3émti/',quinediffèrenten rien entre eux, comme on \oii; ce qui fait quatre cas semblables.

SINGULIER. PLURIEL

Nom. D'agréable nuit. D'agréables nuits.

Gén. D'agréable nuit. D'agréables nuits.

Dat. A d'agréable nuit. A d'agréables nuits.

Enfin nos noms se déclinent, dit-on,avec un cinquième article, qui est un pour le masculin, et une

SINGULIER

Nom. Un homme.

Gén. D'un homme.

Dat. Audhoinme,

PLURIEL

Des hommes.

D'hommes.

A des hommes.

Il s'en faut bien que nous soyons sortis de ce labyrinthe de déclinaisons fictives. Après celles des noms,que nous avons réunies à celles des articles afin d'abréger, viennent celles des pronoms et des adjectifs possessifs et démonstiatife, qui sont encore bien autrement singulières.

Déclinaisons des pronoms personnels. Première per' sonne :

SINGULIER

PLURIEL

Nom.

Je.

Gen.

De moi.

De nous.

Dat.

Me.

Nous.

Ace.

Moi.

Nous.

Abl.

De moi.

De nous.

Cette première

personne a encore un autr

nom

qui se décline ainsi :

SINGULIER

PLURIEL

Nom.

Moi.

Nous.

Gén.

De moi.

De nous.

Dat.

A moi.

A nous.

Ace.

Moi.

Nous.

Abl.

De moi.

De nous.

Seconde personne ;

SINGULIER

PLURIEL

Nom,

Tu.

Vous.

Gén.

De toi.

De vous.

Dat.

Te.

Ace.

Te.

Vous.

Abl.

De toi.

De vous.

Autre :

Nom.

Toi.

Vous.

Gén.

De toi.

De vous.

Dat.

A toi.

A vous.

Ace.

Toi.

Vous.

Voc.

0 toi.

0 vous.

Abl.

De toi.

De vous.

Troisième personne pour le masculin :

SINGULIER

PLURIEL

Nom.

Ils.

Gén.

De lui.

D'eux.

Dat.

Lui.

Leur.

Ace.

Le.

Les.

Abl.

De lui.

D'eux.

Autre :

Nom.

Lui.

Eux.

Gén.

De lui.

D'eux.

Dat.

A lui.

A eux.

Ace.

Lui.

Eux.

Abl.

De lui.

D'eux,

215 GRAMMAIRE FRANÇAISE

Troisième personne pour le féminin:

Nom. Elle.

Gén.

Dat.

Ace Abl.

D'eHe.

Lui.

La.

D'elle.

Nom. Elle.

Géo. D'elle.

Elles.

D'elles.

Leur.

Les.

D'elles.

Autre :

Elles.

D'elles.

A elles.

Elles.

D'elles.

Troisième personne indéterminée :

Autre :

Soi.

De soi.

A soi.

Soi.

De soi.

Chacun de ces deux derniers sert également pour le singulier et le pluriel.

Déclinaison des adjectifs démonstratifs :

Dat.

Ace.

Abl.

Nom.

Gén.

Dat.

Ace. Abl.

A elle.

Elle.

D'elle.

Soi.

De soi.

Se.

Se.

De soi.

SINGULIER

Nom.

Gén.

Dat.

Ace.

Abl.

MaicuUn.

Ce ou cet.

De ce ou de cet.

A ce ou à cet.

Ce ou cet.

De ce ou de cet.

Féminin.

Cette.

De cette.

A cette.

Cette.

De cette.

PLURIEL

Masculin et Féminin :

Nom. Ces. Ace. Ces.

Gén. De ces. Abl. De ces.

Dat. A ces.

Nons passons les déclinaisons de tous les autres de la même classe ; elles se font toutes de la même façon.

Déclinaisons du pronom relatif :

Nom. Qui. Quoi ou que.

Gén. De qui ou dont. De quoi ou dont.

A quoi.

Quoi ou que.

De quoi ou dont.

Dans ces deux pronoms, le pluriel est comme le singulier.

Autre :

SINGULIER

Masculin. Féminin.

Dat. A qui.

Ace. Qui ou que.

Abl. De qui ou dont.

PLURIEL

Masculin.

Nom. Lesquels.

Gén. Desquels.

Dat. Auxquels Ace. Lesquels.

Abl. Desquels.

Féminin.

Lesquelles.

Desquelles.

Auxquelles.

Lesquelles.

Desquelles.

Nom. Lequel.

Gén. Duquel.

Dat. Auquel.

Ace. Lequel.

Abl. Duquel.

Laquelle.

De laquelle.

A laquelle.

Laquelle.

De laquelle.

Dans celui-ci, l'accusaà/" fait encore ^ue, tant au singulier qu'au pluriel.

Nous passerons une foule d'autres déclinaisons dont nos Grammaires sont surchargées. 11 n'y a point de fin aux variantes qui se présentent à chaque pas. Nous allons néanmoins encore donner la déclinaison de deux adjectifs et de deux pronoms possessifs.

SINGULIER

Masculin et féminin.

Nom. Mon , ma.

Gén. Démon, de ma.

Dat. A mon, à ma.

Ace. Mon , ma.

PLURIEL

Masculin et féminin.

Mes.

De mes.

A mes.

Mes.

Abl. De mon , de ma. De mes.

Autre :

SINGULIER

Masculin. Féminin.

Nom. Le mien.

Gén. Du mien.

Dat. Au mien.

Ace. Le mien, Abl. Du mien.

La mienne.

De la mienne.

A la mienne.

La mienne.

De la mienne.

PLURIEL

Masculin. Féminin.

Nom. Les miens.

Gén. Des miens.

Dat. Aux miens.

Ace. Les miens.

Abl. Des miens.

Les miennes.

Des miennes.

Aux miennes.

Les miennes.

Des miennes.

La première remarque qui s'offre à la vue de ce chaos de prétendues rféc/inaisons, c'est qu'un même nom peut sedécliner quelquefois de quatre ou cinq façons. Laquelle doit être préférée? Sont-elles indifférentes ? Dans le cas contraire , quelles sont le* circonstances où l'une doit paraître , et celles où elle ne doit point avoir lieu? Que de nouveaux embarras !

