PARTIR
C'est-à-dire, avant que je partisse.
Mais il devrait dire, s'il s'agissait du départ de son fils :
J'ai donné à mon fils toutes mes instructions avant qu'il partIt.
Avant que est aujourd'hui hors d'usage ; les poètes l'ont employé au dix-septième siècle, et Vaugelas l'approuvait comme plus conforme à l'étymologie fantequamj.
Avant çtt'abandonner mon âme à mes douleurs. (Corneille.)
Mais avant que partir je me ferai justice. ( Racine.) Laissons venir la fête avant que la chômer. (Molière.)
On écrirait maintenant avant de.
Durant, pendant.
I. Durant s'emploie quand on embrasse une époque dans toute sa durée ; il implique la simultanéité complète de la chose dont on parle avec l'époque où elle s'est faite. Ce qui a lieu durant une période de temps occupe toute la durée de cette période avec laquelle elle coïncide dans tous ses points :
Certes, Von peut dire de M. de Turenne que la gloire qui Va suivi durant toute SAYiE, Va accompagné jusqu'à sa mort. (Fléchier.)
II. Pendant^, qui s'emploie dans le même sens, doit être préféré quand on veut indiquer une circonstance particulière ; il n'implique qu'une simultanéité partielle à un moment donné d'une époque ; ce qui se fait pendant une époque n'occupe qu'une partie de cette époque :
En hiver, pendant la neige, on ne peut courir le cerf; les limiers n*ont point de sentiment et semblent suivre les voies plutôt à Vœil qu'à V odorat. (Buffon.)
Une famille vertueuse est un vaisseau tenu pendant la tempête par deux an- (Tes : la religion et les mœurs. (Montesquieu.)
Ainsi ce roi qui seul a, durant quarante ans,
Lassé tout ce que Rome a de chefs importants... ( Racine.)
Je ne peux plus retrouver que bien rarement les chères extases qui, ddrant cin- QiAîiTE ans, m'avaient tenu lieu de fortune et de gloire. ( J.-J. Rousseau.)
Les deux exemples qui suivent marquent très-bien la différence de sens qu'expriment ces deux locutions :
Pendant ces jours, durant ces tristes scènes, Que faisiez-vous dans ces cloîtres déserts, Chastes Iris du couvent de Nevers? (Gresset.)
n est en quelque sorte deux jeunesses : la jeunesse ddrant laquelle on croît, et la jeunesse pendant laquelle on agit, (H. de Ralzac.)
Ces distinctions très-logiques n'ont pas toujours été faites, et dans un grand nombre de cas les meilleurs écrivains ont différemment employé ces deux expressions.
III. Durant est la seule préposition qui se place quelquefois après son complément :
On vous parle une heure durant et vous ne réponde% point à ce qu'on vous dit,
(Molière.)
Si un artisan était sûr de rêver toutes les nuits, dodzb heures durant, qu'il est roi Je crois qu'il serait presque aussi heureux qu'un roi qui rêverait, douze heures DURANT, qu'il est artisan. (Pascal.)
IV. Autrefois durant que s'employait comme conjonction, pour pendant que^ tandis que :
Aujourd'hui cette locution est hors d'usage.
Dans, en.
Il y a synonymie presque complète entre ces deux expressions ; elles ne s'emploient pas cependant indifféremment l'une pour l'autre .
Dans a un sens précis ; en un sens vague et indéterminé ; aussi le premier a-t-il toujours pour complément un nom précédé de l'article ou d'un adjectif déterminatif, tandis que le second est ordinairement suivi d'un complément employé sans article ou précédé d'un adjectif indéfini :
Dans l'amitié comme dans l'amour, on est souvent plus heureux par les choses qu'on ignore que par celles qu'on sait, (La Rochefoucauld.)
n m'importe peu; prends dans ma bibliothèque. (Regnard.) En paix et en guerre. En hiver et en été.
En tous temps, en tous lieux, le public est injuste ;
Horace s'en plaignait sous le règne d'Auguste. (Voltaire.)
Avec un nom de contrée, de province, etc., on emploie dans avec l'article : Dans la France^ dans la Normandie; et en quand ils sont employés sans article : En France^ en Normandie.
