PREMIER PRINCIPE
Si le peu est pris dans un sens positifs et signifie une petite quantité y le participe prend le genre et le nombre du complément de peu :
Je ne dois pas tirer vanité du peu de prudence que fai montrée dans cette affaire.
Je ne parlerai pas du peu de capacité que j* ai acquise dans les armées, (Vertot.)
Ici l'accord se règle avec le terme qui représente Tidée principale ; le peu n'est réellement qu'une expression accessoire, une sorte de diminutif qu'on peut supprimer sans changement de sens; il laisse à son complément toute sa valeur, et Ton pourrait trèsbien dire :
Je ne dois pas tirer vanité de la prudence que j'ai montrée dans cette affaire. Je ne parlerai pas de la capacité que foi acquise dans les armées.
Comme on le voit, les termes essentiels sont prudence^ capacité y et peu n'est joint aux deux substantifs que pour en restreindre et en limiter l'étendue ; ainsi, dans ces deux exemples, et dans tous les cas analogues, peu est traduisibljB par un des adjectifs faible^ léger y minccy petit y etc., et par la petite quantité cfe, si le substantif complément de^2( est du nombre pluriel.
DEUXIÈME PRlNaPE.
Si le peu est pris dans un sens négatif y ce n'est plus avec le complément, mais avec le peUy que le participe s'accorde ; alors il se met toujours au masculin singulier :
Je ne crois pas que j'eusse besoin de cet exemple d* Euripide pour justifier le peu de liberté que j'ai pris. ( Racine.)
Le peu de sûreté que j'ai vu pour ma vie à retourner à Naples m'y a fait renoncer pour toujours. ( Molière.)
C'est encore ici avec le terme représentant l'idée principale que le participe s'accorde; le peu est, dans ces deux exemples, le ïQQt de valeur ; le retrancher, ce serait changer complètement le
sens de chacune des phrases, et affirmer ce que, dans l'un et Tautro cas, on nie. Il y a donc nécessité rigoureuse, pour que l'expression soit d'accord avec Tidée, que le participe s'accorde avec le peu^ et non avec son complément.
Observation. — On peut établir comme règle générale que toutes les fois que le peu est suivi d'un complément du nombre pluriel, c'est avec ce complément que le participe s'accorde :
Le peu de soldats qu'on nous a envoyés n*a pas laissé de nous bien servir»
Tout ce que nous pouvons dire des sauvages de ces Ues, c*est que le peu que nous EN avons vus nous a paru mener une vie bien mis&rable,
Alomo ranime le peu de forces qu'il a conservées. ( Marmontel.) Participe patte précédé du pronom en.
Le pronom en placé avant un participe passé peut être construit avec un autre complément, ou figurer comme complément unique.
1® Si en est précédé d'un autre pronom employé conmie complément direct, le participe est variable, et prend le genre et le nombre du pronom énoncé le premier :
On ne pouvait se plaindre de son administration^ quoiqu'elle ne répondît pas aux espérances Qv'on en avait conçues. ( J.-J. Rousseau.)
Ce feu que dans Toubli je croyais étouflfé,
Dont la cause à jamais s'éloignait de ma vue.
Vos détours l'ont surpris, et m'en ont convaincue. (Racine.)
2® Si en est le seul complément qui précède le participe, ou s'il <3St joint à un autre pronom employé comme complément indirect, ie participe alors est toujours invariable :
La crainte de faire des ingrats, ou le déplaisir d'EN avoir trouvé, ne l'a jamais empêchée de faire du bien. (Fléchier.)
Que j'ai envie de recevoir de vos lettres! Il y après d'une demi-heure que je n'ESai REÇU. (M"** de Sévigné.)
Tout le monde m'a offert des services, et personne ne m'ES a rendu.
{M"« de Maintenon.)
Le pronom en^ dans tous ces exemples et dans tous les cas semblables, est sans influence sur le participe, car il n'est pas le complément du participe, mais celui d'un terme sous-entendu, lequel, est le véritable complément direct du participe et qui le suivrait s'il (^tait exprimé.
Ainsi, dans le premier exemple, cZ'en avoir trouvé est pour d'mi (woir TROUVÉ QUELQUES-UNS ; dans le second , que je n'EN ai reçu, pour que je n'ES ai reçu une; et dans le dernier, ne m'en a rendu, pour ne m'EN a rendu un ou aucun.
On peut soumettre les exemples qui suivent à la même analyse.
Que de guerriers dont le courage s* écoule avec le sang I PTes a-(-oti pas vu qui, après avoir bravé mille fois le trépas, tombés dans une maladie de langueur, éprouvaient toutes les affres de la mort ? (Duclos.)
Hélas ! j*étais aveugle en mes vœux aujourd'hui ;
J'en ai fait contre toi quand j'en ai fait pour lui. (Corneille.)
VarUcîpe patte précédé de €11 et d'un adverbe de qaantîlé.
La plupart des auteurs du dernier siècle écrivaient invariable le participe passé précédé de en et d'un adverbe de quantité; c'est l'orthographe suivie encore aujourd'hui par l'Académie elle-même. Quelque respectable que soit cette autorité, nous n'hésitons pas à nous inscrire en faux contre un principe qu'on ne peut adopter sans être exposé à mettre, dans un très-grand nombre de cas, l'expression en contradiction avec la pensée.
Le participe passé précédé du pronom en et d'un adverbe de quantité est soumis à deux règles granamaticales, fondées sur des rai-» sons logiques incontestables.
Lorsque en se rapporte à un nom pris dans le sens générique, il exprime une idée purement fractionnaire, une partie indéterminée d'un tout dont les éléments n'ont pas d'unité distincte; dans ce cas, le participe est invariable :
Jeeuis persuadé qu'il n*a pas autant de science que vous en ave% acquis.
(Bescher.)
Les Russes ont fait, en quatre-vingts ans, plus de progrès que nous n'm av^s FAIT en quatre siècles, (Voltaire.)
Dans ces phrases, le pronom en ne représente pas dans son intégrité le nom qui suit l'adverbe de quantité; il en exprime seulement une fraction indéfinie, une partie indéterminée.
Mais si le pronom en se rapporte à un nom pris dans le sens individuel , il exprime alors des objets distincts , des individualités propres, et communique au participe le genre et le nombre du nom qu'il représente :
Son supplice fit plcs de prosélytes en un jour que les livres et les prédications n'EN avaient faits en plusieurs années. (Voltaire.)
Les sénateurs accumulèrent sur sa télé plus d'honneurs qu'aucun mortel n'EN avait REÇUS. (De Ségur.)
Combien en a-t^n vus, je dis des plus huppés,
A souffler dans leurs doigts dans ma cour occupés ! ( Racine.)
On n'exprime point ici des idées fractionnâmes, mais des idées individuelles.