‹ Grammaire générale et historique de la langue françaisChapitre 18 sur 139 · II. VERBES PRONOMINAUX ACCIDENTELS · texte numérisé non relu

II. VERBES PRONOMINAUX ACCIDENTELS

Qaand le verbe est pronominal accidentel^ il faut examiner s'il est formé d'un verbe transitif ou d'un verbe intransitif.

1* S'il est formé d'un verbe transitifs le participe est variable quand le complément direct le précède :

La me pastorale qui s'est coMSBavâB dans plus d^une contrée d^Asie n'est pas ms opulence, (Voltaire.)

n n'y a rien en quoi les hommes se soient plus accordés que dans taveu de ce iftûir. (Nicole.) ,

Je ne puis oublier qu'Ariane exilée

S'est pour vos intérêts elle-même immolée. ( T. Corneille.)

Quelles dure$ vérités ils se sont dites !

Cette langue neuve et sublime comme ses idées, cette langue que parle Bu U se h' est FAITE. (Arnauld.)

Je la vis massacrer par la main forcenée,

Par la main des brigands à qui tu t'es donnée» (Voltaire.)

Et invariable quand le complément direct le suit :

Aucune personne ne s'est donné la peine d'étendre et de conduire son esprit aussi loin qu'il pouvait aller, (La Rochefoucauld.)

Vous êteS'VOus accordé cette définition ? ou sont-ce les loups, les singes et les lions qui vous l'ont passée ? ( La Bruyère.)

Ils SE sont DONNÉ l'un à l'autre une promesse de mariage, (Molière.)

Ils ne s'y sont proposé pour exemple que la constitution la plus simple des anciens. (Voltaire.)

Il est vrai qu'elle et moi nous nous sommes parlé des yeux. ( Molière.)

2" S'il est formé d'un verbe intransitif ou employé intransitivement^ le participe est toujours invariable :

Ces jeunes gens se sont convenu sous tous les rapports.

Voyei cette multitude d'yeux, ce diadème clairvoyant dont la nature s'est vim à ceindre la tête de la mouche^ (De Boufflers.) // est vrai que, lui et moi, nous nous sommes parlé des yeux. (Molière.)

VERBES PROirOIIMAllI ACCIDENTELS FORMÉS D'UN YERBE INTRANSITIF.

Se complaire.

S*entre-nuire.

Se plaire.

Se sourire.

Se convenir.

Se nuire.

Se rire.

Se succéder.

Se déplaire.

Se parler.

Participe passé des verbes impersonnels, ou em^pyés impersonnellement.

Les participes passés des verbes impersonnels ^ ou employés impersonnellement^ sont invariables :

Il est ARRIVÉ de grands malheurs.

Les cîialeurs qu'il a fait pendant l'été. (Marmontel.)

// s'est RASSEMBLÉ unc foule de gens armés.

Ces constructions , qui ne sont autre chose que des gallicismes^ se trouvent en opposition directe avec les règles de concordance que nous avons posées; cependant on pourrait dire, avec quelque apparence de raison, que, dans le premier exemple, arrivé^ conjugué avec être^ s'accorde régulièrement avec son sujet il; que, dans le second, qu'il a fait^ le participe est invariable, parce qu'il est employé pour qui ont eu lieu; et qu'enfin rassemblé^ dans le troisième exemple, s'accorde avec son coipplément direct se, représentant lo sujet apparent i7, pronom masculin singulier.

DU PARTiaPE. 20

Cependant, comme on pourrait nous dire, en modifiant certain vers de Molière :

Toutes ces raisons-là, Monsieur, sont trop tirées,

nous avouerons franchement qu'il est plusieurs cas où il serait difficile de rendre compte de Tinvariabilité du participe d'un verbe employé impersonnellement. Si donc le participe passé de tout verbe employé accidentellement comme impersonnel est invariable^ la grande raison, et la seule qu'on en puisse donner, c'est qu'ainsi la établi et qu'ainsi le veut Vusage,

Quem pênes arbitrium est et Jus et norma loquendi. ParUoîpet paitét COÛté^ valu^ pesé.

