GRAMMAIRE GÉNÉRALE ET HISTOÏ^IQUE
A la fierté, au courage, À la force, le lion joint la noblesse, la clémence,
(Buffon.) A la gloire, aux plaisirs^ À la grandeur, À la galanterie qui occupaient les premières années du gouvernement, Louis XIV voulut joindre les douceurs de Vamitié,
(Voltaire.)
La Harpe dit avec raison que Texactitudc grammaticale exigeait la répétition de à dans les vers suivants, avant le dernier infinitif:
Quel fruit revient aux plus rares esprits
De tant de soins à polir leurs écrits,
A rejeter les beautés hors de place.
Mettre d*accord la force avec la grâce? (J.-B. Rousseau*)
IL A peut cependant ne s'exprimer qu'une seule fois, lorsqu'il précède deux termes qui ont à peu près la même signification :
La France alors, décidée comme aujourd'hui À conserver et maintenir tous le» grands résultats de sa révolution, refusait de remonter vers le passé» (TMEolé.)
IIL A ne doit pas se répéter lorsqu'il précède deux noms formant une seule et même expression :
Entre les romans anciens^ c'est À Théagène et Ghariclée que je donne la préférence, (Domergue.) Crébillon doit sa renommée À Rhadamiste et Zénobie.
Dans le premier de ces exemples, il s'agit d'un roman qui a pour titre Théagène et Chariclée ;dsLns le second, d'une tragédie intitulée Rhadamiste et Zénobie,
IV. A se sous-entend ai^rèsjusqite^ mais seulement quand il précède les adverbes aujourd'hui^ ici^ et là :
Relne^ jusqu'aujourd'hui Yons avez pu connaître Quelle fidélité m'attachait à vos lois. (Voltaire.)
.... Vous avez jwsûfM'tc/...
Résisté sans courber le dos. ( La Fontaine.)
Plutôt que jttS9«c-/à j'abaisse mon orgueil. (Voltaire.)
A s'exprime très-souvent en prose avant aujourd'hui : J'ai différé jusqu'à aujourd'hui à vous donner de mes nouvelles, (Acadéniîe.)
V. A ne doit pas s'employer pour l'article au avant un infinitif pris substantivement; ainsi on dit : au lever ^ au coucher du soleil; au revoir^ et non a revoir; les constructions suivantes sont donc incorrectes :
Nous échangeâmes un À revoir, et nous nous séparâmes, (A. Jal.)
A revoir dans le ciel, mon vieux compagnon d'armes ! (G. Delavigne.)
DE LA PIÙÉPOSITION. 47
A, ou.
On emploie à entre deux adjectifs de nombre qui se suivent dans Tordre numérique, lorsqu'il s'agit d'une chose susceptible de division :
Lt$ chevaux de Perse font aisément sept à hIjit lieues sans s'arrêter, (Buffon.)
Je travaillais hdit à neuf heures por jour. (B. Constant.)
L'Egypte est une vallée de deux cents lieues de longueur sur cdkS à six de largeur, (Thiers.)
Quelques personnes ont besoin de dormir neuf à dix heures; qsatre à cinq suffisent pour d'autres. (Chomel.)
On emploie ou si le nom pris pour unité ne peut présenter des parties fractionnaires :
La tigresse produit, comme la lionne, quatre ou cinq petits. (BuJïon.) Mon maître donne à dîner ce soir à cinq ou srx de ses confrères, (Lesage.)
J*ai trois ou quatre mots encore à faire écrire. ( Regnard.) De belles génisses, groupées par trois ou quatre, se reposaient à l'ombre,
(V. Hugo.)
On peut employer à, s'il y a entre les deux adjectifs un ou pluf sieurs termes intermédiaires :
On a pris aux Allemands sept à huit cents hommes, (Racine.) On a déjà catalogué cinq à six mille étoiles, (Ârago.)
Voici deux phrases qui présentent une double application de ces principes :
Pour peu qu'il y ait dix à douze personnes à table^ il s'établit à la fin du repas au moins cinq ou six conversations, (Andrieux.)