En SicilCj Cappadoce, Syrie, Arménie, Médie et Perse, il y avait d'excellents chevaux, et recommandables par leur vitesse et leur légèreté, (Buffon.)
£n, comme à, de^ ne se répète pas, comme on le voit, dans les énumérations.
De.
De se répète généralement avant chaque complément :
Poquelin, sentant son génie, se résolut de s'y livrer tout entier, n'être à la fois comédien et auteur, et de tirer de ses talents de l'utilité et de la gloire. (Voltaire.)
Ce monde-ci n'est qu'une loterie
De biens, de rangs, de dignités, de droits. ( Le môme.)
J'y consens ; mais du moins échappons au tourment
De douter, de trembler, de mourir lentement. (C. Delavigne.)
Cependant on peut, dans les énumérations , ne l'exprimer qu'avant le premier terme.
Lorsque de est précédé de la conjonction qtie^ on ne l'exprime
qu'une fois, parce la répétition rendrait alors la phrase trop lourde et traînante :
C'est assez de constance, en un si grand danger,
Que de le voir, l'entendre et ne point s'affliger. (Corneille.)
On peut remplacer de par la conjonction ou qu'on répète avant le premier et le second tenne de la comparaison :
On ne savait ce qu'il fallait le plus admirer dans Vauteur, ou son génie oc son âme. (La Harpe.)
Si les termes de la comparaison sont deux infinitifs, on exprime presque toujours la préposition de avant le second :
// n*y a rien qui exhorte tant à mourir que de ne point avoir de plaisir à vivre.
(Voiture.) On est bien plus heureux de donner que de recevoir. (Fénelon.) // vaut mieux s'exposer à l'ingratitude que de manquer aux misérables.
(La Bruyère.)
La suppression de la préposition de est admise dans les phrases sentencieuses et proverbiales :
Plutôt souffrir que mourir.
C'est la devise des hommes. ( La Fontaine.)
Après un adjectif numéral ou un nom collectif modifié par un participe, on fait le plus souvent usage de la préposition de; ainsi Ton dit plutôt : // y eut cent hommes de tués., une foule d* hommes DE blesséSy que cent hommes tués, une foule d'hommes blessés.
Les Prussiens n'ont eu que trois mille hommes de tués; mais ils ont eu dix mille blessés au moins. (Voltaire.)
Mais s'ils sont modifiés par un adjectif, la préposition se supprime : // ny a pas quatre monuments remarquables dans cette province.
Mais si le nom est représenté par le pronom en y auquel se rapporte le participe ou Tadjectif, la préposition de ne se supprime pas :
Ces rosiers sont chargés de fleurs; s'il t/ en a de passées, il y en a de fraîches.
(Buffon.) On connaissait autrefois sept bouches du Nil ; on les aperçait encore, mais il n'y tsaplus que deux de navigables. (Thiers.)
De, par.
Le participe passé veut la préposition par avant son complément s'il s'agit d'un acte, d'un fiiit matériel :
Ce travail a été conçu par une bonne tête. (Académie.) Les Gaules furent conquises pa» César.
Il veut de s'il s'agit d'un effet moral :
Ils sont aimés et estimés de tout U monde. (Montesquieu.) Un pays déchiré de factions. (Villemain.)
(y est ridée d'action qui résulte le plus ordinairement de l'emploi de la préposition par, et l'idée d'état que ré\'èle la préposition de :
Les flancs du cheval sont sillonnés de cicatrices faites vah l'éperon. (Buflfon.)
Quand le participe est pris figurément, ou détourné de son acception ordinaire, il veut la préposition de :
Combien d'âmes toucdées de Dieu et dégoCtées dd monde n*osent se déclarer,
(Massillon.)
Les meilleurs écrivains, pour éviter dans une même phrase Ternploi successif de la même préposition, ont souvent employé de au lieu de^ar, et réciproquement :
Sa conduite a été approuvée de tous, par ses partisans comme par ses ennemis. Lamothe fut l'écrivain le mieux docé par l'esprit et le moins doué du talent.
(Lacretelle.) Qu'Énée et ses vaissesux, par le vent écartés, Soient aux bords africains d'un orage emportés. (Boileau.)
Entre, parmi.