Dans chacune de ces déclinaisons il y a plusieurs cas qui se ressemblent ; il y en a même quelquefois jusqu'à quatre. A quoi sert alors de décliner? En suis-je bien plus avancé , quand j'ai appris que de bons pains est tout à la fois nominatif, génitif, accusatif et ablatif? Est-ce là une déclinaison? Nous savons bien que ce défaut se trouve quelquefois dans les cas des Latins ; mais il ne s'étend toQt au plus qu'à deux ; et ici nous pourrions prouver qu'il

DES ÉLÉMENTS DU DISCOURS

s'étend à huit : quatre du singulier, et quatre du pluriel. On ne peutpas nous objecter les noms latins, qui sont ou totalement ou en partie indéclinables. Ce défout ne se trouve que dans quelques noms particuliers , tandis qu'ici il est dans la déclinaison même, c'est-à-dire dans le cadre général, et s'étend par conséquent à une infinité de noms.

Puisqu'un même mot, pris dans telle signification, ou employé en telles circonstances, doit suivre telle déclinaison, il fallait donc que ces déclinaisons différentes fussent bien distinguées les unes des autres. Or, il se trouve plusieurs cas qui sont totalement semblables dans plusieurs d'entre elles; et même ce qui fait un cas dans l'une fait souvent un autre cas dans l'autre ; double source d'obscurité et de confusion. C'est au cas à nous indiquer le service du nom; et je ne sais à quel cas il est. C'est à la déclinaison à nous faire connaître dans quelle acception ce nom est pris, et nous ne savons sur quelle déclinaison on l'a formé.

Un même nom doit souffrir quelque variation en passant d'un cas à l'autre ; et ici ce n'est jamais le nom qui change, ce sont les mots qui lui sont unis. Pour les déclinaisons, les changements faits aux noms doivent être à leurs dernières syllabes, et ici ils se trouvent à la tête. Nos substantifs ne se déclinent que dans leurs prépositifs; et ces prépositifs eux-mêmes ne le font pas d'une manière supportable. En effet, ce n'est point l'article qui se décline, c'est une préposition qu'on lui donne. Si nous avons quelques mots qui reçoivent en euxmêmes le changement dont il s'agit, cela rend la déclinaison encore moins reconnaissable. Quand on décline un nom latin, il n'y a qu'une s;yllabe ou deux qui changent, et les nôtres changent quelquefois totalement. Nous allons d'un extrême à l'autre. Après avoir donné Alexandre pour tous les cas, sans altérer une seule lettre, nous donnons lui pour datif de il; le mot ne se ressemble plus d'un cas à l'autre. Leur sera tantôt le datif pluriel de lui, et tantôt celui de elle; lui est ici nominatif, là il est datif; ailleurs il ne sera pas datif, s'il n'a la préposition à. Dont est un génitif de qui, etc.

Quoique la plupart de ces déclinaisons soient insuffisantes, et qu'elles confondent les cas les uns avec les autres, quelquefois elles les varient à l'excès; et, de la plus grande disette, elles passent à la prodigaUté. Un seul nom, par exemple, en aura plusieurs autres pour son génitif. Il faut avouer que c'est là un édifice bien mal ordonné.

Pourquoi nous donne-t-on la préposition de pour marque de ï ablatif? est-ce parce que amor à Deo se traduit par je suis aimé de Dieu ? Mais les ablatifs latins se rendent souvent en français par d'autres prépositions ; souvent on emploie pour cela la préposition par. Pourquoi ne prend-on pas celle-ci pour la marque deV ablatif, aussi bien que la pré-

position de? est-ce parce que per en latin régit l'accusatif? Mais pro régit l'ablatif; et nos grammairiens disent que pour régit l'accusatif.

Il est surprenant qu'on ne voie pas au premier coup d'œil que pour, par, de, à, etc., sont des prépositions qui en français ne régissent pas plus un cas que l'autre ; que seulement elles se placent à la tête du nom qui leur sert de complément, en laissant ce nom tel qu'elles le trouvent; et que, pour leur emploi , c'est au génie de la langue française, c'est à l'usage qu'il faut recourir pour le reconnaître, et non pas à des déclinaisons chimériques.

En effet, pourquoi à régit-il constamment l'ablatif des Latins , tandis que nous l'employons aussi constamment pour nos datifs, qui chez les Latins ne souffraient aucune préposition? Pourquoi marquons-nous tous nos génitifs par la préposition de , qui chez eux ne gouvernait que l'ablaiif , tandis que leur génitif était rarement soumis à des prépositions? Mais comment cette préposition de peut-elle marquer ici le génitif et l'ablatif, là le nominatif ei X accusatif? Qu'on examine un peu attentivement et sans préjujjé ces déclinaisons, enverra que l'on pourrait pousser fort loin le détail des contradictions, ou du moins des obscurités et des embarras qui s'y trouvent, et qu'enfin la langue se refuse entièrement à cette marche.

Nous avons dit, en second lieu, que ces déclinaisons si embrouillées, si pénibles, si singulières, fussent-elles bien ordonnées, faciles et raisonnables, deviennent inutiles dans l'usage, et ne fournissent point les règles de notre construction française. En effet, quel Grammairien a pu nous donner des règles sur les régimes de nos verbes? Cependant ce devrait être là le fruit principal des déclinaisons. Je veux bien me souvenir que Dieu est nominatif, accusatif et vocatif; que de Dieu est génitif el ablatif; qu'enfin à Dieu est datif; mais si j'ai une phrase où ce terme doive entrer , dans quelle occasion le mettrai-je? Où sont les règles qui doivent me décider ? Où est celle qui m'enseigne qu'il faut dire; j'aime Dieu? est-ce la règle latine qui dit que le verbe actif régit l'accusatif ? Mais en latin on ne dit pas servire Deum , mais servire Deo; et pourquoi donc disons -nous servir Dieu? D'ailleurs si notre langue doit assez à celle de» Latins pour qu'en les comparant ensentble, celle-ci doive quelquefois servir à l'intelligence de celle-là, elles diffèrent trop d'un autre côté : on ne peut tirer de cette comparaison aucune règle générale.