Je suis mélancolique, et je le suis asse% pour que, depuis trois à quatre ans, à peine m'a-t-on vu rire trois ou quatre fois, (La Rochefoucauld.)
A, de.
Selon la plupart des grammairiens, c'est à moi à, à vous à, à votre père à, etc., expriment une idée de tour : Je viens dejotter, c'est a vous a jouer; et c'est à vous de, à votre père de, etc., éveille une idée de droit, de devoir : C'est a vous de Jot^^r le pre^ mier; C'est a vous de donner l'exemple.
Il s'en faut beaucoup que cette distinction ait toujours été observée ; on en jugera par les citations suivantes :
C'est à vous à faire l'éloge de l'amitié; c'est à vous de détruire la politique qui èrigt le crime en vertu. (Voltaire.) C'est ad seigneur à vouloir, et à la créature k obéir et À se soumettre.
(Massillon.)
48 GRAMBIÂIRB GÉNÉRALE ET HI8T0RIQITE.
C'est le plus souvent Tharmonie qui règle l'emploi de la préposition et qui en détermine le choix :
Souvent, où le riche parle, et parle de doctrine, c'est aux doctes à se taire, À écouter^ À applaudir, s'ils veulent du moins ne passer que pour doctes,
(La Bruyère.)
De.
De s'emploie dans les phrases où Ton établit une comparaison, et se répète avant chaque terme :
Qui étaient les plus /bt/s de nous ou des égyptiens?
On peut remplacer de par la conjonction ou qu'on répète avant le premier et le second terme de la comparaison :
On ne savait ce qu'il fallait le plus admirer dans l'auteur, ou son génie ou son AME. (La Harpe.)
Si les termes de la comparaison sont deux infinitifs, on exprime presque toujours la préposition de avant le second :
// aime mieux contredire que de se ranger au sentiment des autres.
Après un adjectif numéral ou un nom collectif modifié par un participe, on fait le plus souvent usage de la préposition de; ainsi l'on dit plutôt : // y eut cent hommes de tités^ une foule d'hommes DE blessés^ que cent hommes tués, une foule d*hommes blessés.
Mais s'ils sont modifiés par un adjectif, la préposition se supprime :
// n'y a pas quatre monuments remarquables dans cette province.
Mais si le nom est représenté par le pronom en^ en rapport avec un participe ou un adjectif, la préposition de est toujours exprimée :
Ces rosiers sont chargés de fleurs: s'il t/ en a de passées, t/ y en a de fraîclies.
(Buffon.)
Autour, alentour.
Autour est une préposition qui veut toujours un complément, lorsqu'il n'est pas joint à un adverbe :
La terre est emportée avec une rapidité incroyable autour du soleil.
(La Bruyère.)
Ses gardes affligés
Imitaient son silence, autour de lui rangés. ( Racine.)
La plupart de ces lies se nomment Cydades parce qu'elles forment comme une enceinte autour de Délos. (Barthélémy.)
Blodifië par Tun des adverbes toui^ ici^ on remploie sans complément :
L'éclipsé de soleil est annulaire lorsque le soleil, masquépar la lune, la déborde TOUT AUTOUR SOUS la forme d'un cercle lumineux, (Arago.)
J*ai laissé tout autour une garde épi orée. (Corneille.) Leve:i les yeux tout autour, et voyez, (Fénelon.)
On emploie ici autour pour exprimer la proximité, le voisinage : Il loge quelque part ICI autodr. (Acad.) ,
Alentour est aujourd'hui un adverbe qui n'admet plus de complément :
Les plaisirs nonchalants folâtrent alentour, (Boileau.)
Une église se présente : il faut y entrer ; vous tourner alentour, vous regarder, vous cherchez : les portes sont fermées, les bedeaux les ferment pour gagner trente sous. (Victor Hugo.)
. . . Loin des doux rayons que répand Toeil du monde,
La déesse aux vapeurs a choisi son séjour :
Les tristes aquilons y sifflent alentour, (Voltaire.)
