DU NOMBRE
Un même substantif ou nom peut exprimer tantôt un seul individu, ou l'espèce en général, et tantôt plus d'un individu de la même espèce ; et c'est par une petite différence dans la terminaison de ce mot qu'on distingue ces deux significations. Ainsi
quand on dit : le chien est l'ami de C homme, le mot chien désigne l'espèce. Si je dis : j'ai perdu mon chien, il est question d'un individu déterminé de cette espèce. Et en disant : j'ai vu passer dix-huit chiens de chasse, il s'agit de plusieurs individus de la même espèce, et le substantif chiens a une terminaison différente. Chien et chiens sont le même mot sous deux terminaisons diverses ; ils expriment la même idée principale avec l'idée accessoire de la quotité; le premier n'exprime que l'espèce en général, ou un seul individu ; et le second, par la simple addition d'un s à la fin, exprime tout nombre d'individus de cette espèce qui est audessus d'un. C'est là ce qu'on appelle nombres en termes de Grammaires. Les nombres ne sont donc autre chose que certaines terminaisons qui ajoutent à l'idée principale, exprimée par un mot, l'idée accessoire de la quotité. (Estarac.)
On ne connaît que deux nombres dans la plupart des langues : le singulier, qui désigne l'unité; et \efluriel, qui marque la pluralité. Ainsi cheval et chevaux sont , en quelque sorte , le même mot français sous deux terminaisons différentes; c'est le même mot, qui présente à l'esprit la même idée principale, l'idée de la même nature d'animal ; les terminaisons sont différentes, afin de désigner par l'une, ou cette seule espèce d'animal, ou un seul individu de cette espèce, et par l'autre, plusieurs individus de cette espèce. Le cheval est utile à l'homme; il s'agit de celte seule espèce ; mon cheval nia coulé cher; on ne parle ici que d'un seul individu :j'ai acheté dix chevaux anglais; on désigne ici plusieurs individus de la même espèce.
II y a quelques langues, comme l'hébreu, le grec, le polonais, le lapon, etc., qui ont admis trois nombres : le singulier, qui désigne l'unité; le dueli qui marque la duahté; et le pluriel, qui annonce la pluralité, c'est-à-dire une quotité plus grande que le nombre deux. Il semble qu'il y ait plus de précision dans le système des autres langues. Car si l'on accorde à la dualité une terminaison propre, pourquoi n'en accorderait-on pas aussi de particulières à chacune des autres quotités individuelles? Si l'on pense que ce serait accumuler, sans besoin et sans aucune compensation, les ditficultés des langues, on doit appliquer au duel le même principe ; et la clarté qui se trouve, en effet, sans le secours de ce nombre, dans les idiomes qui ne l'ont point admis, prouve assez qu'il suffit de distinguer le singfu/ier et le pluriel, parce qu'effectivement la pluralité se trouve dans deux, comme dans mitle.
Aussi, s'il faut en croire l'auteur de la Méthode grecque de Port-Royal , le duel ne s'est implanté que IForl tard dans la langue, et y est fort peu usité ; il est certain qu'au lieu de ce nombre, on se sert souvent du pluriel.
L'abbé Ladvocat nous apprend, dans sa Gram-