Le régime relatif des verbes, dit Restaut, se met au génitif, 2i\i datif ou à l'afr/aà/'.Mais puisqu'on n'est pas libre de le mettre à celui de ces trois cas que l'on veut choisir, et que le verbe qui l'admet au génitif ne le souffre pas au datif, on est en droit de lui demander une règle à laquelle on puisse reconnaître les verbes qui veulent leur régime relatif à tel de

ces trois cas. On peut lui demander pourquoi il faut dire, par exemple: il appartient au roi; et il jouit de la liberté.

Que n'aurait-on pas à dire, si l'on voulait examiner l'usage des déclinaisons françaises par rapport à toutes les sortes de verbes actifs, passifs, neutres, pronominaux, etc.; si l'on voulait entrer dans l'examen de ce qu'on nous dit des cas régis, soit par des adjectifs, soit par des noms substantifs, soit par des prépositions? Partout on trouverait ou qu'on ne nous donne point de règles générales, ou qu'elles sont presque toutes fausses.

On nous dit que telle préposition régit tel cas; nous voulons que cela soit vrai ; mais nous demandons quels sont les tours de phrase et les circonstances où il faut employer cette préposition ? Voilà sans contredit ce qui doit faire notre plus grand embarras, et ce que l'on ne nous dit pas. Il nous est donc inutile de connaître le régime de la préposition. D'ailleurs comment nous le fâit-on connaître? Avec régit l'accusatif, dit-on, parce qu'on dit avec vous ; et prés de régit le génitif, parce qu'on dit prés de vous. Ce n'est pas prés de qui régit le génitif; en disant près de vous, on met simplement vous à la suite de prés de, comme api'ês avec. 11 eût donc fallu dire que prés gouvernait le génitif, ou que prés de gouvernait \ accusatif. Mais enfin on dit : prés de partir; partir est donc au génitif t Nous trouverons parla que les verbes, et même beaucoup d'autres sortes de riiots qu'on n'a jamais pensé à décliner, se déclinent cependant.

Nous croyons avoir assez établi que la langue française n'a point et ne peut guère avoir de déclinaison m même de tas; que ce sont des noms tout à fait étrangers parmi nous que nos Grammairiens n'ont employés que par une fausse application; qu'on doit purger nos Grammaires de tout ce fatras, de toutes ces superfluités qiii sont plus propres à nuire qu'à servit- à l'intelligence de la langue. Nous osons affirmer que cette conquête est faite. (Demandre.)

Avant d'entrer dans le détail des parties du discours proprement dites, il est encore nécessaire de savoir ce qu'on en tend en Grammaire par oewré, nombre et personne, parce que ces différentes formes appartiennent à plusieurs espèces de mots. Ici Hpus ne devons en donner que des idées sommaires et générales. Quant aux modes et aux temps, (Jtii ne s'appliquent qu'aux verbes, nous ne nous en occuperons qu'en traitant de ces derniers.

DU GEXRE.

Suivant V Académie, Genre se dit èh Grammaire du rapport des noms à ce qui est maie ou femelle, vu considéré abusivenietit comme tel. Celle défini-

tion est loin de nous satisfoire pleinement ; nous lui préférons de beaucoup celle de Beauzée.

Dans l'usage ordinaire, dit ce Grammairien, genre ou classe sont à peu près synonymes, et Signifient une collection d'objets réunis sous unpoint de vue qui leur est commun et propre. Il est assez naturel de croire que c'est dans le mémesensquelc mol genre a d'abord été introduit dans la Grammaire, et qu'on n'a voulu marquer par ce terme qu'une certaine quantité de noms réunis sous un point de vue commun qui leur est exclusivement propre.

On s'est imaginé qiie la distinction des sexes avait occasionné celle des genres dans la Grammaire, parce qu'on a distingué le genre masculin et le ^enre /iéminin, qui sont les seuls membres de cette distribution dans presque toutes les langues. A s'en tenir rigoureusement à cette considération, les noms seuls des animaux devraient avoir un genre, puisque ce sont les seuls êtres susceptibles de la différence des sexes ; les noms de mâles seraient du genre masculin, ceux de femelles du genre féminin ; les autres noms, ou ne seraient d'aucun genre relatif au sexe; ou ce genre n'aurait au sexe qu'un rapport d'exclusion, elle nom degenreneutre lui conviendrait assez ; c'est en effet sous cette dénomination qu'oii désigne le troisième ^enredans les langues qui en ont admis trois. Il nous appartiendrait, à nous. Français, déposer en règle générale que tout nom qui ne désigne pas un être animé et qiii n'a parconséquent point de sexe, est du genre neutre.

Mais il ne faut pas s'imaginer que Id seule distinction des sexes ait été le motif de cette distribution des noms, qUoiclu' elle en ait peut-être été jusqu'à un certain point le modèle et la règle. Il y â dans la plupart des langues bieri des iiôms dti jitiisculins ou féminins; dont leis objets n'oht et ne peuvent avoir aucun sexe, tels que lés noms des êtres inanimés et les noms abstraits, qu'il est si ordinaire et si facile de multiplier; mais là religibn, lès mœurs et le génie des différents peuples fotidateurs des langues^ peiiverit lèUr avoir fait apercevoir danâ ces objets dès relations réelles ou feintes, prochaines ou éloignées, à l'un ou à l'autfëdës sexes ; et cela aura stîffi poàt ed râfijibrtei' lès tidihs à l'Un dès deux gehrés.