Observation. — C'est du substantif entour^ dont le pluriel est encore usité, que s'est formé Tadverbe alentour; aussi a-t-on écrit (l'abord à Ventour^ et conséquemment donné à cette expression un complément déterminatif :
Elu s'arrache d'À l'entour de la tête son bandeau royaL (Amyot.)
. . . Chez un chapelier du coin de votre place,
.4 l'entour d'un castor j'en ai lu la préface (1). (Boileau.)
Le malheureux lion se déchire lui-même.
Fait résonner sa queue à l'entour de ses flancs. ( La Fontaine.)
Plus tard on Ta écrit en un seul mot et Ton a continué à le considérer comme préposition ;
Le lendemain, ayant fait filer des gardes du C4)rps tout alentour de Sceaux, tans bruit et sans paraître, le lieutenant des gardes y alla et arrêta le duc du Maine. (Saint-Simon.)
Auprès de, au prix de.
Comme la comparaison suppose le rapprochement des objets, on a d'abord employé jpr^5 de et auprès de poui' exprimer une comparaison^:
Pour vous régler sur eux, que sont-ils près de vous? ( Racine. )
Dites, dites plutôt, cœur ingrat et farouche,
Qu'auprès du diadème il n'est rien qui vous touche. (Le môme.)
(1) Dans l'édition de ses ouvrages qu'il donna en 1701, Boileau changea ainsi le second de ces vers :
Autour d'un caudebec j'en ai lu la préface. IL U
Aujourd'hui, auprès de^ dans ce sens, est le seul usité :
La terre n'est qu'un point auprès du reste de l'univers, (Académie.) Que sont les peines du corps auprès des tourments de Vâme! Quel feu peut être comparé au feu des remords! (Chateaubriand.)
Tous les ouvrages de l'homme sont vils et grossiers auprès des moindres ouvrages de la nature, auprès du bi-in d'herbe ou de l'œil d'une mouche,
(Marmontel.)
Mais si Ton veut marquer une opposition entre deux termes de nature différente, et que Ton compare deux objets auxquels on attache un prix réel ou métaphorique , alors on doit employer au prix de :
Quê l'homme revenu à lui considère ce qu'il est au prix de ce qui est, (PascaL)
L'intérêt n'est rien au prix du devoir, ( Marmontel.)
Ce service n'est rien au prix de celui qu'il m'avait ren^u. (Académie.)
Tous les anciens philosophes ne sont rien au prix des modernes. (Thomas.)
Auprès de, près de.
Près de et auprès de éveillent également une idée de voisinage, de proximité :
// me tira près D'une fenêtre pour me parler de vous, et m'ordonna très-sérieusement de vous faire ses compliments et de vous dire la joie qu'il avait de votre joli accouchement. (M""* de Sévigné.)
Je l'ai vu près du temple, où son hymen s'apprête. (Racine.) // vil deux femmes qui se promenaient sous des platanes auprès de sa maison.
(Voltaire.) . . . . n faut placer, Joad ainsi l'ordonne, Le glaive de David auprès de sa couronne. ( Racine)
lAais près de exprime simplement la proximité, tandis que auprès de exprime une proximité plus déterminée, une idée d'assiduité ; ainsi Boileau a dit, pour n'exprimer que la proximité :
• . . Toujours près des grands qu'il prend soin d'abuser.
Et Corneille, pour exprimer une idée d'assiduité :
Reprends auprès de moi ta place accoutumée.
Dans le langage familier, on supprime quelquefois la préposition c/e, pour marquer la proximité locale : Près les Tuileries^ près l'Institut, Mais la suppression de la préposition est de rigueur dans ces expressions et leurs analogues : Ambassadeur près la cour de Borne; Commissaire royal près le Théâtre^Français^ etc.
Avec un nom de personne, on dirait, dans le même sens, an^ près de :
L'ambassadeur de Sa Majesté Britannique auprès du roi de France,
A travers, au travers.
