‹ Grammaire générale et historique de la langue françaisChapitre 132 sur 139 · XVIIJ INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIIJ INTRODUCTION

i^ Les Romains, qui, par une conquête de quatre siècles, ont effacé la langue des peuples conquis et détruit leur personnalité.

5** Enfin, les peuplades germaniques qui, en peuplant, au cinquième siècle, les solitudes qu'avait faites Tempire romain dans les Gaules, infusèrent un sang nouveau dans les veines d'un monde alors décrépit.

L'histoire des langues a eu ses révolutions comme les sciences naturelles. La conjecture ingénieuse, Faventure risquée, a fait place à Tobservation des phénemènes généraux de transformation, aux lois résultant de Tétude de ces faits. L'histoire d'un mot est un voyage à travers les siècles et les nations.

La nouvelle méthode philologique a banni pour jamais de la seience les hypothèses futiles et les recherches oiseuses, comme elle a renoncé à la poursuite de cette langue universelle rêvée par les savants du dix-huitième siècle, véritable pierre philosophale de la grammaire. Le vieil illyrien, le basque, le bas-breton, doivent renoncer aux prétentions revendiquées par les Court de Gébelin et les Guillaume de Humboldt.

C'est un fait reconnu que les langues primitives comme les langues dérivées procèdent par un mouvement continu de la synthèse vers l'analyse, c'est-à-dire de l'expression des différents rapports de temps, de lieu, de dépendance, d'attribution, par des désinences spéciales de cas dans les substantifs, de conjugaison dans les verbes, à l'emploi des prépositions et des verbes auxiliaires.

Ces deux procédés de l esprit humain, la synthèse et l'analyse, se rencontrent ensemble à des degrés différents : le premier domine cependant les langues anciennes; le second, les langues modernes.

Les influences du grec, les débris de l'idiome celte, de Tibère et du germanique, sont rares et ne se rencontrent qu'à de longs intervalles dans la formation des mots et de la syntaxe de notre langue.

La Grèce a prêté son génie aux lettres françaises; mais elle leur a prêté son inspiration poétique bien plus que ses mots. Il y en a fort peu compaMivement qu'on puisse rapporter directement à une élymologie grecque; et malgré toute sa bonne volonté, le plus spirituel et le plus subtil des hellénistes, Henri Etienne, dans son petit Traité sur les conformités du français et du grec, a dû trouver bien plus de ressemblances de tours de phrases et de constructions que de ressemblances de mots. Aussi faut-il conclure de ces analogies

Page 1