Ainsi les Latihs, pai* exemple, doni la rèligidii fut décidée avant là laiigiië, et qui ddniettdient des dieux et des déesses dVeclàcdtiformatidn, lès faiblesses et les fureurs des sexes, ri'oUt pèut-êtrè placé dans le geni^e masculin les nbihs appellatifs et les noriis propres déà vèhts, veritûs , Aushr, Zepliyruè, etc.; cèui dès fleuves, flûviûs, Rliodaiiûs, TiberîÈ, etc.; les noms a'ér, ignîs,soi, et ùnè iiifinité d'àuires,qiie parcèque leurmylholO{fie faisait pi'ésider des dieux à raction de ces divers êtres. Ce serait apparemment par une raison contraire qu'ils auraient rapporté au genre féminin les notns àbs-

DU GENRE

tfalts des passbns, dejs vertus, des vices, des maladies, des sciences, etc., parce qu'ils avaient érigé presque tous ces objets en autant de déesses, ou qu'ils les croyaient sous le gouvernement immédiat de quelque divinité femelle.

Les Romains, qui furent laboureurs dès qu'ils furent en société politique, regardèrent la terre et ses parties comme autant de mères qui nourrissaient les hommes. Ce fut sans doute une raison d'analogie pour déclarer féminins les noms des régions, des provinces, des îles, des villes, etc.

Des vues particulières fixèrent les genres d'une infinité d'autres noms. Les noms des arbres sauvages : Qleaster, pinaster, etc., furent regardés comme masculins j parce que, semblables aux mâles, ils demeurent en quelque sorte stériles, si on ne les allie avec quelque autre espèce d'arbres fruitiers. Ceux-ci, au contraire, portent en euxmêmes leurs fruits comme des mères; leurs noms durent être féminin^. Les minéraux et les monstres sont produits et ne produisent rien ; les uns n'ont point de sexe, et les autres en ont en vain ; de là le genre neutre pour les noms metallum, aurum, stamnum,œs, etc., et pour le noramonsii-um, qui est eu quelque sorte la dénomination générique des crimes scelus, stuprum, furtum, mendacium, etc., parce qu'on ne doit effectivement les envisager qu'avec l'horreur qui est due aux monstres, et que ce sont de vrais monstres dans l'ordre moral.

D'autres peuples, qui auront envisagé les choses sous d'autres aspects, auront réglé les genres d'une manière toute différente ; ce qui sera jyiascuim dans une langue sera féminin dans une autre ; mais, décidés par des considérations arbitraires, ils ne pourront tous établir pour leurs genres que des règles sujettes à quantité d'exceptions. Quelques noms seront d'un genre par la raison du sexe, d'autres à cause de leur terminaison, un grand nombre par pur caprice. Ce dernier principe de détermination se manifeste assez par la diversité des genres attribués à un même nom dans les divers âges de la même langue, et souvent dans le même âge : alvus, en latin, avait été masculin dans l'origine, et devint ensuite féminin ; en français, navire, doute, qui étaient autrefois féminins, sont aujourd'hui masculins ; automne, foudre, sont encore des deux genres d'après l'Académie.

Quoique la division des noms par genres paraisse assez arbitraire, il semble pourtant qu'on ait eu égard, du moins jusqu'à un certain point, à la nature des étresexprimés par les noms. De là vient que communément on a placé dans le même genre tous les noms des êtres mâles ou réputésmâles ; dans un autre genre, tous ceux des êtres femelles ou réputés femelles ; et que, si l'on a adopté un troisième genre, on y a inséré peu de noms d'animaux, à moins que ces noms ne fassent abstraction du sexe.

C'est ce qui a fait donner aux trois genres les noms de masculin, de /éminin, et de neutre, et ce qui en a même fixé l'ordre, à raison des différents degrés de considération attachés à la diversité des natures.

Il résulte de là que, relativement aux noms, les genres ne sont que les différentes classes dans lesquelles on les a rangés assez arbitrairement, pour servir à déterminer le choix des terminaisons des mots qui ont avec eux un rapport d'identité; et relativement à ces mots qui ont avec les noms un rapport d'identité, les genres sont les diverses terminaisons qu'ils prennent dans le discours pour être en concordance de genre avec les noms leurs corrélatifs.

Ainsi, parce qu'il a plu à l'usage de la langue latine que le nom vir (homme) fût du gerire mas' culin, que le nom muUer (femme) fût du genre /"éminin, et que le nom canwen (poème) fùtdu genre neutre, il faut que l'adjectif prenne avec le premier la terminaison masculine, virpius; avec le second, la terminaison féminine, mulier pia; et avec le troisième, la terminaison neutre, carmen pium. Vins, pia , pium , est le même adjectif sous trois terminaisons différentes, parce qu'il exprime la même idée avec relation à des objets dont les noms sont de trois genres différents.

Les corrélatifs des noms par rapport aux genres sont les pronoms, les verbes et les adjectifs.

Les pronoms n'ont point de genre fixe, c'est-àdire que, sous la même terminaison , ils se rapportent aux différents genres des noms des objets qu'ils représentent successivement dans le discours. Ainsi :'/&) en grec, ego en latin, ich en allemand, io en italien, je en français, sont masculins dans la bouche d'un homme, et /"éminJTw dans celle d'une femme; ^u en grec, tu en latin, en italien et en français (saufla différence de prononciation), du en allemand, sont masculins si l'on parle à un être mâle, féminins si l'on parle à un être femelle, et neutres dans les langues qui comportent ce troisième genre, si le discours s'adresse à un être dont le nom soit du genre neutre.

Il y a quelques langues où le pronom de la troisième personne reçoit autant de formes qu'il y a de genres usités dans la langue : en français, par exemple, il est masculin, et elle, féminin; en allemand , er est masculin, sie est féminin, es est neutre. Les Anglais ont fait plus: quoiqu'ils n'aient pas admis de genres pour Ks autres espèces de mots, ils ont les trois genres au pronom direct de I la troisième personne : he masculin^ pour les êtres mâles exclusivement à tout autre; she féminin, pour les femelles seulement ; it neutre, pour les êtres inanimés. Toutessortes d'objetspouvant être h la 5™e personne, c'est uniquement pour lever l'incertitude desapplications,que l'idée principale du pronom est modifiée par l'idée accessoire du

genre, qui tient jusqu'à un certain point à la nature des êtres ; et la concordance grammaticale n'y a influé en rien.

C'est dans la même vue d'éviter les applications ëquivoques,'que les langues orientales ont admis les genres dans le verbe, surtout à la troisième personne dans les modes personnels. Les Grecs, les Latins, et nous-mêmes, n'avons pris aucune précaution pareille, parce que nous avons pensé que la distinction serait assez marquée ou par le pronom, ou par quelque autre moyen.