L'Académie, qui range coûter et valoir parmi les verbes intransitifs ou neutres, pense que le participe passé doit, dans tous les cas, être invariable.

Voici ce qu'elle dit au mot coiiter :

« Le verbe coûter .^ étant neutre, n'a point de participe ; cepen- » dant plusieurs personnes écrivent : Les vingt mille francs que » cette maison m'a coûtés ; les efforts que ce travail m* a coûtés, la n peine qu'il m'a coûtée. L'exactitude grammaticale exige : Les * vingt mille francs que cette maison m'a coûté; Les efforts^ la >» peine ^ que ce travail m'a coûté. »

Au mot valoir^ le Dictionnaire de l'Académie ne dit rien.

11 est très-vrai que coûter et valoir ne sont pas des verbes transitifs; mais comme le complément qui les accompagne est toujours employé sans préposition, beaucoup d'écrivains ont pris ce complément circonstanciel pour un complément direct^ et ib ont écrit le participe de ces deux verbes variable toutes les fois que le complément l'a précédé; c'est là sans doute une orthographe irrégu- Hère; mais, comme elle a prévalu, nous l'acceptons :

Vor» n'ave^k pas oublié les soins oue vous m'avez coCtés depuis votre enfance.

( Fénelon.)

Cinquante mille familles seraient riches des sommes que cette maison a coCtées. (J.-J. Rousseau.)

les honneurs que j'ai reçus, c'est mon habit qui me les a valus.

Peser. — Si Je dis : Cet homme pèse un sac, et ce sac pèse wx LITRES, j'emploie le même verbe dans deux acceptions différentes : dans la première phrase, j'exprime une action; dans la seconde, un ^at : pèse est d'abord employé transitivement^ et employé dans la seconde phrase comme verbe intransitif. La différence d'expression

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est, dans ces deux cas, tdlement sensible que nous croyons, con» trairement à Topinion de quelques grammairiens, qu'on doit différemment écrire le participe dans Fune et l'autre acception ; nous écrirons donc variable :

Iaz sacs QUE cet homme a pesés, etc.

Et invariable :

Les deux cents livres que ce sac a pesé, etc.

JPaiiielpe patte préoédé d'an adverbe de quantité.

Quand le participe est précédé d'un adverbe de quantité, suivi d'un complément, il faut considérer d'abord le nombre de ce complément,

1** Si ce complément est du nombre pluriel^ c'est généralement avec lui que le participe s'accorde :

Jamais tant de savants ne furent immolés. (Voltaire.) Tant de MiaHEURS que vous ave% soufferts ne vous ont point encore appris ce qu'il faut faire pour éviter la guêtre, ( Fénelon.) Beaucoup d'ERREuns se sont gussées dans cette histoire, (La Harpe.)

Ainsi , quand le complément de l'adverbe de quantité est du nombre pluriel , c'est le plus ordinairement le terme avec lequel s'accorde le participe.

Nous disons le plus ordinairemmt^ parce que, dans quelques cas très-rares , le participe peut se rapporter à l'adverbe et s'écrire in* variable : c'est lorsque le complément pluriel exprime une idée fractionnaire plutôt qu'une idée collective; ainsi Ton écrira :

Que de confitures il a mangé ! ( Bescher.)

T Mais si Iç complément de Tadverbe de quantité est du nombre singulier^ le participe est en rapport avec celui des deux termes qui est le signe de l'idée principde et dominante ; ainsi Racine a dû écrire, en faisant accorder le participe avec son complément :

Jamais tant de vertu fut-elle couronnée ?

parce que le mot vertu est ici le terme dominant, et que c'est sur lui que l'attention se porte et s'arrête :

Charles Nodier, au contraire, a dû écrire invariable le participe dans cette phrase :

Jamais tant de vertu n'a été réuni à tant d'intelligence,

parce qu'ici ce n'est pas le mot vertu qui domine, mais l'adverbe tanty terme avec lequel le participe, aussi bien que le verbe, est en rapport Jogique.

m WAwmsam. 31

Pariîoîpe psisé précédé de le pcU.

Le participe passé, précédé de le peu^ est variable ou invariable, selon que le peu exprime une idée positive ou une idée négative.

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