Ces deux locutions prépositives ne se construisent pas de la même manière.
1^ Au travers veut toujours la préposition de :
Nùui passâmes au travers des écueils et nous vîmes de près toutes les horreurs de la mort. (Fénelon.)
Au travers des périls un grand cœur se fait jour. (Racine.)
A travers est toujours immédiatement suivi du terme qu'il régit :
Nous n*apercevons la vérité qu*k travers le voile de nos passions.
(Saint-Évremond.) A TRAVERS les MURMURES flatteurs des courtisans f Sully faisait entendre la voix de la vérité. (Thomas.)
L'homme marche à travers une nuit importune. (Chateaubriand.)
Comme il n'y a pas dans les langues de mots dont la synonymie soit absolue, il faut nécessairement qu'il y ait une différence de sens entre deux expressions ; certains grammairiens l'ont signalée, mais d'autres l'ont contestée. L'Académie toutefois dit qu'à travers s'emploie pour désigner un passage vide^ libres et au travers^ au contraire, pour désigner un passage qu'on se procure entre des obstacles^ ou en traversant ou en pénétrant un obstacle.
C'est en effet la distinction qu'on doit établir entre ces deux locutions ; mais nous conviendrons avec l'Académie que dans l'usage, cette distinction n'est pas toujours rigoureusement observée.
Avant, devant.
Avant se dit en parlant du temps, et devant en parlant de la place. Pourvu que nous arrivions avant l'heure où on nous attend^ nous pouvons laisser les plus pressés marcher devant nous. Avant Dio^ gène^ qui dit à Alexandre : Retire*-toi de devant 7non soleil^ aucun philosophe n'avait osé parler aussi librement à un roi.
Les exemples qui suivent feront encore mieux comprendre cette différence :
N'exigeons pas le prix avaht la victoire, ni le salaire kvkfn le travail.
(J.-J. Rousseau.)
Véloquence est née avant les règles de la rhétorique^ comme les langues se sont formées avant la grammaire. (Voltaire.)
Si la victoire volait devant lui, les vœux de la reine volaient devant la victoire. (Fénelon.)
Avant j en terme degrammairç, marque la priorité d'ordre : Cet adjectif est avakt le substantif.
Devant marque seulement la place : // faut placer cet adjectif DEVANT le substantif.
Avant que de, avant de, avant que.
La seule différence entre avant de et avant que de^ c'est que la première expression, étant aujourd'hui la plus usitée, semble beaucoup moins énergique.
Au dix-septième siècle, les écrivains employaient le plus souvent avant que de^ et TAcadémie la signalait comme plus conforme à l'esprit de la langue :
Il meurt avant D'avoir py, passer le Jourdain,
Avant donc que d'écrire, apprenez à penser. (Boileau.)
Avant qce de se jeter dans un péril, il faut le prévoir et le craindre, (Fénelon.) On doit se regarder soi-même un fort long temps Avant que de songer à condamner les gens. ( Molière.)
Aujourd'hui quelques grammairiens condamnent cette expression et disent q\x avant de est la seule qu'on doit employer : cette opinion est beaucoup trop absolue. L une et l'autre locution ont été employées tour à tour par les écrivains les plus purs :
// faut rire avant que D'être heureux, de peur de mourir sans mmr ri,
(La Bruyère.) S*éloignerart-on de la cour avant d'j/ avoir tiré le moindre fruit? (Le même.) Dante avait été proscrit avant h* être poète, (V. Hugo.)
Je voulus sur ces lieux si pleins de tristes charmes Attacher un regard avant que de mourir. (Lamartine.)
Ces deux expressions ne différent pas entre elles de valeur : avant de est plus rapide, avant que de plus énergique.
La seule observation importante à faire est celle-ci : l'infinitif qui suit avant que ou avant que de doit toujours se rapporter par le sens au sujet de la proposition; ainsi un père qui s'éloigne de sa maison peut dire :
J*ai donné à mon fils toutes mes instructions awaht de partir, ou avant qde de