Mais les adjectifs, partout oii l'on a admis la distinction des genres, sont susceptibles d'autant de terminaisons génériques que la langue a adopté de genres pour les noms. Ainsi, parce qu'il a plu à l'usage de la langue latine de partager les noms en trois genres, les adjectifs y sont susceptibles de trois terminaisons génériques, relatives à ces trois classes, afin qu'ils puissent se mettre en concordance de genres avec les noms auxquels on les joint, et sans lesquels ils ne peuvent subsister dans le discours.

Par une conséquence qui est précisément l'inverse de ce principe, il faut reconnaître dans une langue autant de genres des noms, que les adjectifs y ont reçu determinaisons génériques différentes.

Il y a donc trois^enres en grec et en latin, puisque les adjectifs y ont trois terminaisons génériques.

Mas. Kcàoçy pulcher.

Fém. Ka^yj, pulchra.

Neut. KaXov, pulchrum.

Il n'y a que deux genres en italien, en espagnol, €n français, puisqu'il n'y a que deux terminaisons génériques pour les adjectifs.

Mas. Bello, hermoso, beau. Fém. Belia, hermosa, belle.

Mais il n'y a qu'un genre, ou pour mieux dire, il n'y a point de genres en anglais, puisque les adjectifs n'y ont qu'une terminaison invariable : a beauûful man (un bel homme); a beautiful woman (une belle femme).

« Ce est souvent substantif, dit du Marsais;

> c'est le hoc des Latins; alors, quoi qu'en disent » les Grammairiens, ce est du genre neutre; car on * ne peut pas dire qu'il soit masculin, ni qu'il soit

> féminin. >

Si l'usage n'a donné à nos adjectifs que deux terminaisons génériques, l'une pour le masculin, et l'autre pour le féminin, le mot ce doit être du genre masculin, puisqu'on donne la terminaison masculine aux adjectifs qui s'y rapportent, comme dans : ce que y avance est certain. Quelles pouvaient donc être les vues de du Marsais, quand il prétendait qu'on ne pouvait pas dire de ce qu'il fût masculin, ni qu'il fût féminin ? Si c'est parce que c'est le hoc des Latins, comme il semble l'insinuer, disons

GRAMMAIRE FRANÇAISE

donc aussi que temple est neutre comme templum, que montagne est masculin comme mons; l'influence de la langue latine sur la nôtre doit être la même dans tous les cas pareils, ou plutôt elle est absolument nulle dans celui-ci. Ce ne désigne ni un être mâle ni un être femelle ; il ne s'ensuit pas davantage qu'il ne soit ni masculin ni féminin ; bâton n'exprime ni mâle ni femelle, et il est masculin; table n'exprime ni mâle ni femelle, et il est féminin ; c'est que la distinction des genres n'est pas fondée exclusivement sur celle des sexes, et qu'elle ne se connaît dans les langues que par la différence des terminaisons des adjectifs qu'cwQ peut y adapter.

Les genres appartiennent en propre aux noms, puisque le genre en est décidé par l'autorité de l'usage, au lieu que les terminaisons génériques des adjectifs sontassujéties à la loi de la concor dance. Les genres tiennent donc à la signification spécifique des noms ; et cette conclusion se confirme par cela même que toutes les distinctions de genres, introduites dans les Grammaires particulières, se rapportent exclusivement aux noms, comme genre déterminé, genre douteux, genre commun, genre épicene et genre hétérogène.

I. Les noms d'un genre déterminé sont ceux qui sont fixés absolument par l'usage, ou au genre masculin, comme pater, père, et oculus, œil ; ou au genre féminin, comme soror, sœur, et mensa, table ; ou au genre neutre, dans les langues qui ont admis ce genre, comme mare, mer, et templum, temple.

IL Les noms d'un genre douteux sont ceux, au contraire, qui, sous la même terminaison, se rapportent tantôt à un genre, et tantôt à un autre, an gré de celui qui parle. Ainsi dies et finis en latin, automne et foudre en français, sont tantôt mascth lins, et tantôt féminins.

On n'aurait jamais dû tolérer qu'on répandît des doutes sur le genre de ces mots. Ceux qui sont effectivement douteux aujourd'hui , et que l'on peut librement rapporter à un genre ou à un autre, ne sont dans ce cas que parce qu'on ignore les causes qui ont occasionné ce doute, ou qu'on a perdu de vue les idées accessoires qui originairement avaient été attachées au choix du genre. L'usage primitif n'introduit rien sans cause dans les langues; qu'on ne l'oublie pas.

En latin, par exemple, dies avait deux sens différents dans les deux genres : au féminin il signifiait un temps indéfini ; et au masculin, un temps déterminé, un jour. Asconius s'en explique ainsi : Dies feminino génère, tempus; et ided diminutivè diecula dicilur brève tempus et mora. Dies horarum duodecim generis masculini est; unde hodiè dicimus, quasi hoc die. En effet, les composés de dies, pris dans ce dernier sens, sont tous masculins, meridies, sesquidies, etc.; et c'est dans lèpre-

DU GENRE

mier sens que Juvénal a dit : Longa dies igitur quid contulit , c'est-à-dire longum tempus; et Virgile:

lHulta dies, variusq^ue lahor mutahilis cevi Hettulit in melius.

Finisy au masculin, exprime les extrémités, les bornes d'une chose étendue. Redeuntes inde Ligururti extremo fine. (Liv.) Au fémitiin, il désigne cessation d'être : Hœc finis Priami fatorum. (Virg.)

Sal, au neutre, est dans le sens propre ; et au masculin, il ne se prend guère que dans un sens figuré. On trouve dans Térence : Qui habet salem qui in te est; et Donat fait là-dessus la remarque suivante : Sal neutraliter, condimentum; masculinum, pro sapientia. Au pluriel, sa/es, plaisanteries.

Poste, au masculin, désigne un lieu particulier propre pour une occasion de guerre, ou les soldats qu'on y a placés., ou un emploi quelconque ; au féminin, il signifie la manière de voyager diligemment en changeant de chevaux préparés à cet effet d'espace en espace, ou la distance de deux lieues qui est le terme de la course des chevaux, ou la maison dans laquelle on trouve les chevaux et les voitures nécessaires, ou enfin le bureau des lettres que l'on envoie ou que l'on reçoit par la voie des courriers.

La Méthode latine de Port-Royal remarque que l'on confond quelquefois ces différences, et cela peut être vrai. Mais nous devons faire observer : i" que cette confusion est un abus, si l'usage légitime de la langue ne l'autorise pas ; 2" que les poètes sacrifient quelquefois la justesse à la commodité d'une licence, ce qui amène insensiblement l'oubli des premières vues qu'on s'était proposées dans l'origine; 5° que les meilleurs écrivains ont égard autant qu'ils peuvent à ces distinctions délicates, si propres à enrichir une langue et à en caractériser le génie ; 4° que, malgré leur attention, il peut quelquefois leur échapper des fautes, qui, avec le temps, font autorité, à cause du mérite personnel de ceux à qui elles sont échappées.

Voici un exemple qui, en confirmant cette dernière remarque, indiquera l'une des causes qui peuvent rendre douteux le genre des noms. Boileau, dans plusieurs éditions de son Art poétique, avait dit :

Que voire ame et vos mœurs peints dans tous vos ouvrages;

attribuant à mœurs le genre masculin, (^and on lui fit apercevoir cette faute, il en convint sur-lechamp, s'étonna fort qu'elle' eût échappé si longtemps à la critique de ses amis et de ses ennemis, et corrigea le vers comme on le trouve dans les éditions posthumes , ainsi :

Que votre ame et vos mœurs, peintes dans vos ouvrages.

Cette faute, qui avait subsisté des années sans être remarquée, pouvait l'être encore plus tard,

et lorsqu'il n'aurait plus été temps delà corriger. La juste célébrité de Boileau aurait pu en impo- • ser ensuite à quelque jeune écrivain qui l'aurait copié, pour l'être ensuite lui-même par quelque autre , s'il avait acquis une certaine réputation dans la littérature; et voilà mœurs d'un genre douteux, à l'occasion d'une faute contre laquelle il n'y aurait eu d'abord aucune réclamation, parce qu'on ne l'aurait pas découverte à temps.

Ilestàprésumerquetelleest,engénéral,rorigine de l'incertitude qu'il peut y avoir sur le genre des noms, qui n'ont pas des sens différents quand on les rapporte à des genres différents. Mais l'usa^fe, qui tend toujours à se rapprocherdes vues invariables de l'institutiondu langage, parvientinsensiblement à taire disparaître le doute et l'incertitude; et à la fin il fixe un genre déterminé à ces noms douteux et incertains. Le mot équivoque, par e«emp!e, était encore d'un genre douteux lorsque Boileau écrivait :

Du langage français bizarre hermaphrodite, De quel genre te faire, équivoque maudite. Ou maudit? car sans peine aux rimeurs hasardeux L'usage encor, je crois, laisse le choix des deux.

Maisilyadëjàlong-tempsqueledouteadisparu; le mot équivoque n'est plus que du genre féminin, et le Dictionnaire de l'Académie, depuis 1762, le décide ainsi. On peut croire qu'on a regardé ce mot comme originairement adjectif, et, comme tel, on a pu le rapporter au nom sous-entendu expression ou phrase; on le rapportait peut-être encore anciennement à îmo^ qui est masculin; mais les mots ne sont équivoques ordinairement que quand ils sont isolés, et alors ils ne servent de rien ; dès qu'ils entrent dans une phrase, ils sont déterminés ; ou si l'équivoque subsiste encore, c'est la faute de la phrase.

111. Lesnomsd'un genre commun sontdesnoms d'hommes ou d'animaux, qui, sous une même terminaison, expriment tantôt le mâle et tantôt la femelle, et sont, conséquemment, tantôt du genre masculin, et tantôt du genre féminin. Tels sont en latin bos, sus, etc.: on trouve bos mactatus et bos nata; sus immundus et sus pigra. Tel est en français le nom enfant; puisqu'on dit en parlant d'un garçon : fe bel enfant, mon cher enfant, et en parlant d'une fille: la belle enfant, ma chère enfant.

Ainsi, quand on emploie ces mots pour désigner le mâle , l'adjectif corrélatif prend la terminaison masculine; et quand on indique la femelle, l'adjectif prend la terminaison féminine.

La justesse et l'analogie exigeaient peut-être que le rapport réel au sexe fût toujours caractérisé ou par des mots différents, comme en latin arieset ovis, et en français bélier et brebis; ou parles différentes terminaisons d'un même mot, comme en latin lupus et lupa, et en français loup et louve. Cependant on trouve, dans toutes les langues, des

noms qui, sous la même terminaison, sont tantôt masculins et tantôt féminins, selon qu'ils expriment le môle ou la femelle.

Le mal n'est pas grand, puisque après tout le mâle et la femelle sont de la même espèce, au sexe près. Mais au moins la précision, qu'il semble qu'on ait envisagée dans l'institution des genres, ne commandait-elle pas que l'on donnât aux adjectifs une terminaison qui, sans être ni masculine ni féminine, eût été relative au genre commun, pour les occasions où l'on aurait indiqué l'espèce sans attention au sexe, comme quand on dit : l'homme est mortel; un loup a dévoré un enfant'} Dans le premier exemple, les deux sexes sont compris indistinctement; dans le second, on fait abstraction du sexe, soit du loup, soit de l'enfant, quoique par lui-même il soit très-déterminé.

IV. lL.es noms au genre épiccne sont des noms d'animaux, qui, sous une même terminaison, sont invariablement d'un même genre déterminé, quoiqu'ils servent à exprimer les individus des deux sexes. C'est une autre espèce d'irrégularité, opposée encore à la précision qui a donné naissance à la distinction des genres; et cette irrégularité vient sans doute de ce que les caractèresdu sexe n'étant pas ou étant peu sensibles dans plusieurs ani maux, on a décidé le genrede leurs noms, ou par un pur caprice, ou parquelque raison de convenance puisée dans les connaissances qu'on avait alors. Tels sont, en français, les noms aigle {*), renard, toujours masculins, elles noms tourterelle, chauvesouris, toujours /"éminins pour les deux sexes; en latin, au contraire, et ceci prouve bien l'indépendance et l'empire de l'usage, les noms correspondants aquila et vulpes sont toujours féminins; turtureivesperiiliosonl toujours masculins.

Il faut prendre garde de confondre le genre commun avec le genre épicène. Les noms du genre commun, et ceux du genre épicène, conviennent également au mâle et à la femelle sans changement dans la terminaison; tel est le caractère commun aux deux espèces. Mais on rapporte ou au masculin ou au féminin les noms de la première espèce, selon qu'ils expriment déterminément ou le mâle ou la femelle: bos, au masculin, exprime le mâle ; au féminin, la femelle ; et si l'on ne veut indiquer que l'espèce, sans distinction de sexe, bos est rapporté au masculin, comme au plusnohle des deux genres compris dans l'espèce. Au contraire, les noms de la seconde espèce ne changent ni de terminaison ni de genre, quelque sens qu'on donne à hîur signification ; vulpes, toujours au féminin, signifie et l'espèce, et le mâle, et la femelle.

(') AUjIe n'est masculin que quand il signifie réellement l'oigeau, ou cette sorte de pupitre qui en a la Dgnre; car, en termes d'armoiries, il est féminin : l'tngle impériale ; et, en parlant de l'enieigne des Komains.on dit aussi l'aigle romaine.

De là vient le nom d' épicène, qije Içs Grammairiens ont donné à cette sorte de genre; c'est un mot grec, composé de la préposition srci, suprà, au-dessus, et de l'adjectif xotvoç, communis, commun. Les noms épicènes ont , en effet, comme les noms communs , une terminaison invariable et commune aux deux sexes; mais ils ont de plus l'invariabilité du genre, qui est toujours le môme pour les deux sexes.

V. La dernière classe des noms irréguliers dans le genre, est celle des hétérogènes, mothit de îtepo; autre, et ysvoç, genre. Ce sont, en effet , ceux qui sont d'un genre au singulier et d'un autre au pluriel.

En latin, les uns sont masculins au singulier, et neutres au pluriel, comme sibilus, larfarus, pluriel sibila,, tartara; les autres, au contraire, neutres au singulier, sont masculins au pluriel, comme cœlum, elysium, pluriel cœli, elysii.

Ceux-ci, /"éminins au singulier, sontêieutres au pluriel ; carbasus, supellex, plur. carbasa, supel' lectilia; ceux-là, neutres au singulier, sont féminins au pluriel ; delicium, epulum, pluriel deliciœ, epulœ.

Quelques-uns, mascM/ins au singulier, sont jnasculins et neutres au pluriel, ce qui les rend tout à la fois hétérogènes et douteux ; jocus, /ocus, pluriel jocîetjoca, locietloca; quelques autres, neu«re« au singulier, sont au pluriel neutres et masculins ; frœnum, rastrum, pluriel frœna et frœni, rastra et rastri.

Le nom balneum, neutre au singulier, est au pluriel neutre et féminin, balnea et balneœ.

Nous avons aussi en français des noms hétérogènes, comme amour, délice, orgue. Amour, masculin au singulier, est féminin au pluriel, et ne signifie alors que la passion dej'amour ou l'objet qu'on aime; délice et orgue, masculins au singulier, sont toujours féminins au pluriel, sans aucune différence dans le sens. C'est un peu absurde ; mais cela est ainsi.

Cette sorte d'irrégularité vient probablement de ce que ces noms auront eu autrefois au singulier deux terminaisons différentes , relatives sans doute à deux genres , et vraisemblablement avec différentes idées accessoires, dont la mémoire s'est insensiblement perdue avec le souvenir de l'une des termyiaisons singulières , que le hasard aura faitdisparaîire. C'est ainsi que nous connaissons eiicore la différence des noms féminins malus { pom^ mier), prunus (prunier), et des noms neutres malurn ( pomme ) , prunum ( prune ) ; tandis que nouç n'avons plus que des conjectures sur la différence des mots baculus et baculum.

On peut encore envisager la chose sous un autre aspect. Le nom français œil fait yeux au pluriel dans le sens propre ; mais on dit en architecture des œils de bœuf, pour signifier une sorte de fe-

DU GENRE

nêtre : cielhlt pareillement deux au pluriel dans le sens propre ; mais on «Jil des ciels de lit , et en peinture des ciels pour les nuajjes peints dans un tableau. Ne serait-il pas j)ossible que quelques noms qui , en d'autres langues , ont des terminaisons et même des genres ditféients au pluriel , comme jocus, qui fait jo« et joca , les dussent à de pareils motifs? Comme, en fait de langue, des vues semblables amènent presque toujours des procédés analogues , on est raisonnablement fondé à croire que des procédés analogues supposent à leur tour des principes semblables.

Cependant ces mots hétérogènes peuvent passer d'une langue dans une autre , sans autre cause que l'imiiaiion ; et il est probable que c'est ainsi qu'en français délice est masculin comme delicium est neutre, et délices féminin comme deliciœ.

On voit que toutes ces distinctions sont telles , qu'elles ne tombent en effet que sur les noms dont le genre, indépendamment de tous les principes analytiques de renonciation , est toujours déterminé en soi, ou par la nature de l'objet énoncé , comme pater ( père ) , maier ( mère) ; ou par l'usage, comme hortus (jardin ), mensa ( table) ; ou par le choix libre de celui qui parle , comme en latin torquis , silex , et en français automne , foudre.

lien est au contraire des genres, à l'égard des adjectifs, comme des nombres et des cas ; ce sont des terminaisons différentes qu'ils prennent successivement , selon le genre propre du nom auquel ils ont rapport, qu'ils imitent en quelque manière, et avec lequel ils s'accordent. Ainsi dans la phrase de Phèdre :

Ad rivum eumdem lupus et agnus vénérant

Siti compulsi....'^ l'adjectif eumdem a une inflexion masculine, pour s'accorder en genre avec le nom rivum auquel il se rapporte ; et le participe compulsi a de même la terminaison masculine , pour s'accorder en genre avec les deux noms lupus et agnus ses corrélatifs. 11 en résulte donc encore que les adjectifs et les participes sont des mots qui présentent à l'esprit des êtres indéterminés; et les noms, des mots qui présentent à l'esprit des êtres déterminés.

Mais à travers la bizarrerie apparente dé \à distribution des noms en différents genres, là distinction même dé ces genres , les dénominalions qu'on leur a données dans toutes les langues (jui lés ont reçus , l'usage même des Anglais et de quelques autres peuples à l'égard des pronoms directs de la troisième personne ; toiit ceià indique assez clairement que , dans l'instilution (les genres, on a prétendu avoir égard à la nature des êtres exprimés par les noms. Voilà donc ce qui caractérise les noms ; et ce sont des mots qui présentent à l'esprit des êtres déterminés par l'idée de leur nàtut-e.

On a déjà vu que les pronoms présentent également a l'esprit des êtres déterminés ; et cependant les genres appartiennent en propre dux nonjs, et ne se trouvent dans les pronoms que par une sorte d'emprunt qui les fait varier selon la différence des noms auxquels ils se rapportent. Il faut donc conclure que les noms et les pronoms différent entre eux par l'idée déterminative. On vient de voir que c'est dans les noms l'idée de la nature; et l'on verra bientôt que c'est dans les pronoms celle de la personne.

Nous terminerions ici , avec Beauzée , ce qui concerne les genres, si une remarque de Duclos n'exigeait encore quelques réflexions. € L'insiitu- » tion des genres , dit cet académicien , est une » chose purement arbitraire, qui n'est nuUe- » ment fondée eu raison, qui ne paraît pas avoir

> le moindre avantage , et qui a beaucoup d'in- » convénients. >

L'institution des genres ne nous paraît être ni sans modèle ni sans utilité. Les pronoms sont naturellement partagés en trois classes , à raison de la différence des personnes qui constituent l'idée déterminative de cette partie du discours : il était assez naturel de partuger pareillement les noms en un certain nombre de classes, distinguées entre elles par la différence des natures qui constituent l'idée déterminative des noms. La parité qui est entre les noms et lés pronoms nous semble autoriser suffisamment la division des uns pour servir de modèle à la division des autres.

11 est vrai que la distribution des noms th genres n'a ni la même justesse ni la même précision que celle deS pronoms par les trois personnes ; que la distribution des noms est arbitraire , et que par là elle donne peu de prise au raisonnement pour être retenue. € Les Grecs et les Latins avaient

> trois genres ; nous n'en avons que deux ; et les

> Anglais n'en ont qu'un. >

Si l'on conclut quchjue chose contre l'institution des genres , de l'arbitraire qui en a régie la distribution et le partage, on aura un titre pareil pour s'élever contre l'instilution des cas, dont on sait que la division est aussi arbitraire que celle des genres. Mais cet arbitraire même des genres tient à l'origine de leur institution. 11 aurait peut-être fallu classifier les êtres par les caractères qui les différencient : il y a , par exemple , les objets réels et les abstraits ; les objets réels sont corporels ou spirituels ; ceux-là sont artificiels ou naturels ; les objets naturels sont animaux , végétaux, minéraux ; les animaux sont mâles ou femelles, etc. Il n'y avait qu'à distinguer les noms de la même manière , et donner à leurs corrélatifs des j terminaisons adaptées à ces distinctions vraiment i raisonnées. Les esprits justes aut^ient aisément saisi ces points de vue.

Nous convenons volontiers que ce système au-

GRAMMAIRE FRANÇAISE

tait plus de justesse , plus de variété , que le système reçu ; et que peut-être il plairait davantage. Mais le langage est pour tout le monde; et il y a plus de peuple que de philosophes. D'ailleurs nous parlons comme nous avons entendu parler; et cette imitation nous fait remonter jusqu'à l'origine du monde et du langage , où l'on quintessenciait mohis qu'aujourd'hui : et nous devons reconnaître que si l'on s'est attaché à quelques caractères naturels , on a pris simplement les plus sensibles ; et la distinction des sexes a été la plus frappante.

Quant à l'utilité de l'institution des genres , ils ne paraissent avoir été établis que pour rendre plus marquante la corrélation des nomset des adjectifs : et quand il serait vrai que la concordance des nombres et celle des cas , dans les langues qui les ont admis , auraient suffi pour caractériser nettement ce rapport , l'esprit ne peut qu'être salisfait de rencontrer dans la peinture des pensées un coup de pinceau qui lui donne plus de fidélité , qui le détermine plus sûrement, en un mot, qui éloigne plus infailliblement l'équivoque.

Cet accessoire était peut-être plus nécessaire encore dans les langues où la construction usuelle s'affranchit des lois du mécanisine fondamental , et que l'abbé Girard nomme irarispositives. La corrélation de deux mots , souvent très-éloignés , serait quelquefois difficilement aperçue sans la concordance des genres, qui y produit d'ailleurs, pour la satisfaction de l'oreille , une grande variété dans les sons.

De toutes les manières d'indiquer la relation de l'adjectif au nom , la manière anglaise, dira-t-on, est du moins la meilleure : elle n'a l'embarras d'aucune terminaison ; ni gfenres , ni nombres, ni cas , ne viennent arrêter , par des difficultés factices , les progrès des étrangers qui veulent apprendre cette langue.

Nous reconnaîtrons cependant que les langues n'ont point été faites pour les étrangers , mais pour être parlées dans le peuple qui en fait usage; nous irons même jusqu'à dire que reprocher à une langue ses procédés , à moins qu'ils ne soient absolu ment absurdes, c'est reprocher à la nation son génie , c'est lui faire un crime des circonstances où elle s'est trouvée le plus involontairement , c'est la blâmer dans son essence naturelle, c'est enfin vouloir réfuter les principes d'une vérité immuable. ( Beauzée. )

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